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Quel est le sort de la démocratie dans un
monde de plus en plus globalisé, de plus en plus asservi aux normes de la
puissance unipolaire des Etats-Unis et où la communication est en passe
de se substituer à l'information et au savoir ? C'est la problématique,
ainsi résumée, que se propose d'examiner ce livre en arabe de Yahya El Yahyaoui pour
lequel il choisit un titre des plus explicites : «Ihtiqarou
Addimouqratiatou» - ou «Le Mépris de la
démocratie» - avec un sous-titre non moins révélateur du parti pris de
l'auteur : Etudes sur les mécanismes du nouveau despotisme.
Yahya El Yahyaoui
n'en est pas à son premier travail sur la question. Ingénieur des
télécommunications, et donc expert en la matière, il en est à son 28e
étude, articles de presse et ouvrages confondus. On lui doit entre autres
«La communication à la lumière des transformations : Etat, Monopole,
dérégulation et concurrence» (1995), «Le Monde arabe et le défi des
technologies de l'information et de le communication», «Mondialisation ?
Quelle mondialisation ?».
Le présent livre est un recueil d'articles écrits à différentes périodes
et publiés dans la presse marocaine et arabe. On comprend la diversité
des thèmes que traitent ces articles ainsi que le caractère circonstanciel
de chacun. Ils sont néanmoins liés par un souci commun, celui du sort de
la démocratie dans le cadre de la globalisation et de la révolution des
technologies de la communication.
Le livre est structuré ainsi sur trois axes majeurs : de la télévision et
de la communication ; de l'information et de la technologie et enfin de
la mondialisation et la gouvernance, de la démocratie et de la culture.
Tous ces axes justifient le titre commun du livre «Mépris de la
démocratie».
Le Mépris de la démocratie, selon l'auteur se situe sur trois niveaux :
Au niveau national par l'instrumentalisation des médias audio-visuels à
la fois par les pouvoirs politiques en vue d'assurer leur influence sur
l'opinion publique et de maintenir la domination d'un point de vue unique
à l'exclusion de tous les autres. Inspiré d'une réflexion de Bourdieu
dans un fascicule intitulé «De la télévision», l'auteur fait une lecture
critique du champ audio-visuel au Maroc.
Il en distingue trois caractéristiques qui font de la télévision marocaine
un instrument de reproduction des rapports politiques, sociaux et
économiques dominants : «Elle pousse la violence symbolique dans une
logique de conflit avec tout ce qui s'inscrit dans la différence» ; elle
fait peu de cas de l'opinion du téléspectateur et de ses désirs en
matière de programmes ; enfin, elle pratique l'exclusion systématique de
tout ce qui ne «s'intègre pas dans le système de pensée dominant».
Le mépris de la démocratie également au niveau international. Cette fois,
ce sont les Etats-Unis qui sont en cause du fait de leur tendance à
exercer un pouvoir exclusif sur le reste du monde et à le plier à leur
désir. On trouve dans le livre un examen critique de la vision du courant
néo-conservateur qui sous-tend la politique américaine au Proche Orient
notamment.
Enfin, le mépris de la démocratie se manifeste à travers la conception de
la mondialisation telle qu'elle se déroule actuellement, et dont la
conséquence est la consolidation de la domination économique, politique
et culturelle des puissances occidentales, américaine surtout, sur le
reste de la planète.
Au-delà de la problématique de la démocratie, le livre, étant un recueil
d'articles, rappelons-le, traite de divers autres thèmes tels la
communication, la téléréalité, l'avènement du
numérique, les satellitaires arabes etc…
Outre la somme d'information qu'il permet d'acquérir du fait de la
qualité de l'auteur en tant que professionnel des télécommunications, le
livre est l'une des rares réflexions dignes de ce nom sur l'audio-visuel
dans notre pays. Quelque soit les reproches que l'on puisse avoir à son
égard, son grand mérite est d'abord d'exister.
«Ihtiqarou Addimoukratiatou»
Yahya El Yahyaoui-
Ed. Oukad, 320 pages.
Le Matin du
Sahara, 3 Juin 2005
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