«Afghanistan : un chemin pour la paix»
Glavany.
J et Alii, Assemblée Nationale, Paris, Juin 2009, 146 p.
1- Les auteurs de ce rapport
rappellent, dès les premières pages, que «la plupart des attentats islamistes,
commis ou déjoués, visant le sol américain ou européen depuis 2005, ont été
inspirés ou préparés en Afghanistan ou dans les sanctuaires taliban au Pakistan».
Telle est
l’origine de notre engagement en Afghanistan, affirment ils, «où nous marquons
à la fois notre solidarité à l’égard des Etats-Unis, victimes des attentats du
11 Septembre 2001, et notre volonté d’aider les Afghans à reconstruire un pays
au sein duquel ils pourront vivre librement et en paix».
Nous
n’avons en effet pas vocation, rappellent les auteurs en deuxième lieu, «à
rester dans ce pays, mais nous ne pouvons le quitter sans qu’y soit rétablie la
sécurité, et sans que les Afghans ne retrouvent à la fois la maîtrise de leur
destin et des conditions de vie décentes. La construction d’un Etat viable et
les bases d’un développement économique, notamment en zone rurale, sont les
préalables indispensables à la réalisation de ces deux objectifs. Le terrorisme
et les multiples guérillas que nous affrontons sont alimentés par la pauvreté,
les inégalités sociales et l’ignorance…Une victoire militaire contre les
taliban n’aura donc de sens que lorsque les Afghans auront la certitude qu’ils
vivront dans une société qui leur garantira la paix et le développement».
C’est
dire, notent les rapporteurs en troisième lieu, que le conflit en Afghanistan «comporte
un aspect social souvent passé sous silence, ainsi qu’un aspect culturel et
psychologique mal perçu dans nos pays. Nous avons crevé une bulle terroriste,
pour nous trouver ensuite face à une crise globale et régionale sur laquelle
nous avons peu de prise».
Il est
vrai, observent ils, que «les Etats-Unis portent une responsabilité indéniable
dans cette situation, pour avoir trop longtemps privilégié l’Irak comme
principal théâtre d’opération, alors que la véritable menace résidait en Afghanistan
et dans la déstabilisation du Pakistan. Pour autant, il serait malvenu de la
part de leurs alliés européens de faire porter sur les seuls Américains la
responsabilité de l’échec actuel de la FIAS en Afghanistan».
2- Initialement lancée pour renverser
le régime taliban, accusé d’avoir aidé le réseau Al-Qaida à organiser les
attentats du 11 Septembre 2001, l’opération militaire conduite en Afghanistan,
dirigée actuellement par l’OTAN, a dû par la suite, «assurer la sécurisation du
territoire afghan, afin d’éviter que le pays ne redevienne un sanctuaire pour
les groupes terroristes internationaux». Il n’est par conséquent, «pas question
de quitter brusquement le pays, ce qui reviendrait à laisser la place aux taliban».
Toutefois,
malgré ces avancées, la coalition se trouve maintenant «confrontée à une
situation de plus en plus difficile sur le terrain», pour plusieurs raisons,
dont fondamentalement la persistance d’une résistance talibane très active, et le
déclenchement, en 2003, de la guerre d’Irak, qui a sensiblement modifié les
équilibres, géopolitiques et militaires.
Mais le
renforcement des moyens militaires ne saurait répondre à toutes les questions
que l’intervention alliée en Afghanistan continue de poser, notent les auteurs.
Car, «en l’absence de perspective de résolution durable du conflit, il sera
difficile de lever les derniers obstacles à la pleine efficacité de la FIAS. Certes,
l’intervention militaire a rapidement réussi à chasser les taliban du pouvoir.
Ce premier objectif rempli, il importait d’empêcher ces mêmes taliban de
revenir au pouvoir».
La
destruction des bases d’Al-Qaida «doit donc rester un objectif prioritaire pour
la coalition. Mais à long terme, l’objectif est bien de doter l’Afghanistan
d’autorités suffisamment fortes, et légitimes, pour empêcher le retour de
réseaux terroristes dans le pays».
Contrairement
à ce qui a été parfois envisagé, «l’élaboration d’un calendrier de retrait des
troupes occidentales ne peut être basée que sur les progrès concrets
enregistrés par la population afghane dans tous les domaines, politique, économique
et social. Fixer une date de départ reviendrait à indiquer à nos adversaires le
moment auquel ils pourraient entamer une offensive, qui risquerait d’être
décisive et de replonger le pays dans un long cycle de violences».
3- Le conflit en Afghanistan ne peut
avoir de solution purement militaire, affirment les auteurs, et ce «même si
l’action des forces armées demeure indispensable pour créer les conditions d’un
dialogue politique».
La
solution de la question afghane exige ce que de nombreux acteurs du conflit
appellent une approche globale, «incluant le rétablissement de la sécurité, la
reconstruction des principales infrastructures civiles du pays, la lutte contre
la pauvreté et l’éradication du trafic de drogue, pour ne citer que les problèmes
les plus importants, tout en gardant conscience que la paix passe par un accord
régional par lequel l’Inde comme le Pakistan trouveraient intérêt au rétablissement
d’un Afghanistan stable. Cette équation est complexe et exige préalablement
qu’un consensus émerge sur les buts de guerre comme sur l’objectif recherché
pour le retour de la paix».
Les relations
entre le Pakistan, l’Inde et l’Afghanistan constituent l’une des clés de la résolution
du conflit en Afghanistan, estiment les rapporteurs. Ce conflit a été attisé
par les effets de la rivalité entre les deux puissances nucléaires de l’Asie du
Sud, l’Inde et le Pakistan, mais a également constitué le révélateur de
l’ensemble des tensions qui affectent l’Asie du Sud et l’Asie centrale.
En même
temps, «la prise de conscience que sans le règlement de quatre questions
internationales majeures (l’instauration de relations confiantes entre l’Inde
et le Pakistan, la fixation d’une frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan
acceptée par les deux parties et garantie par la communauté internationale, la
réintégration de l’Iran dans le concert des nations et le règlement du conflit israélo-palestinien,
qui donne un extraordinaire motif d’action au terrorisme), il sera extrêmement
difficile d’instaurer la paix en Afghanistan».
Bien que
la présence de la Force Internationale rassure et protège une population contre
la frange la plus radicale des taliban, «les Afghans n’ont pas encore choisi
leur camp, redoutant des représailles en cas de retour des islamistes au
pouvoir. Ces derniers ne sont plus en mesure de gagner militairement le
conflit, mais ils demeurent en mesure de le faire durer sur une période si
longue qu’elle peut entraîner la lassitude des opinions publiques occidentales».
Les
insurgés ont du temps, notent les auteurs, «qui d’Alexandre le Grand aux Soviétiques,
ont vu passer au long de leur histoire des forces étrangères qui ne sont jamais
restées dans leur pays plus de quelques années».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
1er Octobre 2009