«L’inégalité des sexes
et la révolution de l’information en Afrique»
E.M.
Rathgeber/E. O. Adera, CRDI,
Ottawa, 2002, 280 p.
1-
Eva M. Rathgeber est la directrice régionale du CRDI (Centre de Recherches pour le
Développement International) en Afrique orientale et australe. Titulaire d’un
doctorat en sociologie de l’éducation, elle compte plus de vingt années
d'expérience en Afrique. Elle a beaucoup écrit sur la problématique du
développement, notamment sous les angles de l'éducation, des politiques en matière
de sciences et de technologies, de l'agriculture, de la santé et plus
particulièrement sur la parité hommes-femmes.
Edith Ofwona Adera est titulaire d’une maîtrise en économie
agricole de l'Université de Nairobi. Avant de se joindre au CRDI, Mme Adera a travaillé pour le
ministère kenyan de l'Agriculture, s'occupant de la planification et de
l'évaluation de divers projets de développement, dont notamment ceux se rapportant aux
technologies de l'information et des télécommunications, ainsi qu'au développement
communautaire.
2-
Dans sa préface à la présente publication, Josephine Ouedraogo, Directrice du
Centre africain pour la femme à
Et de continuer: «Le savoir peut aider à élargir les options
et les choix dans la vie d’un individu, mais il faut également une
infrastructure de l’information, qui englobe une infrastructure matérielle, de
même qu’un niveau minimal de connaissances et de compétences pour utiliser
l’équipement. Les nouvelles technologies peuvent aussi offrir aux femmes des
possibilités de télé-apprentissage, formule plus souple que les approches
pédagogiques traditionnelles. En ce qui a trait à l’élaboration des politiques,
il est important également de tenir compte de l’accès des jeunes aux
connaissances sur les TIC, l’informatique et leur utilisation».
Elle affirme, par ailleurs, que l’on peut maintenant créer
l’information plus facilement que par le passé, mais il ne faut pas perdre de
vue la question de savoir qui a accès à l’information. Le contrôle de
l’information constituant souvent une source de pouvoir, «les femmes ne doivent
pas laisser passer l’occasion de créer et d’utiliser l’information, et d’y
avoir accès pour améliorer leur qualité de vie et participer à la vie
économique, politique et sociale de leur collectivité et de leur pays».
3-
Le présent ouvrage (actes de la conférence internationale intitulée «Les femmes
africaines et le développement économique: investir dans notre avenir», tenue
du 28 avril au 1er mai 1998, à Addis-Abeba, en
Éthiopie, sous l’égide de
+ Dans le chapitre premier («Convergence des notions: faire
une place aux femmes dans les technologies de l’information et des
communications en Afrique»), Nancy J. Hafkin observe que «l’inégalité des sexes
dans la perspective du développement a commencé à susciter des préoccupations
sur la scène internationale dans les années 70. À mesure que ces
préoccupations prenaient de l’ampleur, les intervenants du milieu du
développement se sont intéressés au lien entre ce sujet et d’autres questions
importantes se rapportant au développement, aux sciences et technologies, à
l’information pour le développement et, récemment, aux technologies de
l’information et des communications».
Ce n’est qu’au cours des cinq dernières années, affirme
l’auteur, que deux notions ont commencé à converger, à savoir celle des TIC dans
la perspective du développement et celle de l’inégalité des sexes dans la
perspective du développement (jusqu’à la fin des années 80, on
parlait d’intégration des femmes au développement).
Auparavant, note l’auteur, nombre de programmes avaient eu
pour objet d’aider les femmes en Afrique, mais les efforts convergeaient pour
soit consacrer une approche axée sur le
foyer et la famille, s’inspirant le plus souvent d’un modèle d’économie
domestique occidental, presque victorien, soit une approche axée sur le bien-être
social, qui considérait les femmes comme les bénéficiaires passives des
avantages liés au développement, et mettait l’accent sur la planification
familiale en raison du rôle reproducteur de la femme.
Ces deux approches ne tenaient ainsi guère compte du rôle
économique des femmes et «ne s’intéressaient nullement au renforcement de leur
autonomie, car on considérait qu’il s’agissait d’éléments non pertinents dans
leur cas».
