«Politiques et régulations de l’audiovisuel en Afrique»
Tawana
Kupe (Ss la dir), Agence Suédoise pour le Développement International, Ed. Article
19, 2003, 262 p.
1- En introduction à cette
publication, l’on lit ceci: «dans l’immense majorité des pays africains, les
médias audiovisuels ont toujours été les canaux de communication les plus
contrôlés, pour des raisons à la fois techniques et politiques».
En effet,
dit l’auteur, «les administrations coloniales qui introduisirent la radio et la
télévision en Afrique les ont contrôlées, et s’en sont servies comme d’importants
instruments de propagande politique. Les gouvernements africains post-coloniaux
qui prirent la relève, pratiquèrent également une politique de contrôle des
médias essentiellement pour des raisons politiques. Entre 1960 et 1980, lorsque
les coups d’états constituaient la méthode de changement de gouvernement la
plus prisée en Afrique de l’Ouest et du Centre, les stations de radios et de
télévision étaient souvent les premières institutions à être occupées par les
putschistes».
Autrement,
dans presque tous les pays d’Afrique, la radio et la télévision sont, depuis
leur indépendance, un monopole d’Etat, et par conséquent, mises sous la tutelle
des gouvernements, sous prétexte «qu’il s’agissait d’un service public
déterminant pour le développement, la promotion de l’unité, ainsi que pour la
culture et l’identité nationales», l’intérêt national étant compris pour la
plupart, comme étant l’adhésion à la politique et aux orientations du parti au pouvoir.
Lorsque
la «libéralisation des ondes» est intervenue au début des années 1990, elle a
marqué le début des changements dans le secteur de l’audiovisuel en Afrique,
avec l’émergence d’organes privés et dans une moindre mesure, dans quelques
pays, l’émergence de radios communautaires et de chaînes satellitaires payantes
(en 2002, la TV par satellite à domicile était disponible dans 41 pays en
Afrique).
Une telle
libéralisation a eu lieu «dans un contexte marqué par un passage politique de
gouvernements militaires et de partis uniques des périodes post indépendance,
vers des gouvernements multipartites», avec des mots comme
dérégulation, commercialisation et privatisation de l’audiovisuel et des télécommunications,
qui sont devenus à la mode.
La dimension
technologique a, parallèlement à cela, joué un rôle fondamental dans une telle
libéralisation. En effet, «le développement rapide des technologies digitales,
à partir des années 90, a permis la création d’un plus grand nombre de canaux
de diffusion, ce qui en termes techniques signifiait la fin des restrictions de
couverture». Mais cela appelait contrôle, régulation et surtout une volonté
politique pour «parvenir au pluralisme médiatique (plusieurs propriétaires et
opérateurs y compris ceux des médias des services publics) et à la diversité
(différents propriétaires et opérateurs de médias offrant la plus vaste gamme
possible de contenus conformes aux besoins et désirs du public en tant que
citoyens dans un régime démocratique).
Or,
puisque les principes démocratiques s’accompagnent impérativement du respect et
de la préservation de la liberté d’expression et de la libre circulation des informations
et des idées, le contrôle gouvernemental doit faire place à «une régulation
indépendante, devant s’assurer que les organes de diffusion ne deviennent pas
uniquement des institutions purement économiques et ne négligent pas leur rôle
socioculturel».
Tout
l’enjeu est donc de «savoir créer un paysage médiatique pluraliste et
diversifié, caractérisé par différentes (mais complémentaires) formes de
radiodiffusion, c’est-à-dire publique, commerciale/privée et communautaire, les
développements technologiques devant être exploités de manière proactive, non
seulement pour accroître le nombre d’opérateurs, mais aussi pour diversifier
les usages et le contenu».
Ensuite,
note l’auteur dans son introduction, il faut «développer des mécanismes de
financements pour l’ensemble du système, en particulier pour les médias du
service public, puisque le financement est crucial pour la survie et la qualité
des programmes offerts au public. En troisième lieu, il faut s’assurer de la mise
en place d’organismes régulateurs indépendants, crédibles, convenablement
financés et viables, qui veillent à la concrétisation des objectifs assignés
aux médias, et à la viabilité des programmes diffusés».
