« La révolte du
pronétariat »
Des mass média aux média des masses
Joel de Rosnay, Ed. Fayard, Paris,
2006, 252 p.
1- Joël de Rosnay est docteur ès
Sciences. Il est Président exécutif de Biotics International et Conseiller du
Président de la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette dont il a
été le Directeur de la Prospective et de l'Evaluation jusqu'en juillet 2002.
Entre 1975 et 1984, il a été Directeur des Applications de la Recherche à
l'Institut Pasteur.
Ancien chercheur et enseignant au
Massachusetts Institute of Technology (MIT) dans le domaine de la biologie et
de l'informatique, il a été successivement Attaché Scientifique auprès de
l'Ambassade de France aux Etats-Unis, et Directeur Scientifique à la Société
Européenne pour le Développement des Entreprises (société de «Venture capital»).
Il s'intéresse particulièrement aux
technologies avancées et aux applications de la théorie des systèmes.
Il est l’auteur (entre autres) de: «Le
Macroscope» (1975, Prix de l'Académie des Sciences Morales et Politiques), «Les
Chemins de la Vie» (1983), «le Cerveau Planétaire» (1986), et «L'homme
symbiotique, regards sur le troisième millénaire», (Seuil, 1995), et de plusieurs
rapports, notamment «Biotechnologies et Bio-Industrie» (1979).
2- En introduction au présent ouvrage, l’auteur dit ceci: «Les citoyens du
monde sont en train d’inventer une nouvelle démocratie. Non pas une
e-démocratie, caractérisée par le vote à distance via Internet, mais une vraie
démocratie de la communication».
Cette nouvelle démocratie, qui s’appuie sur les «média des
masses», émerge spontanément, dynamisée par les dernières technologies de
l’information et de la communication auxquelles sont associés de nouveaux
modèles économiques. «Ni les média traditionnels, ni les hommes politiques n’en
comprennent véritablement les enjeux», estime-t-il.
Les média des masses, seuls véritables média démocratiques
au sens de l’auteur, «vont radicalement modifier la relation entre le politique
et le citoyen, et, par voie de conséquence, avoir des impacts considérables
dans les champs culturel, social et politique».
Et de continuer: «le modèle industriel traditionnel a placé
le pouvoir entre les mains d’élites ou de grandes familles propriétaires du
capital financier et de production. Ces classes de capitalistes riches et puissantes
ont par la suite cherché à transposer ce modèle à la société de l’information.
Or les règles du jeu ont changé. L’accumulation du capital informationnel (représenté
notamment par les savoirs, les connaissances, les contenus, les informations stratégiques
accumulés dans des bases de données, des bibliothèques, des archives) se fait aujourd’hui
de manière exponentielle. La création collaborative ou la distribution
d’informations de personne à personne, contribuant à l’accroissement de cette
nouvelle forme de capital, confèrent donc de nouvelles prérogatives aux
utilisateurs, jadis relégués au rang de simples consommateurs».
Dans la société de l’énergie, les capitalistes détiennent
les moyens de production et de distribution. Le prolétariat est, au sens de
Karl Marx, la force de travail utilisée par les propriétaires du capital. Le
prolétaire n’avait autre chose à proposer que sa force de travail et son énergie physique, à
l’origine par ailleurs d’économies d’échelle.
Dans la société de l’information, note l’auteur, l’économie d’échelle
ne s’applique plus selon les mêmes normes. «La reproduction de contenus
numériques se fait à un coût marginal et la diffusion peut être mondiale et
instantanée. La création collaborative, ou intercréative, fait appel à des
réseaux d’intelligence collective et non plus à des organisations humaines
pyramidales».
On voit donc apparaître une nouvelle forme de lutte des
classes entre ceux qui détiennent les moyens de production et de diffusion des
informations et ceux qui, jusqu’alors considérés comme spectateurs, lecteurs ou
usagers passifs, prennent une part croissante aux processus planétaires de
création et de distribution d’informations.
L’on a donc affaire ici d’une part à des «infocapitalistes»
qui sont les détenteurs des moyens de création, de production et de diffusion de
contenus informationnels, et d’autre part des «pronétaires» ou «pronétariat», une
«nouvelle classe d’usagers des réseaux numériques capables de produire, diffuser,
vendre des contenus numériques non propriétaires, en s’appuyant sur les
principes de la nouvelle nouvelle économie».
