«Cyberterrorisme, mythe ou réalité?»
Cédric
Thévenet, Université de Marne-La-Vallée, 2006, 58 p.
1- Il est communément admis, lit-on en
introduction, «que les terroristes utilisent internet pour communiquer. Ils
font un usage régulier du World Wide Web pour publier des revendications, des
fatwas, les vidéos d’exécution de leurs otages ou assurer leur propagande. Ils
utilisent également le courrier électronique, les SMS et les téléphones
satellites».
Si toutes
ces actions témoignent de l’utilisation des technologies de l’information et de
la communication (TIC), elles ne peuvent, pour autant, être qualifiées d’action
cyber-terroriste. Identifier une action cyber-terroriste consiste à définir le
terrorisme, et le placer en perspective avec l’attrait que peut présenter
l’utilisation des TIC.
A ce
jour, il n’existe aucune définition universelle du terrorisme, estime l’auteur.
Il va donc de soi que la notion de cyber-terrorisme est des plus malléables. Mais
on peut considérer que pour être qualifiée de terroriste, «une action doit
remplir un certain nombre de critères : l’acte doit être prémédité, motivé par
des intérêts idéologiques, perpétré à l’encontre de non-combattants par des
minorités nationales, ethniques, ou des agents clandestins, susceptible d’engendrer
un état de panique, dans le but ultime d’influencer les gouvernants. Le terme
terrorisme international implique des citoyens ou des territoires appartenant à
plus d’un pays. Le terme groupe terroriste signifie, tout groupe pratiquant ou ayant
un ou des sous-groupes pratiquant le terrorisme international».
Le cyber
terrorisme est par ailleurs, une utilisation motivée par des croyances
religieuses ou politiques, d’ordinateurs ou de réseaux de télécommunication,
comme arme ou cible, «ainsi que leur destruction physique, par des minorités
ethniques, religieuses, ou des agents clandestins, dans le but d’exercer des
violences à l’encontre d’une population non combattante, entraînant des pertes
humaines ou des destructions, dans le but d’influencer l’opinion publique ou le
gouvernement».
Cette
définition est toutefois limitative, car elle ne considère pas les effets
secondaires d’un dysfonctionnement majeur des systèmes informatisés, tels la
perte de confiance en l’économie numérique, les pertes boursières, les
accidents dans les transports ou encore les problèmes d’approvisionnement d’eau
et d’électricité.
2- Une attaque informatique peut être
définie comme une action dirigée contre des systèmes informatiques dans le but
de compromettre des équipements, l’exécution des processus ainsi que leur
contrôle, ou de corrompre des données.
Chaque
type d’attaque cible des systèmes différents ou exploitant des vulnérabilités
multiples différentes, et «implique l’utilisation d’armes adaptées dont
certaines sont aujourd’hui entre les mains de groupes terroristes. Ainsi, une
attaque physique implique des armes conventionnelles dirigées contre des
centres informatiques ou des ensembles de câbles assurant les liaisons, tandis
qu’une attaque électronique implique l’utilisation de l’énergie
électromagnétique comme arme», l’attaque informatique impliquant généralement
l’utilisation de code malicieux comme arme, pour infecter des ordinateurs en
exploitant certaines failles logicielles.
Le Département
de Défense Américain a statué sur la dangerosité des différentes menaces en classant
les attaques informatiques et électroniques comme étant celles présentant le
plus de risques pour les Etats-Unis d’Amérique, car elles peuvent provoquer des
effets domino imprévisibles, donnant un avantage inattendu à l’attaquant.
Les
attaques électroniques font le plus souvent référence à «des impulsions
électromagnétiques capables d’interrompre le fonctionnement d’infrastructures
informatiques, en provoquant une surcharge d’énergie sur les cartes mères,
transistors, et, en règle générale, tout système relié à une antenne».
Ainsi,
une attaque par impulsion électromagnétique à haute altitude, pourrait
fortement perturber le fonctionnement de la société et, considérant la
dépendance croissante des armées vis à vis de l’électronique, amputer gravement
leurs capacités.
3- Il est difficile, pense l’auteur,
d’évaluer l’intérêt ou la capacité des groupes terroristes internationaux à
lancer une attaque cyber terroriste. Mais certains observateurs pensent «qu’Al-Qaida
ne considère pas encore le cyber terrorisme comme une option susceptible de les
aider à mener à bien leurs buts, l’organisation préférant les attaques
physiques, qui infligent dégâts matériels et pertes humaines».
Au niveau
de l’entreprise, affirme l’auteur, la planification extensive et la
surveillance pré opérationnelle organisée par des pirates, sont deux
caractéristiques importantes marquant l’imminence d’une cyber attaque. Elle
consiste en «la collecte de toutes les informations utiles à l’attaque, et leur
insertion dans une base de donnée d’où elles seront facilement extraites. Il
s’agit lors de cette phase, de découvrir tous les noms de domaines et de
sous-domaines de l’entreprise, les types de serveurs et l’endroit où ils sont
hébergés, la version des logiciels qui y sont installés, les adresses de
courriel des employés, leurs numéros de téléphones, les postes qu’ils occupent,
bref, obtenir une connaissance aussi exhaustive que possible de la cible».
On peut
penser qu’un groupe pourrait hésiter à lancer une attaque cyber terroriste, argumentant
qu’il en résulterait des dommages moins immédiats et évidents, ayant donc un impact
psychologiquement moindre qu’une destruction conventionnelle, comme l’explosion
d’un avion, d’un bus ou d’une station de métro.
