«Intelligence économique, risques financiers et stratégies des
entreprises»
Roger
Mongereau, Conseil Economique et Social,
Paris, juillet 2006, 80 p.
1-
Le Conseil économique et social est une assemblée constitutionnelle
consultative placée auprès des pouvoirs publics. Par la représentation des
principales activités économiques et sociales, «le Conseil favorise la
collaboration des différentes catégories professionnelles entre elles, et
assure leur participation à la politique économique et sociale du Gouvernement».
Il examine et suggère les adaptations économiques ou sociales rendues
nécessaires notamment par les techniques nouvelles et est investi d'une triple
mission: «conseiller le Gouvernement et participer…, favoriser à travers sa
composition (231 membres désignés par les organisations économiques et sociales
ou nommés par le Gouvernement) le dialogue entre les catégories socioprofessionnelles,
et contribuer à l'information des assemblées politiques».
Le Gouvernement peut saisir le Conseil de toute question en matière économique
ou sociale, et le Conseil peut se saisir
lui-même de toute question relevant de sa compétence.
2- En mise en perspective de ce rapport, l’auteur (rapporteur dans l’esprit
du Conseil) dit ceci: «on peut estimer que l’idée d’intelligence économique a
existé avant la lettre, et qu’elle est au moins concomitante aux échanges et à
la naissance de l’économie de marché. Elle a d’ailleurs été mise en évidence
par Fernand Braudel lors des nombreuses études qu’il a menées sur la montée en
puissance des grandes villes marchandes entre le XVe et le XVIIIe siècle».
En effet, dit l’auteur, «la rivalité entre les villes du
Nord de l’Italie et les villes flamandes est à l’origine d’offensives
commerciales, d’espionnage économique et même de contrefaçon».
Quant aux guerres napoléoniennes, remarque-t-il, «elles ont aussi démontré l’importance du renseignement
économique dans la conduite d’une guerre conventionnelle: blocus maritime
dirigé par la couronne britannique contre l’empire napoléonien, blocus
continental impulsé par Napoléon 1er contre les Anglais… La première guerre
mondiale a confirmé la juxtaposition d’opérations militaires et de
manipulations informationnelles dans ce qu’il est convenu d’appeler les prémisses
de la guerre d’information».
Et même après la chute du Mur de Berlin, «les moyens et les
technologies, déployés à des fins de guerre froide, ont pu être utilisés dans
la compétition économique».
Si, un peu plus tard, la mondialisation a progressivement
modifié les politiques publiques nationales (privatisations, déplanification
entre autres), les dangers auxquels la guerre économique expose les États, dictent
une reprise en main sur certains secteurs sensibles et ce même dans les pays
les plus libéraux de la planète.
L’intelligence économique participe effectivement, dit
l’auteur, de cette démarche visant à ré-assurer la primauté du politique sur
l’économique: «elle renvoie…à une nouvelle vision des relations entre acteurs politiques,
administratifs et privés au sein de la sphère nationale, destinée à donner à
l’État les moyens d’être influent sur la scène internationale».
Or, autant elle offre de nouvelles opportunités dans le
monde entier, la mondialisation accroît aussi les risques et les
diversifie… «les prix ne sont heureusement plus le seul critère pour
emporter un marché: l’avance technologique et la course à l’innovation
deviennent des facteurs clés de différenciation» incontournables.
Cette concurrence est d’autant plus exacerbée qu’elle donne
à la maîtrise de l’information pertinente, à la rapidité de réaction et au
décryptage des menaces adverses, une importance redoutable.
Tout s’accélère, dit l’auteur: «l’industrialisation date de
150 ans seulement. Depuis 60 ans, les services sont devenus prédominants et
désormais, on est entré dans le monde du savoir et de la connaissance. La
courbe des savoirs disponibles, qui s’élevait lentement jusqu’aux deux derniers
siècles, se redresse fortement depuis et explose récemment. Désormais, la
connaissance est la ressource stratégique par excellence».