Ce n’est qu’au milieu des années 90, lorsque les TIC sont
devenues une importante ressource de production, que les analystes de la
problématique homme-femme ont commencé à chercher des moyens de faire en sorte
que les femmes aient accès à ces technologies.
La raison invoquée était que «puisque la technologie de
l’information demeurait un outil spécialisé réservé aux programmeurs dans le
monde des gros ordinateurs et des mini-ordinateurs, en nombre très limité en
Afrique, il n’était pas justifié à l’époque de soulever des questions quant à
sa pertinence dans le cas des femmes africaines».
L’application
des sciences et de la technologie (de l’information et de la communication en
particulier) au développement a pris forme officiellement au niveau régional en
Afrique dans les années 70, à peu près au moment où le thème de l’intégration
des femmes devenait une préoccupation centrale dans le contexte du
développement.
On commence
ainsi à considérer qu’internet ne donnait lieu à aucune discrimination sexuelle
et qu’il s’agit d’une technologie favorisant la participation propre à
transcender la hiérarchie et le patriarcat. Les femmes des collectivités
rurales peuvent, par conséquent, créer des liens entre leur milieu local et le
monde entier dans le cadre de leur travail, pourvu qu’elles aient accès aux TIC,
tant sur le plan des technologies que des outils permettant de les utiliser (y
compris l’ordinateur et une bonne connaissance de l’une des principales langues).
Le revers
de cet argument, est que les nouvelles technologies ne favorisent pas l’égalité
des sexes, du moment que «les africaines y ont difficilement accès, car elles
n’ont ni le temps, ni les outils, ni les revenus nécessaires pour les
maîtriser. À mesure que les hommes prendront conscience du pouvoir et de la
domination mondiale associés à ces outils, ils prendront des mesures pour
prédominer dans leur utilisation, et occuper une position dominante dans
l’économie de l’information découlant de l’utilisation de ces outils».
Tout
indique donc, remarque l’auteur, que «les TIC sont considérées comme de
nouveaux outils permettant de maintenir, voire d’aggraver l’inégalité sociale.
Si on n’intervient pas, les forces sociétales l’emporteront, et les femmes se
retrouveront laissées pour compte».
+ Au chapitre deuxième («Les femmes,
les hommes et les technologies de l’information et des communications en
Afrique: pourquoi il y a un problème d’inégalité des sexes?») Eva M. Rathgeber
indique qu’ «au cours des dix dernières années, les communications
mondiales ont énormément changé par suite de l’utilisation accrue des technologies
de l’information et des communications».
Alors que
les années 90 ont été une période de croissance économique dans de
nombreux pays, le fossé n’a cessé de se creuser entre les pays d’Afrique et les
autres. «La plus grande partie du continent tire de l’arrière dans le processus
de mondialisation de l’économie qui a balayé d’autres régions du monde, y
compris ce qu’il est convenu d’appeler les nouveaux pays industriels, comme
ceux de l’Amérique latine et de certaines régions d’Asie».
Ceci est
attribuable dans une large mesure, selon l’auteur, à la piètre infrastructure
de l’Afrique, notamment son infrastructure de communications, et la moins
grande disponibilité de main-d’œuvre qualifiée. L’avantage comparatif du
continent au chapitre des coûts de main-d’œuvre, qui a parfois constitué un
attrait fort intéressant pour les investisseurs étrangers au cours des
décennies antérieures, présente moins d’intérêt en raison de l’avènement des
nouvelles TIC et de la mondialisation.
Les effets
de la mondialisation sont même allés jusqu’à opérer une cooptation de nombre
d’habitants des pays en développement
établissant ainsi une distinction entre les individus en fonction de
leur éducation, de leurs compétences et de leur accès aux TIC.
Par
ailleurs, les systèmes d’éducation africains devront changer à tous les niveaux
«pour faire place aux compétences nécessaires à une plus vaste utilisation des
ordinateurs et des technologies de l’information dans tous les aspects de la
vie».
