«La réforme du système de santé aux Etats-Unis»
Vasselle.
A et Alii, Sénat, Paris, Mars 2010, 63 p.
1- La réforme voulue
par le Président américain, Barack Obama, qui répond à une promesse de
campagne, vise, à la fois, à «garantir que chaque Américain sera assuré contre le
risque maladie et à maîtriser l’évolution des dépenses de santé, qui sont les plus élevées au monde».
Pour ce faire, l’administration Obama et la majorité démocrate au
Congrès ont décidé de «mieux réglementer le marché de l’assurance privée, de
rendre obligatoire la souscription d’une assurance et de subventionner
l’assurance des plus modestes. Les économies escomptées résulteraient d’une plus
grande efficacité dans l’organisation du système de soins et de l’accent
nouveau mis sur la prévention».
L’assurance maladie aux Etats-Unis est un système mixte, dans
la mesure où elle dépend pour partie du secteur privé et pour partie du secteur public. Si ses règles générales
d’organisation sont définies au niveau fédéral, les Etats et les comtés
disposent d’une certaine marge de manoeuvre pour les adapter au niveau local.
Environ 60% des Américains âgés de moins de
soixante-cinq ans, soit environ 158 millions de personnes, sont couverts par
une assurance
privée
prise en charge, pour l’essentiel, par leur employeur. En 2009, «le montant annuel moyen des primes
d’assurance s’élève à 4
824 dollars pour un salarié célibataire et à 13 375 dollars pour couvrir une famille de quatre
personnes (le salarié et ses ayants droit). Ces montants sont élevés si on les
compare au salaire médian américain, qui est de l’ordre de 50
000 dollars par an».
Dans les grands groupes, l’employeur prend couramment en charge 80 % du montant
des primes d’assurance, dans une entreprise de taille moyenne (deux cents salariés par exemple), le taux de
prise en charge est de l’ordre de 50 %. Les salariés les moins qualifiés et
ceux employés
dans
les plus petites entreprises ne bénéficient généralement pas d’une assurance financée
par leur employeur.
Le taux de remboursement pratiqué par les compagnies
d’assurance
est
rarement de 100 %, de sorte que la plupart des salariés doivent assumer une partie de leurs
frais médicaux. Le plus souvent, le contrat d’assurance prévoit que les remboursements n’interviennent qu’au delà
d’un certain niveau de dépenses effectuées en cours d’année.
Environ 4% des Américains sont couverts par une
assurance
individuelle
dont ils assument la totalité du coût. Il s’agit essentiellement de salariés qui ne
sont pas couverts par un contrat de groupe, de travailleurs indépendants ou de
retraités qui souhaitent une assurance complémentaire.
Sur le marché de l’assurance individuelle, «le montant des
primes varie
considérablement
en fonction de l’état de santé de l’assuré : une personne jeune et en bonne santé s’acquittera de primes d’un
montant raisonnable tandis qu’une personne âgée ou souffrant d’une maladie
chronique, devra verser des primes d’un montant élevé, voire n’aura accès à aucune
police d’assurance».
C’est pour dire que les contrats d’assurance individuels
sont généralement moins protecteurs que les contrats de groupe et laissent une part plus
importante des dépenses à la charge de l’assuré.
Mais en vertu de l’Emergency Medical Treatment and Active
Labor Act de 1986, les personnes non assurées peuvent recevoir
des soins en se présentant dans les services d’urgence des hôpitaux, qui ont
l’obligation de les examiner et de stabiliser leur condition médicale. Les
hôpitaux n’ont pas le droit de refuser des soins d’urgence à un
patient pour des raisons financières, ni de retarder ces soins pour vérifier si
le patient est assuré ou a les moyens de payer.
Cette loi ne vise que les seuls soins d’urgence, «elle
n’ouvre donc pas un droit à bénéficier d’un traitement préventif, ni à être reçu
pour une
consultation
ordinaire, et n’oblige pas non plus les hôpitaux à assurer le suivi d’un patient après
son hospitalisation».
Dans ces conditions, un problème de santé peut rapidement plonger un ménage
dans de sérieuses difficultés financières. En 2009, «20% des personnes sans assurance déclarent
avoir consacré la majorité de leur épargne au paiement de leurs dépenses de
santé. Lorsqu’elles n’ont pas les moyens de payer ces dépenses, elles
s’exposent, comme pour n’importe quel autre type de dette, à une saisie opérée
par un organisme de recouvrement (collection
agency)».
Une bonne partie de ces ménages étant insolvable, «les
hôpitaux
subissent
des pertes qu’ils compensent en majorant les tarifs demandés aux assureurs privés.
Les Américains qui disposent d’une assurance s’acquittent donc d’une «taxe cachée», sous la forme de primes
d’assurance plus élevées, et prennent en charge, sans en avoir nécessairement
conscience, une partie des dépenses de santé réalisées au profit des personnes non
assurées. Le montant de cette «surprime» est évalué à 1000 dollars par an et par
assuré.
2- Pendant sa campagne présidentielle, Barack Obama s’était
engagé à
réformer
l’assurance maladie et à l’étendre à tous les Américains. En adoptant cette
méthode, Obama a voulu tirer les leçons de l’échec de la réforme du système de santé
tentée par son
prédécesseur,
Bill Clinton, au début des années 1990. «A l’époque, l’exécutif avait préparé un
projet de réforme très détaillé que le Congrès avait finalement rejeté. Pour éviter
la répétition d’un tel scénario, le Congrès s’est vu attribuer un rôle central
dans la conception de la réforme».
