«Brésil:
le géant vert?»
Emorine.J.P, Sénat,
Rapport, n° 189, Paris, Janvier 2008, 53 p.
1- Dans la préface au présent rapport,
l’on lit ceci : «cinquième pays du monde par sa population (186 millions
d’habitants en 2006), et par sa superficie (8,5 millions de kilomètres carrés),
le Brésil est l’un des géants du continent américain, dont il occupe 21% du
territoire. Au surplus, le pays est devenu en 2006, la dixième puissance
économique mondiale avec un produit intérieur brut (PIB) de 1.067 milliards de
dollars, contre 510 milliards de dollars en 2001. Le PIB par habitant, qui
n’atteignait que 2.956 dollars en 2001, est passé quant à lui, à 5.715 dollars
en 2006».
En effet,
avec un territoire immense et des ressources naturelles variées, le pays est
aujourd’hui «l’un des acteurs majeurs de la scène économique internationale en
sa qualité, notamment, de leader des exportations de produits issus de
l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire, et d’Etat industriel de premier
ordre», sa base industrielle faisant de lui un des pôles d’excellence dans
plusieurs secteurs, au nombre desquels l’aviation civile ou l’automobile.
Mais, paradoxalement
à cela, le pays connaît de nombreuses faiblesses, qui constituent autant de
freins à son développement et à sa croissance économique. Outre le fait qu’i
est encore largement sous-doté en infrastructures de transport, dont notamment
celles de transport, le Brésil est l’une des sociétés les plus inégalitaires au
monde, et dont le territoire connaît de grands déséquilibres régionaux.
2- En première partie («Portrait économique du Brésil»), le rapport
souligne que le taux de croissance du Brésil a été fort soutenu au cours des
deux dernières décennies, et quoi que l’agriculture ne représente que 8% du PIB brésilien, «ce secteur
économique, dans son acception la plus large, a apporté une contribution
déterminante à cette croissance, grâce à la progression particulièrement vive
des exportations agroalimentaires».
Quoi que
le pays demeure toujours le premier producteur mondial de café, cette culture
n’est plus aussi déterminante pour sa croissance, celle-là étant largement
dépassée par celles du soja, du sucre et de l’éthanol ou de la viande. Au plan
national, le secteur agroalimentaire, principal moteur de la croissance économique, représente entre 27 et 30% du PIB,
37% des emplois et jusqu’à 40% des exportations totales.
L’immensité
du territoire brésilien, de ses terres exploitables et l’existence
d’importantes ressources en eau, (le pays dispose de 18% des ressources mondiales),
constituent l’un des premiers atouts de son économie agricole, et lui
permettent de consacrer près de 60 millions d’hectares aux différentes cultures,
et 230 millions d’hectares aux pâturages pour l’élevage.
Si les
terres brésiliennes sont exploitées par plus de 4 millions d’entreprises
agricoles, le rapport note ici qu’il existe «une très forte dichotomie entre petites
et grandes exploitations : les plus grandes fermes concentrent ainsi fortement
les terres, puisque 3,5% des exploitations brésiliennes totalisent plus de la
moitié de la surface agricole».
C’est
probablement en raison de cela que le Brésil est devenu, au fil des années, le
premier exportateur mondial de soja, de sucre (dont il est le premier
producteur), d’éthanol, de boeuf, de poulet, de tabac ou de jus d’orange.
Les gains
de productivité atteints proviennent d’un grand mouvement de modernisation et
de mécanisation de nombreuses exploitations et, plus récemment, par
l’augmentation des surfaces cultivées. Dans certains secteurs, ces gains ont
été spectaculaires : ainsi, «entre 1991 et 2006, ils ont été de 200% pour la
production de coton, de 80% pour le maïs, de 52% pour le soja ou de 44% pour le
blé».
Par
ailleurs, l’existence d’importantes ressources foncières, facilitant l’exploitation
de troupeaux immenses, a permis à l’élevage brésilien de s’orienter vers une
stratégie de conquête des marchés extérieurs. Le Brésil exporte désormais près
de 2,2 millions de tonnes de viande chaque année, ce qui représente 30% du
marché mondial, note le rapport.
Le Brésil
est ainsi le premier exportateur mondial de viande bovine depuis 2003, ainsi
que de poulet, et le quatrième exportateur de viande de porc.
Malgré ce
statut de premier exportateur mondial de viandes, le Brésil destine l’essentiel
de ses productions à la satisfaction des besoins de son marché intérieur, le
brésilien consommant, chaque année et en moyenne, 35 kilos de viande de poulet,
37 kilos de boeuf et 12 kilos de porc. De ce fait, 80% de la production bovine
est consommée au Brésil, ces proportions s’élevant à 71% pour la volaille et 82%
pour le porc.
