«Médias et enseignement
supérieur au Japon et en Corée du sud: entre traditions et modernité»
Jacques Valade et Alii, Rapport
d'information n° 190, Sénat, Paris, 3 Juillet 2007, 48 p.
1- Ce rapport s’intéresse à deux
aspects lui paraissant majeurs: le premier a trait aux évolutions structurelles
du secteur des médias au Japon et en Corée du Sud, deux pays réputés être à
l’avant-garde en matière de diffusion numérique.
Le second
concerne les modalités et les enjeux de la réforme du système universitaire japonais,
afin de «décrypter les tenants et les aboutissants de la récente réforme de l’enseignement
supérieur nippon, destinée à favoriser la compétitivité des établissements».
2- Trois grandes parties meublent ce
rapport concis, mais fort significatif quant à ses enseignements:
+ En première partie («Des médias
coréens entre traditions et modernité»), le rapport note que «loin de rester
cantonner dans le rôle de suiveur auquel certains analystes l’avaient réduite à
la fin des années 80,
En effet,
notent les rapporteurs, le paysage médiatique coréen s’est radicalement réformé,
au cours des quinze dernières années, sous l’effet de deux évènements majeurs:
la démocratisation du pays et la crise économique de 1997.
Après des
années de régime autoritaire,
La crise
économique de 1997 constitue un deuxième évènement majeur dans la profonde
transformation du paysage médiatique coréen, avec une diminution drastique du
nombre d’abonnés, et un succès grandiose des vecteurs de communication alternatifs
(quotidiens gratuits, portails, journaux en ligne) qui ont érodé les marges de
manoeuvre de titres «historiques» bénéficiant jusqu’alors d’un monopole de fait
sur les débats de société.
Si en
2006
«Dominé,
avant le lancement du processus de démocratisation par quatre quotidiens
nationaux (Chosun Ilbo, Joongang Ilbo, Dong-a Ilbo et Hankook Ilbo), le secteur
de la presse quotidienne payante a peu évolué. Dans les faits, seul le Hankook
Ilbo s’est progressivement fait distancer en termes de ventes par ses trois concurrents
traditionnels, qui cumulent aujourd’hui près de 70% des parts de marché», le
tirage combiné des 3 premiers quotidiens s’élevant à 6,4 millions d’exemplaires
par jour.
La
publicité demeure, rappellent les rapporteurs, le principal pourvoyeur de
revenus pour ces titres, puisqu’elle représente près de deux tiers de leurs
ressources, le dernier tiers résultant du produit des abonnements.
C’est
dire que la presse payante coréenne doit néanmoins faire face à une concurrence
accrue, due à la libéralisation du secteur des médias liée à la démocratisation
progressive du pays. «Les médias traditionnels sont en effet contraints de
s’adapter à la multiplication des titres de presse depuis le début des années
90, à la concurrence des nouveaux médias (TV câblée et satellite) depuis la fin
des années 90 et, depuis peu, à l’introduction de quotidiens gratuits
distribués dans les lieux publics», sans oublier la concurrence des médias en
ligne.
Par
ailleurs, le rapport observe l’omniprésence de la télévision en Corée: selon
les chiffres fournis par
D’abord
extrêmement limitée, «l’offre de chaînes s’est considérablement accrue depuis
le milieu des années 90, avec le lancement de services locaux et la mise en
place d’une distribution par câble et par satellite».
En même
temps, la Corée fait partie des premiers pays au monde à lancer
La Corée
peut s’enorgueillir d’avoir lancé les premiers services de télévision mobile au
monde. Le succès de ces derniers ne se dément pas, puisque 3 millions de Coréens
regardent aujourd’hui la télévision sur leur téléphone, leur ordinateur
portable ou en voiture, près de deux heures par jour en moyenne.
+ Dans la deuxième partie («Les médias au Japon: une
organisation singulière») le rapport note que «les principaux groupes
médiatiques japonais se sont construits et organisés autour des grands
quotidiens: Asahi Shimbun, Yomiuri Shimbun, Sankei Shimbun, Nihon Keizai
Shimbun et Mainichi Shimbun. Ces journaux ont su développer d’autres activités
que la presse quotidienne, et s’assurer du contrôle des médias audiovisuels. Ce
développement s’est fait avec l’aide de l’Etat, favorable à l’idée d’une rationalisation
du secteur médiatique où presse, radio et télévision pourraient coexister
harmonieusement».
Le
secteur médiatique japonais demeure ainsi profondément marqué par un système
original, en vertu duquel un ensemble d’entreprises entretiennent entre elles
des participations croisées, sorte de «conglomérats formés d’une multitude
d’entreprises, généralement liées entre elles par des liens financiers tissés à
partir d’une banque de référence jouant le rôle de prêteur à court terme».
Ainsi, le
groupe Yomiuri par exemple, dispose «non seulement de filiales et de
participations dans la télévision, la radio, la presse quotidienne, la presse
magazine, l’édition mais aussi dans des compagnies de production
cinématographique, télévisuelle et musicale».
Ledit
groupe s’étend également aux agences de voyages, aux écoles de commerce et à la
gestion de droit d’auteur et de marchandisage. Il possède aussi et gère des
immeubles, des parcs de loisirs, des musées et des infrastructures sportives,
une équipe de baseball et deux équipes de football.
A
l’échelle internationale, la presse quotidienne nippone fait figure de mastodonte.