Il s’agit, dans l’esprit de l’auteur, «d’usagers, d’internautes,
de blogueurs, de citoyens comme les autres, mais qui entrent de plus en plus en
compétition avec les infocapitalistes traditionnels, auxquels ils ne font plus
confiance, pour s’informer, écouter de la musique, voir des vidéos, lire des
livres ou communiquer par téléphone. Cela en raison des coûts trop élevés des
produits et services proposés et de leur accès difficile pour les moins
favorisés».
Par ailleurs, les «média des masses» sont pour l’auteur ces
nouveaux modes, massifs et distribués, d’expression pronétaire. Les média des
masses utilisent des techniques numériques de création collaborative, de
connexion et d’échange qui supplantent progressivement certains des vecteurs
traditionnels des mass média (télévision, radio, édition, télécommunications,
publicité…).
Quelles sont les raisons de l’émergence du pronétariat et du
rassemblement de personnes et de talents aussi différents? s’interroge
l’auteur. Certainement, dit-il, l’arrivée de nouvelles technologies typiques de
la culture internet venant à la rencontre de l’aspiration profonde d’une partie
de la société à des formes d’organisation plus participatives.
3-
L’ouvrage est composé de sept chapitres traitant chacun un aspect de la problématique
évoquée:
+
Dans le chapitre premier («Pronétaires
de tous les pays, unissez-vous!»), l’auteur estime que l’«une des principales
raisons de la montée du pronétariat et de l’influence croissante des média des
masses, est la crise de confiance des lecteurs et des utilisateurs vis-à-vis
des mass média traditionnels» (presse écrite décrédibilisée, télévisions et
radios fort critiquées, connivence avec le monde économique et politique…etc.).
L’arrivée de nouvelles pratiques (internet et mobile
notamment), auxquelles s’ajoutent des outils numériques puissants conférant de nouveaux
pouvoirs aux pronétaires, conduit à «l’émergence irréversible des média des
masses, confrontés désormais aux mass média traditionnels».
Il est impératif que les pronétaires, qui se préoccupent du respect
de la démocratie, se rassemblent et organisent un mouvement de masse pour
réformer le «media system» et le libérer de la mainmise exercée par les grands
groupes de la communication.
D’où la formule: « Pronétaires de tous les pays,
unissez-vous !»
+
Dans le deuxième chapitre («Des débuts de l’internet à la prise de contrôle des
pronétaires»), l’auteur estime que «la communication de masse n’est pas un
phénomène nouveau: elle existe depuis l’Antiquité. Dans
Se retrouver au même moment, dans un même lieu est le
premier critère de la communication de masse.
Aux XVe et XVIe siècles, avec l’essor de l’imprimerie, apparaît
la «diffusion de masse» qui annonce l’arrivée de l’écrit, du journal et
progressivement du son, de la radiodiffusion et de la télévision qui a fait
éclater les notions de temps et d’espace.
Après l’imprimerie, la radio et la télévision, une quatrième
grande révolution se produit au milieu des années 90: c’est internet. À la
différence des précédents, ce média, pense l’auteur, «ne se contente pas de
communiquer vers les gens. C’est un double média qui permet de recevoir
et d’émettre de l’information: les utilisateurs s’écrivent, créent de
l’information, en donnent, en vendent ou en achètent».
L’auteur va même jusqu’à dire que «l’émergence des média des
masses serait impensable sans les formes d’accessibilité propres à internet. On
peut considérer internet comme une technologie de rupture».
Internet n’est pas un nouveau média, dit l’auteur, pas plus
qu’un support d’informations en tout genre, il est un «écosystème
informationnel», dans la mesure où les nœuds et les liens du réseau sont interdépendants,
«où ce qui bénéficie à l’ensemble du système, bénéficie à chacun de ses nœuds
et où le progrès de chacun des nœuds profite à l’ensemble.
Internet n’est pas non plus, une nouvelle technologie de l’information
et de la communication (NTIC au sens des ingénieurs des réseaux), c’est une «technologie
de la relation» (TR) plus qu’une NTIC.
