«Droit d’auteur et Mondialisation»
Stumpf.
Astrid, Mémoire, Université R. Schuman, Strasbourg, 2006, 37 p.
1- En introduction à son travail,
l’auteur avance que «de nos jours, le droit d'auteur doit faire face à de
nouveaux enjeux, conséquence inévitable de la conjoncture économique mondiale.
Il résulte de cette constatation que la perspective habituellement adoptée en
matière de droit d’auteur, et plus généralement de droit de la propriété
intellectuelle, en ressorte profondément bouleversée, alors confrontée à
certaines divergences fondamentales, issues des spécificités que présentent les
différentes législations parties à cette globalisation».
Cette
nouvelle perspective semble, estime l’auteur, reposer sur un équilibre fragile
entre droits exclusifs et prérogatives, aussi bien de l’auteur que de l’exploitant,
se dirigeant ainsi vers une probable remise en question des caractères
subjectif et exclusif que présente la définition même du droit d’auteur.
En effet,
«l'ordre mondial dans lequel le droit d’auteur évolue désormais, exige notamment
de celui-ci la prise en compte de la dimension économique et sociale, approche
jusqu'alors délibérément ignorée du fait de son caractère subjectif. Ce dernier
paraît pourtant faire l’objet d’un rapprochement lent, mais semble t-il
inéluctable, de certaines valeurs issues du copyright américain, selon lequel
l'oeuvre est principalement un objet d'exploitation».
Le droit
d'auteur est très fréquemment présenté comme une propriété, à telle enseigne
que d’aucuns le considèrent comme la plus sacrée, la plus légitime, la plus inattaquable
et la plus personnelle des propriétés.
Et
l’auteur de noter que «la protection du génie artistique s’accommode
difficilement des exigences de la compétition marchande, et les tribunaux se
montrent souvent bien embarrassés pour établir un équilibre acceptable entre
les deux». Autrement, si les droits de la propriété intellectuelle accordent un
droit exclusif aux créateurs, le droit de la concurrence s’oppose, en théorie,
à tout monopole.
Alors que
la substance même du droit d’auteur, c’est-à-dire son caractère exclusif,
paraisse faire l'objet de la protection du droit national, son exercice semble
quant à lui relever des règles de droit communautaire. «Confronté à de nouveaux
usages, l'implication du seul droit d'auteur et de son caractère peut-être
parfois restreint, ne peut semble- t-il s'adapter à ces nouveaux contextes que
proposent la mondialisation, dont le droit de la régulation se propose être le
médiateur».
2- Alors que les enjeux liés au droit
de la concurrence et l'arrivée de la mondialisation sont bien réels, la
rencontre du droit d'auteur et du droit de la régulation semble présenter un
réel apport aux nouveaux besoins ainsi émergents, note l’auteur.
Il paraît
par conséquent, difficile de distinguer la notion de régulation prise en sa
définition juridique, dont les contours commencent à peine à se dessiner au
sein de l'ordre juridique, du droit de la régulation, branche du droit
autonome.
La notion
de régulation dont il est question actuellement en droit est issue de la
science de la cybernétique, qui se définit comme la science qui étudie les
mécanismes de communication et de contrôle dans les machines et chez les êtres
vivants. Dans la mesure où «un système est muni de mécanismes de régulation, il
peut contrôler son propre fonctionnement et donc se gouverner lui-même. La
cybernétique est ainsi la science des actes contrôlés».
La
construction théorique de ce «droit de la régulation» visant ainsi une certaine
forme de «construction de la concurrence», ne semble pouvoir s'éloigner d’une
vision systémique de la société et ainsi du droit, caractéristique majeure
émanant directement de la science de la cybernétique.
La
répartition des compétences par branches du droit (au juge judiciaire le débat sur
le droit d’auteur, au Conseil de la concurrence, la question de droit de la
concurrence) souligne, dans l’esprit de l’auteur, la mesure du risque de
décisions contradictoires. Car, cette hiérarchisation traduit en réalité une
communication entre les différentes branches du droit, droit d'auteur et droit
de la concurrence notamment.
