«Le Livre blanc sur les
services d'intérêt général»
Tasca. C, Rapport, Sénat, Paris,
Mars 2005, 23 p.
1- En introduction à ce rapport, l’auteure dit
ceci : «la construction européenne est bien souvent présentée comme une
menace pour les services publics, et plus généralement comme une mise en cause
des fondements républicains de l’État tel que nous le concevons en France.
Cette vision conflictuelle des choses correspond-elle à la réalité
d’aujourd’hui ?»
Et l’auteure de répondre : «pendant la première période
de l’intégration européenne, celle qui va du traité de Rome de 1957 jusqu’au
milieu des années 1980, la stratégie d’intégration a consisté à réaliser un
marché commun. A l’époque, il était convenu entre les États qui construisaient
l’Europe, que l’intégration ne concernait ni les prérogatives traditionnelles
des autorités publiques, ni les services publics que chaque pays avait mis en
place, compte tenu de son histoire et de ses institutions propres. A partir du
milieu des années 1980, l’intégration européenne a commencé à prendre en compte
les réseaux d’infrastructures de transports, de communication et d’énergie,
communément rangés en France dans la catégorie des services publics à caractère
industriel et commercial».
Or, dans
un contexte marqué par la domination des thèses du libéralisme économique, «les
politiques européennes ont visé à moderniser ces secteurs clés pour la
compétitivité de l’économie européenne : il s’est agi, d’une part, de dépasser
les frontières nationales au sein desquelles avaient été jusque là organisés
ces services publics, d’autre part, d’inciter à l’efficacité des secteurs
souvent protégés par des situations de monopole».
Ces
objectifs, note l’auteure, ont convergé dans la définition et la mise en oeuvre
de politiques de libéralisation et d’introduction de concurrence secteur par
secteur, que favorisaient aussi bien des mutations technologiques rapides que
des stratégies industrielles de groupes désirant investir dans les activités
les plus rentables.
Si, précise l’auteure, le droit communautaire
initial ignore presque totalement la notion de service public, en tant que
telle, il connaît en
revanche, la notion d’entreprise publique ou chargée d’intérêt général, dont il
admet la spécificité. L’article 86 du traité CE prévoit que, comme les
entreprises privées, les entreprises publiques sont soumises aux règles
communautaires de concurrence.
2- Le
vocabulaire juridique de l’Union européenne emploie usuellement deux termes
distincts qui identifient très précisément son champ de compétences en la
matière :
°- les services d’intérêt général (SIG),
c’est-à-dire toutes les prestations, marchandes ou non, que les Pouvoirs Publics
gouvernementaux ou locaux, servent à leurs administrés sous leur contrôle
direct ou déléguées à des tiers (entreprises privées, associations, personnes
physiques). Ils n’ont pas de statut juridique générique dans l’Union,
°- et les
services d’intérêt économique général (SIEG), marchands, qui font l’objet d’une
tarification économique à l’usager, même si les Pouvoirs Publics peuvent les
subventionner en faveur de certains publics ou de certains territoires exposés.
C’est ce seul domaine qui est couvert par les bases juridiques communautaires.
Il englobe les entreprises publiques de réseaux, les régies publiques locales,
les sociétés d’économie mixte et les délégations de service public à des
entreprises privées.
L’Union
européenne distingue donc deux champs de services publics :
°°- les
services publics non marchands (SIG), pour lesquels elle ne se reconnaît aucune
compétence et qu’elle laisse donc à la compétence exclusive des États membres
et de leurs pouvoirs locaux
°°- et les
services publics marchands (SIEG), dont elle affirme la spécificité dans le
droit primaire européen, en regard notamment des règles de la concurrence et du
marché intérieur.
La
Commission admet ainsi qu’un marché intérieur ouvert et concurrentiel, d’une
part, et le développement de services d’intérêt général de qualité et
abordables, d’autre part, sont des objectifs compatibles. En effet, «elle
considère que la création d’un marché intérieur a contribué à un gain
d’efficience, rendant un certain nombre de services d’intérêt général plus
abordables, et a conduit à un accroissement du choix des services proposés».
Yahya El Yahyaoui
Rabat, 1 Avril
2010