C’est
dire que tant qu’une cyber-attaque ne provoquera pas de dommages physiques ou
humains, elle ne sera jamais considérée comme sérieuse, tout au moins jamais aussi
sérieusement qu’une attaque biologique, chimique, ou nucléaire.
Or, le
haut niveau de sécurité physique mis en place en Europe et aux Etats-Unis
d’Amérique pourrait, dans le futur, inciter les terroristes à exploiter les
possibilités du cyber terrorisme, les mesures de contrôle et de surveillance
ainsi que les nouvelles lois anti-terroristes rendant l’action physique de plus
en plus difficile à conduire.
En effet,
la plupart des groupes terroristes ont depuis longtemps découvert l’utilité d’internet
«pour promouvoir leur cause et conduire des actions terroristes, internet permettant
d’engager la lutte contre l’ennemi sans perdre de précieux candidats au suicide,
il permet de diffuser à volonté messages de revendications, vidéos d’exécutions,
indications sur la fabrication de bombes, guides de fabrication de produits
chimiques, etc».
4- Si beaucoup d’experts s’accordent à
penser que la conjonction d’une cyber-attaque et d’une attaque conventionnelle
pourrait aggraver les pertes humaines, il n’en est pas de même en ce qui
concerne une attaque logique pure. Certains pensent qu’une attaque sur les
infrastructures sensibles pourrait sérieusement déstabiliser l’économie,
d’autres au contraire considèrent que le réseau se remettrait en place rapidement
sans trop de pertes.
Il semble
donc que «pour être efficace, les cyber-terroristes devraient porter leurs
attaques sur plusieurs cibles, simultanément et sur une longue période, afin de
parvenir à développer un sentiment de terreur».
En même
temps, le nombre croissant d’ordinateurs personnels connectés à internet avec
des lignes à haut débit, représente un fort potentiel d’attaque pour les
pirates, pour peu qu’ils puissent les exploiter.
Les
pirates utilisent aujourd’hui des automates qui balayent les plages d’adresses
internet (dites adresses IP) pour y découvrir des ordinateurs vulnérables.
Les
vulnérabilités existent en grande partie «grâce au manque de professionnalisme
des administrateurs, à la méconnaissance des systèmes informatiques par le
grand public, ainsi que la très médiocre qualité des logiciels utilisés». De
plus, les utilisateurs domestiques n’ont souvent que peu, voire aucune,
connaissance de la conduite à tenir en cas de risque d’infection, ni les bons
réflexes qui pourraient leur éviter des désagréments.
Par
ailleurs, «les vendeurs de logiciels commerciaux subissent de plus en plus de
critiques, parce qu’ils vendent des logiciels insuffisamment testés et porteurs
d’erreurs grossières de programmation qui ouvrent la porte aux pirates. Selon
Jonathan Krim du Washington Post, 80% des intrusions touchant les ordinateurs fédéraux
sont attribuées à des erreurs de programmation imputables aux éditeurs».
Le procès
anti-trust lancé par plusieurs Etats américains à l’encontre de Microsoft, a
éveillé des inquiétudes quant aux risques inhérents à une monoculture
logicielle.
Il est
vrai qu’un parc informatique homogène est plus facile à administrer, «les
correctifs de sécurité sont les mêmes pour toutes les machines, les
modifications de configurations sont valables partout et les administrateurs
n’ont pas à faire l’effort de se former sur deux systèmes différents. Mais cela
signifie également que tout le parc informatique est vulnérable en même temps,
aux mêmes failles et que si l’on subit une attaque, il va être impossible de
stopper l’infection sans déconnecter les machines et les éteindre le temps des
réparations».
Pour
limiter l’impact d’une cyber-attaque, il est nécessaire de diffuser les
informations la concernant de manière rapide et étendue. «Les organismes de
prévention et de lutte peuvent exister dans nombre d’infrastructures publiques
ou privées. Elles doivent être coordonnées pour réagir efficacement contre une
attaque, en limiter les effets et rétablir les systèmes endommagés».
En même
temps, il est nécessaire de chercher à prévenir, décourager, et «réduire de
manière significative les cyber-attaques en assurant l’identification et la
poursuite des délinquants. Dans le cas de cyber-crimes, la réponse doit être
rapide et quasi certaine, la punition, quant à elle, doit être suffisamment
sévère pour être dissuasive».
Si internet
présente un intérêt pour les terroristes, du point de vue de la propagande, il
entraîne des effets moins spectaculaires qu’une attaque cinétique visant le
métro ou les aéronefs.
Le
terrorisme évolue, «les plus radicaux sont souvent de jeunes convertis qui ne parlent
pas ou peu l’arabe, mais qui ont reçu une bonne éducation et sont capables de
se fondre dans la population sans attirer l’attention des autorités. Cette
nouvelle génération de terroristes de plus en plus rompue aux secrets de
l’informatique, pourrait dans quelques années, devenir une véritable
préoccupation pour les services de l’Etat».
La prise
en compte de la menace cyber-terroriste doit comporter deux grands axes : la
lutte contre la cyber-criminalité (connaissance des acteurs et des outils) et
la lutte contre le terrorisme classique (connaissance des milieux et
tendances).
Pour
l’heure, pense l’auteur, autant on peut attester de l’utilisation d’internet
par des terroristes (propagande, financement, formation), autant rien ne permet
d’attester qu’une véritable attaque cyber-terroriste ait jamais abouti.
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
10 Juillet 2008