« Innovation et processus
d’appropriation sociale de
la technologie »
Yahya El Yahyaoui
Communication pour le Colloque
International « Politiques
publiques et innovation sociale dans
les pays du Maghreb »
Faculté des sciences juridiques,
économiques et sociales, Université Mohamed V
Rabat, 6-7 Mai 2006.
Site de l’auteur :
www.elyahyaoui.org
La plupart des recherches réalisées
dans le domaine de l’innovation, de la technologie et de l’appropriation (ou
portant sur celui-ci) sont caractérisées par une grande variété dans les objets
de recherche privilégiés, dans les problématiques retenues tout autant que dans
les soubassements théoriques qui les sous tendent (1).
Quantitatives et empiriques dans
leur majorité, ces recherches sont le plus souvent imprégnées par un souci
commun : celui de faire de ces objets de recherche des indicateurs de
mesure (dans une perspective comparative à terme) ou des instruments de politique
économique finalisés ou de suivi de ceux ci dans le temps et dans l’espace.
Il semblerait, à priori du moins,
que mettant en valeur les purs aspects économiques, manageriels ou commerciaux,
ces recherches passent, le plus souvent, sous silence les dimensions
interactionnelles et les modalités d’appropriation sociale de la technologie (2).
Au-delà de la nature de la
technologie ou de ses caractéristiques intrinsèques, ses rapports à la société
n’interpellent pas uniquement les formes d’endogénéisation de l’innovation,
mais aussi et davantage les différents processus d’appropriation auxquels elle
est sinon assujettie, du moins intimement liée (3)
et que les théories en vigueur ne semblent que partiellement prendre en compte.
Et malgré l’intérêt
« scientifique » et analytique desdites théories dans l’appréhension
d’une ou de plusieurs « zones d’ombre » de l’objet traité, la
démarche « idéale » (et vertueuse de surcroît) consisterait « dans
la mobilisation de démarches complémentaires, qui allieraient aux approches
traditionnelles empiriques de nature quantitative, une dimension ethnographique
dans le but d'examiner comment s'opère l'appropriation de nouveaux outils
technologiques à l'intérieur des sphères domestique et sociale »(4).
Ceci est valable pour toutes les
technologies « mises en service », il l’est probablement davantage
pour les technologies d’information et de communication non seulement en raison
d’une quelconque spécificité de celles ci, mais peut être de par la dimension proprement interactive
qu’elles renferment et qui semble les mieux marquer (5)
.
I- Innovation technologique et
interaction sociale
Hormis l’abondante littérature sur
la technologie, sur l’innovation et sur leur appropriation par l’économie ou
par la société (sous l’angle de l’analyse théorique ou dans un dessein
d’applicabilité concrète), l’on ne peut faire l’impasse sur les grandes
approches faisant de celles-ci matière à observation et objet réflexion.
Si les mots technologie et
innovation technologique sont utilisés de façon inflationniste dans de nombreux
domaines (technique pure, économique, social, éducatif et culturel entre
autres), ils ne sont que rarement retenus de manière croisée pour l’analyse des
rapports multiples et ambivalents qu’entretiennent innovation technologique et
innovation sociale (6).
1-1- Technologie, innovation technologique
L'usage
de la notion de technologie reste relativement trouble et approximatif. Il est
d’autant plus trouble (et approximatif de surcroît) qu’il renvoie à la confusion, de plus en plus entretenue
et admise, entre « technique » et « technologie », la
dernière paraissant rehaussée de par son caractère social et culturel quand la
première n’est perçue que dans sa dimension « outil » et support.
« Si les significations
respectives de ces deux termes ont fluctué au cours des siècles, depuis les
encyclopédistes », force est de noter que la technique n’est, en dernière
instance, qu’une codification des pratiques et des métiers alors que la
technologie est une « théorisation » des techniques, « un regard
logique pour les aborder, une façon de comprendre leur agencement » (7).
Par ailleurs et d’une manière
générale, les activités d’innovation technologique « couvrent toutes les
démarches scientifiques, technologiques, organisationnelles et commerciales qui
mènent à la réalisation de produits et de procédés technologiquement nouveaux
ou améliorés ».
Elles sont certes intégration de
technologies (dans des produits ou des procédés), mais sont aussi et
certainement « construit social » qui se manifeste dans l’organisation
quoi que prenant corps dans un marché lieu de consécration des réseaux
techno-économiques en vigueur (8).
De ce fait et parce qu’elle est
construit éminemment social, la diffusion d’une innovation technologique n’est
en définitive que « l’adoption d’un dispositif technique à grande échelle
ou par une large population d’acteurs. Elle est le mécanisme par lequel
l’innovation, phénomène micro économique, acquiert une dimension sinon macro
économique, du moins méso économique » (9).
Mais la diffusion d’une innovation
quelconque ne pourrait se consacrer et réussir que si elle a de
l’intérêt : « Pour comprendre le succès ou l’échec, c'est-à-dire la
diffusion et ses péripéties, il faut accepter de reconnaître qu’un objet n’est
repris que s’il parvient à intéresser des acteurs de plus en plus nombreux…elle
doit s’intégrer dans un réseau d’acteurs qui la reprennent, la soutiennent, la
déplacent » (10).
En d’autres termes, dit Vedel, « Un
processus d'innovation technique se présente... comme une compétition entre
différents projets et s'achève lorsque l'un deux s'impose sur les autres »(11).
La matérialisation de tout processus
d'innovation n’obéit donc pas à une démarche linéaire par laquelle une
innovation une fois mise en place trouve une traduction immédiate (ou une
adoption automatique), elle est plutôt la résultante d’une imbrication forte et
étroite des contenus techniques et sociaux qui exprime, à terme, non seulement
une simple compétition entre processus, mais une confrontation de conceptions
et de visions de la société et du monde.
