«Réussir le sauvetage de l'Institut du monde arabe»

 

Gouteyron. A, Rapport, Sénat, Paris, Octobre 2008, 103 p.

 

 

 

1- L’Institut du monde arabe (IMA) est une institution singulière. Il s’agit d’une fondation de droit privé, au sein de laquelle siègent des ambassadeurs des Etats arabes, mais aucun représentant de la France (le Quai d’Orsay supporte le versement d’une subvention de fonctionnement de 12,6 millions d’euros). Ce caractère insaisissable donne à l’Institut du monde arabe une originalité reconnue, mais est aussi à l’origine de dysfonctionnements qui ont jalonné sa gestion depuis son ouverture en 1987.

 

La Cour des comptes lui a consacré pas moins de cinq contrôles qui, à chaque fois, «l’ont conduit à formuler des critiques persistantes, soulignant son incapacité à empêcher une dérive tant stratégique que financière» (38,5 millions d’euros en 2006 de déficit d’exploitation cumulé). Un rapport de l’Inspection générale des finances de 2005, allait même jusqu’à «préconiser la fermeture de certains départements, comme la bibliothèque».

 

La Cour des comptes relève aussi une «gestion de la trésorerie laxiste et coûteuse», des «pratiques d’achats et de sous-traitance contestables», avec des surfacturations systématiques et injustifiées.

 

Elle appelle par conséquent, à une clarification sur des points importants : la rémunération, le rôle et le statut fiscal du directeur général, la stratégie du musée et de la bibliothèque, la valorisation des activités connexes et la recherche du mécénat.

 

Pour son président, Dominique Baudis, l’Institut du monde arabe s’est trouvé confronté à «une crise financière qui a conduit à la quasi cessation de paiement» en 2008.

 

Ces déficits ont conduit l’Institut au fil du temps, à «diminuer l’étendue de ses ambitions culturelles», et, depuis les années 80, à réduire d’année en année tel ou tel festival, tel ou telle programmation artistique, telle ou telle politique d’acquisition d’oeuvres d’art.

 

L’Institut a longtemps souffert de l’absence de compétences de gestion d’un niveau suffisamment élevé, et «d’un accompagnement des pays arabes et de la France défaillant».

 

Ainsi, les Etats arabes n’ont pas tous honoré leurs engagements, puisqu’il manquait toujours en 2006, 34 millions d’euros de contributions des Etats fondateurs, dont 13,9 millions d’euros pour l’Irak et 12,5 millions d’euros pour la Libye. En 2006, le budget de fonctionnement de l’Institut du monde arabe était assuré à 54% par la France, à 9% par la partie arabe, le reste relevant de ressources propres. De ce point de vue, «la France a assumé en large partie le soutien financier de l’Institut du monde».

 

2- La stratégie de redressement financier de l’Institut repose en particulier sur le développement des recettes propres, après qu’auront été accomplis des efforts de réduction de la dépense. On évoque, sur la période 2007-2010, «l’objectif volontariste d’une augmentation des ressources issues de l’exploitation des espaces et du restaurant de 50%. Le mécénat progresserait de 20% sur la période. De surcroît est prévue une réduction sur trois ans de 15% des coûts de fonctionnement courants».

 

Ainsi, l’Institut du monde arabe a réussi, en 2006 et 2007 à revenir à l’équilibre et à dégager un résultat net comptable positif après vingt années de déficits successifs, le ratio d’endettement s’étant amélioré, puisque la dette de l’IMA est passée de 15 millions d’euros à 6,5 millions d’euros. La trésorerie est redevenue excédentaire, et les découverts bancaires, à l’origine de frais financiers significatifs, ont quasiment été résorbés.

 

Certaines fragilités financières subsistent néanmoins. Elles concernent «l’absence de paiement des arriérés des derniers pays arabes concernés, la difficulté de développer les ressources propres au niveau prévu et la nécessité de consentir certains investissements indispensables».

 

En même temps, le montant total des ventes de marchandises, de la location des espaces et des recettes de mécénat a stagné en 2007, malgré la montée en puissance de cette politique de mécénat.

 

On a pu regretter pendant longtemps l’absence d’une stratégie identifiable au sein de l’Institut du monde arabe. Les missions assignées à l’IMA par son acte fondateur étaient claires («la réflexion en commun des Français et des Arabes sur le monde actuel et son avenir». Il appartenait donc aux autorités dirigeantes de l’Institut de donner une plus grande consistance aux orientations esquissées. Or, «au moins jusqu’à une période récente, l’IMA n’a pas vraiment tranché un certain nombre de débats de fond, ce qui a pu aboutir, dans le passé, à l’élaboration d’objectifs incertains ou contradictoires».

 

Le musée et la bibliothèque, qui sont les piliers institutionnels de l’établissement, restent les deux sujets de préoccupations principaux.

 

La réforme du musée doit conduire à «recentrer sa mission autour d’actions éducatives menées auprès du jeune public, en donnant une forte dimension audiovisuelle et interactive au projet muséographique».

 

Enfin, la masse salariale du personnel de la bibliothèque «doit être stabilisée, après avoir été divisée par 2 en dix ans».

 

Et malgré le contrat d’objectifs et de moyens, établi par Baudis, «la situation financière de l’Institut du monde arabe reste fragile ». Son redressement dépendra de la réussite dudit contrat dont certains éléments, très ambitieux, «exigeront un grand volontarisme de la part du conseil d’administration de l’établissement, au sein duquel la France doit jouer tout son rôle».

 

 

Yahya El Yahyaoui

Rabat, 5 Février 2009