«Le mépris de la démocratie» de Yahya El Yahyaoui : Le nouveau despotisme

02.06.2005 | 14h43 

 

Quel est le sort de la démocratie dans un monde de plus en plus globalisé, de plus en plus asservi aux normes de la puissance unipolaire des Etats-Unis et où la communication est en passe de se substituer à l'information et au savoir ? C'est la problématique, ainsi résumée, que se propose d'examiner ce livre en arabe de Yahya El Yahyaoui pour lequel il choisit un titre des plus explicites : «Ihtiqarou Addimouqratiatou» - ou «Le Mépris de la démocratie» - avec un sous-titre non moins révélateur du parti pris de l'auteur : Etudes sur les mécanismes du nouveau despotisme.

Yahya El Yahyaoui n'en est pas à son premier travail sur la question. Ingénieur des télécommunications, et donc expert en la matière, il en est à son 28e étude, articles de presse et ouvrages confondus. On lui doit entre autres «La communication à la lumière des transformations : Etat, Monopole, dérégulation et concurrence» (1995), «Le Monde arabe et le défi des technologies de l'information et de le communication», «Mondialisation ? Quelle mondialisation ?».

Le présent livre est un recueil d'articles écrits à différentes périodes et publiés dans la presse marocaine et arabe. On comprend la diversité des thèmes que traitent ces articles ainsi que le caractère circonstanciel de chacun. Ils sont néanmoins liés par un souci commun, celui du sort de la démocratie dans le cadre de la globalisation et de la révolution des technologies de la communication.


Le livre est structuré ainsi sur trois axes majeurs : de la télévision et de la communication ; de l'information et de la technologie et enfin de la mondialisation et la gouvernance, de la démocratie et de la culture. Tous ces axes justifient le titre commun du livre «Mépris de la démocratie».

Le Mépris de la démocratie, selon l'auteur se situe sur trois niveaux :
Au niveau national par l'instrumentalisation des médias audio-visuels à la fois par les pouvoirs politiques en vue d'assurer leur influence sur l'opinion publique et de maintenir la domination d'un point de vue unique à l'exclusion de tous les autres. Inspiré d'une réflexion de Bourdieu dans un fascicule intitulé «De la télévision», l'auteur fait une lecture critique du champ audio-visuel au Maroc.

Il en distingue trois caractéristiques qui font de la télévision marocaine un instrument de reproduction des rapports politiques, sociaux et économiques dominants : «Elle pousse la violence symbolique dans une logique de conflit avec tout ce qui s'inscrit dans la différence» ; elle fait peu de cas de l'opinion du téléspectateur et de ses désirs en matière de programmes ; enfin, elle pratique l'exclusion systématique de tout ce qui ne «s'intègre pas dans le système de pensée dominant».

Le mépris de la démocratie également au niveau international. Cette fois, ce sont les Etats-Unis qui sont en cause du fait de leur tendance à exercer un pouvoir exclusif sur le reste du monde et à le plier à leur désir. On trouve dans le livre un examen critique de la vision du courant néo-conservateur qui sous-tend la politique américaine au Proche Orient notamment.

Enfin, le mépris de la démocratie se manifeste à travers la conception de la mondialisation telle qu'elle se déroule actuellement, et dont la conséquence est la consolidation de la domination économique, politique et culturelle des puissances occidentales, américaine surtout, sur le reste de la planète.

Au-delà de la problématique de la démocratie, le livre, étant un recueil d'articles, rappelons-le, traite de divers autres thèmes tels la communication, la téléréalité, l'avènement du numérique, les satellitaires arabes etc

Outre la somme d'information qu'il permet d'acquérir du fait de la qualité de l'auteur en tant que professionnel des télécommunications, le livre est l'une des rares réflexions dignes de ce nom sur l'audio-visuel dans notre pays. Quelque soit les reproches que l'on puisse avoir à son égard, son grand mérite est d'abord d'exister.

«Ihtiqarou Addimoukratiatou» Yahya El Yahyaoui- Ed. Oukad, 320 pages.

Le Matin du Sahara, 3 Juin 2005

 

 

Abdelaziz Mouride