Le processus d'innovation est, à ce
titre, « une succession d'épreuves et de transformations où une série
d'acteurs (humains et non humains) se trouvent en relation » et au sein de
laquelle ces derniers, tout autant que les éléments naturels et les dispositifs
techniques, s’en trouvent inévitablement transformés.
C'est la raison pour laquelle,
l’innovation ne produit pas uniquement des savoirs et des dispositifs
techniques, mais aussi (via la médiation technique et l’interaction sociale)
des formes d'organisations et des comportements dont certains pourraient être
de nature inédite (12).
1-2- Innovation sociale et appropriation
Le statut de la technologie (tout
autant que sa nature et ses propriétés) a pendant longtemps fait l’objet
d’écrits et de débats passionnés et, pour certains d’entre eux, passionnants.
Souvent portés par un déterminisme (technologique)
tranché, ces débats vont déboucher sur d’autres prises de position symétriques
en faveur (cette fois ci) d’un déterminisme social manifeste émanant notamment de chercheurs que
fédère une analyse des usages à forte teneur sociologique (13).
La tendance au déterminisme
technologique est forte, et semble légitimée de surcroît, par les réflexions en
termes d’impacts et d’effets (de la technique sur la société le plus souvent),
non seulement parce qu’elle « repose sur un schéma de causalité linéaire
depuis la technique jusqu'au social », mais aussi parce qu’elle n’envisage
les conséquences sur la société et la culture qu’en termes d’impacts
technologiques directs et/ou indirects (14).
En revanche, « dans les termes
de l'appropriation sociale des technologies, la problématique articulée autour
des significations d'usage permet de comprendre l'appropriation comme un
processus de création de sens, dans et par l'usage, dans toute sa dimension
sociale », chose que ne prend pas en compte l’approche de la diffusion par
exemple (15).
C’est dire que l’usage (inducteur
« naturel » de l’appropriation) ne peut être réduit à la seule tâche de manipulation de
l'objet technique, il a bien plus que
cela une « épaisseur sociale ».
Si l'approche de l'appropriation
sociale des technologies a permis de dépasser l'étude du rapport strict de
l'usager à l'objet technique, elle a permis aussi l’élargissement de l'analyse
à la prise en compte de la place qu'occupent les pratiques dans les modes de
vie.
Car, elle a mis l’accent sur le fait
« les objets techniques sont
façonnés par le jeu d'interaction qui se déroule entre divers groupes sociaux »
et les pratiques sont appréhendées, dans cette perspective, « comme
faisant partie intégrante de la vie quotidienne à laquelle elles viennent s'y
intégrer en même temps qu'elles la transforment » (16).
Par ailleurs, la socio-politique des
usages tente d'articuler dans un même cadre analytique les différents aspects
des processus d’appropriation et considère que « l'utilisation des
technologies dans une société se situe au croisement de quatre logiques… :
D'une part, une logique technique et
une logique sociale qu'il est possible d'articuler en recourant au concept de
configuration socio-technique. D'autre part, une logique d'offre et une logique
d'usage dont l'interaction complexe peut notamment - mais non exclusivement -
être approchée par une analyse en termes de représentation" (17).
Le croisement de ces quatre logiques
permet de spécifier les rapports d'usage de chaque technologie, mais aussi de
définir le rapport social à l'objet
technique que contribuent à médiatiser les différents acteurs.
1-3- Innovation technologique v/s
innovation sociale
Le « passage » de
l’innovation technologique à l’innovation sociale n’appelle pas uniquement une
médiation technologique, mais aussi une médiation sociale de nature à
interpeller les différentes dynamiques de domestication des technologies,
c'est-à-dire la façon dont celles-ci sont incorporées au quotidien et comment elles sont gérées par
les univers économique, social et technologique de chaque usager.
Si plusieurs auteurs interrogent de
telles dynamiques sous l’angle économique, social ou technologique (en termes
d’impacts et d’effets le plus souvent), d’autres recourent (pour pouvoir
appréhender de telles dynamiques) aux
rapports que les usagers entretiennent aux objets techniques sous l'angle de
leur « culture technologique » (18).
Cette dernière « comporte trois
dimensions: d’abord l'héritage technologique qui renvoie à l'ensemble des
attitudes et des connaissances relatives aux technologies transmises par la
famille. Ensuite la carrière technologique, qui s'étend au delà du milieu
familial et renvoie aux rapports cumulés
de l'individu avec les technologies, et enfin à la compétence technologique, qui renvoie aux
attitudes et aux connaissances que l'individu mobilise lorsqu'il est en contact
avec les technologies »(19) .
Cette troisième dimension englobe les deux premières et les prolonge.
Les objets techniques, dans cette
perspective, ne sont pas uniquement perçus comme modelés, mais aussi comme
modelants, et en ce sens ils ne peuvent acquérir leurs significations qu’à
travers leur appropriation et leur participation au processus de création
sociale.
L'intérêt de l’analyse des processus
de socialisation des technologies domestiques est « d'avoir permis une
observation approfondie de leur usage, grâce à l'utilisation de méthodes
ethnographiques notamment, afin de restituer leur appropriation dans le cadre
de la culture matérielle et symbolique du ménage » (20).
Quoi que s’inscrivant (partiellement
du moins) dans le prolongement des problématiques de la réception, l’optique de
la socialisation s’est développée pour prendre en compte les spécificités
interactives des nouvelles technologies « notamment pour ce qui est de
certains modes d'usage particuliers qui renvoient aux dynamiques d'interactions
et qui s’organisent dans la société dans
ses rapports aux différentes technologies notamment les nouvelles technologies
interactives » (21).
II- Modalités d’appropriation de
la technologie
L’intermédiation entre l’innovation
technologique et l’innovation sociale est , le plus souvent, affaire
d’usage. Mais elle est aussi, d’un autre point de vue, une affaire de
représentation.