Aux côtés
d’une économie agricole dynamique, le Brésil dispose d’un appareil industriel
très diversifié. Celui-ci est le résultat d’un processus d’industrialisation
qui s’est accéléré après la seconde guerre mondiale.
En effet,
«l’existence d’industries hautement sophistiquées, comme l’aéronautique, et la
présence d’un des pôles économiques parmi les plus importants au monde au
sein de l’Etat de São Paulo, constituent autant de traits saillants de ce haut
degré de développement industriel, à l’origine de l’essor des exportations de
biens manufacturés. Le pays a ainsi acquis un rang mondial dans plusieurs
secteurs : le Brésil est ainsi le premier constructeur mondial d’avions régionaux
et occupe le cinquième rang pour le caoutchouc, le septième pour le papier, le
huitième pour l’acier et la plasturgie, le neuvième pour l’automobile et le
onzième pour la chimie».
L’Etat de
São Paulo joue un rôle prépondérant au sein de cette économie brésilienne
dynamique et fort active. Regroupant environ 22% (40,5 millions d’habitants) de
la population brésilienne, cet Etat représente 31% du PIB national, 30% de la
consommation brésilienne et 50% de la recherche scientifique, et concentre près
de la moitié des sièges des 500 plus grandes entreprises brésiliennes.
Troisième
produit intérieur brut de l’Amérique latine, cet Etat est, à l’image du Brésil,
une puissance agricole, la filière agroalimentaire y représentant 40% de son
PIB, et 70% de sa surface, soit 18 millions d’hectares, est exploitée pour
l’agriculture et l’élevage. Il s’agit du premier Etat fédéré producteur de
canne à sucre, de jus d’orange, de légumes, de viande bovine et d’oeufs. Il
occupe par ailleurs la troisième place pour le maïs et le café, et le cinquième
rang pour le coton.
L’Etat de
São Paulo n’en est pas moins une puissance industrielle, notamment dans le
secteur de la transformation. «Son territoire concentre 40% de l’industrie métallurgique
du Brésil, 50% de son industrie mécanique, 40% de son industrie d’équipements
électriques, 60% de son industrie chimique et 70% de son industrie
pharmaceutique. Il compte également plus de 150 banques commerciales et une
quinzaine de banques de développement. La ville de São Paulo accueille 68% des
opérations financières du Brésil, et demeure de loin la première place où
s’effectuent les flux de capitaux dans le pays».
La
prépondérance industrielle de l’Etat est renforcée par la présence sur son
territoire de deux pôles d’excellence dans les secteurs de l’automobile et de
l’aviation civile. «Située à São Jose dos Campos, l’entreprise Embraer dispute
aujourd’hui la troisième place de constructeur d’avions au monde, avec le
canadien Bombardier, et détient environ 46% du marché mondial des avions
à réaction régionaux (30 à 120 sièges)».
L’économie
de l’Etat de Rio de Janeiro se place, en termes de PIB quant à elle, au second
rang derrière São Paulo. Elle présente cependant des fragilités, puisque l’industrie
pétrolière, tout en étant à l’origine de son récent redémarrage, est au coeur
de son déficit commercial, le Brésil étant contraint, faute de capacités nationales
de raffinage suffisantes, d’exporter le pétrole brut extrait de son sol pour le
faire traiter.
Le
secteur des services joue également un rôle important dans l’économie de Rio de
Janeiro. «L’Etat accueille des pôles d’activité dans le domaine des
télécommunications, quatre des principaux opérateurs de téléphonie fixe et
mobile ont leur siège dans l’Etat, et des médias. Le secteur informatique
génère quant à lui un chiffre d’affaires significatif, et totalise 8.500
entreprises fournissant près de 40.000 emplois directs».
Sous
l’effet des entrées massives de devises liées aux excédents commerciaux
enregistrés au cours des dernières années, le Brésil a ainsi réussi sa stabilisation
financière. D’une part, «l’inflation a été maîtrisée avec un taux de 3,1%
à la fin de l’année 2006 contre 5,7% fin 2005. Depuis 2003, le gouvernement a
mis en oeuvre une politique budgétaire plus restrictive afin de maîtriser les
déficits et de stabiliser, puis de diminuer, la dette publique. Fixé à 4,25% du
PIB par le FMI, l’objectif d’excédent budgétaire primaire a été atteint de
manière régulière, et a même été dépassé à plusieurs reprises (4,6% en 2004,
4,8% en 2005, 4,3% en 2006). Cette relative maîtrise des dépenses publiques
s’est néanmoins effectuée au prix d’un alourdissement sensible de la pression fiscale,
et d’une diminution sensible des investissements publics».
Ces bons
résultats budgétaires enregistrés depuis 2003 ont permis de réduire le ratio de
la dette nette du secteur public de 62% en 2002 à 49,7% à la fin de l’année
2006. Le pays a été par conséquent en mesure, en décembre 2005, de rembourser par
anticipation, la totalité de son encours de dette envers le FMI, soit 15,5
milliards de dollars.
