«Internet ou la fin de
la vie privée»
Les auteurs Associés, Paris, 2007,
141 p.
1- La thèse de ce livre est la
suivante : «l’engouement pour internet ne doit pas faire oublier que, préalablement,
il est nécessaire de le penser, de réfléchir à une éthique, afin qu’il ne devienne
pas un outil de contrôle de l’individu», où chaque citoyen, grâce à un
identifiant unique (aujourd’hui avec l’IP, demain par la biométrie) serait fiché,
tenu en laisse par sa vie privée.
Les firmes
privés, agissant dans l’internet et l’informatique, mais aussi bien au-delà, ont
commencé à comprendre, plus ou moins influencées par les services de sécurité
étatique, tout l’intérêt d’«en savoir beaucoup plus» sur le consommateur :
«sans contrainte sur ce qu’une société peut cacher dans ces énormes volumes
juridiques, de plus en plus de compagnies vont comprendre qu’elles peuvent
envahir notre vie privée électronique, pour n’importe quelle raison».
Ainsi, au
début du mois de novembre 2005, plusieurs plaintes ont été déposées contre la
maison de disque Sony BMG, accusée d’utiliser avec ses CD, des dispositifs de
protection contre les copies multiples, qui portent atteinte à la vie privée. Sony
BMG doit reconnaître qu’un logiciel présent sur chaque CD, appelé MediaMax,
pose ce problème du respect de la vie privée, car il transmet des informations
sur les habitudes des usagers via une connexion internet, dès lors que le CD
est lu sur un ordinateur connecté.
L’on
pense qu’à partir de l'adresse IP, l’on peut déterminer avec un taux de fiabilité
de 99,9% le pays d'origine de l'internaute, mais aussi sa ville, avec un taux
qui varie entre 85% pour un pays en voie de développement, à 97% pour un pays
développé.
Par
ailleurs, tous les grands moteurs de recherche se battent pour un seul objectif: la connaissance des produits que les gens
achètent, des musiques qu’ils écoutent, des amis qu’ils fréquentent, bref de
leur vie. Cela devient d’autant plus inquiétant que Google par exemple, propose
une offre de messagerie (GMail) avec une
capacité de 2,5 Go pour chaque internaute, disposant ainsi de toutes les
possibilités d’analyser tous les mails, effacés ou en place.
2- Les multinationales du web mettent
tout en oeuvre pour que les internautes, nous dit-on, partagent un maximum de
contenu sur la toile. Or, leurs politiques marketing masquent leurs vrais
intérêts commerciaux, en déployant sans fin leurs arguments sur la soi-disant
«liberté totale de communication» du web.
En même
temps, la tendance dans un futur proche montre clairement que tous les fichiers
(email, photos, vidéos, conversations téléphoniques, mouvements bancaires…)
envoyés sur le réseau par un individu, seront certainement un jour
systématiquement «signés» (à terme biométriquement) par ce dernier, qui
deviendra le responsable du moindre détail de sa vie quotidienne.
D’ailleurs,
une grande majorité d’Etats commencent à ratifier entre eux des traités pouvant
aboutir à utiliser toutes ces preuves «virtuelles», au nom de la lutte contre
les délits sur le web, les entreprises américaines par exemple, étant tenues,
depuis septembre 2001, de faire un archivage numérique systématique de tous les
documents et communications produits par chaque salarié. «Approuvé par la Cour Suprême
en avril 2006, ce changement souligne plus que jamais l’importance pour les
compagnies de connaître la nature de leurs renseignements électroniques et d’en
connaître la localisation». Les délits se passeront donc progressivement et de
plus en plus sur la toile.
Aux Etats-Unis
toujours, les liens entre la communauté du renseignement et les entreprises
privées sont devenus si étroits que l’on peut parler de complexe
«secréto-industriel», à l’image du complexe «militaro-industriel».
C’est
dire que l’ordinateur individuel est devenu l’image matérielle de l’être humain,
et «le réseau internet n’est autre que l’image matérielle de l’humanité, voire
peut être même de sa conscience collective». Avec les débits vertigineux de l’internet
à venir, l’espace de stockage des informations est peut être en voie de
disparition sur les disques durs des particuliers et des entreprises, pour
prendre place sur des serveurs de multinationales du web.
3- Même si les attentats du 11
septembre 2001 ont accentué la xénophobie, les étrangers ne sont pas les seuls
à faire l’objet d’une surveillance accrue. Les citoyens américains n’échappent
pas à l’actuelle paranoïa. De nouveaux contrôles, autorisés par le Patriot Act,
remettent en question la vie privée, le secret des correspondances et la
liberté d’information.
L’autorisation
de mise sur écoute téléphonique n’est plus requise. Les enquêteurs «peuvent
accéder aux informations personnelles des citoyens sans mandat de perquisition.
Ainsi le FBI demande aux bibliothèques de lui fournir les listes de livres et
de sites internet consultés par leurs abonnés, pour tracer un profil
intellectuel de chaque lecteur».
Mais le
plus délirant de tous les projets d’espionnage illégaux est celui qu’élabore le
Pentagone sous le nom de code Total Information Awareness (TIA), système de surveillance
totale des informations qui consiste ni plus ni moins qu’à «mettre en fiche chacun
des 6,5 milliards d’individus de la planète, en collectant une moyenne de 40 pages
d’information et en en confiant le traitement à un superordinateur».
En effet,
en centralisant, en croisant et en traitant toutes les données personnelles
disponibles (paiement par carte, abonnements aux médias, mouvements bancaires,
appels téléphoniques, consultations de sites web, courriers électroniques,
fichiers policiers, dossiers des assureurs, informations médicales et de la
sécurité sociale) «le Pentagone compte établir la traçabilité complète de
chaque individu», le choix étant : «il y aura moins de vie privée, mais plus
de sécurité».
Autrement,
«la société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n'y prenions garde»,
constate un rapport britannique destiné à la Commission pour l’information,
publié fin 2006, pour faire état des 4,2 millions de caméras vidéos (soit une
pour 14 habitants) qui «nous observent en permanence, dans les immeubles et les
rues commerçantes, sur la route et dans les quartiers résidentiels».
Tout cela
se met en place en méconnaissance d’une observation lucide faite par un certain
Jean Paul Marat : «la trop grande sécurité des peuples est toujours
l’avant coureur de leur servitude».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
22 Janvier 2009