En effet, la consolidation de
la représentation sociale des technologies et
la formation des usages sociaux vont, vu sous cet angle, de pair…
même si d’aucuns considèrent que « ce sont…les usages sociaux en place, en
dernière instance, qui favorisent ou empêchent l'implantation et la
généralisation des innovations techniques autant que la domination d'une
innovation, d'une entreprise, d'une filière technologique ou d'une logique
industrielle »(22).
2-1- De la notion d’usage ou du
principe d’accessibilité
Quand on évoque la problématique des
modalités d’appropriation de la technologie, l’on ne peut ne pas évoquer celle
relative à l’usage et à la sociologie de l’usage.
Le terme usage est, le plus souvent
utilisé (et de façon indifférenciée de surcroît) pour celui d'emploi,
d'utilisation, de pratique, ou encore d'appropriation.
L'ambiguïté qui entoure la notion
d'usage tient également au fait qu'elle est utilisée à la fois pour
« repérer, décrire, et analyser des comportements et des représentations
relatifs à un ensemble flou : les NTIC
en particulier » et les technologies en général (23).
Pourtant, une première distinction entre les notions
d'usage et de pratique pourrait être établie dans les termes suivants :
« l'usage est… plus restrictif et renvoie à la simple utilisation, tandis
que la pratique est une notion plus élaborée qui recouvre non seulement
l'emploi des techniques (l'usage) mais (aussi) les comportements, les attitudes
et les représentations des individus qui se rapportent directement ou
indirectement à l'outil » (24).
Si les notions d’usage et de
pratiques semblent, malgré cela, prêter
le flanc à l’ambiguïté (qui frôle la confusion), certains auteurs
proposent une distinction relativement large mais plus précise : « les
usages sociaux sont des modes d'utilisation se manifestant avec suffisamment de
récurrence et sous la forme d'habitudes suffisamment intégrées dans la
quotidienneté pour s'insérer et s'imposer dans l'éventail des pratiques
culturelles préexistantes, se reproduire et éventuellement résister en tant que
pratiques spécifiques à d'autres pratiques concurrentes ou connexes »(25).
Par conséquent, l'usage renvoie à
l'utilisation d'un support ou d'une technologie, repérable et analysable à
travers des pratiques et des représentations spécifiques. Il ne devient,
toutefois, ‘social’ que lorsqu’il est possible « d'en saisir -
parce qu'il est stabilisé - les conditions sociales d'émergence et, en retour,
d'établir les modalités selon lesquelles il participe de la définition des
identités sociales des sujets ».
L’on est donc ici en présence de trois
modes d'appréhension des objets (techniques) qui sous-tendent trois conceptions
différentes de la notion d'usage : d’abord, les objets envisagés comme
« outils » et qui conduisent à une conception de l'usage comme une
utilisation plus ou moins fonctionnelle et performante. Ensuite, les objets
perçus comme des « signes sociaux » et qui définissent l'usage comme
l'expression plus ou moins distinctive du statut social. Enfin, la substitution
de la notion d'objet par celle de « dispositif » témoigne d'une
conception de l'usage comme l'assujettissement plus ou moins accentué à des
normes sociales (26).
Mais la notion d’usage présuppose la
réalisation du principe d’accessibilité forme de consécration préalable de
l’usage, sinon sa condition matérielle (du moins pour ce qui est des
technologies de réseaux) (27).
En effet, au-delà de la simple
connectivité (dans le domaine des NTIC par exemple), c’est aussi toute la
problématique des rapports entre sphère privée et sphère publique qui est posée.
Si les technologies d’information et
de communication ont contribué au bouleversement des rapports entre les sphères
publique et privée, elles ont aussi contribué à l’émergence de nouvelles formes
de rapport au temps et à l'espace. L'utilisation des ordinateurs à domicile
(par exemple) gomme les frontières entre le temps de travail et le temps de
loisirs, et l'accès à de l'information du domaine public est rendu possible
depuis le domaine privé (28).
Parallèlement à cela, l’on assiste à
un développement du travail dit autonome, autrement dit, à la tâche, avec
l'utilisation des ordinateurs à domicile connectés à des réseaux informatiques.
Les technologies mobiles ou portables (téléphone, micro-ordinateur, baladeur),
de même que les technologies accessibles à distance (boîte vocale, répondeur
téléphonique, courrier électronique) ne font qu'amplifier ce phénomène de
brouillage entre lesdites sphère.
Ecartant toute tentation d’un
quelconque déterminisme technologique, ces nouvelles technologies ne viennent
(pour certains auteurs) que se greffer sur des changements en cours (de nature
sociale, culturelle ou autre) en les accentuant (29).
2-2- Appropriation et approche de
l’innovation
La sociologie de l'innovation
s'attache à l'étude des processus d'innovation technique, c'est-à-dire à ce « moment
particulier de la conception des innovations, qui implique des prises de
décision et des choix d'ordre technique, social, économique, et politique ».
Rappelons que cette approche « cherche d'une part à démontrer la dimension sociale
de l'innovation technique, et, d'autre part, à identifier le jeu d'interactions
des divers acteurs qui participent à l'élaboration de l'innovation » (30).
Rappelons aussi que les dispositifs
techniques sont perçus par cette approche comme étant des construits éminemment
sociaux et « ni les nécessités purement techniques, ni l'imposition de
certaines formes socio-politiques ne peuvent expliquer la forme prise par les
innovations » (31).
Si la notion de médiation est
considérée comme centrale dans ladite approche, c’est essentiellement parce qu’elle
permet de montrer « l'enchevêtrement de la technique et du social,
notamment à travers les diverses représentations de l'usager, inscrites dans le
dispositif technique. L'objet technique est appréhendé comme une suite de
compromis entre différents acteurs sociaux porteurs d'un projet social inscrit
dans leurs propositions techniques » (32).
