Le secteur des télécommunications à l’épreuve des mutations : l’effet des nouvelles technologies d’information et de communication(*)

 

 

 

Yahya El Yahyaoui

 

Introduction :

 

Au sortir des années 80, le paysage mondial des télécommunications a connu des changements structurels profonds, significatifs de deux mutations majeures :

 

- Une mutation technologique fondamentale se traduisant par un véritable foisonnement des nouveaux systèmes d’information et de communication.

- Et une mutation institutionnelle parallèle, lézardant la légitimité économique des monopoles d’exploitation et remettant en cause par là la place de l’Etat dans les théories et politiques économiques.

 

En fait, l’impact des nouvelles technologies de l’information et de la communication, joint aux mesures d’accompagnement réglementaires, a non seulement favorisé l’émergence de nouvelles technologies, mais aussi l’interpénétration de secteurs complémentaires et/ou substitutifs (audiovisuel, informatique et télécommunications), l’organisation de l’espace économique des pays, des régions ou des municipalités s’en trouvant, par conséquent, nécessairement modifiée.

 

L’objet de la présente contribution est, de ce fait, triple :

+ essayer d’identifier la relation/corrélation entre les nouvelles technologies de l’information et de la communication et le nouveau paysage des télécommunications.

+ reposer la problématique de la convergence des secteurs due, nous semble-t-il, aux NTIC.

+ et tenter une réflexion sur l’impact des NTIC sur l’organisation de l’espace économique.

 

I- Le nouveau paysage mondial des télécommunications : NTIC, déréglementation et contagion dé- réglementaire.

 

Le paysage mondial des télécommunications/systèmes d’information connaît une situation de décomposition/recomposition majeure. Ce constat de fait peut être aisément vérifié à la lumière de la déflagration profonde des nouvelles technologies de l’information et de la communication et du mouvement quasi-universel de déréglementation qui a touché non seulement les télécommunications, mais  le secteur de la communication dans son entier.

 

En effet, les nouvelles technologies de l’information et de la communication « se présente comme une constellation d’innovations dont l’effet est d’accroître de plusieurs ordres de grandeur les performances techniques tout en permettant de considérables baisses de coûts à la fois dans l’activité elle-même et dans les secteurs bénéficiant d’une diffusion transversale des innovations ; c’est à dire pratiquement tous à des degrés divers ».

 

C’est la raison pour laquelle, l’importance des télécommunications au sein des technologies de l’information est et sera cruciale dans les économies occidentales avancées notamment : on peut  en lire les premières manifestations dans les progrès réalisés dans les processus d’informatisation des entreprises et des administrations, dans les progrès de la multiplication des réseaux spécifiés à l’échelle d’établissements ou d’entreprises couvrant à la fois la planète entière de leurs réseaux « internes ».

 

Ces évolutions sensibles témoignent d’un fait important :  que le secteur des télécommunications dépasse déjà, et va dépasser certainement très largement dans les années à venir, les limites qui lui étaient imparties.

Ce n’est ainsi pas un hasard si, depuis une dizaine d’années, des firmes comme ATT ou IBM ont tendance à élargir leurs activités traditionnelles, l’une vers l’informatique, l’autre vers le domaine des télécommunications. Ce n’est pas, en plus, pas moins de 60 pour cent du marché d’ensemble des technologies de l’information que pourraient atteindre les marchés nouveaux liés aux systèmes télématiques.

 

Malgré cela, le sentiment est largement répandu, dans les grands pays industriels, que tout le bénéfice possible n’est pas tiré du secteur des télécommunications et par conséquent des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il existerait même un décalage, une inadaptation entre les potentiels d’innovation et le contexte socio-économique, institutionnel et réglementaire.

 

Une carence des ajustements structurels est donc mise au devant, car pour que le progrès technique prenne tout son ampleur et produise des effets d’ensemble, la réflexion et les réformes doivent s’appliquer aux cadres de la vie économique : cadre légal et politique, marchés financiers et modalités des décisions d’investissements, systèmes et styles de management industriel…etc.

 

La déréglementation en est donc un aspect fondamental, car si celle-ci a entraîné des discussions passionnées depuis la fin des années 70,  elle est aujourd’hui une réalité imposante.

 

En effet, l’apparition de nouvelles technologies en transmission, en commutation et dans les équipements d’abonnés et l’évolution des systèmes de communication se manifestent à travers un foisonnement technologique sans précédent (numérisation, réseaux numériques à intégration de services, commutation temporelle asynchrone, fibres optiques, satellites, radiotéléphonie cellulaire, réseaux à large bande, réseaux intelligents, réseaux virtuels…etc.) ont déplacé les frontières institutionnelles jugées incompatibles avec le développement du parc téléphonique, l’interpénétration d’activités ou l’explosion de nouveaux services et demandes spécifiés.

 

Bref, la nouvelle déflagration technologique a abattu tous les monopoles (réglementés), ravivé la concurrence, multiplié les exploitants, encouragé la recherche, développé aussi bien le secteur des télécommunications que celui de l’informatique et de l’audiovisuel.

La déréglementation des télécommunications a donc non seulement battu les monopoles protégés, mais a touché par effet de contamination, les autres secteurs c’est à dire ceux qui leur sont proches.

 

II- Sur la convergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication :

 

La distinction traditionnelle entre exploitants, industriels et prestataires de services a de plus en plus tendance (sous l’effet des nouvelles technologies de l’information) à s’estomper.

