« 50
ans de développement humain au Maroc et perspectives 2025 »
Rapport,
Rabat, 2006.
1- Ce rapport
n’est pas un travail académique même si la plupart de ses parties sont rédigées
par des universitaires.
Il n’est pas, non plus, une simple
œuvre isolée de l’esprit à l’accomplissement de laquelle « plus de cent compétences nationales, relevant de
l’université, de l’administration et de la société civile » ont été
mobilisées.
Il pourrait être cela, mais il est
(du moins dans l’esprit de ses commanditaires comme de ses auteurs) une véritable
offre de débat notamment à un moment où « le pays traverse une étape historique
marquée par de multiples processus transitionnels : démocratiques et
politiques, démographiques et sociétaux, économiques et culturels ».
C’est aussi « une
période de questionnements en profondeur, propice à la formulation de grands
desseins, au renouveau du projet national et à l’accélération du rythme de
développement du pays ».
Le rapport n’offre donc pas seulement « une base de connaissance
et d’argumentation pour alimenter le débat », à partir des leçons
de l’expérience passée, mais tente aussi à partir de cette dernière,
d’inaugurer « des pistes de réflexion pour les deux décennies à
venir ».
2- Le rapport comporte six chapitres traitant chacun un aspect de la
problématique posée :
+ Dans le premier («Evolution du potentiel humain, population, mutations sociales et dynamique
culturelle »), il affirme qu’à l’heure actuelle « le Maroc
s’installe…dans une transition démographique avancée. Le régime démographique
de la population marocaine a profondément changé en un demi-siècle et a
tendance à évoluer, avec une certaine accélération, sur les pas des pays
à transition accomplie ».
En effet, dit-il, « de 1960 à 2004, la population marocaine
a été multipliée par 2,6, passant de 11,6 millions à 29,9 millions. Son taux
d’accroissement annuel moyen a évolué en baissant de 2,6% au cours de la
période 1960-1970 à 1,4% entre le recensement de 1994 et celui de 2004 ».
Cela est certainement dû à une mortalité en recul (conséquence
de l’amélioration relative des conditions sanitaires et d’hygiène) mais aussi à
une fécondité qui chute jusqu’à atteindre aujourd’hui des niveaux qui tendent
vers celui du remplacement des générations : « l’indice synthétique
de fécondité est passé de 7 enfants par femme en 1962 à 2,5 en 2004 soit
2,1 en milieu urbain et 3 en milieu rural »,constate le rapport.
En même temps, la part des moins de 15 ans atteint
actuellement les 30%, tandis que celle des 15-59 ans s’élève à plus de 62%,
alors que la proportion des personnes âgées s’établit à 8%.
Mais si cette jeunesse de la population a constitué un potentiel
humain considérable, remarquent les auteurs du rapport, « elle a néanmoins
imposé des défis quantitatifs aux diverses politiques publiques, notamment dans
les domaines de l’éducation, de la santé et de l’emploi ».
Et si « le niveau de vie moyen des marocains a
progressé de manière régulière depuis l’Indépendance », la société
marocaine continue d’être « traversée par une progression des inégalités,
en termes de niveau de vie, entre catégories de ménages, entre hommes et
femmes, mais surtout entre villes et campagnes ».
Par ailleurs, les problématiques de la jeunesse
et celle de l’emploi étant liées ( la cohésion sociale, la stabilité politique
du pays et le développement économique et humain en dépendent largement), toute
la question, pour les rédacteurs du rapport, est de savoir « comment faire
aujourd’hui pour que l’économie marocaine intègre l’offre additionnelle,
principalement jeune et de plus en plus nombreuse, qui arrive sur le marché du
travail ? »
Sur un autre plan, si « durant les deux dernières décennies,
la mondialisation et le développement des médias ont… exposé la société
marocaine à de nouvelles valeurs et à de nouveaux référentiels, plus universels »,
le rapport note que « la transformation du système des valeurs s’opère … à
travers une sédimentation complexe plutôt que par rupture et substitution »,
car même si les valeurs consacrant l’individualisme font partie, de ces valeurs
émergentes… « elles restent atténuées par l’attachement encore fort aux
groupes et aux formes de collectivité, et par les difficultés économiques et
sociales ».
