De la libéralisation des télécommunications au Maroc :
(dé)réglementation ou (dé)régulation du marché ?(*)
Depuis le début des années 80, deux phénomènes majeurs, dampleur inédite et de portée «universelle» se combinent et sassocient pour rendre toute approche des télécommunications difficile et confuse : les mutations technologiques et les mouvements de déréglementation, de libéralisation et de privatisation.
Partout à travers le monde (ou presque), deux décennies durant et par des démarches similaires (linéaires dans leur majorité), lon ne cesse dassister à des innovations technologiques qui saccélèrent, à des réglementations qui se démantèlent et à des processus de libéralisation et de privatisation qui se montent et sopèrent.
Lon ne cesse aussi de voir, dentendre ou de lire dans la chronique lapologie
de nouveaux mécanismes régulateurs et de nouveaux modes de gestion
concurrentiels et marchands pour la «conduite» dun secteur érigé,
des siècles durant, en monopole protégé et entretenu.
Si
de linteraction des mutations technologiques et des processus de déréglementation
et de libéralisation du secteur des télécommunications que pourrait transparaître
lébauche des premières mises en doute quant aux formes de monopole
jusquici en vogue, elle nest pas, par delà ceci, moins significative des
grandes remises en cause des statuts dopérateurs dits, jusquà tout récemment,
« historiques » parce que lhistoire du secteur sest associée
et confondue à la leur.
Une
telle interaction est aujourdhui non seulement consacrée et « vécue »
mais aussi souhaitée et appuyée, les projets dautoroutes , de société de
linformation et dalliances stratégiques en sont liés et conditionnés,
les nouveaux accords et les discours mondialisants voulant en faire une « recette
unique », planétaire de surcroît.
Lon
ne se propose pas, dans le cadre de cette communication, de faire lhistorique
des deux phénomènes sus-indiqués, ou celle de leur interaction, encore moins
létat des lieux desdites restructurations à léchelle mondiale.
Une
telle ambition semblerait dautant plus déplacée que le paysage
(technologique et institutionnel) des télécommunications est en ébullition,
ses agrégats danalyse instables et les informations sy rapportant peu
diffusées.
Lon
ne pourrait, toutefois, faire léconomie de lhistoire quand il sagit de
mouvements profonds fondamentalement portés par des logiques « universalisantes »
et par des mécanismes de contagion institutionnels et « uniformisants ».
Cest
la raison pour laquelle, les « actions » de restructuration des télécommunications
dans la plupart des pays du Tiers-Monde ( et au Maroc aussi) portent (et ne
peuvent que porter) la marque de celles en cours à l échelle mondiale :
elles en sont, à notre sens, et la résultante et le prolongement.
I- Des mutations technologiques
dans le secteur des télécommunications : le poids des innovations
1-1-
Les mutations technologiques dans le secteur des télécommunications(1)
sont probablement connues (quoique peu stabilisées jusquà présent) pour
quon sy arrête longuement : « il sagit, tout à la fois, du
passage de lanalogique au numérique, du développement des réseaux à haut
débit, des radiocommunications, des techniques sans fil et de lexplosion de
loptoélectronique grâce à laquelle la croissance des mémoires va de pair
avec la diminution de leur coût »(2).
Mais
il sagit aussi, surtout et davantage davancées technologiques rendant
fonctionnelle la convergence entre les télécommunications, linformatique et
laudiovisuel et ouvrant la voie à dimmenses possibilités de développement
de produits et services nouveaux, intégrés et complexes.
Aujourdhui,
« les produits audiovisuels peuvent être distribués avec une certaine
interactivité même à travers le réseau téléphonique ; le téléviseur
va senrichir de nouvelles fonctionnalités et accéder à de nouveaux
services (dont sans nul doute lInternet) grâce à des décodeurs perfectionnés ;
lordinateur permet dassister à des émissions télévisées après être
devenu communiquant puis multimédia ; le monde du téléphone accède à
limage ; laccès des réseaux informatiques à la commutation les a
rapprochés des réseaux téléphoniques »(3) et les techniques
nouvelles(4) vont certainement accentuer cette convergence et létendre
à laudiovisuel.