Le traitement de l’information étant devenu crucial dans ce
contexte, la veille consiste ainsi à rester à l’affût de toute information
utile. «Mais l’intelligence économique va bien au-delà. Elle est l’instrument
indispensable à la gestion raisonnée de la complexité. Il s’agit tout à la fois
de détecter les opportunités et les meilleurs moyens de les exploiter, de
prévoir et analyser les risques potentiels, de protéger des informations ou des
données sensibles...».
En même temps, «dans une masse trop abondante
d’informations, il s’agit également de trier, d’identifier l’essentiel en
hiérarchisant, d’organiser la traçabilité des informations, d’opérer des
rapprochements, de construire des scénarios intelligents, de comprendre la stratégie
des autres, les capacités des divers acteurs...».
L’intelligence économique aujourd’hui est au cœur non
seulement de la mondialisation, mais est aussi au croisement de celle-ci avec les
nouvelles technologies de l'information et des communications. Et en cela, «elle
suppose une aptitude à travailler en groupe, et exige de très gros moyens
logistiques. Les ressources humaines sont un élément crucial en la matière».
Si l’intelligence économique organise, à priori, la collecte,
puis l’analyse quasi-automatique des données, elle n’en débouche pas moins sur
une intelligence cognitive, qui vise à anticiper le comportement du concurrent,
à deviner sa stratégie avant la décision finale. C’est un outil de management
et pas seulement un simple ingrédient d’une quelconque logique de sécurité et
de protection.
C’est dire, remarque l’auteur, que la concurrence porte
désormais moins sur les produits que sur les connaissances (des technologies,
des process…). «Elle exige recherche et innovation, mais aussi traitement au
sens large des connaissances: collecte, analyse, diffusion, protection… en un
mot de l’intelligence économique afin de préserver et d’accroître la
compétitivité d’une zone donnée».
L’intelligence économique a été, au départ, assimilée à la veille,
qui n’en est, en fait, que le niveau de base. Elle a ensuite été systématisée
en termes de types (technique, informatique, financière…) avant de procéder au
décloisonnement de cela pour réaliser une veille stratégique. Mais l’approche
demeurait toutefois documentaire et inspirée des sciences de gestion.
Le concept d’intelligence économique est une construction complexe
et de nature transdisciplinaire: science politique, économie, gestion, information,
sociologie, psychologie, droit, philosophie…
Mais l’auteur a retenu la définition suivante pour conduire
sa réflexion: «l’intelligence économique, c’est la maîtrise et la protection de
l’information stratégique utile pour tous les décideurs économiques».
C’est aussi un outil de structuration de la décision,
puisqu’il s’agit, en ce sens, de combiner et de rationaliser des outils connus
tels l’alerte, la veille, le lobbying, la promotion, l’analyse des marchés, la lutte
contre les contrefaçons...etc.
L’institut des hautes études de défense nationale français (IHEDN)
définit, en 1999, la veille ainsi: «une démarche organisée, au service du management
stratégique de l’entreprise, visant à améliorer sa compétitivité par la
collecte, le traitement d’informations et la diffusion de connaissances utiles
à la maîtrise de son environnement (menaces et opportunités).Ce processus d’aide
à la décision utilise des outils spécifiques, mobilise les salariés et s’appuie
sur l’animation de réseaux internes et externes».
L’intelligence économique est perçue ainsi comme une discipline
se différenciant de la veille par son caractère plus large et plus offensif,
car dans un monde ouvert et très concurrentiel, il faut dit l’auteur, «pouvoir
se défendre en utilisant des armes appropriées et en connaissant celles des
autres».
Les pays anglo-saxons et le Japon demeurent très avancés en
la matière. Le Japon, après la seconde guerre mondiale, a rebâti une large part
de son économie en copiant les produits occidentaux grâce à une collecte
minutieuse et systématique de l’information tout azimut. Les salariés, très
attachés culturellement à leur entreprise, ont été incités à utiliser leurs
déplacements à l’étranger pour recueillir de multiples renseignements de toutes
natures. L’État a très tôt centralisé le traitement de ces données par le biais
de son Ministère du Commerce (Jetro) et a longtemps été à la pointe de
l’intelligence économique.