+ Dans le deuxième chapitre (« Libération du potentiel
humain :
système politique, institutions et gouvernance ») le
rapport reconnaît que « la dimension politique du développement humain lui
est à la fois une finalité et une condition contextuelle décisives » du
fait même que « des indicateurs essentiels du développement humain
concernent le degré de jouissance des libertés et droits fondamentaux par les
citoyens, le règne de la loi, la libération des initiatives des individus et
des groupes, la participation démocratique largement inclusive, la gouvernance
efficace, efficiente et donnant lieu à l’obligation de rendre des comptes… ».
En effet, au lendemain de l’indépendance, dit le rapport,
l’attention a été portée sur l’édification de l’Etat et le parachèvement de la
libération. Avec le temps et « malgré la forte diversité ethnique, linguistique,
religieuse et régionale du peuple marocain, celui-ci et son jeune Etat indépendant
ont su sauvegarder la cohésion nationale et échapper à toute velléité de partition
ou de guerre civile » grâce notamment à sa « monarchie constitutionnelle démocratique
et sociale ».
Bien plus, note le rapport, « au terme d’un cheminement
laborieux sur 50 ans, un large consensus autour des institutions et des choix
fondamentaux du pays a pu être trouvé. Ce consensus demeure ouvert sur tous les
réajustements constitutionnels que pourraient dicter la consolidation des
acquis démocratiques, le parachèvement de la construction de l’Etat de droit ou
la sauvegarde de l’intégrité territoriale ou encore la réponse à apporter à
l’expression légitime du caractère pluriel de notre société ».
Or, malgré cela,dit le rapport, on manque toujours d’un paysage
politique lisible pour les raisons suivantes :
« • un éclatement de la carte politique et une absence
de blocs clairement démarqués et suffisamment consistants pour prévenir
la persistance de la mosaïque parlementaire et la difficile gouvernabilité de
l’exécutif ;
• une certaine rigidité organisationnelle, peu
favorable à la démocratie interne, au rajeunissement et à la féminisation des
leaderships et de l’encadrement partisans;
• (et) une certaine similitude des programmes présentés de
manière trop générale, les rendant peu propices à l’engagement de chaque
parti sur des objectifs précis, à la facilitation du choix des électeurs et à
l’évaluation ultérieure des résultats de chacun ».
Au niveau de la gouvernance, si l’administration « s’est
montrée capable d’édifier des réseaux de télécommunications, d’infrastructures énergétiques,
des réalisations industrielles variées des barrages, des ports, des autoroutes,
des aéroports, elle n’en a pas moins pêché par manque d’écoute, de dialogue, de
proximité, de délégation de responsabilité et d’initiative » à tel point
que « trop de promesses publiques a, semble-t-il, affaibli l’action
publique :…l’Etat n’a pas paru, durant les cinquante dernières années, vouloir
s’en remettre au citoyen comme acteur de son propre développement ».
+ Au troisième chapitre («Valorisation du potentiel humain : accès
aux services de base,
éducation, santé, protection sociale et lutte contre la pauvreté »), le rapport note qu’ « héritant
d’une situation de marginalisation notable du potentiel humain, les autorités
du Maroc indépendant ont vite amorcé un long processus de valorisation de ce
potentiel, processus qui se poursuit jusqu’à nos jours… pour hisser les
capacités des marocains et accroître leur contribution à l’essor du pays, à la
création des richesses et à l’élévation de leur niveau de vie ».
Le rapport parle même de contre-performances qu’il attribue « à
nos déficits dans les domaines de la scolarisation et de l’alphabétisation, qui
expliquent, à eux seuls, notre retrait dans le classement mondial et régional
en termes d’indices de développement humain »…l’explication étant «la
lourde situation héritée à la veille de l’Indépendance, le rythme accéléré de la
croissance démographique, l’inefficacité des politiques sociales sectorielles, l’insuffisance
de la croissance économique et l’évolution différenciée et complexe des comportements
sociaux » :
°- «Abordé sous l’angle des accès aux services et
équipements de base (éducation, santé, accès à l’eau et à l’électricité),
premier indicateur de la portée quantitative du développement des capacités
humaines et de l’ampleur des exclusions, « le bilan des 50 dernières
années est marqué, malgré des progrès indéniables, par des déficits que le
Maroc affiche encore aujourd’hui ».
Il a fallu, note le rapport, « attendre le début des
années 90 pour que le pays « prenne conscience de l’ampleur des déficits
accumulés dans le monde rural, notamment en termes d’enclavement,
d’insuffisance d’accès à la santé, l’éducation, l’eau potable et l’électricité ».
