«La société de l’information»
Nicolas Curien/Pierre-Alain Muet, la Documentation française,
Paris, 2004, 312 p.
1- Nicolas Curien est professeur au Conservatoire
national des arts et métiers, et à l’Académie des technologies.
Pierre-Alain Muet est professeur à l’Ecole
polytechnique de Paris.
2- Dans sa préface à ce rapport, Christian
de Boissieu, Président délégué du Conseil d’analyse économique, écrit ceci: «une
révolution industrielle se définit moins par les nouvelles technologies apparues,
que par les changements multiples, et pas seulement économiques, que ces
dernières apportent…ce principe s’applique à nouveau pour la révolution
informationnelle et numérique, qui a démarré d’abord aux Etats-Unis et dans
quelques pays de l’Europe du Nord, avant de gagner le reste du monde, et qui
est loin d’être achevée».
Il faut d’abord, rappelle De Boissieu, «prendre la mesure, quantitative et
qualitative, de cette révolution informationnelle dont internet n’est que l’une
des composantes, certes essentielle. Il convient très vite aussi de fournir des
clefs d’interprétation».
3- En introduction, les auteurs affirment
d’emblée qu’il «est des moments où se dessinent des changements qui vont
façonner les prochaines décennies. Cela a été le cas du développement du chemin
de fer au XIXe siècle, ou de l’électricité au XXe. Les économistes désignent ces
périodes par le terme de révolution industrielle».
Ce qui caractérise une révolution
industrielle, disent ils, «ce n’est pas
tant l’apparition d’une nouvelle technologie, car cela se produit presque à
chaque instant, et il est dans la nature profonde d’une économie de marché
d’engendrer de nouvelles technologies et de nouveaux produits. Ce qui définit
plutôt une révolution, ce sont les changements qu’entraîne la diffusion d’une technologie
dans la façon de produire et de consommer, ou dans les relations de travail, ou
encore dans l’aménagement de l’espace et le développement urbain».
De même que l’énergie (la machine à vapeur
puis l’électricité) ont rendu possible l’apparition de l’usine, puis de la
firme géante, entraînant la concentration des emplois dans les villes et les
banlieues, «l’internet et la révolution numérique déterminent peu à peu la base
organisationnelle d’une nouvelle économie, fondée sur le réseau».
La révolution numérique, affirment ils, «a
permis la convergence de deux domaines technologiques autrefois disjoints,
celui de la communication et celui de l’information: les réseaux sont devenus intelligents
et les ordinateurs communicants. C’est l’extension progressive de cette
convergence à l’ensemble des secteurs économiques qui, en changeant les modes
de production et de consommation, constitue la base d’une nouvelle révolution
industrielle».
En même temps, «la flexibilité, que permet
l’organisation en réseau, représente un atout essentiel dans une économie
mondialisée, où les entreprises sont confrontées à de rapides changements. À
l’opposé des grands systèmes hiérarchisés de l’ère de la production de masse,
l’ère de l’information s’appuie sur le développement de systèmes décentralisés
et coordonnés, par le transfert d’informations à travers un réseau planétaire.
Ce changement affecte certes au premier rang les entreprises, mais il conduit
aussi les États et les administrations à refonder leurs relations avec les
citoyens et les administrés. Le développement de l’internet entraîne, par
ailleurs, une mondialisation sans précédent des échanges financiers».
Comme tout changement technologique majeur, la
révolution numérique est à la fois génératrice de croissance à long terme, mais
aussi de crises, estiment les auteurs. «Les premières grandes crises
économiques sont d’ailleurs apparues avec la révolution industrielle, et les
spéculations engendrées par le développement du chemin de fer. Depuis trois
ans, nous connaissons la première crise de l’ère de l’information. Mais cette
crise ne doit pas occulter l’essentiel, à savoir la transformation profonde que
la numérisation et le développement de l’internet opèrent dans les domaines
économique, social et culturel».
4- Le rapport est subdivisé en six principaux axes
visant d’une part, à analyser les
changements que la révolution informationnelle a induit dans l’économie et la
société, et d’autre part, à donner quelques directions à l’action publique,
pour favoriser le développement des TIC, et faire en sorte qu’il profite à tous
les citoyens.
+ Dans le premier axe («De l’ère industrielle à
l’ère de l’information»), Curien et Muet affirment que «si la nouvelle économie
se résumait au développement du commerce de biens et services sur internet, il
s’agirait là d’un phénomène certes important pour l’avenir, mais dont les
conséquences demeureraient assez circonscrites», d’autant que les changements
organisationnels qu’entraîne la diffusion des technologies de l’information se
portent en réalité aussi vers tous les secteurs de «l’ancienne économie», et ce
sont ces changements qui induisent une nouvelle révolution industrielle.