Mais malgré
cette amélioration des fondamentaux macroéconomiques, des fragilités
structurelles continuent à obérer la croissance potentielle brésilienne, au
nombre desquelles des niveaux de taux d’intérêt figurant parmi les plus élevés
au monde. En effet, «même si le ralentissement de l’inflation, ainsi que des anticipations
d’inflation, a conduit la banque centrale à desserrer légèrement sa politique
monétaire, les taux d’intérêt restent très élevés à environ 12%, contre 20% en
2005 ou 27% en 2002», observe le rapport.
L’insuffisance
des infrastructures de transport constitue une autre illustration des
difficultés structurelles auxquelles est confronté le Brésil, les
infrastructures ferroviaires étant notoirement inadaptées, «quand on sait que
80% du soja produit au Brésil transite par camions sur des distances pouvant
atteindre 3.000 kilomètres, portant les coûts du transport à un niveau compris
entre 30 et 40% du prix de la marchandise».
Dans le
même temps, la société brésilienne est l’une des plus inégalitaires au monde,
qu’il s’agisse de la répartition des revenus ou de celle du patrimoine. La
moitié de la population la plus pauvre recevait, en 2000, 14,5% du revenu total
(contre 13% en 1991), alors que les 10 % les plus riches bénéficiaient de 46%
du revenu total (contre 49% en 1991). Plus de 20% de la population, soit 50
millions d’habitants, vivent ainsi avec moins de 2 dollars par jour, et plus du
tiers se situe sous le seuil de pauvreté.
Manifestation
de ces inégalités croissantes, l’urbanisation est galopante au Brésil, pays qui
compte désormais quinze villes de plus d’un million d’habitants. Les grandes
cités «exercent un puissant effet d’attraction sur les travailleurs des zones
rurales à la recherche d’un emploi, qui se regroupent bien souvent dans les
bidonvilles (les favelas). Alors que la société brésilienne était rurale à 60%
dans les années 1950, 80% des Brésiliens vivent désormais dans les zones
urbaines».
3- En deuxième partie («L’essor des biocarburants brésiliens»), le rapport affirme que l’essor réel
des biocarburants au Brésil est plus récent, car très fortement lié à la
diffusion des véhicules flex-fuel au sein du parc automobile brésilien, ceux-ci
représentant désormais entre 80 et 90% des ventes de véhicules neufs, contre
seulement 3% en 2003, date de lancement des premiers modèles flex-fuel.
Le Brésil
est aujourd’hui «le deuxième producteur mondial d’éthanol, avec 17 milliards de
litres en 20071, derrière les Etats-Unis. En 2006, 20% de la production nationale
a été exportée vers les Etats-Unis, et vers l’Union européenne, notamment en
Suède et aux Pays-Bas».
La
production brésilienne d’éthanol repose sur la culture de la canne à sucre. Au
cours de la campagne 2006-2007, «la moitié des 470 millions de tonnes de
canne à sucre produites au Brésil a été utilisée pour produire de l’éthanol.
Les conditions agraires et climatiques sont particulièrement propices à
cette culture : les surfaces sont grandes et faciles à exploiter, l’eau est abondante
et la canne ne doit être replantée que tous les six ans».
Avec un
rendement à l’hectare s’élevant à 7.000 litres d’alcool, le rendement
énergétique de la canne à sucre est considérablement supérieur à celui
de son principal concurrent, le maïs américain, «qui ne permet la production
que de 3.000 litres d’alcool par hectare» note le rapport.
Toutefois,
la nécessité de consacrer des surfaces toujours plus étendues à la culture de
la canne à sucre crée, à l’évidence, une pression sur les usages de la terre,
et favorise un report des autres activités agricoles vers les terres
amazoniennes (en 2007, plus de 7.000 kilomètres carrés de forêt auraient été
détruits par brûlage, entre le mois d’août et le mois de décembre).
Le
programme national en faveur du biodiesel, lancé en septembre 2004 par les
autorités brésiliennes, constitue le second pilier de la stratégie nationale de
développement des biocarburants. Ce plan présente des enjeux tant énergétiques
qu’environnementaux et sociaux.
Mais la
demande mondiale de biocarburants est d’autant plus soutenue qu’elle est tirée
par les projets d’un nombre croissant d’Etats d’instaurer des normes minimales
d’incorporation de biocarburants dans les carburants classiques, à l’image de
l’Union européenne qui a prévu de porter ces taux d’incorporation à 10% d’ici à
2020.
Toutefois,
les biocarburants, qui ne représentent aujourd’hui que 1% de l’essence
consommée dans le monde, n’ont pas vocation à se substituer massivement au
pétrole «en raison des difficultés à les produire dans un contexte de tension
sur les marchés des produits agricoles et d’incertitudes sur leur bilan
énergétique et environnemental».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
2 Avril 2008