Par conséquent, les exploitants ne se contentent plus de gérer les réseaux téléphoniques mais commencent sérieusement à concurrencer les industriels sur le secteur des équipements. En même temps, les industriels produisant des centraux téléphoniques ou des terminaux fax, ne cachent plus leur attirance pour les services. Bref, les prestataires de services et les informaticiens « se mettent sérieusement à faire des télécommunications ».

 

C’est dire autrement que les technologies de télécommunications connaissent une évolution rapide dont les conséquences sont doubles : d’une part, une réduction du coût marginal de la transmission, d’autre part, une convergence de plus en plus nette des techniques de commutation et de traitement de l’information, les centraux modernes en technique temporelle étant devenus des sortes d’ordinateurs.

 

Ainsi, par exemple, l’explosion de l’information et de la bureautique vers de nouvelles classes d’utilisateurs implique des partages et des échanges d’information de plus en plus nombreux, et c’est dans cette dynamique d’évolution de la demande que se formalise de manière collective la convergence informatique-télécommunications beaucoup plus que dans les structures industrielles.

 

Trois grandes catégories d’applications peuvent ainsi en découler :

 

+ d’abord, les applications orientées ou communication interpersonnelle. C’est le cas pour le téléphone,  la télécopie, le visiophone  ou  la téléconférence.

+ ensuite, les applications orientées ou « information » : il s’agit surtout des applications informatiques, des banques de données ou d’images…etc.

+ et enfin les applications orientées « process » (télésurveillance, contrôle d’installation, aspects « temps réel »).

Certaines applications peuvent associer plusieurs de ces composantes : le courrier électronique et la messagerie, la communication de PC à PC, les communications multimédias ou autres.

 

3- Nouvelles technologies d’information et de communication et organisation de l’espace économique

 

Le développement de l’usage des nouvelles technologies d’information et de communication n’interpelle pas uniquement le devenir spatial du tissu économique (polarisation, délocalisation, répartition spatiale des qualifications, influence sur la structure productive des entreprises…etc.) mais aussi le devenir spatial de l’urbanisation liée à l’usage de ces NTIC notamment des télécommunications.

Car l’ usage croissant des télécommunications est de ce point de vue susceptible d’avoir des incidences spatiales importantes.

 

En effet, les NTIC apparaissent comme un important facteur de la production industrielle et tertiaire ; des nouvelles possibilités pourraient exister pour la mise en œuvre de politiques de décentralisation/délocalisation d’emplois ou d’activités voire pour les politiques ambitieuses d’organisation et de réorganisation spatiales d’entreprises.

 

C’est une hypothèse importante dont il s’agit toutefois d’apprécier la pertinence, mais aussi les impacts sur l’activité économique, l’emploi, la réorganisation des fonctions ou l’influence sur les choix d’investissement et d’implantation des entreprises.

 

Toute la question est donc une question de redéploiement  : dans quelle mesure la disposition d ‘une nouvelle technologie d’information ou de communication serait à même de favoriser l’implantation d’une unité de production donnée dans un espace donné ?

 

C’est une interrogation de taille. Car face au développement de nouveaux moyens de télécommunications, les stratégies des entreprises tout comme celles de l’Etat se trouvent non seulement conditionnées, mais aussi et davantage liées…

 

 

 

Bibliographie

 

 

(1)- Bakis.H, « Information et organisation spatiale », Paradigmes, Caen, 1998.

(2)- Bakis.H, « Entreprise, espace, télécommunications », Paradigmes, Caen, 1988.

(3)- Bakis.H, « Télécommunications et organisation de l’espace », Thèse, Université Paris I, 1981.

(4)- BIT, « La micro-électronique et son impact socio-économique : éléments de diagnostic », Sans référence.

(5)- Claisse.G, « Transports ou télécommunications : les ambiguïtés de l’ubiquité », PUL, Lyon, 1988.

(6)- Hulber.R, « The new information and communication technologies and the microelectronics revolution », Programme FAST, n° 2, Match 1981.

(7)- Currien.N, Gensollen.M, “L’ouverture des réseaux: planification ou concurrence dans les télécommunications et d’autres services publics”, Le Communicateur, n° 7, 1986.

(8)- Fast, « Effets structurants de la télématique sur les industries », CCE, FAST, Bruxelles, 1987.

(9)- Fast, « Mutations technologiques et enjeux sociaux », CCE, FAST, Bruxelles, 1988.

(10)- Lefebre.O, « Télécommunications et localisation des investissements des grandes firmes », Netcom, Vol 2, n°2, Décembre 1988.

(11)- Lera.E, « The function of research-development in the ITT corporation », CCE, FAST, Bruxelles, 1987.

(12)- Pogorel.G, “Télécoms: quelle évolution pour la France?”, Le Communicateur, n° 1, 1986.

(13)- Toussaint.N, « L’économie de l’information », PUF, 1987.

(14)- UIT, « Information, télécommunications et développement », Avril 1986.

(15)- Science et Vie, « Le réveil des géants », n° 38, Avril 1988.

(16)- Vergopolus.K, « L’impact des nouvelles technologies sur les industries alimentaires »,CCE, FAST, Bruxelles, 1985.

 

 

(*) BCP, « L’information économique », Ouvrage collectif, Banque Centrale Populaire, Casablanca, 1991.