Celle-ci, comme les précédentes d’ailleurs,
résulte de la combinaison de plusieurs facteurs, et se manifeste sous plusieurs
dimensions, notamment: l’avènement de «l’entreprise-réseau», l’autonomisation
du travail, le rôle moteur des marchés financiers dans la dynamique
industrielle et les processus d’innovation, la transformation profonde de la gestion
des savoirs, et la montée en puissance d’une économie de la connaissance.
°- Au niveau de l’informatisation et de l’internet,
force est de constater, estiment les auteurs, qu’ils ont rendu possible un
changement dans l’organisation de l’entreprise, dont les principes sont pourtant
bien antérieurs à la révolution numérique: le «juste à temps», le «sur-mesure»
et aussi la réduction des échelons hiérarchiques, qui permet de déléguer plus
de responsabilités à des niveaux autrefois encadrés.
Ces pratiques tendent de plus en plus à se
généraliser, conduisant ainsi les entreprises à travailler en réseau, et à
externaliser massivement une partie de leurs activités auprès de sous-traitants.
L’on assiste donc à un basculement progressif
des systèmes informatiques vers une architecture en réseau: «les réseaux
intranet ou l’internet deviennent l’ossature centrale du système informatique
de l’entreprise, qu’il s’agisse de la relation client, de la gestion des
fournisseurs ou de la planification des ressources internes».
°- S’agissant du travail, les auteurs remarquent,
qu’à l’ère
de l’information, il est l’objet de deux transformations majeures: le retour
vers une plus grande autonomie, après la bureaucratisation de l’ère
industrielle, et la réintégration dans la pratique professionnelle d’un savoir
et d’une culture acquis dans la sphère de vie quotidienne.
En effet, pensent Curien et Muet, «alors qu’à
l’ère industrielle, les travailleurs des industries taylorisées ne devenaient
opérationnels qu’en étant dépouillés des
savoirs, des habiletés et des habitudes développés par la culture du quotidien,
les travailleurs de l’ère informationnelle mobilisent un bagage culturel au
moins partiellement acquis en dehors de leurs activités de travail».
D’où le développement du travail indépendant,
du temps partiel, de la sous-traitance et des activités de conseil.
°- Pour ce qui est de la productivité et de la
croissance, les auteurs affirment que l’investissement dans les TIC, et la
réorganisation qu’il induit, sont nécessairement séparés par un temps de
latence.
C’est l’existence de ce délai qui permet à
Solow d’annoncer dans les années 80, son paradoxe se rapportant à l’apparente
impuissance des investissements informatiques à se traduire en gains de
productivité: «on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques»,
disait-il… les ordinateurs et les réseaux sont désormais apparents dans les
données macroéconomiques et, sur la période 1995-2000, ils contribuent pour
environ 0,9 point de croissance annuelle aux États-Unis, et de 0,35 en France.
Les auteurs, contestant ledit paradoxe, considèrent
que «les gains de productivité engendrés par une réorganisation du travail,
s’appuyant sur les nouvelles technologies sont loin d’être immédiats»: au début
du processus, pensent les auteurs, l’impact mécanique des dépenses
d’investissement informatique sur la productivité globale des facteurs, négatif
à court terme, masque l’impact structurel, positif à long terme. Et «lorsque la
réorganisation monte en puissance, les gains de productivité s’accélèrent, et
ils deviennent visibles aux yeux du statisticien, qui peut désormais les
constater de manière très nette aux Etats-Unis, au cours de la dernière
décennie».
Quel est l’impact des TIC sur la croissance
économique?
Les auteurs pensent que la méthode d’évaluation
la plus courante repose sur une décomposition «comptable» de la croissance, dans
laquelle on isole les TIC, c’est-à-dire l’ensemble constitué des matériels informatiques,
des logiciels, et des équipements de communication. Après avoir évalué la part
des TIC dans l’ensemble du capital productif, on en déduit ensuite la
contribution spécifique de ce type de capital à la croissance.
Sur cette base, ils estiment que qu’au cours des vingt
dernières années, «la part des TIC dans l’investissement a doublé ou triplé
selon les pays, passant en France de 6,8 % en 1980 à 14,4 % en 2000 et, en
Finlande, de 7,8 à 28 %».
