«L’économie de l’immatériel, la croissance de demain»

 

Maurice Lévy,  Jean-Pierre Jouyet, Commission sur l’économie de l’immatériel, Paris, Novembre 2006, 184 p.

 

 

1- En introduction à ce rapport, les auteurs disent ceci : «avec la fin du modèle économique qui a marqué les Trente Glorieuses, certains ont cru voir s’accomplir, dans le chaos pronostiqué de la mondialisation, la mort des espoirs de croissance et des perspectives de créations de richesses… Stop: l’avenir n’est pas mort. Il est désormais ailleurs: dans l’immatériel, les idées, la connaissance, le savoir. Bien réelle, l’économie de l’immatériel est une chance pour notre pays: une chance de croissance, une chance de retrouver dynamisme et optimisme, une chance de créer de nouveaux emplois, et d’offrir un avenir à notre jeunesse».

 

N’ayant pas de fondement physique, plaçant les capacités intellectuelles au cœur de la création de valeur, l’économie de l’’immatériel dépend ainsi de plus en plus de la capacité à créer, à innover et à inventer.

 

C’est une véritable révolution, disent les auteurs, qui provient d’un triple mouvement:

 

Tout d’abord, c’est maintenant l’innovation qui fait la croissance. Par conséquent, «l’enjeu économique n’est plus de faire ce que font les autres même mieux, mais précisément ce qu’ils ne font pas».Les entreprises, comme les États, doivent investir massivement dans les éléments immatériels que sont l’éducation, la formation, la recherche et développement et le capital humain pour innover, créer.

 

Ensuite, l’information, à l’ère de la révolution industrielle des technologies de l’information et de la communication, est clairement le nouveau carburant des échanges économiques, l’organisation des entreprises, les modes de consommation, la façon de travailler, d’apprendre, de communiquer, de se divertir, de participer à la vie collective, bref, les relations sociales en sont transformées. Les modèles hiérarchiques sont obsolètes: la «toile» et les technologies ont participé à la création d’un nouveau modèle de réseau.

 

Enfin, les services qui représentent une part toujours plus importante de la production des économies développées. Les équipementiers informatiques, par exemple, délaissent de plus en plus la production, pour privilégier l’accompagnement et le conseil.

 

Par conséquent, pour les entreprises, l’investissement immatériel (les logiciels, la publicité, le marketing, la formation interne, la réorganisation du travail…) devient une priorité. «Dans l’ensemble de l’économie, la part prise par les secteurs spécialisés dans les biens et les services à caractère immatériel se renforce chaque jour. Ces secteurs représentent près de 20 % de la valeur ajoutée et 15 % de l’emploi».

 

L’avènement de l’ère du savoir, de la connaissance et de l’innovation, est donc certain, mais «nos structures ne se sont pas encore adaptées à ce nouveau monde qui appelle un bouleversement des modes de pensée, une vigoureuse prise de conscience, et des actions fortes et déterminées y compris dans des domaines en apparence éloignés de l’économie».

 

Il n’y a rien de dramatique, estiment les auteurs, à voir «où sont nos faiblesses, à les reconnaître et à les corriger, et à en payer le prix si la récompense est au bout. Ce qui serait dramatique, ce serait de rester aveugle et sourd, de ne pas voir ce qui est, et de reporter les nécessaires modifications de nos systèmes, de nos structures, de nos habitudes».

 

2- Le rapport comporte deux grandes parties:

 

+ En première partie («L’immatériel, nouvelle frontière des économies développées»), les rapporteurs affirment que «la montée en puissance du capital immatériel par rapport au capital physique est ancienne et remonte, pour certains auteurs, aux années 1920. Il semble cependant que cette tendance ait pris, depuis les années 1980, une nouvelle dimension et que les économies de l’OCDE aient atteint un point de basculement: désormais, la dynamique de la croissance et de la création de valeur repose avant tout sur des éléments immatériels: savoirs, connaissances, nouvelles idées, contacts, modalités d’organisation… ».

 

Il suffit, précisent les auteurs, de décomposer les coûts de fabrication de nombreux produits pour s’apercevoir que la part des éléments matériels (matières premières, amortissement des équipements industriels) ne cesse de se réduire au profit de charges immatérielles (marketing, services…).