Sil
est incontestablement admis que les perspectives dévolution du secteur des télécommunications
sont profondément liées au degré de son intégration aux domaines de
linformatique et de laudiovisuel, elles ne sont pas moins conditionnées,
quant à leur rythme daccélération, par le potentiel dunification que
représentent, entre autres, la continuité numérique et les hauts débits et
qui présagent, dores et déjà, de la configuration de la majorité des
projets dits dautoroutes de linformation.
1-2-
Il serait, peut-être, peu raisonnable (et peu concevable) de parler de
convergence ou de multimédia, encore moins dInternet ou dautoroutes de
linformation(5) si les fonctions de continuité numérique, de
commutation point à point (permettant linteractivité) et de hauts débits
nétaient conjuguées et leur « interopérabilité » sinon
conquise, du moins rendue possible.
Parce
quarticulées autour dinfrastructures fixes et complexes, ces autoroutes :
-
utilisent (utiliseront) la fibre optique comme support de transmission
quasi-exclusif non seulement dans les réseaux nationaux (et internationaux) ou
à longue distance, mais aussi du fait quelle doit être prolongée pour le
raccordement des abonnés dans leurs lieux dhabitation ou dactivité ;
-
« elles offrent la continuité numérique dun bout à lautre de la
chaîne de communication pour assurer le transport de tous les types de signaux
(voix, textes, données, images fixes, images animées réelles ou virtuelles)
sous la forme la plus apte au traitement informatique, seul à même de rendre
intelligent et simple laccès à linformation ;
-
elles sont capables découler de très hauts débits numériques
dinformations et en particulier des images fixes mais aussi animées
;
-
et elles garantissent obligatoirement lécoulement de ces hauts débits dans
les deux sens de transmission autorisant
ainsi des services interactifs
»(6).
Cest la raison pour laquelle, ces
infrastructures sont significatives non seulement du défi technologique auquel
les opérateurs et les constructeurs de « réseaux » sont confrontés
(puisquil sagit de rénover les réseaux téléphoniques dont ces
infrastructures sont et seront laboutissement) mais aussi parce quelles
portent en leur sein le projet d « une société nouvelle »,
post-industrielle, faisant de linformation et de la communication le cur
battant des décennies à venir(7).
1-3-
Quoique dun usage fort médiatisé et dun contenu peu précis, le concept
de société de linformation est, en cette fin de siècle, probablement de
ceux dont la représentation symbolique est des plus mobilisatrices.
Reposant
sur une infrastructure de linformation, véritable système reliant de manière
interactive les équipements hard, les logiciels et les programmes soft, les réseaux
et les services de communication, le concept nest, aujourdhui, que simple
traduction des nouvelles possibilités que les percées technologiques
permettent ou permettront : sa base sociétale semble largement en retrait
par rapport à celle privilégiant, jusquà maintenant, linfrastructure(8) .
Autrement,
du fait que la base matérielle de ces autoroutes nest, jusquà
maintenant, quen phase de gestation, le projet de société de
linformation ne sen trouve, semble-t-il, de ce fait, pas seulement lié ou
associé mais plutôt fondamentalement conditionné.
Les
restructurations institutionnelles et réglementaires, celles ayant abouti comme
celles en cours, sont elles aussi présentées comme étant le passage obligé
pour la construction de ladite base matérielle et pour la concrétisation dudit
projet de société de linformation : elles en sont, dira-t-on, la
condition incontournable car nécessaire et dans une large mesure suffisante(9) .
II- Libéralisation et déréglementation
dans les télécommunications : la « révolution réglementaire »
2-1-
Les évolutions réglementaires dans le secteur des télécommunications sont
probablement largement connues pour quon sy arrête ici en détail(10).
Il conviendrait toutefois de rappeler que si la déréglementation est définie « de façon restrictive comme la suppression du monopole de fait ou de droit dont bénéficie un opérateur national de télécommunications », elle sest accompagnée, le plus souvent, de deux grandes modalités distinctes mais complémentaires : la privatisation des opérateurs lorsquils avaient un statut public et leur démembrement quand ils avaient un statut privé mais « incriminés » dabus de position dominante(11).
Il conviendrait aussi de rappeler que si la première modalité porte essentiellement sur la nature de propriété (qui peut être prolongée par une action de libéralisation de marché), la seconde est fondamentalement impulsée par une logique de dérégulation des structures de marché.