Une
séparation institutionnelle entre structures politiques et organisme de
régulation s’impose ici, du simple fait que «le gouvernement ne peut, en sa
qualité d’ultime décideur politique, revêtir la double casquette de régulateur,
tout comme les régulateurs ne sauraient s’ériger en décideurs politiques».
La
séparation, à ce niveau, ne signifie pas qu’il n’existe pas de principes ou de
liens définis, bien au contraire, «les régulateurs existent parce qu’une
politique existe, et qu’ils appliquent cette politique et fonctionnent dans un
environnement politique défini par les gouvernements».
2- Le livre est un collectif qui
comporte plusieurs contributions (cinq chapitres) traitant chacune un aspect de
la problématique posée:
+ Dans le premier chapitre
(«Attribution équitable de fréquences»), Katrin Nyman-Metcalf précise que les
fréquences constituent une ressource mondiale (attribuées par l’Union Internationale
de Télécommunications, UIT), et en tant que telles, «elles doivent être distribuées
à un niveau mondial, avec une attribution équitable entre les Etats, pour que
l’utilisation équitable du spectre des fréquences au profit de toute l’humanité,
ait une valeur réelle».
Il s’agit
d’une ressource limitée, en ce sens que plusieurs utilisateurs peuvent
seulement en profiter à un moment donné. Cela n’est pas tant déterminé par la
taille physique de la ressource, que par ses caractéristiques dont notamment sa
sensibilité à l’interférence.
Par ailleurs,
note l’auteur, et eu égard au rôle spécial de l’audiovisuel public, il est
normal de traiter le service public de l’audiovisuel différemment, lorsqu’il
s’agit de questions d’attribution de spectres, et autres questions connexes.
Parfois, certaines bandes peuvent être réservées à l’opérateur public, afin de
lui permettre d’obtenir la gamme dont il a besoin pour être en mesure
d’atteindre toutes les régions et toutes les populations du pays.
Et même
si les acteurs du secteur de la communication, ceux qui utilisent réellement la
fréquence ou la position orbitale, sont de plus en plus des acteurs privés,
l’Etat reste responsable de leurs actions dans le contexte international
notamment vis-à-vis de l’UIT.
Le rôle des
régulateurs, à ce niveau, est majeur pour garantir une utilisation équitable du
spectre au profit de tous. «Ils doivent faire preuve d’indépendance, de
transparence, d’objectivité et de non-discrimination dans l’exercice de leurs
activités…Ils ne devraient non seulement être indépendants des opérateurs
(radio-diffuseurs et opérateurs des télécommunications), mais ils devraient
également jouir d’un statut indépendant au sein des structures étatiques».
Autrement,
«même si en fin de compte, le gouvernement sera chargé des questions politiques
et des relations du spectre avec l’UIT, le fonctionnement quotidien du
régulateur ne devrait pas être influencé par le gouvernement ou les autres
organes politiques».
Une
meilleure attribution et une meilleure protection du spectre, donnent de
meilleures chances d’obtenir une radiodiffusion de grande qualité, conclut
l’auteur.
+ Dans le second chapitre («Modèles
de régulation de l’audiovisuel en Afrique»), Jill Hills observe que «sur les 50 dernières
années d’indépendance, les gouvernements de libération ont manifesté peu
d’empressement à abandonner leur contrôle sur le contenu des médias nationaux».
En
Afrique ainsi, «les radiodiffuseurs d’Etat ont été des instruments de propagande
des gouvernements. Les pays industrialisés y ont maintenu des radiodiffuseurs
étrangers comme le Service Mondial de la BBC et la Deutsche Welle, comme relais
de leurs objectifs de politiques étrangères».
La
libéralisation des télécommunications dans les pays industrialisés, au cours
des années 80, et ses conséquences dans les autres parties du monde en
développement par le truchement de l’accord de l’Organisation Mondiale pour le
Commerce de 1997, a permis l’ouverture des télécommunications aux sociétés
privées de plusieurs pays africains. A son tour, cette ouverture du marché
s’est manifestée dans le secteur de l’audiovisuel, où l’utilisation de la technologie
numérique a permis aux radiodiffuseurs de condenser d’importantes quantités de
canaux TV dans une petite gamme de spectre.