 

C’est dire que «nos économies sont passées d’une logique de reproduction à une logique d’innovation, dans laquelle il ne suffit plus de refaire ce qui s’est fait de mieux dans le passé ou ailleurs, mais il est nécessaire d’innover, toujours plus et toujours plus vite, pour continuer à croître».

 

En même temps, la mondialisation, tout autant que la financiarisation facilitent le recentrage des entreprises sur les activités les plus créatrices de valeur, c’est-à-dire les activités immatérielles.

 

+ Dans le premier chapitre («la nouvelle croissance»), les auteurs observent que dans les pays de l’OCDE, «les entreprises industrielles réduisent de plus en plus la quantité de capital physique et financier mobilisée, ce qui se traduit en particulier par la sous-traitance de la production, notamment dans les pays où les coûts de production sont les plus bas, la réduction au maximum des stocks, voire la vente des immeubles et des terrains, pour se concentrer sur les investissements immatériels: marketing-publicité, R&D, organisation de la distribution et du suivi-clientèle… ».

 

Les entreprises de ces secteurs comptent aujourd’hui parmi les plus importantes capitalisations boursières mondiales. «Sans même mentionner Microsoft, E-bay, Yahoo ou encore Google, on peut noter que les entreprises qui interviennent dans ces secteurs représentent d’ores et déjà, près d’un cinquième des sociétés du CAC 40. D’après l’INSEE, les secteurs directement liés à l’immatériel, au sens large, représentaient, en France, en 2003, environ 17,4 % de la valeur ajoutée, et 13,6 % de l’emploi (hors administrations publiques)».

 

Comment expliquer, s’’interrogent les auteurs, «que notre économie se fonde de plus en plus sur l’immatériel et de moins en moins sur des facteurs physiques ou financiers?».

 

Essentiellement par trois mouvements de fond que connaissent les sociétés développées depuis 20 ans: l’importance cruciale de l’innovation, l’explosion des technologies de l’information et de la communication, et la tertiarisation croissante des économies.

 

Il faudrait indiquer, précisent les auteurs, qu’innover, ce n’est en effet plus seulement lancer un produit technologiquement plus développé, mais également «créer un nouveau service, découvrir un nouveau concept commercial, créer une image de marque, trouver une nouvelle forme d’organisation du travail, concevoir une nouvelle chaîne de travail, ou trouver un design révolutionnaire, ou encore appliquer de façon originale des solutions traditionnelles au monde du net».

 

L’innovation sort donc progressivement du cadre étroit du laboratoire de recherche, pour entrer dans la plupart des départements des entreprises: du service commercial à celui de la logistique, du marketing et de la communication à la finance, l’innovation s’est généralisée.

 

L’innovation ne naît plus seulement de l’activité des chercheurs, mais également de la qualité de l’ensemble de la main-d’œuvre, de la part des dépenses de publicité, ou de l’effort financier consacré à la réflexion sur l’organisation interne. D’où l’importance prise par les autres actifs immatériels des entreprises que la R&D, en particulier les dépenses de formation des salariés, et par la qualité du système éducatif, dont le niveau et la qualité déterminent la capacité d’innovation des entreprises.

 

En même temps, les entreprises s’ouvrent de plus en plus, à travers la multiplication des opportunités d’alliances et de partenariats entre elles, permettant ainsi des fonctionnements en réseaux pour réduire leurs coûts de transactions, développer des stratégies communes d’économie d’échelle, ou faire face à des investissements en R&D très importants.

 

Le rôle des TIC est, à ce niveau, déterminant: elles sont à l’économie de l’immatériel, ce que le développement de l’électricité a été pour le modèle industriel. Elles sont à la fois le moteur du changement, mais aussi sa conséquence. Les TIC facilitent la transformation des éléments immatériels (recherche et développement, capital humain) en innovation, et donc en croissance.

 

Parallèlement, les entreprises anciennement industrielles commencent à développer les offres de services complémentaires à leurs produits. Les producteurs de biens informatiques, par exemple, ont fortement développé les services de conseil, en complément des équipements vendus. C’est ainsi qu’IBM, l’un des premiers fabricants d’ordinateurs au monde, a pu aller jusqu’à abandonner complètement la production. Le produit n’a pas disparu, mais il est offert au milieu d’une gamme de services complémentaires qui se révèlent souvent plus rémunérateurs.