Aux États-Unis, l’existence de liens continus entre les
entreprises et l’administration fédérale ou locale autorise des actions
implicitement concertées dans des domaines d’intérêt national. L’action des
sociétés savantes («think tank») est aussi déterminante, et leur rôle
tant dans la circulation des idées que dans le financement de divers projets
est reconnu.
Les États-Unis ont d’ailleurs défini, lors de la présidence
Clinton en 1995, l’objectif de faire des grandes entreprises américaines les leaders
mondiaux dans de nombreux domaines. Après la chute de l’URSS, l’énorme arsenal
de moyens de surveillance disponible a été réorienté à plus de 60 % sur l’économie,
alors qu’une partie du reste a été dévolue à la lutte contre le terrorisme.
Dans les ambassades, le «Department of Commerce» dispose de
personnel chargé de mener des expertises dans divers domaines afin d’aider les
entreprises à développer leur présence commerciale. Souvent, il s’agit de
personnel embauché localement afin de bien connaître la culture et les
procédures du pays considéré.
3- En première partie («L’intelligence économique dans les entreprises»),
l’auteur affirme que «dans le monde présent, mondialisé et caractérisé par la
rapidité des changements, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’offrir
un bon produit au bon prix. Il leur faut connaître et bien appréhender leur
environnement, les demandes réelles et potentielles, les négociations en cours,
les menaces éventuelles… L’intelligence économique doit aider les décideurs à
faire face à toutes ces exigences. Elle permet d’entrer dans la complexité de
l’autre».
En pratique, «une démarche d’intelligence économique
implique la mise en place de différents outils permettant de partager
efficacement l’information entre les services et les collaborateurs, mais
également d’analyser l’information interne à l’entreprise parfois
sous-exploitée».
Autrement, dans une entreprise, l’information utile est
celle dont ont besoin les différents niveaux de décision pour élaborer et «mettre
en œuvre de façon cohérente la stratégie et les tactiques nécessaires à
l’atteinte des objectifs définis par l’entreprise dans le but d’améliorer sa
position dans son environnement concurrentiel».
La maîtrise de l’information (dont il faudrait trier,
hiérarchiser et relier avec le contexte) est devenue une condition de
compétitivité, sinon de survie estime l’auteur. L’ignorer peut se révéler très
dangereux.
Par ailleurs, la démultiplication de sources d’information,
la gestion en temps réel des connaissances et la dimension planétaire des
réseaux ont fait apparaître une évidence: «une seule personne ne peut tout
savoir et tout décider».
L’intelligence économique doit donc être mise en œuvre sous
ses deux aspects: défensif, visant à protéger l'entreprise de toutes menaces (informatique,
atteinte à l'image, contrefaçon, pillages de toutes natures, débauchage de collaborateurs…etc)
et offensif visant à se donner les moyens de durer et de se développer.
La mise en place d'une politique de sécurité informatique
est incontournable, tout autant que la
protection des produits (brevetage) notamment pour les entreprises innovantes
et à un moment où «la recherche est affichée comme une priorité, où l’on sait
que l’innovation est une clef de la compétitivité» et où les pratiques
illégales sont légion (selon les chiffres de l’OMC et de l’OCDE, la contrefaçon
représente 5 à 7 % du commerce mondial. Pour les entreprises françaises, le
manque à gagner atteindrait 6 milliards d’euros par an et représenterait
environ 30 000 emplois).
Dans un autre registre, «savoir décrypter et gérer les
procédés informationnels capables d'affecter l’image, le comportement ou la
stratégie de l'entreprise est devenu essentiel. Les risques (rumeurs,
manipulation de l'information, campagnes de presse, pétitions...) doivent être
identifiés, et il faut se donner les moyens de comprendre les problématiques
liées aux stratégies d'influence mises en œuvre par divers acteurs publics et
privés (dont le lobbying) et d'appliquer les techniques de persuasion et
d'influence».
Une application intéressante de l’intelligence économique
doit conduire, affirme l’auteur, à faire la distinction entre les informations
tendancieuses, les idées reçues et les vraies opportunités.