La
régulation s’impose ici pour édicter des règles à respecter par le marché. «Elle
définit l’intérêt public, en maintenant un équilibre des intérêts des lobbies
commerciaux et des citoyens, et elle peut procéder à une séparation des marchés
(par exemple en séparant les télécommunications de la radiodiffusion) et ce
faisant elle prévient la concentration de la possession de l’information, et
génère à la fois des gagnants et des perdants en fonction de ses objectifs
globaux. Elle peut favoriser les citoyens /consommateurs ou les annonceurs
publicitaires/grandes corporations ou les politiciens/élites ou les
propriétaires locaux/l’investissement ou contenu local/importations ou
programmeurs étrangers/ opérateurs, ou la langue majoritaire/ les langues
locales dans le secteur de l’audiovisuel».
Le rôle
du gouvernement est de déterminer les politiques générales relatives à
l’audiovisuel, et la structure du marché national. C’est dans ce cadre, fixant
les objectifs des politiques et la structure du marché de l’audiovisuel que le régulateur
travaille. Sans législation, le régulateur, qu’il soit Ministre ou agent nommé
travaille sans structure, sans objectifs et sans transparence.
Qui
devrait réguler l’audiovisuel?
L’auteur commence par rappeler qu’ «en Grande
Bretagne, lorsque les radiodiffusions commerciales ont été introduites, les
radiodiffuseurs commerciaux ont été soumis aux objectifs énoncés pour les
radiodiffuseurs du service public (qui ont leur agence à eux), mais une agence
séparée était chargée d’en assurer la régulation. La radio commerciale est
réglementée par une troisième agence, les normes des radiodiffusions par une
quatrième agence, le spectre réglementaire par une cinquième agence et les
télécommunications par une sixième agence».
Pour
l’auteur, «le modèle britannique, avec des régulateurs technologiquement
spécifiques et fragmentés, n’est pas un modèle approprié en Afrique, où il faut
un régulateur pour l’ensemble du secteur».
Aux
Etats-Unis, le régulateur est la Commission Fédérale des Communications (FCC).
Elle est soumise au pouvoir législatif. Le Congrès a traditionnellement voté
les finances de la FCC, mais ces revenus sont aujourd’hui complétés par les
frais de licences. La Commission se compose de cinq personnes (pas plus de
trois d’un même parti politique) nommées par le Président et confirmées dans
leur nomination par le Congrès.
En
Europe, le but traditionnel de la régulation a été de créer la diversité, la pluralité
et la qualité dans les choix offerts au consommateur/citoyen et de garantir
l’accès au citoyen. Ces objectifs méritent d’être transférés dans l’environnement
africain, recommande l’auteur.
Que doit
on réguler?
Le
premier mécanisme de contrôle du régulateur est la licence, note l’auteur. Elle
énonce les conditions et obligations d’utilisation et d’opération de la licence.
Les licences peuvent être délivrées par une mise aux enchères au plus offrant,
ou par le truchement d’un concours de beauté, ce dernier étant le processus par
lequel les opérateurs font des soumissions en vue de l’obtention de licence, et
le régulateur choisit.
Mais
faute de transparence, ce dernier processus risque d’occasionner des
contestations par les parties perdantes, raison pour laquelle il est remplacé
par des ventes aux enchères. Ce dernier cas cadre bien dans la situation d’une
agence de régulation inexpérimentée en Afrique.
La
régulation du contenu, quant à elle, peut être traitée dans le cadre du
processus de délivrance de licences, soit par la fixation de règles ou de
directives, soit par l’exigence d’un plan d’affaires auprès des sociétés
prenant part au concours de beauté.
+ Dans le troisième chapitre («La
réglementation de la radiodiffusion par satellite en Afrique à l’heure de
la convergence des TICs»), Russell Honeyman précise que «la radiodiffusion
terrestre traditionnelle est réglementée dans une très large mesure en Afrique,
parfois avec des réglementations datant de l’époque coloniale. Mais certaines
de ces réglementations ne prévoyaient pas la télévision par satellite».