Non
moins important de rappeler, par ailleurs, que dans les deux cas, « la
nouvelle régulation » se voit perceptiblement déplacée de la sphère
publique et des Etats à celle du marché et de la logique marchande. La crédibilité
des « monopoles naturels »(12) jusquici pièce maîtresse
entre les mains des opérateurs dominants (défendue, justifiée et à l abri
de toute contestation quelconque) se trouve non seulement entamée et attaquée
par les percées technologiques et les logiques dalliances stratégiques,
mais aussi mise en doute par la tendance à la mondialisation des télécommunications,
de l économie et de la technologie.
2-2-
Si la déréglementation des télécommunications, partie des Etats-Unis, a
ouvert la voie à un vaste mouvement de déréglementation des principaux opérateurs
jusquici en situation de monopole, elle ne sest le plus souvent pas
traduite (dans la plupart des pays du monde) par un démembrement des opérateurs
historiques ou par une dérégulation des marchés en leur défaveur(13),
encore moins par une démonopolisation de leurs structures(14).
En
effet, la quasi-majorité des démarches de déréglementation entreprises
jusquà de nos jours, na entamé que superficiellement le pouvoir dopérateurs
que les Etats ou les ensembles dEtats veulent « champions nationaux »,
internationalisés, alliés stratégiques à des opérateurs déjà
transnationalisés et disposant de moyens dacquérir et de conquérir des
parts de marché supplémentaires un peu partout à travers le monde.
Cest probablement la raison pour
laquelle, tous les opérateurs privatisés, déréglementés ou démembrés
demeurent toujours dun pouvoir de monopole (privé la plupart du temps) élargi-via
des procédures dalliances - à des niveaux leur permettant de se partager la
domination des réseaux de la planète : en cette fin des années 90, pas
plus de 4 à 5 conglomérats mondiaux coalisés sous des formes variées
dominent un marché mondial des télécommunications à 75% déréglementé »(15).
2-3-
Force est, par conséquent, de constater que le déplacement de la régulation
ne sest pas seulement opéré des Etats et des administrations en faveur
dentités déréglementées, « flexibles, agressives et souples »,
mais aussi et surtout de ceux-là au profit dun ordre supranational à
dominante marchande fondamentalement consacrée par la signature, le 15 Février
1997, au sein de lOrganisation Mondiale du Commerce, de laccord sur la libéralisation
des télécommunications à léchelle planétaire(16) .
Un
tel accord a, au-delà de son « caractère réglementaire »(17),
eu non seulement force de contagion sur la quasi-majorité des secteurs « nationaux »
de télécommunications mais aussi et surtout force de loi contraignant Etats et
administrations (du Tiers-Monde notamment) à suivre la voie que semble tracer
le « modèle institutionnel » en vigueur dans les grands pays
industriels.
III-
Libéralisation v/s privatisation des télécommunications dans les pays du
Tiers-Monde
3-1-
Il serait long, et déplacé de surcroît, de sarrêter sur lhistorique
des statuts des télécommunications dans les pays du Tiers-Monde ou de faire
linventaire des restructurations y ayant eu lieu, encore moins de brosser les
formes multiples et variées que de telles restructurations ont revêtues ou
sont en cours de revêtir(18).
Trois
observations majeures nous semblent, toutefois, suffisantes pour « planter
le décor » de létat actuel des télécommunications dans ces pays :
-
La première se rapporte à ce que lon pourrait appeler la « prégnance »
de lEtat ou de ladministration dEtat sur un « objet » dont
les caractéristiques technico-économiques et fonctionnelles ont été perçues,
des décennies durant, comme sapparentant davantage à un bien éminemment
collectif, dintérêt général, soumis aux obligations de service public et
de souveraineté nationale quà un bien marchand devant se soumettre à la
logique de marché et obéir aux considérations defficacité, de rentabilité,
de souplesse et de flexibilité(19).
-
La seconde observation a trait à ce que lon pourrait dénommer « lérosion
prématurée » du mode de gestion jusquici en vigueur et articulé
autour des notions de service public, de souveraineté nationale, de considérations
stratégiques et du mode e régulation administratif, étatique et réglementaire :
les nouveaux enjeux économiques et les bouleversements technologiques « subis »
par les secteurs des télécommunications semblent avoir accéléré la tendance
à la délégitimation dun service (public) en mal de construction et de
concrétisation(20).