En somme,
la sensibilisation à la politique, à la planification des infrastructures
nationales des TIC, à la connectivité, à la formation et à l’accroissement des
moyens d’action, à la démocratisation de l’accès à la société de l’information,
aux applications sectorielles et à l’infrastructure d’information pour le
développement constituent, aux yeux de l’auteur, les principaux domaines dans
lesquels doivent s’inscrire les politiques nationales en Afrique.
+ Au chapitre troisième («La prise en
compte des femmes dans la politique des pays africains sur les technologies de
l’information et des communications: une perspective stratégique»), Gillian M.
Marcelle, observant les retombées positives des sciences et de la technologie,
en particulier la révolution des technologies de l’information et des
communications dans les pays plus riches, appelle à une prisse de conscience
par les dirigeants africains pour faire tourner leur attention vers cette
sphère d’activité économique.
Les TIC ne
sont, certes, pas une panacée pour le développement social et économique, note
l’auteur. Elles peuvent entraîner des risques de chômage et de bouleversement
social et économique, lesquels peuvent freiner l’ardeur des dirigeants à
adopter les stratégies nationales efficaces qui s’imposent en la matière.
Toutefois, «si l’on s’en tient aux données concrètes, il est clair que les
risques de ne pas participer à la révolution des TIC sont énormes».
Il est donc
impératif d’évaluer les répercussions socioéconomiques des TIC et de favoriser
la mise en valeur du potentiel, de manière à garantir leur utilisation
bénéfique et leur intégration à l’économie nationale et à la société civile.
L’auteur
montre, à ce niveau, que par souci d’efficience et d’équité, la prise en compte
de la problématique homme-femme est d’une importance cruciale. L’établissement
de politiques en matière de TIC ne diffère pas des autres domaines importants
du développement socio-économique, comme la justice économique, les droits de
la personne et l’accès à l’éducation. «Il convient également de prendre en
compte la dimension sexospécifique».
L’auteur entend
par là, «une série intégrée de décisions, de lignes directrices, de lois, de
règlements et d’autres mécanismes visant à orienter et à façonner la
production, l’acquisition et l’utilisation des TIC. Comme le secteur des TIC
est hétérogène, qu’il ne fait pas partie des catégories traditionnelles
figurant dans les secteurs des activités industrielles ou des services, et que
la production et la diffusion des TIC sont d’importance égale, la politique nationale
applicable aux TIC recoupe plusieurs autres domaines d’élaboration des
politiques, notamment les technologies, les médias, l’industrie et les
télécommunications».
Cette
politique peut préconiser la production, la diffusion et l’innovation dans le
secteur des TIC par l’intermédiaire d’une variété d’instruments et de
mécanismes, notamment une politique de promotion de la concurrence, et une
politique d’innovation et de diffusion, rappelle l’auteur.
Parallèlement
à cela, les stratégies nationales efficaces en matière de TIC devraient appuyer
l’introduction des nouveaux cadres réglementaires, promouvoir la production et
l’utilisation sélectives des TIC et adapter leur diffusion, de façon à
favoriser l’introduction d’un changement organisationnel conjoint aux objectifs
de développement.
Par
conséquent, la meilleure démarche pour intégrer la problématique homme-femme à
l’élaboration des politiques sur les TIC consisterait à entreprendre en
parallèle deux séries d’améliorations connexes. La première, consisterait à «rendre
la politique sur les TIC plus efficace et la seconde, à élaborer des mécanismes
détaillés pour aborder la problématique homme-femme dans le cadre de l’ensemble
des politiques et des programmes sur les TIC».
Et
l’auteur de rappeler que nombre de difficultés et d’obstacles entravent la
participation des femmes africaines à la société mondiale de l’information,
notamment les lacunes dans l’infrastructure, les analyses erronées en matière
de politique, ainsi que les caractéristiques structurelles et culturelles des
sociétés africaines.
Et à moins
d’inclure une analyse comparative entre les sexes, l’élaboration de politiques
dans les domaines technologiques, fait souvent fi des besoins, des exigences et
des aspirations des femmes.
Ceci est
d’autant plus accentué que «les femmes des pays en développement ne sont guère
représentées au sein des organes de décision nationaux et internationaux qui
déterminent la politique en sciences et en technologie, et cette
sous-représentation peut conduire à l’élaboration de politiques inefficaces ne
tenant pas compte des sexes».