4-
En deuxième partie («L’intelligence économique comme arme offensive et
stratégique de l’entreprise»), l’auteur estime qu’ «adopter des comportements
socialement responsables (développement durable, transparence financière,
respect des droits sociaux, lutte contre la corruption…) devient une forme
d’intelligence économique à part entière dans le sens où l’entreprise ne
considère pas ces exigences uniquement comme des contraintes, mais les anticipe
et les intègre pleinement dans une stratégie de long terme, en en faisant des
leviers de développement».
Autrement, les risques financiers encourus en l’absence de
bonne anticipation, doivent être mis en regard des dépenses à consentir pour se
doter d’un bon outil de prospective.
Il faudrait donc bien identifier les menaces tant internes
qu’externes qui peuvent peser sur l’entreprise: risques «classiques» (espionnage industriel, pillage
technologique, criminalité économique…), mais aussi nouvelles menaces (cybercriminalité,
désinformation, risques technologiques…).
En effet, dans le monde globalisé actuel, la stratégie du
plus bas prix est vouée à l’échec face à des pays en développement dans
lesquels les coûts salariaux sont très substantiellement plus faibles. «La
réponse est davantage dans la différenciation des produits, ce qui suppose de
maintenir un processus d’innovation perpétuel permettant de proposer des
produits toujours nouveaux en gardant une longueur d’avance. Créativité et
réactivité sont donc essentielles».
L’intelligence économique est un métier, observe par
ailleurs l’auteur. Le facteur humain y est essentiel: «il faut en effet
associer ouverture d’esprit, flair, goût de l’investigation, sens de l’analyse
et de la synthèse, aptitude à mettre les faits en perspective, ce qui suppose
une bonne culture générale».
5- En troisième partie («Le rôle de l’Etat dans une politique
d’intelligence économique»), l’auteur remarque que face à la
mondialisation, l’État a du mal à trouver sa place. Pourtant, observe-t-il, les
mécanismes de marché ne suffisent pas à assurer un équilibre économique et a fortiori
social satisfaisant.
Si la libéralisation des marchés a de nombreux avantages, elle
ne résout pour autant pas toutes les difficultés, «de sorte que l’action
publique peut retrouver force et légitimité face à la nécessité de contrer des
désordres variés (terrorisme, cataclysmes ...etc)».
Et si l’ouverture des marchés est un moyen pour atteindre
une meilleure efficacité économique, pour augmenter échanges, croissance et
emplois, elle ne doit pas être considérée comme une fin en soi.
Car accroître la compétitivité d’un pays exige, dans la
durée, une élévation de la productivité qui «ne peut être obtenue que par une
politique industrielle, de recherche et de développement et une gestion active
visant à réduire le risque inhérent à l’investissement, moyen privilégié
d’introduction des nouvelles technologies. Seule cette stratégie peut autoriser
une élévation durable du niveau de vie».
Par conséquent, «seul l’État stratège est en mesure
d’organiser un mode durable de production, de consommation, de progrès… Les
forces de marché ne peuvent, à elles seules, déterminer le délicat équilibre
entre croissance économique et préservation du milieu naturel. Cela exige
d’opérer une mutation vertueuse, en y consacrant les moyens nécessaires, en
termes de recherche notamment, et en luttant contre les nombreux blocages».
L’État doit aussi favoriser la naissance de ce que l’auteur
appelle « une culture d’anticipation et de sécurité économique». Car, aucun
État dans le monde ne renonce à protéger ses activités stratégiques,
génératrices de puissance et d’influence.
En même temps, à l’instar d’une entreprise, «l’État doit
exercer une veille concurrentielle sur son environnement: détecter les
évènements contraires aux intérêts économiques, scientifiques et industriels du
pays, repérer les décisions prises par des organisations internationales, des
gouvernements ou des entreprises étrangères qui pourraient nuire à ces intérêts
ou au contraire détecter des opportunités non encore exploitées, proposer des
mesures pour contrer ces évolutions».
Pour être performante, cette veille doit d’un autre côté être
impérativement pluridisciplinaire.