- La troisième observation porte (ne
peut que porter) la marque de ce que lon pourrait désigner comme « la
crise du projet de société » que les élites du Tiers-Monde semblent
subir, développer, entretenir et propager : les discours en vogue faisant
de la libéralisation, de la déréglementation et de la privatisation du
secteur des télécommunications la clef pour la construction des autoroutes de
linformation et pour l entrée dans la société de linformation,
ces discours sont dautant plus déconnectés de la réalité quils puisent
inconsciemment dans les intentions de lautre (en en faisant siennes) beaucoup
plus que dans la « réalité » des choix technologiques et « sociétaux »
arrêtés ou en cours de concrétisation dans la plupart des pays du Tiers-Monde(21).
3-2-
Ces trois observations sont significatives, à notre sens, non seulement de la
prédisposition de ces pays (pays du Tiers-Monde) à entretenir le mythe du développement
technologique (et du développement tout court) mais aussi de la tendance à la
généralisation dun « mode de penser et de faire » dont
lintention déclarée et latente nest autre que celle consistant à mouler
les marchés nationaux en un marché planétaire, ouvert, uniformisé et
converti à la logique de consommation du modèle transnationalisé en vigueur.
3-3-
Il nous semblerait, à ce niveau danalyse, dune importance moindre de
disserter sur l « état préhistorique » dans lequel se
trouve la majorité des réseaux de télécommunications dans les pays du
Tiers-Monde ou sur la précarité des opérateurs de réseaux, encore moins sur
la mauvaise gestion administrative et financière dont ces réseaux et opérateurs
sont lobjet trois décennies au moins durant(22).
Non
dune grande utilité, non plus, de sarrêter à nouveau sur les
recommandations des experts des institutions internationales, portées davantage
par la nature de propriété que par le mode de gestion en vigueur choisi,
conseillé et justifié des décennies durant par les mêmes experts.
Il
semblerait aussi dune importance mineure dindiquer combien les firmes
multinationales sont intéressées davantage par ces réseaux et les opérateurs
qui les exploitent beaucoup plus que par les missions que les « pouvoirs
nationaux » dans les pays du Tiers-Monde semblent leur « tracer ».
Cest
autrement, pour cela que les discours sur les autoroutes de linformation et
la société de linformation, de même que les pratiques signifiant leur avènement,
ne sont (ne peuvent être) quun mythe profond que les élites des pays du
Tiers-Monde entretiennent au vu de léchec des « modèles de développement »
qu elles ont des décades durant, justifiés et défendus.
IV- De la déréglementation des télécommunications
au Maroc : limpasse du « bloc au pouvoir »
4-1-
Le mouvement de restructuration (ou présenté comme tel) du secteur des télécommunications
au Maroc ne déroge certainement pas à ce qui semble constituer le sentier
recommandé et tracé pour lensemble des pays du Tiers-Monde : il
sinscrit davantage dans le cadre dun mouvement densemble de déréglementation
et de privatisation du secteur quil nest lémanation dun développement
naturel ou « historique » dudit secteur(23).
Plusieurs raisons peuvent être avancées
pour attester dun tel état de fait :
-
La première raison tient au caractère foncièrement exogène du mode de
croissance et de développement recommandé et adopté pour le secteur deux décennies
durant au moins.
Quil
sagisse des choix technologiques ou des modalités dexploitation et de
gestion retenues, le secteur des télécommunications au Maroc a souvent été
le théâtre dopérateurs transnationaux en quête de marchés « porteurs »
et de projets mobilisateurs(24).
Lanalyse
des matériels achetés et des services retenus semblent exprimer davantage les
rapports de force entre lesdits opérateurs beaucoup plus quils ne sont
traduction dun « choix national » raisonné, réfléchi et
planifié(25).
-
La seconde raison se rapporte à ce que lon pourrait appeler « la déconstruction
du modèle de service public » devant présider aux phases ayant, sous
dautres cieux, précédé celles de la démonopolisation et de la
privatisation des opérateurs publics ou des opérateurs privés ayant mission
de service public ou de service universel.
Autrement,
la phase dite de « service public » ou de maturité du réseau de
base a été sinon amputée du moins déconsidérée avant même que les
missions de souveraineté ou dautonomie technologique ne soient réalisées,
consacrées ou du moins garanties(26).