Par
conséquent, «en reconnaissant que l’égalité des sexes constitue un élément
critique des systèmes sociaux, et en s’attaquant à l’inégalité dès le début de
la formulation des politiques sur les TIC, les dirigeants africains
amélioreront les chances de leur pays d’entrer dans l’ère de l’information bien
outillés».
Autrement,
l’Afrique a besoin de se doter dans le domaine des TIC d’une capacité
technologique, comportant un volet savoir-faire et un volet qualités humaines. «Malheureusement,
la capacité technologique est… une denrée rare sur le continent».
Le nombre
de diplômés en sciences et en technologie, tant au niveau des études
secondaires que supérieures, est absolument inadéquat. «Cette situation, peu
surprenante compte tenu du taux élevé d’analphabétisme, est aggravée par la
fuite des cerveaux qui incite de nombreux professionnels africains hautement
qualifiés, à quitter la région. La pénurie générale de personnes qualifiées est
plus grande encore dans le cas de femmes technologues».
+ Dans le quatrième chapitre («Application
des technologies de l’information et des communications au secteur agricole africain:
perspective tenant compte des deux sexes») Hilda Munyua affirme que dans la
plupart des pays africains, l’investissement dans les technologies de
l’information et des télécommunications s’est concentré principalement en
région urbaine, alors que les TIC présentent d’immenses possibilités pour les
agricultrices, et pourraient être fort utiles aux collectivités rurales.
Si, en
Afrique, les femmes constituent 70% de la main-d’œuvre agricole, et sont
responsables de 80% de la production alimentaire du continent, «leur apport
important à l’économie locale et nationale ne transparaît nullement dans la
répartition des ressources affectées aux productrices d’aliments des régions
rurales et périurbaines».
Les
agriculteurs et les agricultrices d’Afrique sont confrontés à des problèmes
similaires, mais certains de ces problèmes touchent spécifiquement les femmes
ou les affectent plus durement. Les principaux problèmes ont trait à la
faiblesse des services de vulgarisation agricole, à l’inexistence de la technologie
et à l’infériorité socio-culturelle des femmes.
L’information,
dit l’auteur, est un outil essentiel pour stimuler le développement agricole et
rural et apporter des changements socio-économiques. «Malheureusement, la
plupart des pays africains n’ont pas consacré toute l’attention voulue à
l’accès à l’information, en particulier dans les villages où se concentrent
70 à 80%».
Bien qu’il
ne faille pas généraliser outre mesure, «ce sont les hommes qui possèdent ou
contrôlent la terre dans la plupart des pays d’Afrique de l’Est et du Sud».
La plupart
des femmes vivant au village, qui sont souvent pauvres, n’ont ni les moyens ni
la possibilité de fréquenter un établissement scolaire. Lorsque des
possibilités de formation s’offrent aux producteurs agricoles en milieu rural,
ce sont la plupart du temps les hommes qui en profitent, alors qu’ils ont
généralement déjà bénéficié d’une formation scolaire quelconque, et qu’il
serait plus logique d’améliorer et d’étoffer les connaissances en agriculture
des personnes qui travaillent la terre et assurent la plus grande partie de la
production, en l’occurrence les femmes. Certaines femmes ne participent pas aux
programmes de formation, en raison de pressions culturelles, religieuses ou
familiales.
La plupart
des femmes en Afrique sont pauvres,
illettrées et ne peuvent avoir accès même aux TIC les plus élémentaires, comme
la radio et le téléphone. Néanmoins, comme ces femmes aspirent à se renseigner,
et véhiculent l’information qu’elles obtiennent, les TIC devraient constituer
un outil efficace et économique propre à les informer. Là aussi, « les enjeux
homme-femme n’ont… pas reçu toute l’attention qu’ils méritent dans la
conception et l’utilisation des services d’information ou dans l’application
des TIC».
Par
ailleurs, rappelle l’auteur, le choix des TIC devrait être tributaire des besoins
et non de la technologie, et l’on devrait chercher à obtenir une rétroaction
constante pour évaluer la satisfaction ou le mécontentement des utilisateurs,
ainsi que les répercussions de la technologie.