Or, l’une des principales limites de
l'approche de l'innovation (reconnue par ailleurs par ses tenants eux-mêmes)
tient à son absence de considération du rôle des pratiques, c'est-à-dire « de
l'action de l'usager sur le façonnage de l'objet technique ».
En effet, « …dès que l'objet
technique devient objet de consommation ou d'utilisation, il cesse d'intéresser
l'analyste qui ne voit dans l'utilisateur que le prolongement non problématique
du réseau constitué par l'innovateur. Autrement dit, la sociologie des
techniques a certes redonné de l'épaisseur aux objets, mais cela au détriment
des acteurs qui s'en saisissent. » (33).
Dans une optique toute autre, Patrice
Flichy « dépasse le niveau d'analyse micro-social et insiste sur
l'importance de l'imaginaire technique, qui renvoie aux représentations de
l'objet technique, autant chez les concepteurs que chez les usagers, et qui
alimentent le développement du cadre de fonctionnement d'une
nouvelle technique (34).
Flichy, en intégrant sa notion de
« cadres d'usages » dans l’analyse des outils de communication, ne
prétendait pas seulement à montrer les modalités « historiques »
d’appropriation de ceux ci, mais cherchait surtout à les appréhender en
fonction des grandes représentations dominantes de telle ou telle époque (35).
Lorsqu'il est appréhendé d'un point
de vue historique (dit l’auteur), « le rôle des représentations liées à la
technique, les valeurs et les mythes qui l'entourent, apparaissent essentiels
dans les processus d'innovation, en ce qu'ils contribuent à la création des
significations d'usages d'une part, et dans la mesure où ils véhiculent un
certain projet de société d'autre part »…La dimension idéologique est, à
ce niveau, imperceptiblement frôlée.
2-3- Appropriation et approche de
la diffusion
«La diffusion des TIC n'opère pas
dans le vide social; elle ne procède pas davantage par novations ou
substitutions radicales. Elle interfère avec des pratiques existantes, qu'elle
prend en charge et réaménage ».
De cela découle le constat selon
lequel cette approche s'attache fondamentalement à l'analyse de l'adoption
d'une innovation technologique au moment de sa diffusion, c'est-à-dire sans
prêter attention à l'étape de la conception du produit qu'elle étudie.
Toute la question ici est de savoir,
d’une part, « comment se diffusent les innovations et qui en sont les
adoptants, en élaborant des modèles comportementaux entre autres », et,
d'autre part, de chercher à « mesurer
l'impact de leur adoption à travers les changements opérés dans les pratiques »(36).
Pour le modèle diffusionniste
(préoccupé par la manière dont une innovation circule à travers les réseaux
sociaux), « l'adoption est perçue comme un processus caractérisé par
plusieurs phases, depuis la première exposition de l'usager à l'innovation,
jusqu'à la confirmation ou le rejet de l'adoption…et ce sont (en définitive)
les caractéristiques de l'innovation telles qu'elles sont perçues par les
individus, qui déterminent son taux d'adoption » (37).
Si le processus d’adoption réclame cinq
attributs pour caractériser l’innovation (son avantage relatif, sa
compatibilité avec les valeurs du groupe d'appartenance, sa complexité, la
possibilité de la tester, et sa visibilité), il réclame aussi cinq profils
types pour les usagers à savoir les innovateurs, les premiers utilisateurs, la
première majorité, la seconde majorité et les retardataires.
L’évolution du taux d'adoption
(prélude et manifestation de l’appropriation) est ainsi considérée « comme
la variable descriptive essentielle de la diffusion et les corrélations entre
les taux d'équipement et la fréquence d'usage, ainsi que les pratiques de
sociabilité, de loisirs, de déplacement, etc., permettent d'obtenir des données
sur les éventuels changements dans les pratiques (38).
Si l’intérêt majeur du modèle
diffusionniste est d'avoir permis de décrire tout le réseau social par lequel
circule une innovation au sein d'une société, il a toutefois « contribué à
propager une conception fausse de la notion de diffusion, à savoir celle selon
laquelle la diffusion d'une innovation interviendrait seulement lorsque
l'innovation est achevée et prête à être adoptée »(39).
Cette critique faite au modèle diffusionniste est de taille
parce qu’elle interpelle le statut de la technique et prend le contrepied d’une
« vision positiviste de la technologie » selon laquelle il y a lieu d’une passivité quasi totale chez
les usagers, qui acceptent ou non l'innovation sans prendre en compte la façon
dont les usagers modifient (ou peuvent modifier) le dispositif technique qu'ils
adoptent…et se les approprie.
2-4- Approche de l’appropriation
Si les approches de l’innovation et
de la diffusion sont antérieures à l’approche de l’appropriation, c’est
fondamentalement, semble - t -il, parce que les processus d’innovation et les
modalités de diffusion précédent, en toute logique, les phases et les modalités
d’appropriation.
En effet, au moment où l’analyse de
l’innovation part du fait que la technologie est un construit social qui
conditionne la formation des usages (et s’en trouve par conséquent conditionnée),
l'analyse de la diffusion (dans une perspective d'« adoption » et
d'« acceptabilité » par les usagers) part de l'antériorité de la
technique pour en faire découler les usages.
L'approche de l'appropriation se
distingue des deux précédentes à plus d'un titre. Car, « à la différence
de l'approche de l'innovation centrée sur le moment de la conception des objets
techniques, l'approche de l'appropriation situe ses analyses sur le plan de
leur mise en oeuvre ou ‘mise en usage’ dans la vie sociale »(40).
