«L'industrie, les technologies et les services de l’information
et de la communication au cœur de l’avenir»
Bouchet.
H, Conseil Economique, Social et Environnemental, Rapport, Paris, Avril 2009,
154 p.
1- L’appellation générique «Technologies
de l’information et de la communication» abrégée en «TIC», regroupe toutes ces
techniques à vocation universelle, sans lesquelles le développement de nombre
de techniques spécialisées serait entravé.
Les TIC
sont partout avec un caractère universel qui est leur apanage. Elles ont
investi tous les domaines de la vie socioéconomique, révolutionné des pans entiers
de l’activité productive, métamorphosé le travail et profondément modifié son
organisation. Elles ont accéléré les cycles économiques, «imposé de nouvelles habitudes
culturelles, de pratiques sociales comme de loisirs. Les rapports de chaque
individu au temps et à l’espace ont été bouleversés. L’information, encore
appelée donnée, est au coeur du dispositif du village planétaire».
Précédemment,
l’homme se déterminait selon sa position dans l’espace, affirme le rapport. Domicile
et travail représentaient les horizons de son territoire. Aujourd’hui, «la mobilité
devient prédominante et, au coeur de sa bulle informationnelle, l’homme se
déplace. Ainsi par exemple, le téléphone fixe est devenu le mobile, fixé à la ceinture,
tandis que l’ancien téléphone fixe est relégué au rôle d’intermittent de la
communication».
Mais c’est
au sein de la culture qu’il convient d’inscrire les TIC, car leur maîtrise conditionne
la vigueur des industries et des techniques de l’information et de la communication.
Le
rapport producteur d’informations ou de services/utilisateur des informations
et services est bouleversé. On estime par exemple que «quatre utilisateurs
assidus du web sur dix sont des créateurs de contenus ou d’applications, et
qu’un utilisateur sur deux est contributeur à plus ou moins haut niveau. Cela
va du dépôt de photographies (25 millions de photographies sont déposées
journellement sur Facebook) jusqu’à la réalisation de montages vidéo en ligne».
Cet aller
retour permanent entre les rôles de producteur et de consommateur d’informations
et de données que pratiquent avec agilité les nouvelles générations nées avec
les réseaux sociaux et les logiciels libres, change profondément l’économie de
la production, comme les rapports entre praticiens du web et des TIC.
Ainsi par
exemple, le transport d’information est quasiment gratuit sur internet alors
que le transport de biens matériels est coûteux. En même temps, l’on voit tout
l’intérêt à ne transporter la matière qu’une fois qu’elle est vendue, car cela
évite du transport inutile en cas de non vente, de la fabrication inutile et un
stockage en aval qui va au contraire de tous les progrès accomplis ces
dernières années dans la chaîne de valeur.
2- La prospective sur les usages et
l’impact global des TIC ouvre un horizon où leur appropriation ne sera réelle
qu’à l’image de la prothèse devenue greffe. Quand elle est réussie, la greffe
ne se distingue plus du porte greffe à la différence de la prothèse qui reste
toujours «corps étranger». Concrètement, l’appropriation est la maîtrise de
base tant de l’outil que des contenus : produits et services.
C’est
dire que face à une machine technique et, plus encore, face à une machine dite «intelligente»,
se pose depuis la naissance de la société industrielle la même question :
jusqu’où peut-on déléguer à la machine ? Quelles sont les limites de prise en
charge d’une part de soi par le système ?
Les
réseaux de sociabilité, les communautés virtuelles, pour le partage comme pour
les jeux de rôles se multiplient et impriment profondément leurs marques dans
la psychologie et les pratiques relationnelles des jeunes générations. Ces
possibilités de mise en relation de contenus et de personnes stimulent
l’innovation et la création de contenus et de services.
Qu’en
est-il, par conséquent, «et qu’en sera-t-il de l’usage en entreprise du Web
2.0, qualifié par certains de «Web social» ? Cet outil de mise en relation qui
rassemble des communautés d’intérêt, ou permet d’en créer, peut être utilisé de
différentes manières en entreprise. Ce peut être un outil de travail quasi
clandestin pour trouver auprès de partenaires occupant des fonctions identiques
dans des entreprises externes, éventuellement en concurrence, un réseau de
conseil entre pairs».
Les
réseaux sociaux en entreprise conduisent à terme à des redéfinitions inévitables
: redéfinition des compétences et des hiérarchies, redéfinition des méthodes de
management et redéfinition des systèmes de reconnaissance. Fondé sur le
principe du «mieux travailler ensemble» et du «meilleur partage des savoirs»,
les réseaux sociaux vont affecter le management des entreprises et leur
organisation. Le réseau social sera à terme une commodité comme une autre
d’organisation du travail, «mais une commodité spécifique en ce qu’elle est
opératrice de transformations du travail et des relations sociales au sein de
l’entreprise».
Le
résultat attendu de l’introduction des réseaux sociaux, outre un gain de temps
pour trouver le bon partenaire, complémentaire ou partageant les mêmes démarches,
est une association avec ce partenaire pour développer un projet, un marché,
une activité économique. L’introduction progressive de tels outils dans l’entreprise
bouleverse l’organisation du travail : «les hiérarchies peuvent être contournées
et le management de l’entreprise doit s’adapter pour intégrer dans sa conduite
des affaires des données externes à l’entreprise. Ainsi un web social joue le
rôle d’opérateur de transformations de l’organisation du travail dans l’entreprise
qui l’adopte».
Parallèlement,
les TIC ont une dimension industrielle incontestable car génératrice d’activités
productives. Elles révolutionnent l’activité professionnelle en même temps
qu’elles posent des questions particulières en matière de sécurité et d’éthique.
La maîtrise de ces opportunités et risques renvoie à un certain nombre d’enjeux
qui relèvent tant du champ économique que social, conclut le rapport.
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
21 Janvier 2009