«Chaque jour, une centaine de quotidiens japonais diffusent environ 70,3
millions d’exemplaires, soit 554 copies pour 1 000 personnes. La distribution
réelle, c’est à dire effectivement lue, tourne autour des 703 640 000
d’exemplaires par jour».
Le
Yomiuri Shimbun est ainsi considéré comme le quotidien le plus diffusé au monde
avec 14 millions d’exemplaires, suivi de l’Asahi Shimbun et ses 12 millions d’exemplaires
quotidiens. Viennent ensuite le Mainichi Shimbun (5 millions d’exemplaires) et
le Nihon Keizai Shimbun (4 millions d’exemplaires).
Depuis
environ dix ans, les revenus des journaux nippons varient entre 230 et 250
milliards de yens par an, soit 2 milliards d’euros. Ces revenus proviennent à
53% de la vente, et 32% de la publicité.
Ces
résultats sont le fruit de deux facteurs principaux, observe le rapport: le
Japon est d’abord un pays aux infrastructures et aux systèmes de transport modernes,
favorables à l’établissement d’une presse de masse, ensuite la société
japonaise est caractérisée par un taux d’alphabétisation très élevé et un haut
niveau d’éducation, ainsi que par une forte volonté d’apprendre et d’être
informé.
Au niveau
de la télévision, le rapport note que plus de 100 millions de téléviseurs équipent
les quelque 45 millions de foyers nippons. En 2004, le temps moyen quotidien
passé devant la télévision par un Japonais approchait les 4 heures.
Second
plus grand marché de télévision (0,5 % du produit national brut) après les Etats-Unis,
le Japon a un paysage audiovisuel où un seul opérateur public constitue une
véritable institution: la Nippon Hoso Kyokai (NHK) ou Japan Broadcasting
Corporation (NHK) est une véritable institution, réunissant «dans une même
entité, qui emploie plus de 15 000 personnes, 6 chaînes de télévision et 3
programmes nationaux de radio et finance des orchestres, dont la réputation
n’est plus à faire, ainsi que des troupes de théâtre. Il assure également une
activité d’édition non négligeable sur tous les supports».
Le
développement de la TNT est aussi engagé depuis l’année 1997, et implique le
renouvellement global du parc de récepteurs (soit 100 millions de téléviseurs,
dans 45 millions de foyers) d’ici le 24 juillet 2011, date à laquelle la diffusion
analogique sera officiellement abandonnée.
En même
temps, la télévision mobile personnelle a été officiellement lancée à titre expérimental
dans 29 départements du Japon le 1er avril 2006. Sa diffusion a été étendue à
l’ensemble du territoire à la fin de la même année.
+ En troisième partie («L’organisation
du système universitaire japonais: sélection et autonomie»), le rapport note
que «face à la diminution de sa compétitivité et à la récession frappant le
pays dans les années 2000, le Japon a décidé de mettre en oeuvre une politique
privilégiant l’éducation et la recherche, et incluant une réforme de
l’enseignement supérieur destinée à favoriser la compétitivité des établissements».
Constatant
l’importance de la valorisation de la recherche et de la connaissance,
Parallèlement,
«l’Etat a privilégié les universités nationales et publiques locales au
détriment des universités privées dans la répartition des moyens, afin de garantir
un accès plus équitable à l’enseignement supérieur sur tout le territoire».
Il existe,
au Japon, 674 universités: 87 nationales, 512 privées, 75 municipales, ce qui
représente 2,8 millions d’étudiants, dont 621 500 dans les universités
nationales.
Les
universités nationales n’accueillent que 25% des étudiants, et emploient 61 000
enseignants. Le ministère de l’éducation et de la recherche leur alloue un
budget de 9 milliards d’euros, soit une dépense de 15 000 euros par étudiant,
plus de deux fois la moyenne française (6 850 euros), observent les rapporteurs.
L’ambition
du gouvernement japonais est de «rendre les universités japonaises plus
compétitives face à la forte concurrence des universités américaines,
mais aussi européennes et asiatiques notamment pour attirer des
étudiants étrangers».
En même
temps, le passage des universités nationales au statut d’entreprises publiques
administrativement indépendantes, a pour but d’assouplir les règles
budgétaires, organisationnelles et de gestion des personnels, et de favoriser
leur développement.
Les
universités nationales et privées jouent un rôle clé dans le développement de
la recherche publique japonaise. «Implantées sur l’ensemble du territoire
japonais, elles constituent une infrastructure régionale pour l’enseignement,
la culture et l’industrie. Chacune des universités nationales doit prendre en
compte le développement régional et local dans la définition de ses
orientations, en coopération avec les universités privées».
Par
ailleurs, le passage du statut de fonctionnaire (33 000 fonctionnaires concernés
dans les 87 universités nationales) à un statut de personnel sous contrat à
durée indéterminée, est effectif depuis le 1er avril 2004. Ceci a permis un assouplissement
dans les procédures de recrutement, d’affectation et de rémunération.
Les
salaires ne sont plus établis par rapport à une grille nationale, mais fixés
par chaque établissement. L’évaluation des performances individuelles favorise «l’introduction
d’une rémunération au mérite, et non plus uniquement à l’ancienneté».
Les
différentes réformes ont déjà produit des effets, notamment en termes de coopération
recherche-industrie. En effet, «le partage d’information ou de moyens matériels
était quasi-impossible jusqu’à maintenant. Les barrières sont en train de
tomber et, bien qu’il faille beaucoup de temps pour changer les vieilles
habitudes, les collaborations logiques
ne seront plus exclues».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
4 Octobre 2007