Aujourd’hui,
la télévision propose des services interactifs, parmi lesquels, l’internet et
même la téléphonie. Cette convergence des mondes de la télécommunication et de
la radiodiffusion signifie que les régulateurs doivent intégrer de nouveaux
concepts et une nouvelle terminologie pour prendre en considération cette
nouvelle donne, tout autant que la donne des produits provenant de l’étranger.
La
solution n’est pas d’interdire ces derniers, que les gouvernements ne peuvent
pas maîtriser d’ailleurs, note l’auteur, mais plutôt de développer le contenu
local.
Dans
toute l’Afrique, les législations sur l’audiovisuel sont actuellement en cours
de révision. Ceci est dû au fait que la transmission par satellite et d’autres
technologies de l’information et de la communication ne sont pas couvertes par
les réglementations existantes. Les services de satellite focalisent maintenant
l’attention des autorités régulatrices, et d’autres méthodes de transmission
peuvent devenir viables pour les services de télévision. C’est pourquoi on
assiste maintenant à des tentatives de réglementer le contenu global livré par
satellite et par le câble aussi bien dans les pays industrialisés que dans les
pays du Tiers Monde.
+ Dans le chapitre quatrième
(«Pluralisme et diversité médiatique: examen critique des modèles concurrents»),
Francis Nyamnjoh observe que «la question du pluralisme et de la diversité
médiatique n’a toujours pas trouvé de réponses partout, malgré le soit disant
universalité du modèle néo-libéral actuel, défendu par les USA et le
capitalisme mondial», car, «au cœur du débat sur le pluralisme médiatique se
trouve la question du régime de propriété ou de contrôle des médias (et de
politique de réglementation des médias) qui sert au mieux le plus grand nombre
de personnes».
Deux
écoles de pensée dominent le débat et la pratique dans ce domaine:
°°- La
première défend le bien-fondé de l’idée de propriété privée, du marché libre,
de la déréglementation, de la libre circulation de l’information, de la souveraineté
du consommateur et de la démocratie libérale, pour faire croire «en la capacité
d’un individu autonome dont les intérêts sont supérieurs à ceux de toutes les
alliances et relations qu’il pourrait tisser avec d’autres membres d’un groupe,
d’une communauté, d’une nation ou d’un Etat». Cette idée a traditionnellement
gouverné la mise en place de la plupart des systèmes médiatiques américains.
Ce sont
les disciples de ce courant de pensée qui célèbrent actuellement les vertus de
la mondialisation des médias, et les avantages du néo-libéralisme pour les besoins
de l’information et de la communication des citoyens consommateurs d’un marché
mondial.
°°- La
seconde prône l’intérêt collectif, car privilégiant «des systèmes de médias
ayant pour mission de promouvoir et de protéger les préoccupations, les valeurs
et les aspirations des masses, des communautés culturelles et de sociétés
entières».
Et
l’auteur de préciser que «la meilleure voie pourrait bien être celle de
systèmes de médias qui rapprochent, fusionnent ou concilient les intérêts
individuels avec les intérêts collectifs ou communautaires».
Autrement,
dit l’auteur, pluralisme et diversité doivent être garantis par des systèmes
qui servent à la fois les intérêts individuels et les intérêts des différentes
collectivités, qu’elles soient définies ou constituées.
Par ailleurs,
«les débats relatifs aux modèles de propriété et de contrôle des médias, pris
globalement, montrent que la démocratie est à la fois un droit individuel et
collectif, et que les médias ne peuvent assurer un pluralisme et une diversité
véritables que lorsqu’ils auront reconnu et créé l’espace requis pour cette
réalité».
+ Au chapitre cinquième («Viabilité
et durabilité du service public audiovisuel»), E. A. Mbaine remarque qu’en
Afrique, «les radiodiffusions et télévisions nationales, bien qu’officiellement
désignées comme étant des services publics de l’audiovisuel, sont devenus des
médias audiovisuels d’Etat, c’est-à-dire qu’à tous les égards, ils sont une
propriété de l’Etat, contrôlés et financés par celui-ci».
C’est
dire, observe l’auteur, que «le rôle des médias audiovisuels en tant qu’organe
de diffusion d’informations impartiales et équilibrées, reflétant des vues et
des avis divergents et servant de moyen de sauvegarde des droits de l’homme, de
dénonciation des abus de pouvoir, et de corruption et de promotion de débats et
de discussions sérieuses, n’était pas considéré comme étant une priorité».