Or, évaluer la part des TIC à prix courants,
masque l’extraordinaire croissance en volume de l’investissement dans ces
technologies, le prix des matériels informatiques ayant baissé d’environ 20 %
par an dans la plupart des pays au cours des dix dernières années, celui des
logiciels de 2 % par an, et celui des équipements de communications de 4 % par
an.
°- En même temps, le développement de la
nouvelle économie entraîne une mutation importante du fonctionnement des marchés
financiers: «La déréglementation des marchés, amorcée aux États Unis dans les
années quatre vingt, a ouvert à la concurrence des secteurs initialement
occupés par des quasi-monopoles (comme IBM dans l’informatique, ou encore AT&T
dans les télécommunications), facilitant l’apparition de nouvelles firmes
telles que Microsoft, Intel ou Cisco. A cette déréglementation, s’est ajoutée
une profonde modification des modes de financement des entreprises qui a
conduit, en l’espace de quelques années, d’une économie de l’intermédiation financière
dominée par le crédit, à une économie de marchés financiers».
Ces derniers, notamment avec l’essor du
capital risque, ont retrouvé un rôle majeur dans le financement de
l’investissement et de l’innovation. Parallèlement, la rémunération par stock
option est devenue une composante importante de la rémunération du travail
dans les start-up, et plus généralement dans les entreprises du secteur informationnel,
«non seulement parce qu’elle contribue à une fidélisation du personnel, mais
aussi parce qu’elle permet d’alléger les coûts du travail du montant du revenu
différé».
Un nouveau modèle de croissance émerge ainsi,
associant étroitement l’innovation et le financement par le marché, sur la base
des anticipations. De façon concomitante, des liens étroits se tissent entre la
recherche, l’innovation et la création d’entreprise, engendrant l’apparition
d’une économie du savoir et de l’innovation.
Dans une économie fondée sur l’information et l’immatériel,
pensent les auteurs, «l’innovation devient…une fonction essentielle, et la production
des connaissances est facilitée par le libre accès aux données que permet l’internet.
C’est sans doute là que réside l’une des plus importantes transformations
induites par la révolution numérique».
°- Sur un autre plan, l’ère du numérique n’a
pas réussi à effacer cinq siècles dominés par le livre imprimé, qui a
révolutionné notre rapport à l’écriture et bouleversé profondément l’accès à la
connaissance. Mais la galaxie internet produira probablement des effets aussi
profonds que l’a fait en son temps la galaxie Gutenberg.
La grande conséquence de la numérisation des
contenus (textes, images, musique), consisterait ainsi pour les auteurs en «la
possibilité de les reproduire et de les faire circuler à un coût très faible,
mais aussi de les modifier de sorte que l’on n’est jamais assuré que le
document mis en circulation soit fidèle à l’édition originale».
+ Dans le deuxième axe («L’internet: des
origines à l’état présent»), les auteurs procèdent par un rapide détour
historique:
«né à
l’intersection de la science fondamentale et de la recherche militaire, l’internet
a aussi hérité, comme le souligne Manuel Castells, d’une culture libertaire
propre à une grande partie du système universitaire américain, et qui se
prolonge aujourd’hui dans le mouvement du logiciel libre».
Et de rappeler que «pratiquement tous les
développements technologiques, qui ont conduit à l’internet, ont été conçus et
mis en œuvre dans des institutions gouvernementales, des universités, ou des
centres de recherche publics»: depuis l’ARPA (Advanced Research Projects Agency)
qui, travaillant dans l’orbite du Pentagone, mit au point l’ancêtre d’Internet,
l’ARPANET, en passant par la création du World Wide Web par Tim Berners-Lee, un
programmeur travaillant au CERN de Genève, jusqu’aux avancées les plus
récentes, réalisées au sein d’un consortium ancré au MIT et à l’INRIA.
Les réseaux constitutifs de l’internet furent ainsi
progressivement transférés à des initiatives privées, qui assurèrent aux normes
ouvertes et au système d’adressage du réseau des réseaux, le succès universel
qu’ils connaissent aujourd’hui.
°- Internet est certes issu des recherches sur
l’interactivité des ordinateurs, conduite par l’ARPA sous l’égide du ministère
américain de la défense, mais ces recherches seraient restées infructueuses,
dans l’esprit des auteurs, «sans la découverte du transfert des données
numériques par paquets sur une architecture de réseau distribuée, développé
indépendamment dans les années soixante, par Paul Baran de
Baran, qui recherchait une architecture de
réseau d’ordinateurs capable de survivre à une attaque nucléaire, a défini des
orientations qui restent encore aujourd’hui caractéristiques de la structure
d’internet: «dissémination de la puissance informatique entre les nœuds, et
redondance de certaines composantes et fonctions du réseau, afin de réduire le
risque de déconnexion».
