«Le Moyen Orient à l’heure
nucléaire»
Poncet .J. F et Alii, Sénat, Rapport,
Paris, 25 septembre 2009, 259 p.
En introduction à ce rapport, l’on lit : «le
Moyen-Orient est à un moment décisif de son histoire. En Israël, au
Liban, en Iran, des élections ont eu lieu et ont changé la donne.
En Irak, les troupes américaines ont entamé leur retrait et des
élections législatives auront lieu à la fin de l’année. Surtout, les Etats-Unis
ont un nouveau Président, dont l’extraordinaire popularité lui donne une
marge de manoeuvre sans précédent». Or, les négociations pour un
Etat palestinien sont au point mort, affirme le rapport, et l’Iran continue son
programme nucléaire.
Mais ce qui est inquiétant, note le rapport,
c’est le fossé grandissant entre les peuples et les gouvernants, les Etats de
la région ayant «importé les modes opératoires des démocraties, mais rechignent
à mettre en oeuvre les valeurs qui les sous-tendent, et les droits qui
en découlent».
En même temps, tous les pays du Moyen-Orient entretiennent une
relation tourmentée avec l’Occident. «Leur ressentiment à notre égard, plonge
ses racines dans la période coloniale, mais c’est avec la création d’Israël
qu’il a trouvé sa pleine expression. Les musulmans sont convaincus que nous ne
les respectons pas, car nous avons une politique injuste, faisant deux poids et
deux mesures entre Israël et le peuple palestinien. C’est le double standard partout
abhorré et dénoncé : pourquoi autoriser Israël à se doter de l’arme nucléaire
et pas l’Iran ? Pourquoi condamner les tirs de roquette du Hamas et pas
le blocus de Gaza qui en est la cause ?».
La résolution du conflit israélo-palestinien est
donc, pour les auteurs du rapport, «d’une importance capitale pour les pays de
la région : pour la Syrie, dont le Golan est toujours occupé, pour le Liban,
qui compte sur son sol plus de 400.000 réfugiés palestiniens et pour l’Egypte,
dont la diplomatie déploie des efforts tenaces afin d’aider à un règlement pacifique».
Par ailleurs, l’opposition entre le Hamas et le
Fatah, d’abord politique, est devenue militaire et le sang n’a cessé
depuis 2006 de couler entre les deux mouvements. Aucun ne peut abandonner ses
positions sans se renier. En outre, les deux mouvements ne sont pas d’accord
sur la stratégie à tenir.
L’Etat d’Israël, quant à lui, est confronté, et depuis
toujours, à un dilemme : «choisir entre un Etat binational dans les
frontières de 1967, au risque de dissoudre son identité juive, ou bien accepter
l’Etat palestinien, au risque de sa sécurité et au prix d’une partie de ses
colonies. Entre les deux propositions les dirigeants d’Israël n’ont jamais choisi»,
d’autant que de nombreux sondages indiquent que les citoyens Israéliens sont
prêts à accepter la solution des deux Etats.
Le paradoxe, note le rapport, est qu’Israël est
politiquement trop faible pour faire la paix et militairement trop fort pour en
avoir besoin. En outre, son armée et son gouvernement sûrs, jusqu’à présent, du
soutien inconditionnel des Etats-Unis, n’étaient pas incités à faire des concessions.
Par ailleurs, «l’Iran effraie…et la politique
étrangère de l’Iran n’est plus, depuis la fin de la guerre avec l’Irak,
celle d’une Révolution islamiste prête à gommer sa spécificité chiite pour
prendre la tête du monde musulman et des déshérités. Cette politique a échoué,
car l’Iran a fait prévaloir ses intérêts nationaux et n’a pas convaincu les gouvernements
sunnites de la pureté révolutionnaire de ses intentions».
S’agissant de son programme nucléaire, «si aucune
preuve formelle n’existe à ce jour, permettant d’affirmer que c’est un
programme à vocation militaire, de nombreux indices font planer le doute
: le fait qu’à l’origine, il ait été tenu secret, et que l’Iran se
refuse à répondre aux questions de l’AIEA, son absence de rationalité
économique et technique s’il est civil et enfin, la convergence avec un
programme balistique sophistiqué. C’est en définitive un programme
d’apparence civil avec vraisemblablement une option militaire. Il semblerait
que cette option n’ait pas encore été levée. Si elle l’était, l’Iran pourrait disposer
d’un premier engin nucléaire à la fin de l’année 2010. Mais ce serait un engin
unique, non validé expérimentalement et ne pouvant être emporté par
un missile».
Avec ce programme délibérément ambigu et
ambivalent, l’Iran est en position de force, remarquent les auteurs. Si
les négociations aboutissent, «ses dirigeants auront fait l’affaire du
siècle, en vendant à l’Occident un programme militaire balbutiant».
Et le rapport d’observer que «l’Occident
n’arrêtera pas le programme nucléaire iranien par la force, ni par la négociation.
Il nous faut soutenir le Président des Etats-Unis dans sa politique de la main tendue,
qui n’est autre du reste que la position européenne initiale. Mais il est malheureusement
peu probable que le gouvernement iranien saisisse cette occasion, tant il a
besoin d’ennemis pour exister».
Et d’avertir : «nous ne devons pas avoir
peur d’un Iran nucléaire, mais la nucléarisation de l’Iran entraînerait celle
de l’entière région et cela serait une menace pour la paix dans le monde».
Yahya El Yahyaoui
Rabat, 12 Novembre 2009