Sur le
plan institutionnel, le gouvernement faisait non seulement office de décideur,
mais aussi de régulateur des médias. Tout le système était tel que «les médias
audiovisuels n’avaient presque plus une ligne éditoriale propre, et ne
pouvaient choisir leur programme».
Toutefois,
les événements politiques survenus dans le monde, au cours des années 80-90,
ont entraîné, entre autres changements, «la transformation du système de parti
unique et des régimes militaires, en multipartisme, avec des partis politiques
actifs se préparant pour la course au pouvoir».
Dans le
domaine de l’audiovisuel, l’on revendiquait le droit à la libéralisation des
ondes hertziennes, c’est-à-dire «le droit à créer des stations de radios et de
télévisions privées, et la fin du monopole des Etats dans ce domaine».
Pour ce
qui est secteur des médias audiovisuels d’Etat, deux tendances se dégagent:
celle qui prône la privatisation des médias d’Etat comme étant la solution, et
l’autre qui veut que les médias d’Etat soient transformés en service public,
jouissant d’une liberté de fonctionnement, de programmation et de leur ligne
éditoriale.
Transitions
démocratiques aidant, les partisans de la réforme des médias «sont satisfaits
par le système de diffusion à trois volets au coeur duquel se trouve et le service
public de l’audiovisuel, les médias audiovisuels à vocation commerciale ou
privée, et les médias audiovisuels communautaires».
Le
service public audiovisuel devrait offrir des programmes au public, tandis que
les médias à vocation commerciale ou privée fonctionnent suivant une logique
qui consiste à offrir du public aux annonceurs publicitaires.
L’Afrique,
dit l’auteur, «est un continent qui a besoin, à des degrés divers, de
démocratisation et de développement. Elle à besoin que les services publics de
l’audiovisuel servent d’indicateurs et indices de démocratisation et de
développement», la régulation devant être confiée à des organes indépendants
dont le mandat devrait inclure la promotion, l’appui et la protection des services
publics de l’audiovisuel.
En somme,
pour être viable et durable, «les services publics de l’audiovisuel requièrent
deux aspects étroitement liés: de nouvelles dispositions institutionnelles et
organisationnelles dans le cadre d’une politique de diffusion et une structure
de réglementation plus large, ainsi que des ressources matérielles adéquates ou
un financement».
+ Au chapitre sixième («Problèmes
inhérents au contenu local des médias audiovisuels»), Nixon Kariithi affirme
que «les politiques de l’audiovisuel, qui émergent dans plusieurs pays
d’Afrique, manquent d’un engagement de fond vis-à-vis de la philosophie et des
principes de contenu local».
Il note
que des raisons idéologiques, économiques et morales justifient la promotion du
contenu local dans les programmes de radiodiffusion. Les raisons idéologiques
comprennent la «promotion de l’identité nationale et collective, la protection
de la souveraineté culturelle, la promotion de la cohésion nationale, le
développement d’une culture de tolérance, grâce à un pluralisme d’opinions et
de choix, ainsi que la stimulation de la démocratie et des valeurs
démocratiques».
Les
raisons économiques comprennent «la promotion du talent local, la création
d’activités économiques pour la population locale dans la radio et télévision,
et le transfert des compétences et de la technologie des pays développés vers les
pays en développement».
Les
raisons morales comprennent «la protection du public contre un contenu négatif
appelant aux troubles publics, offensants pour la décence publique et les
bonnes moeurs, et/ou culturellement/ethniquement incendiaires».
Toutefois,
observe l’auteur, plusieurs défis se posent à la réglementation du contenu
local: les défis administratifs qui «impliquent la capacité des régulateurs à
concevoir et mettre en oeuvre des systèmes efficaces de supervision du contenu
local», les défis qui résultent de la mondialisation, et qui font que les
industries locales de l’audiovisuel sont «obligées de se conformer aux règles
de contenu qui ne s’appliquent pas à leurs principaux concurrents, à savoir, les
stations satellite interplanétaires, la presse écrite et l’internet».
Dans tous
les cas, un système de régulation précis et souple, assurant la représentation
de tous les acteurs, s’impose.
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
18 Octobre 2007