Ni nouveau média, ni NTIC, cet écosystème informationnel
qu’est devenu internet possède ainsi certains «caractères uniques» qui
permettent aujourd’hui l’émergence des média des masses. D’abord, internet
possède une propriété d’«intercommutabilité». D’un simple clic sur un lien
HTML, le visiteur d’un site Web peut passer sur un autre site.
Ensuite, internet permet la fusion numérique de tous les
supports. «Le numérique, c’est la possibilité d’interconnexion généralisée des
média (le texte, l’image, le son) et des modalités (l’interactivité, la
communication interpersonnelle, la téléphonie sur IP (VOIP pour Voice Over IP),
la télévision en P2P».
Ces propriétés d’intercommutabilité et de fusion numérique
constituent, dans l’esprit de l’auteur, la base de l’écosystème informationnel
internet, qualifié par l’auteur de cinquième pouvoir.
En effet, «à la différence des quatre autres, qui sont tous
descendants, celui-ci laisse la place à de nouveaux enjeux et menace les
détenteurs de pouvoirs classiques. C’est une nouvelle force civique citoyenne»,
confirme l’auteur paraphrasant Ignacio Ramonet.
Par ailleurs, l’internet des média des masses a donné
naissance à une nouvelle nouvelle économie, qui ne se ramène pas à une simple
économie de marché, mais à une économie avec marché, doublée d’une «économie
de la gratuité».
L’économie de marché traditionnelle ne va pas disparaître,
mais une économie «plurielle» va favoriser des échanges autres que marchands
(temps contre temps, temps contre valeur, temps contre info, info contre temps,
info contre info…) estime l’auteur.
+
Dans le chapitre troisième («Les nouveaux outils et usages des pronétaires»),
l’auteur affirme que les nouveaux usages pronétariens amèneront certaines
catégories à évoluer: le droit d’auteur d’édition, de la musique et des films.
«À partir des encyclopédies gratuites en ligne, des films réalisés
par des amateurs, des journaux citoyens rédigés par des non-journalistes, des
sites d’échange de photos et d’agendas ou encore des jeux vidéo multi-utilisateurs,
le Net se réorganise et s’adapte aux nouvelles demandes de ses utilisateurs».
Le défi est bien réel, observe l’auteur: celui de la création
de contenus à forte valeur économique par le public lui-même. Mais aussi de
contenus sortant du secteur marchand et relevant pour certains de dons, pour
d’autres de la rétribution par la reconnaissance sociale.
C’est une sorte de contre-pouvoir pronétarien qui émerge
sans nul doute, affirme l’auteur: «internet change la règle du jeu. Face aux pouvoirs
publics et privés apparaît un véritable contre-pouvoir citoyen, internet
devenant le support par excellence des média des masses. La preuve: ce ne sont
ni les industriels, ni les pouvoirs publics qui ont proposé les grandes
applications du Net ou du mobile».
Qu’il s’agisse du texte, du son, de l’image ou de
l’expertise, les média des masses ont déjà, pense l’auteur, commencé à
contrebalancer les modèles économiques classiques en en faisant émerger de
nouveaux. Le modèle actuel de la télévision est lié à un système de production,
de distribution et de consommation.
Dans le contexte de la société de l’information et de
l’émergence des média des masses, la relation traditionnelle
producteur/consommateur laisse peu à peu la place à une relation
prestataire/abonné.
Certes, les infocapitalistes adaptent leurs stratégies aux
développements d’Internet et de l’économie de la gratuité. Mais les puissants
outils et le fourmillement des usages inventés par les pronétaires les
conduisent à opposer aux réseaux de pouvoirs en place le nouveau pouvoir des
réseaux.
+
Dans le quatrième chapitre («Des réseaux de pouvoir au pouvoir des réseaux:
naissance de nouveaux modèles économiques»), l’auteur affirme que les
pronétaires sont en train d’inverser les rapports de forces traditionnels, le rôle
des nouveaux média des masses (SMS, IM, e-mail…) devenant de plus en plus
important. Les citoyens ont la possibilité de diffuser des informations, bien
avant les journalistes.
Le nouveau pouvoir en train de se constituer, encore
embryonnaire, crée ainsi, selon l’auteur, un changement d’équilibre des forces,
«non seulement entre les média classiques et les média émergents, mais
également entre les structures politiques, industrielles, les institutions
traditionnelles et les nouvelles structures civiles citoyennes».
