« Le développement
à l’âge de l’information »
John.
Howkins/Robert. Valantin, CRDI,
1- John Howkins est spécialiste de la télévision et des
communications depuis 25 ans, dont 15 comme conseiller principal auprès de Time
Warner en Europe, où il était responsable de la planification stratégique, des
nouvelles technologies, des nouveaux marchés et des possibilités d'affaires.
Directeur administratif de
l'Institut International des Communications (IIC) de 1985 à 1990, il a conduit
plusieurs travaux d'analyse sur les développements mondiaux de la
radiodiffusion et des télécommunications. Il est actuellement directeur de
projet au World Learning Network et représentant du Royaume-Uni auprès du
«Transatlantic Dialogue on Broadcasting and the Information Society».
Robert Valantin est scientifique
principal. Il est responsable du programme de recherche en information et en
communications du Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI) à Ottawa au Canada.
Il dirigeait, de 1980 à 1983 une
firme privée de consultation, spécialisée dans la faisabilité, la conception et
l'application des systèmes d'informatique et d'information. Il est aussi
directeur d'Acacia, une importante initiative du CRDI dans le domaine des
technologies de l'information et des communications à l'intention des
populations de l'Afrique subsaharienne.
2- En avant-propos à ce livre, Robert
Valantin dit ceci: «où qu'on soit dans le monde, les technologies de l'information
et des communications (TIC) engendrent ou soutiennent des systèmes et des
réseaux novateurs qui concernent de plus en plus les populations et leurs
gouvernements, les industries, les communautés et les individus. Il est vital
que ces technologies, ainsi que les possibilités qu'elles suscitent, aident à diminuer
l'écart entre les admis et les exclus, de telle manière que chacun ait un
accès équitable à un développement et à une croissance durables».
Il continue, comme pour préciser la
genèse de l’expression: «on entend chaque jour parler d'une nouvelle société de
l'information qui métamorphoserait pour
ainsi dire toutes les sphères de l'activité humaine.
D'aucuns estiment que la société de
l'information engloberait tous les mécanismes, notamment le langage, les
processus d'information et la connaissance, qui peuvent faire l'objet d'une
opération électronique et peuvent influer sur nos moyens de communiquer, de
créer des relations et de négocier des ententes. D'autres considèrent que la
société de l'information est comme un nouveau paradigme techno-économique qui fait suite à d'autres changements
historiques, comme l'invention de nouvelles techniques de filature par
l'industrie cotonnière entre 1780 et 1840», entre autres.
On entre ainsi progressivement,
estime-t-il, dans un «univers numérique», créant de nouvelles catégories de
communications et d'échanges qui, pour la plupart, se réalisent entièrement
dans cet espace virtuel.
La «loi» de Gordon Moore aidant (énonçant
que la puissance des ordinateurs double tous les 18 ou 24 mois), l’on note partout,
une augmentation du nombre des ordinateurs, des connexions internet et des
canaux de la télévision.
Mais, tandis que l'utilisation de
l'Internet croît de manière saisissante, l'avenir de l'Internet lui-même
demeure vague. Car, s’il pourrait rester tel qu'il est pendant des décennies et
poursuivre sa croissance exponentielle, il est également possible que, d'ici
peu de temps, chacune des techniques de base de l'Internet puissent générer sa
propre sphère d'activité, chacune imposant ses différents modèles économiques
et ses propres règlements.
En même temps, l'accès aux
compétences, aux équipements et aux réseaux qui permettent d'entrer dans cet «univers
numérique», demeure toujours réservé aux pays riches ou à des centres urbains
déterminés et à leurs élites.
3- L’ouvrage est composé de cinq chapitres se voulant
une mise en perspective de la problématique du développement à l’âge de
l’information :
+ Dans le chapitre premier («Cinq indicateurs du
développement»), les auteurs mettent l’accent sur cinq priorités qui doivent
être prises en compte pour renouveler la problématique du développement à l’ère
des nouvelles technologies d’information et de communication:
°- L’alphabétisation, l’éducation et les qualifications.
°- La santé en termes de durée de vie, de mortalité
maternelle et infantile, de qualité de la vie et d’accessibilité aux soins de santé.
°- Le revenu et le bien-être
économique en termes de niveaux d'emploi et de revenus par habitant.
°- Le choix, la démocratie et la participation.
°- Et les technologies en termes d’innovation ou
d’adaptation de celles-ci.
Les indicateurs culturels sont
évidemment aussi importants mais peuvent s'avérer problématiques, car
difficilement quantifiables.
+ Dans le chapitre deuxième («Problèmes entourant les
technologies de l’information et des communications»), les auteurs affirment
que les technologies de l’information et des communications «fondent sur nous
telle un raz de marée où aucune technologie, aucune science particulière ne
prédominent, mais où s'entremêlent plusieurs technologies et services récursifs».
Ainsi, les microprocesseurs,
disent-ils, se retrouvent dans presque tous les appareils mécaniques et
dispositifs électroniques, depuis les organes de contrôle tels les feux de
circulation, jusqu'aux services en ligne tels la fonction de balayage de
l'Internet.
En classant ces microprocesseurs
comme des TIC, on risquerait de mettre en veilleuse des différences
substantielles aux niveaux des techniques, des applications et des coûts.
Aujourd'hui, remarquent les auteurs,
la croissance la plus importante se situe dans les services en réseau. «Même le
plus élémentaire réseau relié à un circuit téléphonique à bande étroite, peut
avoir un impact exceptionnel pour l'avenir d'une organisation ou d'un individu».