 

C’est dire que la frontière entre l’industrie et les services est aujourd’hui extrêmement difficile à établir, même s’il apparaît clairement que la valeur ajoutée tend à se concentrer dans les activités de services en amont et en aval de la production proprement dite, celles-ci s’appuyant sur des investissements immatériels importants

 

Dans le domaine de la presse et des médias, les auteurs rappellent que ceux-ci fonctionnent généralement selon deux modèles traditionnels, la vente de contenu et la vente d’audience.

 

Dans le premier modèle, l’industriel vend la mise à disposition d’un contenu. C’est le modèle de l’industrie musicale, avec un producteur qui se rémunère par la vente des CD qu’il produit.

 

Dans le second modèle, l’industriel fournit gratuitement un produit au consommateur, et se rémunère par la vente d’espace publicitaire à un tiers. C’est le modèle de la radio avec un diffuseur qui agrège des contenus, et vend des minutes de publicité pour se rémunérer.

 

Les deux premiers modèles sont remis en cause par le développement des technologies de l’information et de la communication, affirment les auteurs. La vente de contenu est touchée par des technologies de l’information qui réduisent considérablement les coûts de production et de distribution. Les ventes d’encyclopédies papier par exemple, ont aujourd’hui cédé le pas aux encyclopédies sur cédérom dix fois moins chères.

 

En même temps, la facilité avec laquelle un contenu peut désormais être dupliqué, quasiment sans coût, dévalorise considérablement les contenus aux yeux du consommateur. Pourquoi payer un CD quand il est possible, même illégalement, de le télécharger sur internet gratuitement, et sans dégradation dirimante de la qualité?

 

Par ailleurs, les grandes entreprises technologiques investissent de plus en plus le champ des médias: c’est Google, moteur de recherche, qui devient l’un des premiers vendeurs d’audience, et ce sont les opérateurs de téléphonie qui investissent la production de contenu.

 

Dans le domaine de l’automobile comme dans le reste de l’économie, l’innovation est devenue aussi un élément clé de la compétitivité des entreprises. Ainsi, ce domaine «est à l’origine du plus important effort de recherche dans notre pays, représentant à lui seul près de 15 % des dépenses de recherche des entreprises privées. Les automobiles embarquent ainsi de plus en plus des logiciels et des systèmes complexes, et la valeur de ces systèmes est de plus en plus importante par rapport aux matières premières proprement dites».

 

L’innovation est ici non seulement technologique, mais concerne aussi la créativité et l’imaginaire, et se caractérise par une gamme de choix offerte aux consommateurs de plus en plus large, en termes de modèles ou de couleurs.

 

Mai l’aspect le plus manifeste du passage de l’industrie automobile dans l’ère de l’immatériel, réside en l’imbrication croissante des relations entre les constructeurs et leurs équipementiers, et le fait que les constructeurs sous-traitent une part croissante de la production.

 

Désormais, 70 à 80 % du coût global de la fabrication d’un véhicule est assuré par les prestations des fournisseurs externes, et les équipementiers sont de plus en plus présents dans les centres de conception des constructeurs, mais aussi sur les parcs fournisseurs des usines de montage.

 

Par conséquent, les constructeurs automobiles deviennent de plus en plus des assembleurs, davantage que des producteurs, et développent ainsi un «capital organisationnel» qui constitue un de leurs actifs immatériels les plus précieux.

 

C’est dire, en somme, que des entreprises symboles de l’ère industrielle se muent progressivement en des acteurs majeurs de l’économie de l’immatériel.

 

+ Dans le deuxième chapitre («économie de l’immatériel, un modèle économique en devenir»), les auteurs affirment que l’économie de l’immatériel se caractérise par un niveau d’incertitude et de risque élevé du fait de l’importance de l’innovation.

 

En effet, les projets envisagés peuvent ne pas aboutir, et l’innovation peut ne pas trouver de marché, car:

 

°°- la nature même des actifs immatériels rend leur exploitation par les entreprises plus incertaine, en particulier la difficulté pour les entreprises à les contrôler effectivement,  et la volatilité de leur valorisation.

 

La protection de la propriété intellectuelle n’a souvent qu’un aspect temporaire, et n’empêche pas toujours l’appropriation par quelqu’un d’autre (concurrent, consommateur…) des idées ou des innovations, ou de détourner ou contester les brevets.