Les modèles économiques, fondés sur la gestion de la rareté,
ne s’appliquent plus, et il devient de plus en plus intenable que des
vectorialistes «réclament des mesures juridiques à l’encontre des internautes
téléchargeant gratuitement de la musique sur internet, afin de forcer les
utilisateurs à passer par les majors incontournables de la musique».
Dans l’optique infocapitaliste et vectorialiste
traditionnelle, pyramidale, où quelques-uns se partagent le pouvoir, créer de
la rareté est vital, estime l’auteur. «Les grands pouvoirs fabriquent
artificiellement des manques de manière à ce que les usagers ne puissent avoir accès
aux produits et services dont ils ont besoin qu’en passant par leurs circuits
et chaînes de commercialisation».
La gestion de la rareté est progressivement remise en cause
par la gestion de l’abondance où la valeur ajoutée se situe dans la création, l’innovation,
l’invention, même si le résultat est une combinaison d’éléments qui existent
déjà…c’est de la «valeur ajoutée matricielle par synergie de niches».
Dans ce contexte, «la notion de propriété intellectuelle attachée
à la propriété territoriale, telle qu’on la connaissait jusqu’à présent, doit
être appréhendée sous un autre angle».
Pour l’auteur, citant Valérie Peugeot, «l’abondance
intrinsèque de l’information, devenue reproductible à volonté et à très faible coût
grâce à la numérisation, rend inopérante toute tentative d’importer des règles
venant de la propriété des biens matériels pour les appliquer au champ de la propriété
intellectuelle. Ceux qui parlent de renforcement des droits de propriété
intellectuelle s’inscrivent dans une course éperdue, et vraisemblablement sans issue,
pour recréer artificiellement de la rareté par des mesures juridiques ou
techniques».
Si les industriels créent artificiellement un univers de
rareté pour préserver leur monopole, les politiques et les élus, qui exercent
le pouvoir pour une durée limitée, entretiennent eux aussi et à dessein, une
manière d’exercer le pouvoir qui en renforce la nature exclusive.
Si l’on cumule flux, gratuité et personnalisation, on
comprend en quoi consiste la nouvelle nouvelle économie, permettant
éventuellement de gagner de l’argent en marge du flux marchand traditionnel.
Mais l’abondance de l’offre peut aussi créer une saturation des
possibilités de choix. L’excès de produits, de services, d’opportunités, conduit
à une société de surinformation et même de désinformation. «D’où l’importance vitale
pour les pronétaires de lutter contre l’infopollution pour extraire pertinence
et signification des masses d’information brute».
Cela dit, avoir un accès illimité aux informations ne
signifie pas pour autant disposer d’un accès automatique au savoir, encore
faut-il disposer de l’assise intellectuelle et cognitive adéquate. C’est là
tout le défi auquel sont confrontés les systèmes éducatifs du XXIe siècle.
+
Dans le chapitre cinquième («L’empire contre-attaque: les réponses des
pronétaires»), l’auteur s’arrête sur le phénomène de téléchargement de musique
et de vidéo en P2P sur internet (qui consomme jusqu’à 80% de sa bande
passante), et la réaction des grandes maisons de disques et des chaînes de
télévision pour tenter de réduire l’impact dudit phénomène.
Les infocapitalistes sont donc partis en guerre contre les
pronétaires, qualifiés de voleurs, et se
livrant à de gros investissements dans des systèmes antipiratage, coûteux de
surcroît, pour consolider leur concentration et leurs pouvoirs.
Les infocapitalistes tentent également de conserver leur
pouvoir en cherchant simplement, de manière moins violente, à ignorer
l’émergence des média des masses: l’internet et le Web font toujours figure
de «mal aimés» des média traditionnels.
Lorsque la grande presse ou les grandes chaînes parlent
d’Internet, c’est généralement, pense l’auteur, «pour évoquer des
revendications terroristes faites par le biais du Web, la fréquentation des
réseaux pédophiles, la traque par des policiers spécialisés, l’invasion de
nouveaux virus, les dangers des pirates pour les entreprises, ou encore
l’espionnage effectué par les spécialistes de l’intelligence économique grâce à
internet».