Il est vrai que des architectures de
réseau différentes peuvent stimuler la production de stratégies nationales,
mais il est aussi vrai que lesdites architectures peuvent être influencées par
ces mêmes stratégies.
Par ailleurs, notent les auteurs, les
technologies de l'information et des communications ont réussi à remettre en
question la pensée économique dominante, notamment la théorie économique
industrielle traditionnelle qui suppose une «information parfaite», et analyse
les changements aux niveaux des approvisionnements, de la demande et des prix.
L'économie de l'information a
renversé cette hypothèse de base non seulement à travers l'économie du logiciel (le logiciel a un coût de R-D élevé, un coût de
fabrication faible et un coût de distribution également faible), mais aussi en
faisant des droits de propriété intellectuelle (brevets, droits d'auteur…etc)
la principale unité de valeur.
Dans le domaine de la
réglementation, les gouvernements, jusqu'ici propriétaires et opérateurs des
différents systèmes de communications (notamment les télécommunications et la radiodiffusion),
deviennent de simples arbitres des sociétés privées en termes de politiques
industrielles, commerciales, concurrentielles et autres.
+ Dans le troisième chapitre («La rencontre des TIC et
du développement»), les auteurs estiment qu’il est «important de reconnaître
que les TIC peuvent souvent produire, simultanément, des résultats
contradictoires: l'homogénéité et la fragmentation, par exemple, ou encore une
plus grande égalité et une plus grande inégalité. Les TIC peuvent à la fois
détruire et créer des emplois».
En termes de tendance, les facteurs
clés du changement sont la mondialisation, la libéralisation de l'économie et
le changement technologique.
Deux attitudes sont relevées, par
les auteurs, dans les politiques de gestion des conséquences des zones
d’incertitudes que ces changements induisent: soit des politiques
hypercompétitives, individualistes et libertaires, comme c'est le cas de
nombreux usagers de l'internet et de nombreuses sociétés de services
informatiques, soit «un nouveau contrat social entre gouvernement et industrie,
porteur d'une vision à long terme et d'une cohésion sociale».
Et les zones d'incertitude dont il
s’agit, dans leur esprit, concerneraient autant la conduite de l’Etat, l’impact sur le travail, l’emploi, la création
des richesses, que l’impact sur le volet social dans son ensemble.
+ Au chapitre quatrième («Les tendances fondamentales»),
les auteurs soulignent qu’il y a lieu de s’arrêter sur deux incertitudes de
base: l’une liée à la communauté mondiale, l’autre aux politiques nationales.
°- Dans la communauté mondiale, les auteurs retiennent deux
systèmes de valeur qui se bousculent pour décrocher la première place. L'un,
universaliste et ouvert, s'efforce d'intégrer les populations faibles et
désavantagées. L'autre plus restrictif, se caractérisant par l'exclusion et la
fracture et s’articulant sur des concentrations de plus en plus grandes en
termes de technologie, de richesse et de puissance, sans que soit porté trop
d'attention aux laissés pour compte.
°- Les réponses nationales sont variées, qu'elles soient
globales et positives, ou partielles, non engagées et réactives.
Au-delà de la nature desdites réponses, les auteurs insistent
sur deux certitudes clefs: d’une part un niveau technologique qui va se
développant et, d’autre part, des niveaux d'accès aux technologies et leurs bénéfices
potentiels qui subissent des variations. Les perspectives des 15-20 prochaines
années dépendront de l'interaction entre les certitudes et les incertitudes
affectant la technologie et la société.
+ Au chapitre cinquième («Les quatre scénarios»), les auteurs en retiennent
quatre: «la nef des fous», «le cargo cult», «le réseau des blocs» et « le
réseau mondial ».
Les pays de l'OCDE forment un bloc,
tout autant que les NPI asiatiques, les pays situés sur le contour de l'océan
Indien (Afrique du Sud, États du Golfe, Inde, Malaisie et Singapour), les pays
francophones, l'Amérique latine…etc.
Tandis que le scénario prend forme, «chaque
bloc affermit sa position en vertu de sa seule taille, de sa culture commune,
des compétences dans les affaires de ses jeunes entrepreneurs et d'une
hyperspécialisation».
Les blocs mènent à la fois à la
compétition et à la division, et l'environnement mondial se fractionne en des
zones qui s'excluent réciproquement. Les pauvres de chaque bloc, qui demeurent
très hétérogènes, menacent la structure de chacun des blocs ainsi que les
relations entre les blocs.
En définitive, remarquent les
auteurs:
°- les incertitudes clés dans les
secteurs du développement et des TIC sont la communauté mondiale et les politiques
nationales. Le système mondial oscille entre l'universalisme et l'exclusion.
Les gouvernements nationaux oscillent entre la réceptivité et le refus, et
leurs politiques, entre leur caractère complet ou partiel, dynamique ou
réactif.
°- quel que soit l’environnement
mondial, «il est dans l'intérêt et du Nord et du Sud, de se donner des
politiques actives, orientées vers la formation. Selon les termes même des
scénarios, mieux vaut le réseau mondial ou le réseau des blocs que le cargo cult ou la nef des fous».
°- que l'avenir des TIC est incertain,
mais «la priorité pour chaque pays est claire: créer une société de l'information
et une économie de l'information qui reflètent sa culture et ses besoins, tout
en étant capable de choisir le meilleur rôle qui soit pour elle au sein de la
communauté mondiale ».
Yahya El Yahyaoui
Rabat, 14 Décembre 2006