La première puissance mondiale, à titre d’exemple, décline
dans le domaine économique une stratégie en cinq points:
- une stratégie de domination des secteurs de l’économie
mondiale (défense, circuits financiers, sécurité) sans oublier le rôle de
monnaie de réserve du dollar,
- une stratégie de pénétration des systèmes de recherche
étranger et de captation de l’innovation,
- une stratégie de sécurisation de l’accès aux matières
premières et à l’énergie en particulier, en parfaite cohérence avec leur
politique étrangère,
- une stratégie d’influence, par les pressions exercées lors
de l’élaboration des normes, des standards professionnels ou éducatifs, de
l’évaluation de la connaissance scientifique,
- et une stratégie de contrôle des circuits de communication
(internet, espace, technologies de l’information, cryptologie…etc).
En effet, «défendre les intérêts nationaux, c’est identifier
les menaces et les contraintes, rechercher les opportunités et les points
forts, traiter efficacement la masse des informations disponibles mais aussi agir
ensuite selon une stratégie bien définie, en particulier à travers une
législation adaptée au niveau national ».
L’État devrait également «s’efforcer d’identifier les
stratégies de conquêtes des puissances concurrentes, tant à court terme qu’à
plus long terme, et cerner les nouvelles formes d’affrontements indirects. Lui
seul a les moyens d’y parvenir, même si quelques grands groupes internationaux
disposent aussi de bons atouts à cet égard. Il peut ensuite préparer les
entreprises et les citoyens aux éventualités et même aux chocs à venir».
La réussite de telles stratégies suppose néanmoins, remarque
l’auteur, la disposition intelligente de plusieurs outils : diplomatie, réseaux
d’appui, lobbies pour exercer une influence, ensuite travail d’équipe, pression
psychologique et maîtrise des différences culturelles pour réussir les
négociations, enfin occupation du terrain technique et médiatique, souci de la
légitimité du discours et domination dans l’évaluation des compétences pour
consolider les points forts.
L’intelligence économique exige une pluridisciplinarité
(histoire, géographie, culture, religion, économie, finance, droit...) et ne
doit pas négliger la prise en compte des tendances lourdes, à évolution lente
souvent oubliées. Il faut aussi s’attacher à repérer la désinformation, qui
utilise souvent des procédés connus: asymétrie des informations, sémantique
artificieuse, contre-vérité ou répétition de faits non vérifiés.
Ainsi définie, l’intelligence économique conduit à souligner
que l’État dispose en réalité de nombreux leviers d’action. «Il doit tout
d’abord déterminer les points d’application de sa politique. Le choix peut être
vertical: secteurs à forte intensité capitalistique ou ayant d’importantes
retombées technologiques… Il peut aussi être transversal : activités de
recherche-développement, normes, environnement, fiscalité… ».
Pour jouer son rôle de stratège, garant de l’intérêt
national, l’État doit se doter d’outils performants lui permettant de
développer une véritable stratégie d’anticipation.
6- En quatrième partie («L’intelligence économique dans une optique
européenne») l’auteur note que «parler d’intelligence économique au niveau
national revient pour l’essentiel à étudier les moyens dont dispose un État de
l’Union pour anticiper les sujets dont l’Union va se saisir, et le sens des
réglementations projetées, faire entendre son point de vue au sein de l’Union,
chercher à convaincre en proposant des analyses rigoureuses et reconnues».
Face aux stratégies de puissance déployées par les
États-Unis et la Chine, par exemple, l’Union européenne devrait, selon
l’auteur, se doter d’objectifs de développement et de compétitivité lui permettant
de tenir son rang.
La question d’une stratégie européenne de développement
devrait être donc posée avec force dans le sens des questions suivantes: comment
rendre compatible la politique de la concurrence et des visées industrielles
permettant aux entreprises européennes dans les secteurs clefs de constituer
des groupes compétitifs de taille internationale? Comment lutter contre les
prédateurs industriels et financiers? Plus généralement, comment peut-on viser
l’autonomie compétitive de l’Europe?
Seules la coopération de l’État et des entreprises et la
mobilisation des salariés peuvent, estime l’auteur en définitive, «créer une
synergie de nature à donner des avantages concurrentiels décisifs à une
économie, favorisant ainsi la production de richesses et l’emploi. Il s’agit de
promouvoir une fierté d’appartenance à une collectivité nationale sans bien entendu
contrevenir aux règles du commerce international».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
2 Novembre 2006