En d’autres termes et contrairement
à l'approche de la diffusion qui s'attache à l'étude du processus de diffusion
des technologies à travers l'évolution d'un taux d'adoption, l'étude des usages
dans les termes de l'appropriation sociale des technologies renvoie à l'analyse
de leur formation du point de vue des usagers.
C'est d’ailleurs en partie en
réaction et face aux limites des approches quantitatives de la sociologie de la
diffusion, qu'est née cette approche de l'appropriation sociale des nouveaux
outils de communication.
Car au moment où l'approche de la
diffusion des innovations s'attache à « constater et à expliquer les
disparités en différenciant des profils d'usagers », l'approche de
l'appropriation met en évidence la disparité des usages et des usagers en
montrant la construction sociale de l'usage, notamment à travers les significations
qu'il revêt pour l'usager.
Par conséquent, « les
différences de taux d'équipements ou de fréquences d'usages ne sont ici que le
révélateur des disparités de signification que revêtent les pratiques
concernées pour les différents groupes sociaux. » (41).
La question du statut de l'objet (technique)
revient donc à « saisir ce qu'il représente pour son ou ses usagers,
comment il vient s'inscrire dans un environnement spécifique et parmi des
pratiques préexistantes, et cela, dans le contexte de la vie quotidienne,
indissociable des tendances sociales de fond qui participent à la construction
des modes de vie ».
La manière dont se constituent des
usages différenciés selon les groupes sociaux à travers l'examen des
« significations d'usages » (en termes d’identité, de socialisation
et d’imaginaire technique) est ici fort interpellée.
Dans une visée plus large, mais à
forte portée analytique, le rôle des technologies sur « la technicisation
des pratiques de communication et ses incidences sur le plan cognitif »
font l'objet de problématiques qui dépassent l'analyse de l'appropriation d'un
outil par un usager « pour s'interroger sur les conséquences à long terme
de cette nouvelle forme de communication, de plus en plus médiatisée par la
technique » (42).
Par ailleurs, l’analyse des formes
d’appropriation, en distinguant deux types d’usages (usages prescrits et usages
effectifs) met l’accent sur les modes d'emplois prescrits par les inventeurs
des technologies et montrent comment les premiers utilisateurs tendent à
toujours proposer « des déviances, des variantes, des détournements et des
arpèges » (43).
La logique de l’usage, qui semble
constituer le cœur de la réflexion de Perriault est justement fondée sur cet
aspect de « pratiques déviantes » qui sont « autre chose que des
erreurs de manipulation et qui correspondent à des intentions, voire à des
préméditations ».
Il considère, suite à cela, qu’ « il
y a de grandes convergences dans les formes d'usage, de grands regroupements,
ce qui permet de supposer l'existence d'un modèle identique du fonctionnement
chez les divers utilisateurs » (44).
S’il est vrai que la dichotomie
« approche technicienne et comportements des usagers » développée par
Perriault pour approcher la problématique de l’appropriation est fort
contestée, son glissement « vers
une problématique psychologisante, qui réduirait son analyse à l'unique prise
en compte des facteurs personnels des usagers, sans aborder les dimensions
économiques, stratégiques et politiques des innovateurs » ne l’est
certainement pas moins.
Les mouvements de détournements, comme
celui de résistances ou de rejet des usagers, sont présentés non seulement
comme faisant contrepoids aux rapports « technique/usages », mais
aussi comme étant suffisants à l'équilibre desdits rapports.
III- Appropriation sociale de la
technologie : cas des NTIC
Le contexte actuel est marqué par la
profusion des nouvelles technologies de communication, qui font l'objet de
nombreux discours, tantôt apologétiques, tantôt apocalyptiques que le phénomène
de l'Internet a contribué à en amplifier la charge et la teneur de façon
considérable.
3-1- De la spécificité des NTIC
Les technologies que nous appelons
« interactives » (dites aussi « outils de
communication », ou « machines à communiquer ») se différencient des autres « appareils
domestiques » par la complexité de leurs modes opératoires, et l'étendue de la gamme d'usage qu'ils
permettent, dans un contexte marqué par une médiation technique d’autant plus
présente qu’elle occupe une place cruciale dans les activités quotidiennes (45).
En effet, dans le domaine des
technologies d'information et de communication (plus que dans d’autres
domaines), la fascination envers la technique est d'autant plus grande que la
plupart des discours y prenant corps font de celles-ci un facteur de « libération
et d’émancipation ».
Les travaux de Marshall Mac Luhan ( notamment sa fameuse prophétie du
village global) dont on a essentiellement retenu que « le médium est le
message », ont certainement contribué au développement de nouvelles
problématiques mais souvent (et encore une fois de plus) sous l’angle des effets
et de l'impact des médias, et des NTIC en général, sur la société (46).
Les discours postérieurs à la thèse
de Mac Luhan (dont la plupart sont centrés sur les autoroutes et société de l’information) entretiennent la même
fascination en faisant des technologies d’information et de communication le
support matériel « objectif » pour réussir le passage de la société
industrielle à la société de l'information, et donc à la société du savoir et
de la connaissance.
Il en a été de même (quoi que sous
un autre angle) des travaux d’anthropologie et des sociologie de la
communication qui, en essayant d’analyser l’apport des nouvelles technologies
sur les plans culturel et cognitif, prêchent par un certain déterminisme
technologique implicite « dans la mesure où la technique est (soit) abordée
du point de vue de ses incidences sur les structures mentales et les modes de pensée »
(47), soit adoptée comme étant à l’origine
d'une véritable mutation anthropologique…sans précédent, nous dit on par
ailleurs.
S’il y a un aspect
« déterminant » dans la distinction entre les « anciennes
technologies » (radio, télévision, cinéma, magnétoscope…etc) et les
« nouvelles » ( télévision interactive et internet pour l’essentiel),
c’est indubitablement la dimension interactivité qui dénote, au-delà de la
simple utilisation de ces « machines à communiquer », d’une forme
d’appropriation sociale de ces technologies… « nouvelle » par
plusieurs aspects.