+
Dans le chapitre cinquième («Repenser
l’éducation pour la production, l’utilisation et la gestion des technologies de
l’information et des communications»), Cathy-Mae Karelse et Fatimata Seye Sylla
notent que l’ère de l’information a multiplié de façon exponentielle, les
possibilités de partage de l’information sur la planète.
Toutefois,
notent-elles, «la promesse que recèle la société mondiale de l’information est
entachée par les luttes pour le pouvoir, le monopole et le contrôle, de sorte
que les problèmes d’accès à l’information, de qualité du contenu et de capacité
de production du savoir sont légion. En ce qui a trait à l’infrastructure de
l’information, on est aux prises avec des inégalités criantes sur le continent
africain», l’Afrique du Sud possédant à elle seule, plus de 90% de la connectivité
du continent, alors que la télédensité en Afrique subsaharienne est encore
inférieure à 1 ligne pour 200 habitants, avec un réseau de qualité médiocre
encore en place.
Quant aux
femmes, dans ce contexte déjà défavorisé, elles sont encore plus éloignées de
l’infrastructure de l’information que leurs homologues masculins.
Il faut
souligner, notent les auteurs, que «grâce à leurs facultés critiques… les
systèmes de savoir local ne seront pas purement et simplement absorbés par les
systèmes plus grands et, à certains égards, plus agressifs. L’expérience des
Africains, celle des Africaines en particulier, doit enrichir la société
mondiale de l’information pour la rendre véritablement mondiale».
Les
systèmes de connaissances indigènes et locaux doivent être considérés comme
faisant partie de la société mondiale de l’information, «non parce que celle-ci
se les approprie, mais selon le postulat voulant qu’elles y trouvent place et y
fassent entendre leur droit. Si nous voulons utiliser les TIC pour explorer les
différences, partager et élargir le tout, il nous faut faire valoir la
perspective des systèmes de connaissances locaux dans la mondialisation».
La
solution à retenir consiste, pensent les auteurs, à articuler les systèmes de
connaissances locaux et les nouvelles TIC «de façon à ce que ces dernières
fassent tout simplement fond sur l’efficience, l’efficacité, la souplesse et la
durabilité de plus en plus manifeste des premiers. Ce sont des groupes locaux
qui doivent être chargés de faire la jonction entre les deux systèmes pour
éviter les dangers de l’appropriation, de l’imposture et de l’ignorance».
+ Dans le
chapitre sixième («Amélioration de l’accès des femmes aux technologies de
l’information et des communications en Afrique»), Rachel Solange Momo avance
qu’en Afrique, «les conditions de vie des femmes se sont dégradées, et leurs
revenus ont diminué. Selon la région, elles ont perdu des acquis sociaux, ont
été victimes de la pauvreté et du chômage, ont subi de nouvelles formes
d’exclusion et sont devenues plus vulnérables. En outre, les contraintes
institutionnelles, juridiques, socio-économiques et culturelles, auxquelles les
femmes n’échappent pas, quel que soit le pays, les empêchent d’avoir accès aux
mêmes possibilités que les hommes. Les femmes ont compris que l’acquisition de
connaissances constitue la première étape du changement, qu’il soit d’ordre
social, économique, culturel ou politico-juridique».
Comme les
femmes représentent un peu plus de la moitié de la population africaine, on ne
saurait parler de développement sans les y associer: «la récente prise de
conscience des femmes africaines et leur émancipation les ont amenées à sortir
peu à peu du carcan que la tradition et la société leur avaient imposé et à
s’intéresser un peu plus aux domaines jusqu’ici réservés aux hommes. En
sensibilisant les femmes et en favorisant leur accès aux technologies de
l’information et des communications, on leur donnerait les moyens, d’une part,
d’affirmer leur émancipation et, d’autre part, d’assurer leur indépendance
économique, et de prendre en main leur apport à l’économie».
Par
ailleurs, l’expérience montre, remarque l’auteur, que les femmes qui reçoivent
une formation au village sont souvent plus motivées et mieux disposées à
prendre un cours dans un centre. «Celles qui souhaitent entreprendre une
activité rémunératrice ou créer une micro-entreprise devront acquérir des
compétences techniques et des pratiques de gestion simples. Ce type
d’enseignement devrait leur être offert en parallèle à une formation sur les
procédures de crédit et de commercialisation, la santé, la protection de
l’environnement et d’autres sujets connexes».