°- Pour ce qui est du système éducatif national et jusqu’à
la fin des années 70, on peut dire, note le rapport, qu’il a globalement rempli
ses missions. Mais « à partir du début des années 1980, la trajectoire du
système éducatif marocain a commencé à s’infléchir, faisant apparaître
de nombreux signes de faiblesse et d’inadaptation et est devenu avec le temps
inefficace, produisant des chômeurs et des exclus et, devenant ainsi un
chantier récurrent de réformes ».
Mais les phénomènes de chômage, de pauvreté et d’exclusion
n’interpellent pas seulement le système éducatif,remarquent les auteurs, mais « l’ensemble
des sphères qui régissent le fonctionnement de la société notamment : le
divorce de l’éducation et de l’économie, l’échec historique en
matière de lutte contre l’analphabétisme, la faible inclusivité
du système éducatif, le blocage de la fonction sociale et économique du système
éducatif, la dégradation des rendements internes, la déscolarisation et l’aggravation
des abandons sans qualification et la
déconvenue linguistique ».
°- au niveau du système de santé, le rapport souligne que
« certains indicateurs de santé infantile et maternelle demeurent
précaires et le système de santé semble assumer difficilement ses missions, dans
un contexte d’insuffisance de moyens et d’émergence de nouvelles formes de maladies ».
En cinq décennies d’indépendance le rapport relève trois
déficits majeurs, en grande partie imputables au système national de santé :
« - l’insuffisance de la couverture en services de
santé,
- l’inégalité des marocains devant la santé et devant la
mort,
- (et) le niveau encore élevé de la mortalité infantile et
maternelle ».
+ Au chapitre quatrième (« Mobilisation du potentiel humain politiques
économiques, croissance, et emploi »), le rapport
s’arrête sur les trois phases principales qui ont rythmé la trajectoire
économique du pays :
«+ la période qui court de l’Indépendance à 1982 est
celle de la gestation d’un modèle national de développement, de la définition
de ses options fondatrices, mais aussi celle des premières difficultés
financières ».
+ la phase qui « débute en 1983 et s’achève dix
ans plus tard sera dominée par la nécessaire recherche de stabilisation
macroéconomique et d’assainissement des finances publiques, à travers le
programme d’ajustement structurel, et consacrera un désengagement progressif
de l’Etat au profit des forces du marché .
+ libéralisation et ouverture seront les maîtres mots
de la période entamée en 1993. Elles trouveront leur traduction dans la
poursuite de la libéralisation de l’économie, des programmes de privatisation
ambitieux et la signature d’accords de libre-échange ».
Sur le plan sectoriel, le rapport souligne que l’agriculture
devient de plus en plus une option
hypothèque et le modèle de développement retenu (celui de la politique des barrages et de la
grande hydraulique) ne cesse de s’essouffler.
Et malgré l’élaboration de stratégies nouvelles pour le
monde rural (« Stratégie 2020 de développement rural», « Plan de
Développement Économique et Social 2000-2004 » et « Stratégie de développement à
long terme de l'agriculture marocaine »), les résultats des dernières cinquante années restent mitigés
: des volumes de production décevants, en dépit de certains succès sectoriels.
Autrement, notent les auteurs, « en dépit de tous les
progrès réalisés sur plusieurs années, un constat s’impose aujourd’hui : les
dynamiques, les politiques et les instruments d'action sont désormais
insuffisants pour répondre aux défis auxquels le pays est confronté. Les
progrès de l'agriculture n'ont pas été suffisants pour réduire la
pauvreté en milieu rural au cours de ces dernières années ».
Il en est de même, sinon plus, pour ce qui est du volet
industriel, pris entre un interventionnisme fort et une ouverture hésitante, entre
une priorité (de 1956 à 1972) donnée à la substitution aux importations et (à
partir de 1973) une diversification des industries d’exportation « dans le
cadre d’une plus grande souveraineté économique nationale. Cette souveraineté
accrue se matérialise par la loi sur la marocanisation de 1973, qui marocanise
notamment les secteurs du bâtiment et des travaux publics, du transport, de
l’automobile, du matériel électrique et électronique ».
Si l’Etat a abrogé la loi sur la marocanisation au début des
années 90, c’est à la faveur d’un processus de privatisation des entreprises
publiques visant l’élargissement du champ d’action du secteur privé.
Au niveau du marché du travail, le rapport note que le
Maroc connaît un taux de chômage global à deux chiffres depuis 1982. « Cela
s’explique notamment par le fait que le nombre de personnes en âge de
travailler (l’offre de travail) a augmenté sans cesse, alors que les capacités d’absorption
des employeurs (la demande de travail) sont restées limitées du fait d’une
croissance modeste et de dysfonctionnements qui entravent la liberté de
l’économie ».