En effet, « le rapport avec ces
technologies interactives n'en est pas seulement un de manipulation; en effet,
au-delà du rapport concret qu'implique leur utilisation, les valeurs qu'elles
intègrent contribuent à façonner des modes opératoires et des comportements
nouveaux. Les valeurs de rationalité et de performance notamment, dont les
technologies sont porteuses, se retrouvent au quotidien » (48).
3-2- Objets techniques et sujet
social
La plupart des travaux portant sur
les technologies en général et celles de l’information et de la communication
en particulier, sont marqués par ce que Scardigli appelle la
« techno-logique du changement social » ou la « socio-logique du changement
social » (49).
Ce sont des réflexions sur le
quotidien qui incitent à re-situer l'étude des usages dans un cadre plus large
sur l'évolution des modes et styles de vie en termes sociaux, économiques voire
politiques et culturels.
C’est dire, autrement, que l'étude
du quotidien est dictée par la nécessité « d'étendre l'analyse à la prise
en considération des tendances sociales profondes et des bouleversements plus
larges de la société globale qui contribuent à l'évolution des modes de vie ».
Plus tard, Proulx est allé jusqu’à situer
« l'étude de la réception médiatique dans l'ensemble des conditions
sociales, économiques et politiques de production des contenus médiatiques »
et aussi jusqu’à étendre l’analyse des sujets techniques en termes de
perception de la part de ceux qui en sont destinataires.
En fait, « discuter des usages
des technologies de communication dans les termes abstraits de la
technique et du social ne doit pas faire oublier que ces
technologies se présentent aux yeux de ceux qui les utilisent avant tout sous
la forme d'objets. Le rapport qu'entretiennent les usagers avec leurs
téléviseurs, téléphones, ou micro-ordinateurs est d'abord un rapport concret et
physique »(50)…lesdits objets
se présentant comme l’interface entre la technique et les usagers.
Si, « l'outil utilisé structure
la pratique (dit Jouet), ... les mobiles, les formes d'usages et le sens
accordé à la pratique se ressourcent dans le corps social ». Et même si
les pratiques témoignent d'une pénétration des valeurs portées par ces objets
techniques, « elles ne se conforment pas à des modèles d'utilisation rationnelle »
(51) .
Si (pour Jouet) les « technologies
interactives peuvent être perçues comme des organisateurs de l'action dont les
pratiques révèlent l'empreinte du social », le passage des technologies
« muettes » aux technologies interactives a permis aussi (pour
Chambat) « le passage d'un statut d'audience passive et soumise à celui
d'usagers actifs, que le caractère interactif de ces nouvelles technologies à contribué
à renforcer ».
Il est donc clair (du moins dans
l’esprit des deux auteurs) qu’insister sur la centralité des usages sociaux ne doit
nullement préfigurer un quelconque déterminisme social, mais plutôt une rétro
action régulière entre l'offre « qui amorce le processus d'implantation et
de généralisation des NTIC » d’une part et l’influence que les sujets
sociaux apportent aux dynamiques dudit processus dans le temps et dans l’espace
d’autre part.
3-3- Objets, usages et
appropriation
Si certains « outils de
communication » semblent mieux faire l’objet d’appropriation que d’autres
(outils interactifs le plus souvent), il faudrait chercher les éléments de réponses non pas
uniquement du côté du statut des objets techniques, mais plutôt du côté de
l'unité d'analyse (c'est-à-dire le ménage usager) et cela, « à travers un
questionnement plus large englobant un contexte marqué par une individualisation dans la
construction des modes de vie »(52)
.
C’est dire non seulement
l’importance des significations d’usages dans le processus d’appropriation des
objets techniques (dans le strict cadre de la sphère privée), mais aussi
« que l'insertion sociale d'une
NTIC, son intégration à la quotidienneté des usagers, dépendaient moins de ses
qualités techniques intrinsèques, de ses performances et de sa sophistication,
que des significations d'usage projetées et construites par les usagers sur le
dispositif technique qui leur était proposé »(53).
L’on est donc ici en face de deux
grands types de rationalité dans le
processus de construction de l'offre et qui témoignent d'un certain type de
problématisation des usages: une « rationalité de la cohérence
socio-technique » et une « rationalité de la performance
techniciste ».
La première considère que « le
nouveau dispositif et les produits/services qui lui sont associés doivent
trouver leur place dans tout cet ensemble social, culturel, technique,
organisationnel, familial, relationnel préexistant ».
La deuxième en revanche (rationalité
de la performance techniciste) considère
l'alliance établie (entre l’offre et la demande préexistante) à partir du
moment où il est fait abstraction de l'existant: « ... on désigne aux
usagers les places qu'ils vont occuper, les pratiques nouvelles qu'ils vont
développer et les représentations idéales auxquelles ils doivent tendre »(54).
L’analyse de Mallein et Toussaint
est importante non seulement parce qu’elle aide à évaluer le succès ou l'échec
d'une innovation dans l’étude des dynamiques d'appropriation, mais aussi parce
qu’elle a intégré des catégories analytiques (hybridation, substitution,
identité active et identité passive) permettant de dégager « le rôle des
modèles de l'usager inscrits dans les objets techniques ».
En même temps, elle a permis (au
regard du recours croissant aux technologies interactives de communication)
comment la production du lien social
est une conjugaison parfaite entre l'expression de la subjectivité et le
rattachement à la collectivité », c’est à dire du « désir d'accomplissement
personnel ... qui s'accompagne de l'élaboration de nouvelles formes d'échange
social »(55).
Dans la même lignée, Vedel et
Vitalis (en développant leur approche de la socio-politique des usages) visent
à intégrer dans une même analyse, une réflexion de niveau macro-sociologique
sur les stratégies d'offre et une analyse de type micro-sociologique sur les
usages (aux sens de pratiques).
