«Le Japon face à la crise»
Philippe
MARINI, Sénat, Paris, Mars 2009, 37 p.
1- Le Japon est la deuxième économie
mondiale, avec un PIB de 4.840 milliards de dollars en 2008, contre 14.330
milliards de dollars pour les Etats-Unis.
L’économie
japonaise est fondée sur les exportations, dont la moitié est destinée à
l’Asie, ce qui traduit une intégration croissante à l’économie de cette zone.
La Chine représente, à elle seule, 16% des exportations du Japon. La part des
Etats-Unis dans les exportations japonaises diminue, mais demeure élevée (17,5%),
l’Europe représentant 14% des exportations japonaises.
A
contrario, «le Japon reste un pays assez fermé. Le stock des investissements
directs étrangers ne représente que 3% du PIB fin 2007, et ce pays n’était que
le cinquième importateur mondial cette même année».
Le Japon
consacre, par ailleurs, des dépenses importantes à la recherche-développement
(3,6% du PIB, contre 2,6% aux Etats-Unis et 2,1% en France). On y dénombre 5,6
chercheurs pour 1000 habitants, contre 4,7 aux Etats-Unis et 3,3 en France.
Il dispose
d’un atout technologique incontesté, «puisqu’il est le premier pays au monde en
nombre de brevets déposés. Il exporte trois fois plus de produits à contenu
technologique qu’il n’en importe. Les industriels japonais se spécialisent
également dans des micro-niches technologiques».
Le Japon
est toutefois entré en récession au troisième trimestre 2008, avec une
brutalité qui a surpris, qui témoigne également de la croissance très «molle»
connue par le Japon depuis le début des années 2000. Cette dégradation s’est accentuée
au cours du premier trimestre 2009, le PIB reculant de 14,2% en rythme
annualisé.
Cette
forte dégradation économique s’explique, notamment, «par l’effondrement des
exportations japonaises, en raison du ralentissement économique des principaux
partenaires commerciaux, Chine et Etats-Unis en particulier : en glissement
annuel, les exportations ont ainsi chuté de 27% en Novembre 2008, de 35% en
Décembre, de 45,7% en Janvier 2009 et de 49,4% en Février, soit la baisse la
plus importante depuis 1980. Cette chute des exportations est évaluée à 41% en
glissement annuel au mois de Mai 2009».
Ainsi, le
Japon, qui dispose traditionnellement d’une balance commerciale excédentaire, a
connu, d’Octobre 2008 à Janvier 2009, quatre mois consécutifs de déficit de sa
balance commerciale, celui du mois de Janvier 2009 (844 milliards de yens, soit
environ 7,9 milliards d’euros) étant le plus important depuis 1979.
La
diminution des débouchés dans les pays partenaires du Japon s’est trouvée
encore aggravée par la forte et récente remontée du yen.
2- Le Japon, qui avait cru échapper à
la crise financière, se retrouve donc confronté à une sévère crise économique, «qui
se traduit par une hausse des faillites et une croissance du chômage. Le nombre
de faillites aurait ainsi augmenté de 21%, en glissement annuel, au cours du
mois de Février 2009, et dépasse, pour le neuvième mois consécutif, les 1 000
cas mensuels».
La Japan
Manufacturing Outsourcing Association évoque, de son côté, le chiffre de
400 000 suppressions d’emplois. Les employés dits «non réguliers» (temps
partiel, intérim…), qui représentent un tiers de la population active salariée,
sont les premiers touchés par cette situation.
Les
banques japonaises, «quoique détenant moins d’actifs toxiques que leurs
homologues occidentales, ont également été touchées par la crise. Les six
principales banques japonaises ont ainsi enregistré une très forte dégradation
de leurs résultats au cours du premier semestre 2008 : arrêtés au 30 Septembre
2008, ceux-ci connaissaient un recul de 58% par rapport aux résultats constatés
en septembre 2007».
Cette
situation pénalise les entreprises, en rendant plus difficile l’accès au
crédit. Les PME seraient les premières touchées et éprouveraient de plus en
plus de difficultés à se financer.
3- Face à cette situation, la Banque
du Japon «a assoupli sa politique monétaire et recherche de nouvelles voies
pour faciliter le refinancement des institutions financières. Son principal taux
directeur a ainsi été ramené de 0,5% à 0,3%, puis à 0,1%, les 31 Octobre et 19
Décembre 2008. Cette mesure n’a cependant eu qu’un impact limité sur l’économie
réelle, en raison du caractère déjà extrêmement accommodant de la politique
monétaire, d’autant qu’à un tel niveau, le taux directeur apparaît désormais
neutralisé dans ses fonctions de relance ou de stabilisation de l’économie».
De son
côté, le gouvernement japonais a annoncé un plan de relance d’un montant global
de 75.000 milliards de yens, soit environ 564 milliards d’euros. Malgré cela la
situation ne fait que s’aggraver.
Face à la
dégradation de la situation économique, le gouvernement japonais a annoncé, au
début du mois d’Avril 2009, un nouveau plan de relance, qui s’élève au total à
13 930 milliards de yens, soit près de 105 milliards d’euros.
Cette
«rallonge», intégralement financée par voie budgétaire, vient compléter un
budget ordinaire déjà record de 88 550 milliards de yens. Trois objectifs sont
avancés : «prévenir une dégradation de l’économie, maintenir les emplois et
stimuler la croissance. Ces mesures seraient financées grâce aux réserves des
comptes spéciaux de l’Etat et par le biais d’une nouvelle émission de dette
publique, ce qui fragiliserait encore des finances publiques déjà dégradées».
4- La sortie de la crise économique paraît
dépendre en priorité de l’évolution de la demande intérieure chinoise et du rebond
de l’économie américaine.
Or, s’il
sortira de cette crise affaibli sur le plan des finances publiques, le Japon conserve
de réels atouts, qu’il ne faut pas négliger : «ses capacités de recherche,
mais également le consensus social qui règne dans les entreprises. Les
syndicats se placent, en effet, dans une logique de coopération avec la
direction des entreprises. Par ailleurs, il semble que les salariés témoignent
un attachement fort à leur compagnie et acceptent, plus facilement qu’ailleurs,
une dégradation de leurs conditions de travail, contre la promesse d’un emploi
de long terme et d’une progression de salaire en fonction de l’ancienneté».
On peut
toutefois s’interroger sur la pérennité de ce consensus social, compte tenu de
la dualité croissante du marché du travail. De même, les banquiers s’interrogent
sur l’évolution du modèle japonais, estimant que «l’importance du consensus dans
la prise de décisions a fait prévaloir le statu quo sur les réformes structurelles».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
15 Octobre 2009