«Médias traditionnels et acteurs du Web 2.0»
Cabanis.
A, Thèse, HEC, Paris, Décembre 2006, 75 p.
1- Dans la présentation de son ouvrage,
l’auteur dit ceci : «la recherche d’informations
liées à l’actualité reste aujourd’hui le principal outil d’utilisation d’internet.
Cette recherche d’informations peut être satisfaite par des articles
enrichis d’images, de sons, d’animations, de vidéos. En cherchant à informer et
divertir l’audience, à l’aide de contenus inédits, internet pourrait faire
figure de média traditionnel».
Le réseau
est perçu ici, avance l’auteur, comme une plateforme, et non comme un média de
masse, car «l’internaute participe activement au processus de création de
contenu, ou plutôt de co-création de contenu avec ses pairs, en utilisant les
multiples outils de cette plateforme». Les internautes disposent ainsi des
moyens de partager et d’évaluer les informations produites par les médias, mais
ils peuvent également produire aisément des contenus, au côté des médias.
Médias et
acteurs du web 2.0 co-existent aujourd’hui, et poursuivent les mêmes objectifs,
mais leurs moyens diffèrent. Peuvent-ils durablement co-exister, en jouant de leurs
complémentarités, ou vont-ils fusionner pour former une forme hybride, entre
média et plateforme ?
2- Le web 2.0, ou de deuxième
génération, se définit en creux vis-à-vis du web de première génération (web
1.0), affirme l’auteur. Les sites de première génération «délivrent un message
standard à l’ensemble des internautes, sans prendre en compte les besoins de
chacun. Les internautes n’ont d’autres alternatives que de se conformer aux
lignes éditoriales des sites. Ils répondent à une logique top-down et non
bottom-up, comme les sites 2.0».
Mais les
sites de première génération ont la limite de n’être actualisés qu’au gré de la
volonté de quelques administrateurs. La fréquence d’actualisation est de ce
fait peu élevée, et ne peut coller à l’actualité de façon précise.
En même
temps, les seuls échanges possibles ne pouvant s’effectuer qu’entre internautes
et webmaster, les internautes se trouvent isolés les uns des autres, mis à part
les forums, souvent considérés comme sections annexes de sites éditoriaux, bien
qu’ils portent en eux les germes d’un web participatif.
Avec le web
2.0, on sort de la logique «one to many», du webmaster vers les lecteurs, pour entrer
dans l’ère du «many to many», où chaque internaute est à la fois lecteur et
contributeur.
Le web
2.0 est souvent associé à l’ensemble des applications collaboratives, et aux
sites «communautaires». Il se définit par la possibilité offerte à l’internaute
de créer lui-même du contenu, les outils du web 2.0 permettant de créer,
commenter, co-créer ou assembler du contenu, sur des espaces ouverts à tous.
C’est
dire, note l’auteur, que la gratuité et l’instantanéité du web 2.0 bouleversent
profondément les conceptions classiques, l’ultime menace pour les médias
traditionnels de la part des agrégateurs de contenus provenant de
l’amélioration en continu de l’outil.
Les
internautes, à la fois créateurs et lecteurs, sont dans un processus permanent
de création (les blogs et avis), de co-création (les wikis) ou de recréation
(les agrégateurs). Certains outils ont été d’ailleurs spécifiquement conçus
pour l’échange. Ce dernier repose sur le partage (de liens, de photos, de
vidéos), la création de liens (amicaux, professionnels), et sur le travail en
équipe.
Avec le
web 2, l’individu n’est plus simplement lecteur, mais aussi rédacteur. Il est à
la fois consommateur et créateur, ou plutôt co-créateur, aux côtés de ses
pairs. Les termes de «consommauteur» ou de «consommacteur» reflètent cette
réalité.