+ Au chapitre cinquième (« Cadre de vie et
développement du potentiel naturel »), le rapport souligne que « les
politiques de valorisation du potentiel physique, au lendemain de l’Indépendance,
et les choix de ces politiques ont été déterminés en tenant compte, d’une
part, de l’importance des besoins et des attentes des populations et, d’autre
part, du potentiel, de l’état des ressources naturelles du Maroc de 1955
et de la faible mobilisation de ce potentiel bien en deçà des
possibilités que celui-ci pouvaient offrir ».
Un double déficit a été relevé : « déficit
d’intégration territoriale et déficit d’articulation des actions dans le temps
pour leur conférer une réelle cohérence à même d’enclencher une véritable
dynamique de développement local et régional ».
De même, ce regard révélerait une double défaillance : « l’une
au niveau du développement durable, respectueux de la pérennité et du renouvellement
des ressources, avec comme corollaire la préservation de l’environnement et la
prévention du déséquilibre des écosystèmes ; la seconde, au niveau de la
dynamique de développement humain, caractérisée par des niveaux moyens faibles,
en taux et en rythme d’évolution, et par une répartition hétérogène, fortement
inégalitaire, sur les plans géographique et social ».
Au niveau de l’aménagement de l’espace, la gestion de ce
dernier a toujours constitué au Maroc une affaire éminemment politique.
« S’inscrivant largement dans les grands schémas
initiés au temps du Protectorat, la gestion de l’espace national et des
espaces locaux a été envisagée dans un double objectif : d’une part, celui
d’assurer un maillage renforcé du territoire, en tant que condition de son développement
et en tant qu’affirmation de son unité symbolique, économique et sociale
; d’autre part, celui de permettre son administration et son contrôle politique
et social, à travers des découpages facilitant notamment l’encadrement
des élites locales, des ressources et des populations ».
D’où les lenteurs et les hésitations qui ont marqué la
définition d’une « nouvelle vision du développement territorial » au-delà
des oppositions classiques entre une vision sécuritaire de l’espace (contrôle)
et une vision prospective du territoire (développement). C'est-à-dire
« entre une emprise de l’Administration territoriale, relevant verticalement
du ministère de l’Intérieur, et l’idéal d’une gestion territoriale cohérente ».
C’est dire aussi que « la solidarité territoriale n’a
pas constitué une préoccupation systématique et rigoureusement organisée de la
stratégie du développement du territoire national ».
+ Au chapitre sixième (« 50 ans après,l’avenir en
confiance »), le rapport s’arrête sur l’année 2005 en disant ceci :
« Que ce soit sur le plan sociétal, social, culturel et humain, ou sur le
plan des institutions, de la gouvernance et de politique publique ; que ce soit
sur le plan des réalisations dans le domaine d’infrastructures et de
l’équipement du pays, ou sur celui des déficits sociaux multiples, tous les
changements, les avancées et les retards que le Maroc indépendant a connus
durant la période envisagée doivent être appréhendés afin d’esquisser l’image
du Maroc actuel.
Celle-ci se présente comme étant celle d’un pays en
mouvement, aspirant de toutes ses forces à aller de l’avant, mais confronté à
des résistances objectives multiples ».
En effet, note le rapport, « cinquante ans après son indépendance,
le pays connaît des transitions multiples: démocratique et institutionnelle,
économique et sociale, sociologique et culturelle et, en toile de fond, une
transition démographique qui prend un rythme et une allure si particuliers
qu’elle devrait déterminer la plupart des politiques publiques à venir ».
Et le rapport de reconnaître que le Maroc dispose d’atouts
majeurs pour cela dont notamment « un socle solide d’appartenance à une
nation » et des « nœuds du futur » fort prometteurs au niveau de
quatre grands volets : le savoir, l’économie, la gouvernance, la
santé et l’inclusion.
Or, note le rapport, « en dépit des efforts constants
consentis, le système éducatif marocain traverse une crise de légitimité et de
crédibilité qui alimente le déficit en termes de savoir. Malgré les
ressources consacrées à l’éducation (plus du quart du budget général de
l’Etat), notre école continue de connaître des dysfonctionnements qui
ont pour nom : taux de déperdition scolaire trop élevés, carences dans la formation
du corps enseignant, trop grande orientation de la formation vers les emplois
publics, faible scolarisation des filles et des ruraux, insécurité linguistique ».
