«Réguler la
concentration dans le secteur des médias»
Thiollière.
M et Alii, Rapport, Sénat, Paris, 4 Novembre 2009, 38 p.
1- Il s’agit, dans ce rapport, de la
discussion d’une proposition de loi qui vise (en France) à interdire aux
entreprises liées à la commande publique d’être propriétaires, d’une part, de
chaînes de télévision et de radios, et d’autre part, de journaux d’information
politique et générale.
Les
auteurs de la proposition de loi «considèrent qu’il est nécessaire de mettre en
place un mécanisme a priori, d’interdiction totale pour tout groupe plus
ou moins lié à la commande publique, de détenir des parts d’une société de
service audiovisuel ou d’un journal de presse écrite».
Or, l’auteur
de ce rapport estime «que les règles anti-concentration sont déjà très
nombreuses en France». En même temps, «la proposition de loi lance un débat de
fond intéressant sur l’indépendance et le pluralisme dans les médias, mais que
ceux-ci sont déjà pleinement garantis par les règles sur l’indépendance des
journalises, par l’importance de l’offre médiatique, sur tous les supports, et
enfin par le rôle que peut jouer le Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui
intervient de manière efficace en aval de la production d’informations».
Par
ailleurs, le rapporteur pense qu’il «n’y a pas réellement de fondement à l’idée
qu’une chaîne, appartenant à un groupe lié à des contrats publics, serait moins
indépendante qu’une chaîne appartenant à un autre groupe privé, qui a aussi des
intérêts propres. Au demeurant, même les chaînes totalement publiques sont
considérées en France comme indépendantes».
Sur la
base de cela, la commission a rejeté les articles de la proposition de loi et
n’a pas élaboré de texte.
2- En fait, la volonté de fixer des
règles anti-concentration découle, selon l’auteur, du principe fondateur même
du droit des médias qu’est le pluralisme.
Par
conséquent, le respect de ce pluralisme est l’une des conditions majeures de la
démocratie, la libre communication des pensées et des opinions, étant garantie par
la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
Or, cet objectif
ne pourrait être réalisé que si les auditeurs et les téléspectateurs sont à
même d'exercer leur libre choix «sans que ni les intérêts privés ni les
pouvoirs publics puissent y substituer leurs propres décisions».
De même
ce pluralisme est garanti par le fait que les cahiers des charges des chaînes publiques
sont nécessairement tenus de se conformer aux principes fondamentaux du service
public, notamment au principe d'égalité et à son corollaire le
principe de neutralité du service.
Ainsi, dans
le secteur privé, le pluralisme est assuré par le fait que le «Conseil
supérieur de l’audiovisuel dispose de pouvoirs de contrôle, et que la loi prévoit
des dispositions destinées à réglementer la possibilité pour une même personne
d'être titulaire de plusieurs autorisations, ou d'exercer une influence prépondérante
au sein d'une société titulaire d'une autorisation».
En outre,
s’il a admis, en 1994, «le relèvement de 25 à 49 % de la part maximale qu’une
même personne physique ou morale peut détenir directement ou indirectement dans
le capital d’une société de télévision hertzienne, c’est en observant qu’il
n’était pas dérogé aux autres règles assurant la protection du pluralisme, et
que la portée du contrôle de concentration était par ailleurs renforcée».
Si le
système de régulation de la concentration en vigueur dans le secteur des médias,
note l’auteur, ne constitue pas en soi un obstacle à la constitution de grands
groupes plurimédias, il n’en demeure pas moins que «la concentration demeure
faible en France, malgré de récents regroupements dans la presse quotidienne
régionale».
Parallèlement
à cela, «l’indépendance éditoriale des titres de presse est essentiellement l’affaire
des rédactions. Elle est conditionnée par l’étendue et l’effectivité des
garanties dont jouissent les journalistes dans l’exercice de leur liberté d’expression,
consacrée par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen3. A ce titre, les journalistes se sont vu reconnaître un certain
nombre de droits, destinés à leur permettre de rechercher dans les meilleures
conditions la vérité, d’analyser les faits et d’exposer différents points
de vue, afin de garantir aux lecteurs le droit à une information libre, plurielle
et honnête».
Autrement,
«l’indépendance des journalistes mérite d’être garantie, le législateur y est
très attentif et le régulateur de l’audiovisuel doit avoir les moyens de mener
à bien ses missions».
Yahya
El Yahyaoui
Rabat,
29 Octobre 2009