3- Internet, sous l’impulsion du web
2.0, est ainsi en passe de devenir le support majeur d’information et de
divertissement. Aucun média, avant l’utilisation d’internet, «ne donnait accès
en continu à des informations renouvelées en permanence. Les journaux
fournissent des informations renouvelées au mieux tous les 24 heures. Les
chaînes de radio et de télévision diffusent des informations en continu ou
presque, mais ne répondent pas toujours aux attentes de l’audience» : si les médias traditionnels tirent leur valeur de l’information,
le web nouvelle génération tire la sienne du réseau, atteste l’auteur.
Bien
plus, internet sert de vitrine aux médias traditionnels, qui peuvent ainsi
faire montre de leur savoir-faire aux internautes connaissant peu leur contenu
payant.
Par
ailleurs, et si l’on fait abstraction des opinions des consommateurs
d’information, le web participatif est tributaire, à son tour, des médias traditionnels :
«les sites 2.0 utilisent l’ensemble des contenus à leur disposition, afin que
les membres les catégorisent, les évaluent, les échangent. Parmi ces contenus, nombreux
sont ceux qui proviennent de contenus des médias traditionnels, dupliqués sur le
web».
Plus le
nombre et la contribution des acteurs du web participatif seront importants,
plus le web 2.0 sera en mesure de corriger ses failles, grâce aux remontées des
utilisateurs. Pour cela, «le web participatif doit être de plus en plus inséré
dans le quotidien».
4- Face à l’ampleur des enjeux qui se
présentent et à la rapidité d’évolution du web 2.0, les médias traditionnels ont
compris qu’ils ont affaire à une menace structurelle qui entreprendrait des réformes,
aussi bien sur leur support traditionnel, que sur le web.
Si les
médias traditionnels sont contraints d’asseoir leur stratégie sur la migration
vers internet et le web 2.0, ce mouvement comporte plusieurs étapes :
la simple présence en ligne,
la mise à disposition payante de ses
contenus sur Internet,
la constitution d’un relais gratuit
des contenus en ligne,
la production de contenus numériques
inédits,
la migration totale vers le web.
Mais le
rapport de force entre web 2.0 et médias traditionnels doit être considéré
comme un conflit de canaux, plutôt que comme un conflit d’acteurs. Il est donc
nécessaire pour les uns comme pour les autres, de prendre immédiatement
conscience des changements à effectuer en profondeur.
Si le web 2.0 peut utiliser les canaux traditionnels comme relais de
diffusion, ce sont bien les acteurs traditionnels qui doivent se remettre en
question.
Or, le
paradoxe du web est qu’il conduit les médias à donner la parole à leur audience
via le web, «mais sous forme de complément et non de cœur d’information.
Inversement, les journalistes traditionnels sont amenés à calquer leur
comportement sur celui des blogueurs et des internautes d’une manière générale».
En même
temps, la combinaison de technologies plus ou moins récentes, et l’utilisation
du contenu généré par les internautes, permettent de «révolutionner la
consommation d’informations et de divertissements. Certains acteurs des médias,
les moins réactifs, peuvent avoir comme simple alternative de s’allier ou de
péricliter. Inversement, de très nombreux acteurs du web participatif ne
peuvent prétendre constituer une menace pour les médias, si eux-mêmes ne s’appliquent
pas les règles de conduite que s’appliquent les journalistes».
Dans les
deux cas, la lutte est déséquilibrée : «les internautes et blogueurs qui
n’aspirent pas à devenir de véritables journalistes citoyens, ne connaissent
pas de menace économique de disparition, comme de nombreux acteurs des médias».
Par
ailleurs, même si le web 2.0 n’est pas encore entré dans sa phase de maturité,
il possède cependant «les capacités de remodeler le monde de l’information et
du divertissement, en accord avec les nouvelles attentes du public. La
blogosphère et les réseaux sociaux aspirent même à être reconnus en tant que
sources qualifiées d’information et de divertissement. Les médias traditionnels
ont les moyens de s’adapter à ces mutations, s’ils opèrent une réforme en
profondeur».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
19 Février 2009