-
La troisième raison est relative à ce que lon pourrait dénommer « la
rhétorique du discours ambiant » faisant des autoroutes de
linformation et du concept de société de linformation « le défi
nouveau » auquel doivent satteler gestionnaires, politiciens et
conseillers(27).
Une
telle rhétorique est non seulement sans substance réelle aucune mais est, de
surcroît, trompeuse et inductrice en erreur : elle est même des discours
à connotation mimétique pure quelle nest de ceux à pouvoir mobilisateur
réel(28).
-
La quatrième raison a trait à ce quil est de plus en plus convenu
dappeler « le consensus sociétal »(29) sur lavenir des
postes et télécommunications au Maroc.
Un
tel consensus semble se référer aux consensus déjà en vigueur dans des sociétés
mûres, libérées de la contrainte de consommation et aspirant à une ère
flexible, souple et non soumise à la pression de la « matérialité »(30).
Cest
sans nul doute sur cette base que lesdites sociétés ne cessent dengager débats
et réflexions, rencontres et consultations chaque fois quune question stratégique
engage le présent ou risque daliéner le futur.
Un
tel état de fait (desprit serais-je tenté de dire) est loin dêtre la règle
dans une société (comme la nôtre) vivant heurts et malheurs face à un opérateur
aux dirigeants pervertis et corrompus. Il est plutôt le baromètre dune
crise dans les choix technologiques et dans les modalités de gestion et
dexploitation dun secteur officiellement présenté, quelques années plus
tôt, comme ne devant pas faire lobjet de cession.
4-2-
Il nest, de ce fait, pas exagéré daffirmer que le mouvement de déréglementation
des télécommunications en vigueur au Maroc depuis le début des années 90,
nest autre que la résultante ultime des recommandations des institutions
financières internationales et des pressions des firmes de la communication
transnationales soucieuses d élargir leurs marchés et daccroître
leurs parts de marché(31).
Non
exagéré non plus de dire que ce mouvement nest, à notre sens, autrement
que lexpression denjeux subtils déclarés ou latents mettant en jeu un
Etat en quête de ressources financières supplémentaires et des acteurs
(internes et externes) aux intérêts immédiats
rentiers pour la majorité
dentre eux.
Cest la raison pour laquelle, la
privatisation des télécommunications (plus peut-être que la libéralisation
du marché sy rapportant) semble faire lunanimité des opérateurs économiques,
de la classe politique tout entière
tout comme celle de consommateurs épuisés
par des années dattente de raccordement, de mauvaise qualité de service, de
malversations financières, de détournements de lignes ou de facturation sinon
falsifiée du moins douteuse.
4-3-
Peut-on (re)trouver le salut du secteur par le biais de sa privatisation ?
Quel
espoir mettre dans la nouvelle structuration du secteur des télécommunications ?(32)
Trois
grandes pistes de réflexion peuvent être tracées quoique le projet de
privatisation ait été déjà adopté, ses clauses entrées en vigueur :
-
Première piste :
Si la déréglementation en vue se veut une rupture avec la gestion patrimoniale(33)
du secteur en vigueur jusquà maintenant, en faveur dune gestion
rationnelle, réfléchie, aux « intentions développementalistes »,
lon ne pourrait que lappuyer et largumenter de surcroît ;
-
Si (deuxième piste) ladite déréglementation
(au sens de privatisation) nest autrement que lémanation du modèle
transnationalisé en vigueur, lon ne peut, de ce fait, que le contrecarrer
sinon en démystifiant sa pensée, du moins en déshabillant sa portée réelle
et virtuelle (34);
-
Si en revanche (troisième piste)
la déréglementation des télécommunications en cours nest, dans ses
fondements comme dans sa finalité, autrement quune action de démantèlement
et daliénation dun secteur stratégique, elle ne peut de par la force des
choses, pas servir le projet de libéralisation que le discours officiel semble
privilégier, ni celui de démonopolisation, encore moins celui relatif à la dérégulation
du marché des télécommunications.
Cest fondamentalement pour cela
que le projet dit de libéralisation des télécommunications au Maroc nest,
à notre sens, ni déréglementation du monopole, ni dérégulation des
structures de marché, il nest autrement quun simple transfert du mode de
propriété et de gestion de la sphère publique à la sphère privée
étrangère
souhaite-t-on !
(1)-
El Yahyaoui.Y, « Les télécommunications à lépreuve des mutations :
Etat, monopole, déréglementation et concurrence », Ed. Okad, Rabat 1995.