Aussi,
alors que le droit d'auteur et le droit de la concurrence s'érigent
respectivement sur les domaines très différents que présentent la culture et l'économie,
le droit de la régulation pourrait bien être l’articulation nécessaire au
«maintien de l’équilibre entre ces conflits de logiques. Le droit de la
régulation concerne alors certaines théories au sein du droit de la
concurrence, telle la théorie des facilités essentielles, mais aussi des
secteurs qui lui sont propres, notamment le marché financier, le marché des
télécommunications, etc… correspondant à ce que l'on désigne sous la
terminologie industries de réseaux».
Le droit
de la régulation apparaît donc comme un instrument de modération tant par son
processus d’élaboration que par ses sanctions. «Les normes qu’il produit se
font souples, négociées et évolutives, du fait de la participation de ses
destinataires à cette élaboration».
Le droit
de la régulation, articulation visiblement nécessaire à la mondialisation de la
société capitaliste, pourrait donc «n'être perçue qu'en tant que naissance
artificielle d'un ensemble de règles, qui constitueraient cette nouvelle
branche du droit, autonome, alors qu’il s’agit en réalité d’hypothèses
théoriques explicatives de règles de droit couvertes déjà par des branches du
droit existantes».
3- Il est, par ailleurs, nécessaire de
prendre conscience des avantages de la rencontre du droit d’auteur avec le droit
de la régulation, pense l’auteur. En effet, l'évolution et l'émergence de
nouveaux besoins du droit d'auteur amène à considérer en réponse une certaine normalisation
et conjoncture du droit de la régulation.
Le droit
d’auteur, par sa confrontation avec le droit de la concurrence, dont le poids
croît du fait de la mondialisation, «se doit d'être désormais appréhendé d'un
point de vue économique et culturel. Cette approche semble être adoptée à la
fois dans le cadre de son élaboration, mais également dans celui de son
interprétation et de sa sanction. Le droit de régulation se pose ainsi comme
instrument proposé de cette articulation».
Cependant,
l'homogénéité du droit d'auteur doit être préservée, branche du droit qui
protège et promeut des intérêts variés. D'où la nécessité d'un juste équilibre
entre protection d'une part et liberté de l'information d'autre part. La
recherche de cet équilibre «ne fait l'objet d'aucune nouveauté en matière juridique.
Toutefois, la question semble avoir connu un regain d’actualité et surtout une nette
évolution avec les développements des technologies de l’information et de la communication,
et notamment avec le développement d’internet, renforcée par l’importance
économique sans cesse plus grande du droit d’auteur».
En effet,
la valeur économique ou concurrentielle du droit d’auteur, sa place éminente
dans la stratégie des firmes, posent de manière critique la confrontation du
droit d’auteur avec l’ordre économique, confrontation largement illustrée par
le texte de loi sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la société de
l’information. «L’évolution du droit d’auteur vers la sphère du droit
économique est ainsi inéluctable. Le public devient donc consommateur, utilisateur
et même exploitant, signe d’une évolution incontournable et peut-être
problématique pour le droit d’auteur».
En somme,
la confrontation du droit d’auteur avec le droit de la concurrence semble illustrer
un certain bouleversement de l'ordre juridique par la réalité économique. A
celui ci se pose en tant qu'éventuelle réponse le droit de la régulation. Ce
dernier devrait permettre une meilleure prise en compte des différentes
catégories d’intérêts ou valeurs au sein de chaque catégorie juridique, et
notamment des propriétés immatérielles, trop souvent laissées pour compte par
le droit de la concurrence.
Il est
ainsi souhaitable qu’une «collaboration s’instaure entre les différentes instances
ou autorités de régulation, dans le domaine du droit de la propriété
intellectuelle, de manière à amener toujours une meilleure prise en compte de
l’ensemble des intérêts concernés, dans le cadre des conflits opposant le droit
d’auteur au droit de la concurrence, ayant pour pôle d'intersection le droit de
la régulation».
Cette
modération «se construit ainsi en permanence, comme compromis entre les contraintes
techniques liées aux modes de diffusion des oeuvres, les impératifs économiques
et sociaux culturels, les intérêts public et privé, par un processus d'articulation
dont l'émergence pourtant récente affiche déjà une efficacité incontestable».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
14 Mai 2009