«Finlande : le bon élève des systèmes éducatifs occidentaux peut-il être un modèle ?»

Mélot. C et Alii, Sénat, Paris, Avril 2010, 46 p.

 

Le système éducatif finlandais fait figure de modèle, le pays arrivant au premier rang des enquêtes de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), observe le rapport.

 

Dans ce pays de 5,3 millions d’habitants, et où la densité de la population n’est que de 15,7 habitants par kilomètre carré, la petite taille des établissements (lesquels n’accueillent pas plus de 300 à 350 élèves pour la majorité d’entre eux) est un atout majeur.

 

A l’heure actuelle, la scolarité est obligatoire de 7 à 16 ans et gratuite jusqu’à 18 ans. Néanmoins, «l’obligation porte sur l’apprentissage et non sur ses modalités, liberté étant donnée aux familles de l’organiser elles-mêmes si elles le souhaitent».

 

Le ministère de l’éducation pilote l’ensemble du système éducatif finlandais. Il dispose à cet effet de la direction nationale de l’enseignement (Finnish National Board of Education, FNBE), agence créée en 1991 et placée sous la tutelle du ministère de l’éducation, dont le champ d’action est très étendu puisqu’elle couvre l’enseignement primaire et secondaire, les activités extrascolaires, la formation professionnelle et continue, ainsi que l’enseignement fondamental dans le domaine artistique.

 

Les lois finlandaises en la matière sont très concises, «elles définissent les objectifs de l’enseignement au niveau national et non les moyens de les atteindre. C’est ainsi, par exemple, que chaque municipalité a l’obligation d’organiser l’enseignement de base, mais elle est libre d’en définir les modalités. De même, chaque école peut choisir son matériel pédagogique ou la répartition des matières dans le cadre fixé par la loi. Enfin, les communes jouent un rôle prépondérant en tant que fournisseurs d’éducation et sont responsables de l’administration locale».

 

Par ailleurs, le système d’enseignement finlandais est quasi gratuit. Ainsi, en 2001, «97% des étudiants ont suivi un enseignement dans un établissement financé par les fonds publics, de même que respectivement 92% et 83% des élèves des lycées et des écoles professionnelles, en 2004, 98% de l’éducation fondamentale était financée par de l’argent public et il existe très peu d’établissements privés (entre 50 et 60)».

 

Les établissements privés sont placés sous contrôle public. Ils suivent le cursus national et l’orientation professionnelle générale décidés par la Direction nationale de l’enseignement. Ils reçoivent également le même niveau de financement public que les écoles publiques.

 

En même temps, le financement de la formation est partagé entre l’Etat et les autorités locales, l’Etat finançant en moyenne 57% et les communes en moyenne 43% des coûts de fonctionnement de l’enseignement primaire et secondaire. Cette moyenne recouvre une diversité de situations, «l’Etat pouvant assumer de 40 à 45% des coûts, jusqu’à 70% pour les communes géographiquement les plus isolées. Ces coûts étaient initialement établis selon le critère du coût annuel moyen d’un élève, depuis la réforme, le calcul est basé sur un critère démographique qui permet de prendre en compte la position géographique de la commune et le nombre d’élèves dans l’enseignement spécialisé, dont le coût est supérieur».

 

S’agissant de l’investissement, il fait l’objet de subventions spécifiques mais réduites de l’Etat. Ce dernier finance l’essentiel des investissements des écoles professionnelles, au niveau de l’enseignement secondaire et supérieur.

 

La plupart des établissements scolaires sont pris en charge par les communes ou les communautés de communes. L’éducation constitue par conséquent le deuxième budget des villes après les services sociaux (la Finlande compte environ 350 communes pour 5,3 millions d’habitants).

 

Quant aux enseignants, «ils peuvent choisir librement leurs méthodes et leur matériel d’enseignement. Ils choisissent les manuels, décident du contenu des cours et des modalités d’évaluation, sont chargés de la discipline, sont en contact avec les parents, doivent se concerter avec les autres enseignants de leur matière et de leur classe. Ils suivent leurs élèves le plus longtemps possible dans leur scolarité». Le recrutement des enseignants s’effectue par voie d’élection par le conseil d’école ou le conseil de direction du lycée, et par leur directeur. En cas de sélection, leur période d’essai est de six mois.

 

Le système éducatif finlandais est fondé sur un principe très simple, note le rapport : l’élève ne doit pas s’adapter à l’école mais l’école doit s’adapter à l’élève. De ce principe découlent l’organisation du système éducatif et les méthodes pédagogiques employées au sein des établissements, mais aussi la formation des enseignants.

 

C’est aussi un système fondé sur l’équité et sur la priorité donnée à l’éducation. En effet, «dans un pays de petite taille et à faible population comme la Finlande, garantir un accès égal quels que soient le milieu familial et la situation géographique est très important. C’est pourquoi le Parlement accorde une priorité à l’enseignement de base». En même temps, rares sont les jeunes Finlandais quittant le système scolaire avant l’âge de 16 ans. Une politique d’assistance précoce et de soutien (scolaire et/ou psychologique) à l’école est mise en place dès qu’un problème est identifié.

 

S’agissant des étudiants dans l’enseignement supérieur, ils perçoivent 550 euros par mois, quels que soient les revenus de leurs parents, à la double condition d’étudier à plein temps et de progresser dans leurs études. La Finlande est ainsi le pays où l’équité en matière éducative est la plus forte.

 

En outre, «la différence de score entre les deux extrêmes, les meilleurs élèves et les moins bons, est beaucoup plus réduite que partout ailleurs. La disparité de résultats entre établissements est la plus faible de tous les pays de l’OCDE et l’impact de l’origine socio-économique des parents sur la réussite scolaire des enfants est beaucoup moins prédominant qu’ailleurs. Enfin, le taux d’abandon scolaire est très faible, quelque soit le niveau d’études».

 

L’autoévaluation est très pratiquée dans les écoles finlandaises, et ce dès la petite enfance. Les enseignants par matière procèdent aux évaluations conformément aux objectifs inscrits dans le programme de formation. L’évaluation «fait partie du travail quotidien et un rapport par élève est établi au moins une fois dans l’année. Un rapport intermédiaire supplémentaire peut également être rédigé au moins une fois durant l’année scolaire. La progression est évaluée en permanence et au moyen de tests effectués par l’enseignant. A cette fin, les enseignants d’une même discipline et d’un même niveau travaillent ensemble».

 

C’est dire qu’une importance toute particulière est accordée à l’autoévaluation et à l’évaluation externe. En revanche, «il n’existe pas de système d’inspection par l’Etat, le corps d’inspecteurs ayant été supprimé en 1991. Un Conseil d’évaluation de l’enseignement, rattaché au ministère de l’éducation mais indépendant, est en fonction depuis avril 2003. Il est responsable de la planification, de la coordination, de la gestion et du développement de l’évaluation de l’enseignement fondamental et du second degré».

 

Yahya El Yahyaoui

Rabat, 13 Mai 2010