Cf. aussi :
-
Libois.L.J,
« Les télécommunications : technologies, réseaux, services »,
Ed. Eyrolles, 1994.
-
Feneyrol.M, Guérard.A,
« Innovation et recherche en télécommunications : progrès
technique et enjeux économiques », Ed.Eyrolles, 1994.
(2)-
Musso.P, « Vers un oligopole mondial », Le Monde
Diplomatique, Mars 1998.
Voir aussi du même auteur :
« Télécommunications et philosophie des réseaux », PUF, 1997.
(3)-
Laffite.P, « La France
et la société de linformation : un cri dalarme et une croisade nécessaire »,
Assemblée Nationale, Rapport n° 3335, Sénat, n° 123, Office Parlementaire
dEvaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, Paris, Février 1997.
(4)-
Dont fondamentalement les techniques se rapportant à la commutation.
(5)-
LInternet est souvent présenté comme la préfiguration de ce que seront,
demain, les autoroutes de linformation, cest à dire la généralisation
du téléphone, de la radiodiffusion, de la télévision et de lélectronique
grand public.
(6)-
Théry .G, « Les autoroutes de linformation », La
Documentation Française, Paris, 1994.
(7)-
Voir pour les prolongements internationaux de la société de linformation :
El Yahyaoui.Y, « la
mondialisation : communication-monde, ultra libéralisme planétaire et
pensée unique », Ed. Boukili, Kénitra, Janvier 1998.
(8)-
Voir pour plus de développements :
-Carpentier.M
et Alii, « Les enjeux démocratiques, éthiques et culturels de la
société de linformation », Commission Européenne, Direction Générale
XIII, Octobre 1995.
(9)-
La littérature en la matière abonde. Lon recommande ici à titre indicatif :
-
Bangemann.M et Alii,
« LEurope et la société de linformation planétaire :
recommandations au Conseil de lEurope », Bruxelles, 1994.
-
Filori.J.C, Warney.F,
« Lavenir de la société de linformation : télécommunications,
technologies de linformation », Bruxelles, 26-27 Septembre 1994.
-
Gore.A,
« The National Information infrastructure : agenda for action »,
Washington DC, September, 1993.
(10)-
Cf. à ce sujet :
-
El Yahyaoui.Y, « Mouvance libérale et logique de privatisation :
les télécommunications, un service public ? », Ed. Okad, Rabat
1996.
-
Haussman.J, Benzoni.L, « Innovation, déréglementation et
concurrence dans les télécommunications », Ed.Eyrolles, 1993.
(11)-
La première modalité est la plus en vogue dans la plupart des pays
industriels. Le chemin semble avoir été tracé par la privatisation de BT et
de NTT au début des années 80.
(12)-
La science économique baptise ordinairement « monopoles naturels »
les secteurs dans lesquels le coût unitaire de production diminue lorsque la
quantité produite augmente.
(13)-
La compagnie ATT a réalisé, en 1996, un chiffre daffaires de 52,2 milliards
de dollars sur les 200 milliards que représente le chiffre daffaires cumulé
des services de télécommunications aux Etats-Unis.
(14)-
British Telecom continue (même privatisée) à dominer 85% du marché du téléphone
britannique hormis lagressivité de son concurrent principal (Mercury) et des
156 licences attribuées jusquà tout récemment.
(15)-
Le marché mondial des services de télécommunications sélevait , en
1996, à 440 milliards de dollars et devrait atteindre 900 milliards en 2001.
(16)-
Laccord sur les télécommunications, entré en vigueur à partir du premier
janvier 1998, stipule que les pays signataires sengagent à ouvrir leurs
marchés domestiques au secteur privé notamment étranger
(17)-
Laccord sur les télécommunications qui devrait, en principe, lutter contre
la profusion réglementaire, semble au contraire consacrer une « nouvelle
reréglementation » des télécommunications internationales.
(18)-
Ces formes vont de ladministration dEtat rigide et centralisé à la société
privée pure et dure en passant par les multiples formes intermédiaires
(offices, entreprises semi-publiques, EPIC,
etc.). Les missions dappui par
des experts recommandés par la Banque Mondiale précèdent souvent les actions
de restructurations.