Force est de constater, affirment Curien et
Muet, que «la flexibilité, l’absence de centre de commandement unique, l’autonomie
renforcée de chaque nœud, assuraient la capacité du système à résister à des
destructions locales (propriété de résilience)». Ces caractéristiques de réseau
«distribué», jointes à l’invention de logiciels, capables d’envoyer et de
recevoir de l’information en provenance ou en direction de tout ordinateur (www
en 1990), permirent à l’internet de s’étendre au monde entier.
°- Et puisque le gouvernement américain maîtrisait
la ressource clé du réseau, à savoir le système d’adressage, et puisque les
entreprises et les universités américaines, constituaient les principaux
offreurs de services et fournisseurs de normes, l’ouverture aux acteurs
étrangers, qu’ils soient utilisateurs ou fournisseurs de services, fut
considérée comme une opportunité, plutôt que comme une menace, car «en proposant
gratuitement leur standard de réseau ouvert et distribué au reste du monde, les
États-Unis permirent à internet de s’imposer, face à d’autres options a priori
envisageables en matière de réseaux numériques».
Au-delà de la spécificité de sa naissance
(américaine par excellence), certaines des caractéristiques technico-économiques
du réseau des réseaux sont, tout de même, étrangères à son succès :
La première est liée à l’essence même d’internet.
En effet, puisqu’il s’agit d’une norme d’interfaçage et d’interopérabilité de
réseaux hétérogènes, qui établit par ailleurs, une distinction radicale entre la
gestion des services-réseaux et celle des réseaux physiques, l’internet puise sa
force dans sa base installée: «il suffit de créer des passerelles entre l’internet
et des réseaux existants, ou simplement de mettre en œuvre les standards internet
dans ces réseaux, pour que ceux-ci deviennent parties intégrantes du système
internet».
La seconde caractéristique réside dans
l’administration déconcentrée, qui fait de l’internet une technologie
éminemment flexible: «d’un côté, le réseau procure une connectivité
généralisée, à l’instar de celle qui est fournie par des réseaux à vocation universelle
comme le téléphone, d’un autre côté, il permet de constituer et de gérer
des clubs fermés, qu’ils soient intra-organisationnels
(intranets) ou inter-organisationnels (extranets), à la manière dont le
permettait la génération précédente de réseaux téléinformatiques».
La troisième raison du succès d’internet provient de
l’impact que les normes ouvertes ont exercé sur l’innovation et les prix. «Les
standards internet se présentent en fait comme des logiciels ouverts et
évolutifs qui incorporent, en les rendant immédiatement accessibles à
l’ensemble des utilisateurs, les avancées dans les technologies de la
communication et du multimédia. D’où l’adoption si rapide des innovations dans
le domaine du traitement numérique de l’information, comme dans celui des
services s’appuyant sur ces technologies».
Et comme par un cercle vertueux d’accumulation
du type boule de neige, «l’innovation a bénéficié des effets d’échelle
engendrés par l’ouverture et l’universalité du réseau, et la convergence vers
un réseau global, en accroissant le degré de concurrence, a poussé les prix à
la baisse, accélérant encore la diffusion des innovations».
°- Par ailleurs, et s’agissant du commerce
électronique cette fois-ci, les auteurs s’arrêtent sur deux remarques:
La première est que «le développement
d’activités économiques (finance, énergie, transport aérien) sur les réseaux, a
commencé bien avant l’internet, et se poursuit sur une multitude de supports
qui, s’ils convergeront sans doute à terme vers l’internet, en restent encore distincts
aujourd’hui».
La seconde: nombre de biens et services ne
sont pas aisément échangeables en ligne (à l’exception des produits culturels
ou des activités touristiques entre autres). Ceci ne tient pas uniquement, pour
les auteurs, aux contraintes logistiques propres aux produits comportant une
composante matérielle, «mais tient également à la difficulté de mettre au point
des systèmes de description et de certification, qui permettent d’éviter les
problèmes d’anti-sélection, et de risque moral dans la réalisation des
transactions ». Il en résulte que l’électronisation du commerce n’est le plus souvent que partielle.