« Autrement dit, cette approche
vise à fournir un cadre d'analyse permettant d'appréhender à la fois les
processus d'innovation et ceux d'appropriation en situant l’analyse des
usages des technologies dans la société au croisement de quatre logiques:
une logique technique et une logique sociale, qui s'articulent selon une
certaine configuration socio-technique , et une logique d'offre et
une logique d'usage, dont les interactions sont analysées sur le plan des
représentations »(56).
L’entrecroisement de ces quatre
logiques spécifie des « rapports d'usage » propres à un système
technologique donné, qui définissent à la fois un rapport à l'objet technique
et un rapport social entre les différents acteurs.
Et c’est effectivement grâce à ce
concept de configuration socio-technique que Vedel (et Vitalis) a cherché à « prendre
en compte les effets conditionnants (et non pas déterminants) de la technique
sur les relations sociales en formation dans un processus d'innovation. Ces
relations sont influencées par les caractéristiques intrinsèques de la
technologie autour de laquelle elles s'organisent »…dans le cadre d’un
rapport constant et dynamique entre une logique technique et une logique
sociale.
La socio-politique des usages vise
donc à la fois l'étude non seulement de l'offre technique (à travers sa
structuration économique et les politiques des acteurs) mais aussi celle des
usages et des pratiques en situation.
Conclusion
Si l'approche de l’innovation s’est
intéressée à la dimension sociale du processus d’innovation technique
(contestant par là toute forme de déterminisme technologique et s’écartant de
celui portant une quelconque marque purement sociale), l’approche de la diffusion s'est attachée à constater puis à expliquer
les disparités en termes de taux d'équipement et de pratiques (comme pour
suivre le cheminement par lequel une technologie s’insère dans son
environnement social), alors que l'approche de l'appropriation s’est attelée à
étudier les processus de formation des usages et des pratiques en termes de
sociologie ou de socio politique des usages.
Cette présentation séquentielle des
processus (et des approches aussi) ne traduit pas uniquement l’ambivalence
prégnante des rapports des objets techniques aux sujets sociaux, mais aussi la
manière dont les technologies (notamment celles d’information et de
communication) font l’objet d’appropriation sociale sous l’effet des usages ou
de par les différentes représentations qu’elles renferment.
À l'heure où les technologies dites
d'information et de communication sont de plus en plus nombreuses (et
doublent sans cesse en interactivité),
les recherches sur les usages qui en
sont faits et les représentations dont elles sont à l’origine, trouvent une
justification d’autant plus grande eu égard à l’absence, jusqu’ici remarquée,
de paradigmes acceptés par la communauté des chercheurs faute de données
fiables ou en raison de l’instabilité « structurelle » du champ objet
de recherche.
Toutefois, l’une des pistes
vertueuses possibles consisterait, malgré cela, à initier (du moins pour le
Maghreb) des recherches alliant le macro social et le micro sociologique dans
l’appréhension des modalités d’appropriation sociale de la technologie dont,
bien entendu, celle relative au champ de l’information et de la communication.
Rabat, 25 Juin 2006
(1) – Pour une présentation exhaustive de ces différentes
approches théoriques ainsi que leurs options méthodologiques respectives,
Cf. : Millerand.F, « Usages des NTIC : les approches de la diffusion,
de l’innovation et de l’appropriation », Université du Québec, Montréal,
1998.
(2) – La raison principale tiendrait essentiellement à la
nature de « l’objet technique » analysé (radio, téléphone,
ordinateur) fort unidirectionnel et ne se prêtant pas à l’interactivité. Ces
cadres théoriques n’ont intégré une telle dimension qu’avec l’arrivée de cette
dernière notamment avec le multimédia et l’internet.
(3) – Cf. pour une réflexion en termes
de médiation : Akrich. M, « Les formes de la médiation technique,
Revue Réseaux, n° 60, CENT, Paris, 1993.
(4) – Cf. pour un aperçu de
littérature : Flichy. P, « L’innovation technique. Récents
développements en sciences sociales : vers une nouvelle théorie de
l’innovation », Ed. La Découverte, Paris, 1995.
(5) – L’expression « machines à
communiquer » semble parfaitement
traduire les débuts de prise en considération de l’interactivité dans les
approches des technologies d’information et de communication.
Voir à ce propos : Perriault. J, « La logique de l’usage. Essai sur les machines à communiquer », Ed. Flammarion, Paris, 1989.
(6) – De tels rapports ont été, pendant longtemps, lus sous l’angle du pur
déterminisme technologique selon lequel la technologie structure les usages
sociaux qui en sont faits.
(7) – Il n’est pas de l’objet de ce
papier de disserter sur « la dichotomie technologie/technique »,
encore moins de montrer qu’il ne s’agit là que d’un « vrai faux
débat », nous ne retiendrons que les aspects permettant des éclairages de
notre problématique.
(8) – Notamment pour ce qui est de l’école de la sociologie des innovations.
Cf. à ce sujet : Vedel. T,
« Sociologie des innovations technologiques des usages : introduction
à une socio politique des usages », In Vitalis. A (Ss la Dir),
« Médias et nouvelles technologies : pour une socio politique des
usages », Ed. Apogée, Rennes, 1994.
(9) – Cf. Akrich. M, « Les objets
techniques et leurs utilisateurs : de la conception à l’action »,
Revue Raisons Pratiques, n° 4, 1993.
(10) - Vink. D, (Ss la Dir), « Gestion de la
recherche, nouveaux problèmes, nouveaux outils », Ed. De Boeck, Bruxelles,
1991.
(11) - Vedel. T, « Sociologie des innovations technologiques des usages… », Art. Précité.