(19)-
Une telle façon de « voir » a justifié pour plus de trois décennies,
la mainmise directe et centralisée de lEtat sur le secteur des télécommunications
dans ces pays.
(20)-
En ce sens que les missions de service public ont été « brisées »
bien avant quelles ne se traduisent dans la réalité ou prennent corps. La
logique des multinationales et les contraintes de « transfert
technologique » semblent avoir joué en faveur de l « érosion
de la logique du service public ».
Cf.
à ce propos : El Yahyaoui.Y, « Mouvance libérale
. »,
Ouv.Précité.
(21)-
De tels discours méconnaissent manifestement les sommes colossales que suppose
la construction desdites autoroutes dans les pays développés eux-mêmes.
(22)-
Cf. à ce propos :
El
Yahyaoui.Y, « Nouvelles
technologies de linformation et de la communication, mondialisation et société
de linformation : Où en est le Sud ? », Communication à la
Journée dEtudes organisée par la Banque Centrale Populaire, Casablanca, 20
Novembre 1996.
(23)-
Lhistoire des télécommunications au Maroc nétant jusquà
aujourdhui , pas rédigée, lon se limiterait dans ce paragraphe à
la présentation schématique du secteur telle quelle ressort de notre suivi
personnel.
(24)-
Aujourdhui, plus dune dizaine dindustriels transnationaux et de
prestataires de services internationaux se partagent les équipements et les
services en vigueur dans les télécommunications au Maroc.
(25)-
La planification du réseau na cessé, depuis plus dune décennie, de
traduire les rivalités des grands industriels multinationaux. Ladjudication
se fait généralement en fonction des rapports de force entre lesdits
industriels beaucoup plus quelle nest lexpression dun quelconque développement
économique ou social.
(26)-
Cf. la définition donnée au service universel (ex-service public) par la loi
24/96 relative à la poste et aux télécommunications ; loi, par ailleurs,
substantiellement calquée (corps et âme) sur celle portant réorganisation du
paysage des télécommunications en France (26 Juillet 1997).
(27)-
Un tel discours semble imprégner (au Maroc) davantage les discours du
gouvernement de « gauche » actuellement au pouvoir que lactuelle
« opposition » en mal de projet fédérateur. Ce discours nest,
à notre sens, que spéculateur et chimérique.
Cf.
à ce propos :
-El
Yahyaoui.Y, « Du mythe de la société de communication », La
vie Economique, 5 Octobre 1990 ; Al Bayane, 4-5 Janvier 1992.
-El
Yahyaoui.Y, « Mythes fondateurs du discours sur la société de
linformation » ; Communication au colloque « Réseaux et
systèmes dinformation à lheure de la société de linformation » »,
Ecole des Sciences de lInformation, Rabat, 24-25 1996.
(28)-
Voir préambule à la loi 24/96 relative à la poste et aux télécommunications.
(29)-
Au-delà de l « abstention » des députés de gauche à la
chambre des représentants (29 juin 1997), lactuel ministre de lÉconomie
et des Finances ne « mâche pas ses mots » quant à la nécessité
de privatiser le secteur, le plus vite serait souhaitable, disait -il à Londres
il y a quelques semaines.
(30)-
La privatisation partielle de France Telecom par le gouvernement socialiste
semble indiquer le chemin et tracer litinéraire.
(31)-
Dans lun de ses mémorandums , la Banque Mondiale sengage à mettre
à la disposition du gouvernement marocain les experts devant rédiger les
cahiers des charges devant « cadrer » le marché national des télécommunications.
(32)-
Lactuelle réorganisation, séparant les branches postes et télécommunications
et instituant une autorité de réglementation semble suivre le chemin tracé
par le modèle institutionnel dominant, beaucoup plus quelle nest lémanation
dune réflexion de fond sur lavenir et le devenir de lactivité dans
son ensemble.
(33)-
Au sens péjoratif du terme, sinon comment expliquer la pérennité de
responsables devant en démocratie « partir » eu égard au nombre de
scandales financiers (entre autres) qui ne cessent de secouer le secteur.
(34)-
Dautant quelle laisse passer inaperçues les problématiques de
lemploi, de la recherche et de linnovation, encore plus et davantage les
considérations de service public.
(*)- Communication au colloque « Devenir du service public », Faculté des Sciences juridiques, Économiques et Sociales, Université Mohamed V, Rabat, 4-5 Juin 1998.