«Espace Européen de la Recherche : Quelle vision et quelle
gouvernance ?»
Chambolle. T et Alii, Centre d’Analyse Stratégique, Novembre 2008, 59
p.
En 2000, les chefs d’État et de gouvernements européens ont
décidé de lancer l’Espace Européen de la Recherche (l’EER) pour répondre aux
problèmes structurels que rencontrait une Europe de la recherche pourtant
dynamique et dotée de facteurs d’excellence : trop grande fragmentation des
moyens, notamment publics, de la recherche, déficit d’innovation, malgré une
recherche fondamentale de qualité, déficit en matière d’investissement dans la
R&D, notamment privée, et retard croissant de l’Europe vis-à-vis des autres
grandes puissances scientifiques et technologiques (États-Unis, Japon).
En 2002,
le Conseil européen de Barcelone a décidé de doter l’Union Européenne de
l’objectif d’investir 3% de son PIB, dont les 2/3 issus des entreprises, dans
la recherche. Cet objectif d’ensemble a donné lieu à un plan d’action en 2003,
largement orienté vers le renforcement de la R&D industrielle, qui est une
condition incontournable pour la compétitivité.
En effet,
«malgré les performances nationales très diversifiées, l’intensité de la
R&D (c’est-à-dire l’effort total de l’UE en R&D mesuré par le ratio
dépenses totales R&D / PIB), a stagné depuis 2000 et est demeurée en
dessous de 1,8% du PIB, en 2006, contre plus de 2,5% pour les Etats-Unis et
3,3% pour le Japon, qui a constamment accru sa performance en R&D.
Pour les
Etats-membres, la médiane se situe à 1,2%. Par contraste, «la performance
chinoise (1,5% du PIB en 2006, soit un triplement en 10 ans) devrait lui
permettre de rattraper l’UE aux environs de l’horizon 2010. A cet horizon, a
Chine aura quintuplé ses parutions scientifiques, avec une volonté affichée de
disposer au moins une université parmi les 10 meilleures mondiales en 2016)».
En Avril
2007, le Livre Vert «l’Espace Européen de la Recherche : nouvelles perspectives»
a lancé un grand débat institutionnel et public sur l’Europe de la recherche.
Le Traité de Lisbonne, y prenant corps, a apporté une
reconnaissance à l’objectif majeur que représente l’EER, en donnant à la
construction de ce dernier une base juridique : «l'Union a pour objectif
de renforcer ses bases scientifiques et technologiques, par la réalisation d'un
espace européen de la recherche dans lequel les chercheurs, les connaissances scientifiques
et les technologies circulent librement, et de favoriser le développement de sa
compétitivité, y compris celle de son industrie, ainsi que de promouvoir les
actions de recherche jugées nécessaires au titre d'autres chapitres des traités».
L'EER a
visé donc deux objectifs partiellement corrélés:
l’excellence de la recherche et l’attractivité d’une part, l’innovation et la
compétitivité d’autre part. Il se veut le vecteur de deux constructions
concomitantes, deux composantes indissociables, dont l'équilibre est dynamique
: celle de la recherche européenne, par la voie communautaire et de la
coopération, et celle du «marché unique de la connaissance» pour la libre
circulation des chercheurs, des connaissances et des technologies.
L’EER
comprend les 27 États-membres, les sept pays associés, et la Commission, mais
il comprend aussi des millions d’acteurs : agences de programmation,
universités, organismes publics de recherche, entreprises de tailles très
diverses, chercheurs… Tous ces acteurs sont fédérés par une même vision de long
terme, celle à même d’assurer la cohérence entre eux «pour construire une
économie de la connaissance attractive et compétitive». La volonté de coopérer
et l’implication démocratique constituent ainsi deux préalables pour que cette vision
de long terme ait un sens.
La solution
réside dans l’identification de quelques grands défis, qui, par nature, sont
ceux des quinze ou vingt prochaines années, «s’imposent avec évidence comme de
grands enjeux sociétaux qui conditionnent notre avenir, sont partagés par tous
et répondent aux préoccupations immédiates et aux interrogations de tous les
Européens. Ces défis sont multidimensionnels : ils s’adressent à la connaissance,
à la compréhension, mais sont aussi économiques, industriels, scientifiques et technologiques.
Leur globalité est la marque de leur importance cardinale pour l’Europe, le
plus souvent pour le monde. Ces défis sont donc aussi inséparables de
l’impératif de préservation de la compétitivité européenne».
L’analyse
des forces et faiblesses du système actuel comme la vision à long terme de
l’EER «conduit à s’appuyer sur des principes communs et à formuler des
recommandations générales qui trouvent leur application au niveau des divers
instruments qui structurent l’EER pour les chercheurs, les organismes et les
programmes».
Mais au-delà
des mots, c’est dans le quotidien des citoyens autant que dans le long terme
des avancées majeures de la recherche, que s’inscrit cette ambition nécessaire.
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
4 Mars 2010