1- En
introduction à ce livre pionnier, l’auteur dit ceci : «le nouveau voile
est dans la rue, le café, l’école, le métro, les médias, au stade et sur la plage.
Mode et coquetterie sont de mise : la voilée sort, se montre, se fait belle,
séduit et se laisse tenter. Son comportement détonne. Il contrarie nos
habitudes de pensée, échappe aux politiques, dérange les anciens et piège les
modernes. Dans les pays musulmans comme partout ailleurs dans le monde, de
nouveaux visages partagent notre quotidien».
Et
l’auteur de s’interroger : «ces femmes voilées, comment les voir, les
comprendre et en parler ? Comment interpréter leur hijab, ce symbole qui
montre et dit plus qu’il ne cache et tait ?»
En
effet, dit-il, tel qu’il s’affiche aujourd’hui, avec ses variantes et ses
accessoires, le nouveau hijab résulte d’un bricolage inédit qui rompt avec les
pratiques traditionnelles. «Il traduit, en même temps qu’il annonce, les
changements de l’individu, de la société et de la culture. Son enjeu politique
est la montée du pouvoir féminin dans les espaces publics. Sa portée économique
est liée à la mondialisation des objets et des signes. Il symbolise et met en
scène, une identité plurielle».
L’esthétique,
le ludique, le politique et l’économique, à l’appui de cet essai sur le voile,
sont analysés et au fur et à mesure. Ils sont progressivement croisés dans des
relations entre un religieux et un politique complexes dans l’islam contemporain,
estime l’auteur.
En
effet, «la variété infinie du voilement réfère à la globalité de ce phénomène
vestimentaire et identitaire dont les mises en scène revêtent des dimensions multiples :
sociales, culturelles, religieuses, esthétiques et ludiques…Voilées, dévoilées
et parfois, dans un entre-deux bricolé au petit bonheur, elles affichent une
ferme volonté de participation à la vie publique via les élections, la rue, le
travail, l'amour, le cinéma, les médias, la mode, la publicité, les arts, la transgression
de la censure des mœurs et la protestation contre les formes de domination
masculine».
2- Pour
l’auteur, le voile dit des choses significatives sur les individus et sur la
société. «Quelque part, le voile parle autant qu’il montre et rend visible les
femmes dans l’espace public. En tant que signe et symbole, le voile est
structuré comme un langage et se veut porteur d’un discours révélateur d’un
rapport organique entre identité/altérité» qu’il appartient aux chercheurs de
déchiffrer et d’écrire.
C’est
pour dire que «l’écriture du voile est un exercice délicat et périlleux en
raison de l’extrême diversité et mobilité du phénomène étudié qui relève de
l’esthétique et du politique, de l’économique et du symbolique, du passé et du
présent. C’est ainsi que tout jugement de valeur à propos du voile, le limitant
à un aspect au détriment des autres, est forcément réducteur et inapte à en
saisir la dynamique interne et externe».
En
ce qui concerne le changement de voile, les femmes ont la possibilité, rappelle
l’auteur, «non seulement de se voiler/dévoiler au gré des circonstances et du
choix individuel, mais également de troquer un voile contre un autre : de
passer du hijab au voile intégral et vice-versa, sans parler des multiples
possibilités d’associer différents vêtements et voiles».
Ces
jeux des voiles dénotent «d’une théâtralité sociale qui est déjà inscrite dans
les logiques des pratiques vestimentaires ainsi que des rapports
interindividuels en société».
En
même temps, lesdits jeux sont orchestrés par des représentations et des
pratiques sociales qui sont, à la fois, ludiques, esthétiques, politiques,
économiques, voire stratégiques et globales, pense l’auteur. En plus, ces jeux
des voiles «charrient des enjeux politiques et symboliques à la croisée
des logiques contradictoires du voilement et du dévoilement, du normatif et du
transgressif».
En
somme, tout l’enjeu pour l’auteur, à travers ce livre, consiste à rendre
intelligibles les jeux et les enjeux du hijab et des voilements, devenus
spectaculaires, dans les contextes sociaux et historiques d’aujourd’hui.
Yahya El Yahyaoui
Rabat, 5 Août 2010