Au niveau de l’économie, des progrès ont, certes, été « réalisés
en l’espace de 50 ans, puisque les fondements d’une économie moderne ont été
jetés : des instruments de politique monétaire,
fiscale et budgétaire performants, des organismes de
régulation crédibles, une monnaie saine et un système financier solide…mais la
faiblesse de la croissance et sa volatilité ont largement freiné le développement
humain du pays. La prépondérance du secteur agricole, dont l’activité est
tributaire des caprices climatiques, est une des principales causes de la
vulnérabilité persistante de notre économie ».
Sur le plan de la gouvernance, remarque le rapport, « notre pays a connu des
mutations majeures du fait de la décrispation du jeu politique, de l’affirmation
de l’Etat, de l’ajustement structurel, de l’ouverture de l’économie et de la
société dans le cadre de la mondialisation des échanges… mais la gestion de
ces rapports n’a souvent pas été optimale, du fait notamment d’un manque
de concertation entre les acteurs et d’une absence de stratégies de
coopération pouvant engendrer des résultats mutuellement bénéfiques ».
Toutefois, « la mauvaise gouvernance n’est pas
l’apanage de l’administration seule, puisque les modes de gouvernance au sein
du secteur privé et des corps intermédiaires n’ont pas été, eux non plus,
optimaux ».
Quel sera le Maroc de 2025 ? s’interroge le rapport.
Répondre à cette question n’est pas tâche aisée, assure
–t-il, « puisque le Maroc a été, est et sera soumis à des influences
externes fluctuantes, imposées par son environnement régional et international,
ainsi qu’à des contraintes internes complexes (éducation, ressources
énergétiques, évolution démographique ou encore urbanisation rapide) ».
Mais c’est un exercice nécessaire, souligne-t-il, « si
l’on veut savoir quels chemins du futur emprunter ou éviter, et où nous
mèneront les tendances lourdes qui impactent le développement de notre pays
depuis 50 ans ».
Une esquisse de réponse est libellée par le rapport comme
suit : « du fait de ses engagements internationaux, de ses alliances
stratégiques, de sa faible dotation en ressources naturelles et de son
insertion dans les courants d’échanges mondialisés, le Maroc de 2025
aura nécessairement un profil influencé par son environnement international ».
Autrement,dit-il, « la mondialisation fera
toujours bénéficier l’économie mondiale de ses retombées positives (libéralisation
des flux commerciaux et financiers), mais sera à l’origine de défis ressentis
avec encore plus d’acuité : dégradation de l’environnement, épuisement des
ressources énergétiques fossiles, tensions migratoires. Les sociétés seront traversées
par des changements majeurs, ayant notamment trait au vieillissement démographique,
à la prégnance des technologies de l’information »…etc.
Deux cheminements sont, par conséquent, retenus par le
rapport :
+ Un cheminement régressif « si le Maroc ne parvient
pas, dès maintenant, à agir pour dépasser ses goulets d’étranglement et
transformer les nœuds du futur… en véritables leviers de développement ».
Autrement, « le cheminement régressif demeure probable
si les réformes en cours ne deviennent pas plus vigoureuses, si elles ne sont
pas menées à leur terme, si elles font l’objet de surenchères susceptibles
d’affaiblir l’engagement collectif. Mais aussi si leur report dans le temps les
rend inefficientes ».
+ Un cheminement souhaitable qui « s’articulera
autour de la consolidation du processus démocratique, de la décentralisation,
de la réduction des inégalités et de l’exclusion, de l’insertion harmonieuse
dans la mondialisation. L’horizon souhaitable devra ainsi être celui d’une
société d’opportunités pour tous et de responsabilité de chacun ».
Plus précisément,souligne le rapport, « l’horizon 2025
implique pour le Maroc de gagner au moins cinq grands paris d’avenir :
+ asseoir la normalité politique, renforcer la cohésion
nationale et améliorer le système de gouvernance ;
+ réunir les conditions d’une intégration vigoureuse du
Maroc à la société du savoir ;
+ refonder une économie compétitive, mettant à profit la
fenêtre d’opportunité démographique ;
+ gagner la bataille contre les exclusions, réorganiser les solidarités,
garantir un niveau équitable de bien-être et de santé, et vaincre la pauvreté ;
+ saisir les opportunités de l’ouverture, surmonter ses
défis et menaces et aller vers de nouvelles logiques de positionnement régional
et mondial ».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
10 Août 2006