 

Cette situation accroît d’autant plus l’incertitude que l’économie de l’immatériel suppose des investissements et des coûts fixes potentiellement très importants.

 

°°- Un autre facteur de risque et d’incertitude dans l’économie de l’immatériel est lié au processus d’innovation en tant que tel, et à ses conséquences sur le fonctionnement des entreprises. L’arrivée d’une nouvelle innovation ou d’une nouvelle technologie, et donc de  nouveaux compétiteurs  pourrait remettre profondément en cause le modèle d’innovation retenu par l’entreprise.

 

°°- En même temps, la protection de la propriété intellectuelle apparaît de plus en plus fragile et complexe à mettre en œuvre.

 

En effet, la remise en cause de l’intégration verticale des entreprises, et le recours croissant à la sous-traitance de la production dans des pays émergents, font que les entreprises ont beaucoup plus de mal à éviter la copie de leurs produits, et la récupération de leurs innovations par d’autres producteurs (d’après l’organisation mondiale des douanes, la contrefaçon dans le monde serait passée de 5,5 milliards de dollars en 1982, à plus de 500 en 2005, ce qui équivaudrait à environ 7 % du commerce mondial).

 

Ceci est d’autant plus pénalisant que l’internet facilite grandement le piratage d’œuvres et des produits dématérialisés, au mépris des règles applicables en matière de propriété intellectuelle.

 

C’est l’un des paradoxes de la propriété intellectuelle dans l’économie de l’immatériel: elle en constitue un des fondements en protégeant les revenus de l’innovation mais, face à l’accélération des échanges intellectuels et le développement des réseaux, elle devient de plus en plus fragile.

 

Deuxième paradoxe: dans le même temps le passage à une économie fondée sur l’immatériel et sur l’innovation tend à stimuler la concurrence entre les acteurs économiques, «ces mêmes forces poussent également les entreprises à chercher des collaborations et des alliances, et à développer des projets communs».

 

L’économie de l’immatériel étant fondée sur des coûts fixes importants, qu’il s’agisse de dépenses de R&D ou de publicité, l’intérêt de ces collaborations et alliances est justement de «partager la charge que représentent ces dépenses immatérielles, en impliquant plusieurs partenaires par la mise en commun de moyens, quitte à partager ensuite les revenus de l’innovation qui découleront de cette collaboration».

 

En même temps, le partage des dépenses et  la mise en commun de moyens permettent aux entreprises d’éviter d’être exclues d’un marché, du fait d’un effet de réseau. «Ainsi, si deux entreprises développent chacune des standards différents et non compatibles pour une technologie, l’une d’entre elles risque de perdre entièrement son investissement, si les consommateurs adoptent la norme de son concurrent».

 

+ Dans le troisième chapitre («un rôle renouvelé pour l’Etat»), les auteurs estiment que «l’économie de l’immatériel s’appuie sur la création au sens large, mais également sur les réseaux qui structurent et diffusent cette création».

 

En effet, c’est l’Etat qui est à l’origine de normes qui déterminent le contexte dans lequel peuvent se développer l’innovation, la création et les nouvelles technologies. «Dans le domaine de l’innovation et de la création, ce sont bien les autorités publiques au sens large, nationales mais aussi internationales, qui établissent les règles de la propriété intellectuelle».

 

Par ailleurs, pour des raisons d’externalités (enseignement, recherche…etc.) ou d’existence de monopoles naturels (notamment pour ce qui est des réseaux ne pouvant être démultipliées, et nécessitant une gestion tenant compte de l’intérêt général), l’intervention de la puissance publique, pour soutenir et réguler certaines activités au cœur de l’économie de l’immatériel, est indispensable.

 

Au-delà de ses propres transformations internes liées à l’intégration des technologies de l’information, l’État est appelé à changer sa logique d’intervention, dans la mesure où l’économie de l’immatériel est plus réticulaire que linéaire.

 

En effet, que ce soit dans le secteur public ou dans les entreprises, l’innovation est d’abord le fait d’initiatives individuelles qui s’épanouissent mal dans des modèles bureaucratiques centralisés. Le changement est moins dans une inversion des logiques verticales, que dans l’émergence d’écosystèmes en réseau dans lesquels la valeur est coproduite, et résulte non d’une action linéaire, mais de l’interaction entre différents acteurs.