(12)
- Vedel. T, « Sociologie
des innovations technologiques des usages… », Art. Précité.
(13)-Voir pour une approche sociologique de l’innovation, Bretton. P, Proulx.
S, « L’explosion de la communication », Ed. La Découverte, Paris,
1989.
(14) – La caractéristique principale de ce schéma linéaire
ne réside pas seulement dans sa simplicité, mais aussi dans le fait qu’il
« dépolitise l'innovation technologique » et voit en celle ci une
activité indépendante et autonome par rapport à toute forme d’arbitrage social
ou politique.
(15)
- Millerand.F, « Usages
des NTIC… », Art. Précité.
(16)- Le sens de l’interaction est ici sous entendu.
(17) - Le concept de configuration socio-technique forgé par Vitalis tente de prendre en compte les effets conditionnants de la technique sur les relations sociales liées au processus d'innovation considéré comme "un système de relations sociales qui se met en place autour d'une technique mais aussi par l'intermédiaire de celle-ci".
(18) – C’est le cas des auteurs anglo saxons notamment nord
américains.
(19)
– Silverstone. R et Alii, « Families, technologies and conumption :
the household and information and communication technologies », Brunel
University, ESRC, 1989.
(20) - Millerand.F, « Usages des NTIC… », Art. Précité.
(21) - Millerand.F, « Usages des NTIC… », Art.
Précité.
(22) – Lacroix. J.G (Ss la Dir), « De la télématique aux autoroutes électroniques. Le grand projet reconduit », Presses Universitaires de Grenoble, 1994.
(23) – Chambat. P, « NTIC et représentation des
usagers » In Vitalis. A (Ss la Dir), « Médias et nouvelles technologies… »,
Ouv. Précité.
(24) – Jouet. J, « Usages et pratiques des nouveaux outils
de communication », In Dictionnaire Critique de la Communication, Ed. PUF,
Paris, 1993.
(25) – Mallein. P, Toussaint. Y, « L’intégration sociale des TIC : une sociologie des usages », Revue Technologie de l’information et Société, n° 6, 1994.
(26) - Chambat. P, « NTIC et représentation des usagers… »,
Art. Précité.
(27)- Cf. El Yahyaoui. Y, « De l’accès à
l’usage : éléments de débat », Communication au Symposium
international « Le libre accès : défis et enjeux », tenu en
marge du Sommet mondial sur la société de l’information, Centre national de
documentation, Rabat, 11-12 Décembre 2003.
(28) - Flichy. P, « L’innovation technique. Récents développements en sciences sociales… », Ouv. Précité.
(29) – Vitalis parle d’une « dialectique constante
entre logique technique et logique sociale ».
(30) – Patrice Flichy est le représentant incontesté de ce
« courant de pensée ».
(31) - Akrich. M, « Les objets techniques et leurs utilisateurs… », Art. Précité.
(32) - Chambat. P, « NTIC et représentation des usagers… »,
Art. Précité.
(33) - Akrich. M, « Les objets techniques et leurs
utilisateurs… », Art. Précité.
(34) - Millerand.F, « Usages des NTIC… », Art. Précité.
(35) – Cf. Flichy. P, « L’action dans un cadre socio-technique. Comment articuler technique et usage dans une même analyse ? », In Lacroix. J. G (Ss la Dir), « Les autoroutes de l’information … », Ouv. Précité.
(36)- Millerand.F, « Usages des NTIC… », Art. Précité.
(37) – Rogers. E.
M, « Diffusion of innovations », Free Press, New York, 1983.
(38) - Chambat. P, « NTIC et représentation des usagers… »,
Art. Précité.
(39) – Boullier. D, « Construire le téléspectateur : récepteur, consommateur ou citoyen ? », In Vitalis. A, « Médias et nouvelles technologies… », Ouv. Précité.
(40) - Millerand.F, « Usages des NTIC… », Art. Précité.
(41)
– Chambat. P,
« Technologies à domicile », Revue Esprit, n° 186, Paris, 1992.
(42) – La dimension cognitive, fort intéressante dans l’analyse
de l’appropriation, n’a pas fait l’objet d’études exhaustives. Son insertion
dans ce papier est indicative.
(43)
- Perriault. J, « La
logique de l’usage… », Ouv. Précité.
(44) - Perriault. J, « La logique de l’usage… », Ouv. Précité.
(45) – Pour des raisons de commodité méthodologique, l’on ne
s’arrêtera dans cette partie que sur les technologies dites interactives.
(46) – Si Mac Luhan a parlé d’appropriation de la technologie,
c’est probablement en termes de sociologie des usages.
(47) – Jouet. J, « Pratiques de communication et figures de
la médiation », Revue Réseaux, n° 60, CENT, Paris, 1993.
(48) - Jouet. J, « Pratiques de communication… »,
Art. Précité.
(49) – Scardigli. V, « Déterminisme technique et appropriation culturelle : évolution du regard porté sur les technologies de l’information », Revue Technologie de l’information et Société, n° 6, 1994.
(50) - Millerand.F, « Usages des NTIC… », Art.
Précité.
(51) - Jouet. J, « Pratiques de communication… », Art. Précité.
(52) - Chambat. P, « Technologies à domicile »,
Art. Précité.
(53) – Mallein. P, Toussaint. Y, « L’intégration sociale des TIC : une sociologie des usages », Revue Technologie de l’information et Société, n° 6, 1994.
(54) - Mallein. P, Toussaint. Y, « L’intégration
sociale des TIC … », Art. Précité.
(55) - Mallein. P, Toussaint. Y, « L’intégration sociale des TIC … », Art. Précité.
(56) - Vedel. T, « Sociologie des innovations technologiques
des usages… », Art. Précité.
Vitalis. A (Ss la Dir),
« Médias et nouvelles technologies… », Ouv. Précité.