En Septembre 2009, Obama a précisé les objectifs à atteindre
et exclu
certaines
options. Il a d’abord rejeté l’idée d’une assurance publique
obligatoire et
universelle,
comparable à l’assurance maladie. Il a également exclu
l’option d’une libéralisation complète du marché de l’assurance, qui conduirait les entreprises à
se désengager au profit d’un système d’assurance purement individuel.
Il a ainsi mis en avant trois éléments qui lui paraissent essentiels pour assurer
le succès de la réforme :
°- En premier lieu, pour s’assurer du
soutien d’une large partie de l’opinion, la réforme doit améliorer la situation des
Américains qui disposent déjà d’une assurance. A cette fin, «les
Américains qui sont satisfaits de leur assurance ne doivent pas être obligés d’en changer. Le marché de
l’assurance doit seulement être mieux réglementé afin de mettre un terme à
certaines pratiques abusives : les compagnies d’assurance ne doivent plus être
autorisées à refuser un client en raison de son état de santé, elles ne doivent
plus pouvoir fixer une limite au montant de leurs remboursements, le reste à
charge pour l’assuré doit être plafonné, enfin, les assureurs doivent prendre en charge diverses dépenses de
prévention, sans surcoût pour l’assuré».
°- En second lieu, la réforme doit permettre aux Américains
qui n’ont
pas
d’assurance de s’en procurer une à un prix raisonnable.
Dans ce but, une sorte de «bourse aux polices d’assurance»
serait organisée : «les assureurs seraient invités à proposer aux petites
entreprises et aux particuliers des contrats d’assurance de base, standardisés, de
manière à ce que la comparaison entre leurs prestations soit plus aisée».
°- Enfin, chacun aurait l’obligation de s’assurer : «les
particuliers mais aussi les employeurs pour leurs salariés, à l’exception des
plus petites
entreprises
pour lesquelles une telle contrainte paraît excessive».
Cette obligation vise à éviter que la collectivité soit
contrainte
d’assumer
les dépenses de santé d’individus qui auraient négligé de s’assurer, alors qu’ils en
avaient les moyens, et permet aussi d’égaliser les conditions de concurrence entre
les entreprises.
Le Président a laissé ouvert le débat sur la création d’une
assurance
publique,
qui constituerait une alternative aux assurances privées. Les défenseurs du projet d’assurance publique estiment
qu’elle
permettrait
de réduire les coûts : «l’assureur public, n’ayant pas à dégager de marge bénéficiaire,
pourrait pratiquer des prix plus bas, la concurrence avec les compagnies privées créerait ensuite une pression
générale à la baisse des prix».
Mais les adversaires de cette option, parmi lesquels on
trouve notamment les assureurs privés, considèrent que la concurrence d’un assureur
public serait déloyale et que cette nouvelle institution finirait, à terme, par
dominer le marché.
Le Président s’est déclaré «ouvert sur cette question,
suggérant que des organismes de statut coopératif, à but non lucratif, pourraient
remplir la même
fonction
sur le marché de l’assurance qu’une institution publique».
3- Outre l’extension de l’assurance maladie, les
Américains sont
confrontés
à un deuxième défi : celui de la maîtrise de leurs dépenses de santé. De tous les pays
développés, «les Etats-Unis sont en effet celui qui consacre la part la plus importante de sa richesse
nationale à la santé. Pourtant, les Etats-Unis sont dans une position moyenne si l’on
considère leurs
principaux
indicateurs de santé, ce qui suggère que l’efficacité de ces dépenses est modeste».
La recherche d’économies est d’autant plus indispensable que
la réforme de l’assurance
maladie devrait occasionner d’importantes dépenses supplémentaires au cours des dix prochaines
années.
La commission des finances du Sénat américain a d’ailleurs fait observer que : «comparé aux
autres pays industrialisés, la qualité de notre système de soins n’est pas à la
hauteur de notre niveau d’investissement. Les Etats-Unis se classent derniers
sur dix-neuf pays industrialisés par le nombre de décès qui pourraient être
évités et vingt
neuvièmes sur trente-sept
pour la mortalité infantile, à un niveau proche de la Slovaquie et de la Pologne et derrière Cuba et la
Hongrie. Notre taux de mortalité infantile est le double de celui de la France
et de l’Allemagne».
En même temps, les Etats-Unis se classent seulement au
trente-quatrième rang mondial pour l’espérance de vie et que les deux tiers
des Américains
souffrent
d’un surpoids.
L’Institut de médecine de l’Académie des sciences américaine
a estimé que 18000 décès prématurés seraient dus, chaque année, à l’absence de couverture maladie d’une
partie de la population.
Par conséquent, la réforme qui vient d’être adoptée par le
Congrès est principalement consacrée à la réforme de l’assurance maladie. Elle
comporte toutefois «un ensemble de dispositions qui visent à ralentir la
progression des dépenses de santé, notamment en favorisant la prévention et en
expérimentant de nouvelles modalités de rémunération des médecins».
L’adoption de cette réforme constitue incontestablement un
événement historique, encore faudrait il convaincre ses quelques adversaires,
notamment parmi ceux qui considèrent toujours que «chaque citoyen a le devoir d’être autonome et a la responsabilité de
se prendre en charge, sans dépendre de la collectivité».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
16 Septembre 2010