Face à la déferlante des média des masses, «les majors
fourbissent leurs armes répressives. Mais la répression dans ce domaine a
montré ses limites. Il s’agit pour de nombreux observateurs des média d’un
combat d’arrière-garde. Pour continuer à dominer leurs marchés, les majors vont
tenter d’imposer leurs standards, suivant en cela l’exemple de Bill Gates, qui
a contraint les utilisateurs de PC à adopter les standards propriétaires de Microsoft».
+
Dans le chapitre sixième («Inventer le futur des média des masses»), l’auteur
pense que la montée du pronétariat et des nouveaux outils de pouvoir
nécessitent des relations adaptées avec les entreprises, les organismes
publics, les groupes, les associations. Les nouveaux pouvoirs qui se mettent en
place impliquent fiabilité, confiance, vérification des informations, dosage
des actions…etc.
Une «infoéthique» est donc indispensable à l’équilibre des
pouvoirs entre infocapitalistes et pronétaires.
Si certains éléments liés à internet sont des biens publics
rares qui demandent une gestion centralisée (par exemple les noms de domaines),
d’autres sont des biens communs à gérer par tous et chacun, avec une
gouvernance arbitrale, alors que d’autres resteront et doivent rester des
objets débattus et laissés ouverts.
Il est donc fondamental, insiste l’auteur, de développer les
bases d’une véritable autorégulation éthique et citoyenne d’Internet.
Il ne s’agirait pas, dans son esprit, d’une régulation exclusivement
par le haut (pouvoirs publics), ni exclusivement par le bas (internautes), mais
d’une «corégulation citoyenne».
C’est parce que la nouvelle nouvelle économie pose des
problèmes culturels, politiques, sociologiques et économiques immenses, qu’il
faudrait militer pour faire émerger une telle corégulation.
+
Dans le chapitre septième («Intelligence collective et macro-organisme
planétaire») l’auteur considère que la montée en puissance des pronétaires inquiète
les entreprises de structure classique, avec leur hiérarchie rigide et leur
système de commandement et de contrôle pyramidal. «Elles doivent désormais
compter avec des groupes de consommateurs qui non seulement décident de ce qu’ils
veulent, mais parviennent même à le produire».
Ce système unique en son genre, pense l’auteur, jette les
bases d’une nouvelle forme d’économie, un nouvel écosystème économique fondé
sur le «capital confiance» de millions d’agents économiques en interaction permanente,
très différent du marché traditionnel, basé sur les marques, la publicité, les
politiques de prix, les soldes et les réseaux de distribution.
C’est pourquoi le phénomène internet nous fait entrer dans
un nouveau paradigme: «il nous oblige à tenter de comprendre, par la synthèse
plutôt que par l’analyse, comment les éléments se combinent dans des ensembles
plus complexes. Cette démarche nous rapproche de la nature, de notre rôle au
sein de l’écosystème informationnel internet. Nous en sommes désormais une
partie intégrante. Ce qui fonde et légitime toute action consciente au cœur de
la dynamique du réseau».
+
En conclusion, l’auteur affirme que, dans le contexte de la lutte entre
infocapitalistes et pronétaires, il est difficile de présumer de la victoire
des média des masses sur les mass média.
En revanche, les risques sont majeurs en cas de victoire. En
effet, «plus la personnalisation (des services, des biens, des goûts…) sera
poussée, plus le risque d’atteinte à la vie privée sera grand. Plus il y aura
de téléphones ou de PC connectés, plus la localisation géographique et la
traçabilité des personnes se développeront. Plus nous effectuerons de
transactions financières, plus les attaques de crackers, les vols de numéros de
cartes de crédit, la désorganisation des communications par les virus et le
spam seront nombreux et fréquents. Plus les pronétaires seront dotés de
cyberarmes de désinformation massive, plus celles-ci risqueront d’être
utilisées par quelques-uns à des fins répréhensibles. Nous serons vraisemblablement
victimes d’épidémies numériques galopantes et de crashs informatiques, naturels
ou provoqués».
Plutôt que d’annoncer des catastrophes cybernétiques ou numériques,
ce dont il est question aujourd’hui, c’est de dessiner et indiquer «des pistes
permettant d’aider les citoyens à construire leur avenir, plutôt que de subir les
événements et les évolutions».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
25 Janvier 2007