Les gens
devraient, en fait, avoir à leur disposition des TIC appropriées, adaptées et
largement accessibles, en particulier des technologies correspondant aux
besoins des femmes en matière d’information.
L’éducation
des femmes en matière de gestion de l’information, de technologie et
d’élaboration de politiques «leur fera prendre davantage conscience des enjeux
dans ces domaines, et leur permettra de saisir, d’organiser et d’échanger
l’information à leurs propres fins».
Grâce à
l’utilisation des TIC, «les femmes ont également fait des progrès dans
l’acquisition d’une certaine indépendance économique, et d’un meilleur accès aux
ressources. Il s’agit là de conditions essentielles à la réalisation de leurs
projets, qui répondent à leurs propres besoins et à ceux de leur famille, et
tiennent compte de leurs choix, assurant ainsi leur autonomie en matière de
mariage et de procréation.
En effet, «grâce
à leur participation croissante au marché du travail (par exemple), les femmes
sont de plus en plus nombreuses à disposer d’un revenu indépendant, même si ce
revenu est loin de correspondre à leur contribution économique réelle, la discrimination
dans les salaires demeure très forte».
Même si
ces tendances ne touchent encore qu’une minorité de femmes, «elles leur ouvrent
des possibilités prometteuses en matière d’indépendance, de réduction de la
charge de travail, d’amélioration des résultats et de diversification des
activités».
+ Au
chapitre septième («Les technologies de l’information et des communications en
tant qu’outils de démocratisation: les femmes africaines prennent la parole»)
Aida Mensah affirme que «le vent du changement politique qui a soufflé sur le
continent africain à la fin des années 80 et au début des années 90,
a provoqué, somme toute, l’effondrement des dictatures militaires et des États
à parti unique. Le nouveau climat politique a ravivé l’espoir d’une gestion des
affaires publiques axée sur la perspective de créer des cultures démocratiques,
des sociétés civiles dynamiques, ainsi que des médias vivants et pluralistes.
Avec une population bien informée, apte à participer à la gestion des affaires
publiques, l’odyssée qui a fait entrer l’Afrique dans l’ère démocratique serait
complète».
L’exercice
de la démocratie en Afrique oblige donc de plus en plus les pouvoirs publics, à
favoriser une société pluraliste et plus ouverte, et l’accroissement du rôle
des divers groupes dans la prise de décisions publiques. «La démocratisation
influe sur la gestion politique, économique, sociale et culturelle, fait
intervenir divers points de vue et opinions, et garantit à tous les citoyens
l’accès et la participation au processus décisionnel».
Mais,
malgré les nouvelles possibilités qu’elles offrent sur le front du dialogue
social et politique, «les TIC peuvent également priver davantage de leurs
droits des régions et des personnes déjà marginalisées, à mesure que le fossé
s’élargit entre les personnes informées et celles qui ne le sont pas, selon
qu’elles ont accès ou non aux technologies de l’information. L’Afrique risque
particulièrement de perdre encore plus de terrain dans le processus».
Est
aussi important, sinon essentiel, pour la gestion des affaires publiques, de
mettre l’information gouvernementale à la disposition des citoyens. «En
permettant à la société d’avoir accès à cette information, un gouvernement
favorise une plus vaste participation. Des outils comme le Web et le courriel
peuvent favoriser les communications avec le gouvernement central et
l’administration locale, ce qui permet de créer une culture de gestion ouverte
des affaires publiques».
C’est
dire, note l’auteur, qu’une combinaison de changements d’ordre politique,
technologique et économique permettra certainement l’émergence d’un nouveau
modèle de communications… «un modèle décentralisé, pluraliste et
démocratique, qui assure l’autonomie des utilisateurs et non pas leur
asservissement, tout en favorisant un débat entre les citoyens, les
collectivités, l’ensemble de la population et les pouvoirs publics».
Yahya El Yahyaoui
Rabat, 8 Mars 2007