 

La mission de l’État n’est plus exclusivement et nécessairement de dire ce qui doit être, mais d’assurer un cadre global économique et social, qui favorise l’émergence de l’innovation et le développement des connaissances.

 

L’action publique doit également éviter de figer des situations au risque de brider le développement de nouvelles activités, sachant que la remise en cause de situations acquises est toujours plus douloureuse et sensible que l’octroi de privilèges. Elle doit donc s’appuyer plus fréquemment sur l’analyse d’impact a priori et l’évaluation a posteriori.

 

La conclusion est donc que si l’immatériel constitue une opportunité fondamentale de création de richesses, il n’est pas évident que cela se traduise concrètement dans les caisses des États, compte tenu de la mobilité des facteurs immatériels, qui incite à la concurrence fiscale entre pays.

 

+ La deuxième partie, traitant du cas spécifique de la France, ne rentre pas dans l’objet de cette présentation, car déclinant uniquement les éléments ci-dessus à un cas pratique. L’on évoque, par ailleurs les quelques éléments suivants:

 

°°- Le volume des dépenses consacrées à la R&D rapporté au PIB, (et qui mesure l’intensité de la R&D) s’élève en France à 35,6 Milliards d’euros en 2004, soit 2,16 % du PIB.

 

Cette position est légèrement inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE (2,2 %) mais légèrement supérieure à celle des pays de l’Union européenne. Il est cependant très inférieur à l’objectif de 3% fixé par l’Union européenne dans le cadre du programme de Lisbonne que seules la Suède (4 %) et la Finlande (3,5 %) dépassent.

 

°°- Lorsque l’on pense à l’immatériel, c’est souvent la recherche, les brevets et plus généralement l’innovation technologique qui viennent à l’esprit dans un premier temps. Or, il ne faut pas oublier qu’il existe également une autre catégorie d’actifs immatériels: l’ensemble du champ des immatériels liés à l’imaginaire. Cela englobe la création culturelle et artistique, au sens le plus large, le design, la publicité, les marques, etc. Tous ces éléments ont une caractéristique commune: ils sont fondés sur l’idée de création et de créativité, qui constitue en quelque sorte, le pendant du concept d’innovation dans le domaine technologique.

 

La créativité devient donc un enjeu central dans l’économie de l’immatériel, au-delà de la seule innovation technologique. Cette importance de la créativité pour l’ensemble des secteurs économiques est d’ailleurs devenue un des axes de la politique économique et de la politique industrielle dans de nombreux pays occidentaux.

 

°°-  Facilitant l’accès aux œuvres et réduisant le coût de leur copie, la numérisation et l’internet ont diffusé une culture de la gratuité sur des produits très largement payants auparavant (musique, films, jeux) et ont rendu possibles le piratage et la copie sauvages, sans autorisation ni rémunération de l’auteur ou des titulaires de droits voisins.

 

°°- La R&D dans les entreprises moyennes est particulièrement faible au regard de leur taille. Ces entreprises, qui emploient 65 % des salariés du secteur marchand, ne réalisent que 15 % de la R&D privée, soit un chiffre nettement inférieur à celui constaté dans d’autres pays de l’OCDE.

 

L’accumulation d’actifs immatériels nécessite un terrain économique favorable à l’innovation et à la créativité. Or plusieurs de nos réflexes collectifs fondés sur une économie essentiellement industrielle, constituent au contraire des obstacles à l’affirmation des idées, à leur concrétisation et à leur déploiement économique.

 

Naturellement, comme tout changement, l’économie de l’immatériel est porteuse d’incertitudes. Elles sont réelles et rien ne sert de les éluder. Les laisser de côté, en omettant qu’elles sont des étapes nécessaires au basculement dans un modèle économique nouveau et plus porteur, serait commettre une erreur majeure. Il revient au contraire à l’État d’y répondre, en définissant rapidement une nouvelle politique économique, mieux adaptée à la logique de l’immatériel, et de nature à élever le potentiel de création de richesse de chaque individu et de la société dans son ensemble, de trouver « le point de croissance manquant ».

 

Il s’agit notamment de lever les freins qui ralentissent l’économie, inhibent les énergies et cassent les dynamiques en misant pour l’avenir sur cette économie qui est là, présente mais mal appréhendée: l’économie de l’immatériel.

 

Yahya El Yahyaoui

Rabat, 26 Juillet 2007