En effet, en niveau de développement, le
commerce électronique n’en est encore qu’à son stade embryonnaire: le commerce
en ligne entre les entreprises et les consommateurs (B to C) ne représente aujourd’hui
qu’environ 1 % du commerce total en Europe. L’essentiel des échanges
électroniques correspond au commerce interentreprises (B to B), qui représente
75 % des transactions commerciales électroniques, «une prépondérance qui
s’explique en partie par la préexistence d’échanges entre les entreprises et
leurs fournisseurs à travers l’EDI (échange de données informatisées),
technologie ayant précédé l’internet».
+ Dans le troisième axe («TIC et changements
structurels»), les auteurs considèrent que «la vision communément répandue
selon laquelle l’effet prévisible des TIC est de mener, d’une part à des
marchés plus fluides, d’autre part à des hiérarchies moins bureaucratiques,
pêche par excès de simplisme.
Selon cette vision, les rouages de l’économie
traditionnelle demeureraient fondamentalement invariants, tandis que les TIC «produiraient
le lubrifiant miracle, éliminant tout frottement, et donnant ainsi
progressivement réalité à la double épure du marché parfait, et de la
hiérarchie sans pesanteur. C’est méconnaître à la fois la rigidité des systèmes
sociaux et la tendance des marchés à s’organiser pour réduire la pression
concurrentielle, qu’ils soient intermédiaires (B to B) ou finals (B to C).
C’est surtout occulter le fait que les progrès technologiques, dans la
transmission et la mise à disposition des informations, n’ont pas seulement
pour effet de lubrifier l’infrastructure informationnelle (l’infostructure) de
l’économie, mais encore d’engendrer une mutation des mécanismes économiques
eux-mêmes».
Cette mutation, dans l’esprit des auteurs,
prend racine dans les caractéristiques mêmes de l’information considérée en
tant que bien économique, «un bien générateur de fortes économies d’échelle et
d’importants effets de club, un bien s’apparentant par ailleurs davantage au
modèle du bien public, qu’à celui du
bien privatif».
C’est pour cette raison que l’économie de
l’information est, pour Curien et Muet, «plus sujette que l’économie classique
aux défaillances du marché, et les besoins de coordination qui en résultent
feront que, dans leur rapport aux marchés, les TIC apparaîtront moins comme une
plate-forme technologique neutre et transparente, que comme un instrument de structuration,
de segmentation et de différenciation».
°- Pour les auteurs, l’avènement des TIC en
réseau rend possible une dissociation complète entre l’information et son
support physique. Il s’agit là de l’étape ultime d’un mouvement dont l’origine
est fort ancienne, et qui n’a cessé de «rendre plus lâche le lien entre
contenus et contenants». Avant l’apparition de l’écriture, l’information était
indissociable de la parole, qui seule pouvait la véhiculer. Avant l’invention de
l’imprimerie, un texte était rigidement lié à l’unique support, sur lequel il
était inscrit, et il n’était communicable que si le support était lui-même
cédé.
L’invention de l’imprimerie et du livre
composé a permis «la réplication des textes, et donc leur diffusion élargie, en
maintenant toutefois un lien physique entre l’information, et une marchandise support.
Il en va de même pour le disque, le CD puis le DVD, le lien devenant de plus en
plus ténu à chaque étape technologique de l’industrie de l’édition, car la
copie s’avère de plus en plus aisée et de moins en moins coûteuse».
Désormais, le lien contenant/contenu est
rompu, les réseaux numériques permettant en effet la circulation de contenus
d’information (textes, sons, images) débarrassés de la gangue de tout contenant:
«l’information est ainsi en train de devenir un bien économique autonome»,
estiment les auteurs.
On prend alors la mesure de la remise en cause
des modèles économiques classiques par cette «libération» de l’information: un
mouvement de bascule s’opère dans la transition menant de «l’ancienne économie»,
dans laquelle les coûts fixes de création et d’édition des contenus étaient
faibles, relativement aux coûts variables de leur reproduction et de leur
diffusion, vers la «nouvelle économie», dans laquelle ce rapport de coûts est
totalement inversé.
Contenus libérés de leur contenant, biens matériels
à forte valeur ajoutée informationnelle, services enrichis par une mise en
réseau, autant d’éléments nouveaux apportés par la diffusion des TIC, et qui
sont loin d’être sans conséquence sur les fondements structurels de l’économie,
rapportent Curien et Muet.
°- Pour les effets structurants, les auteurs
retiennent cinq
aspects qui méritent attention de leur point de vue:
«• L’information présente les caractéristiques
d’un bien public,
• son élaboration et sa fourniture sont la
source de fortes économies d’échelle,
• les biens informationnels et les services en
réseau, engendrent de puissantes externalités de club,
• l’usage des TIC contribue à distendre la
chaîne de valeur entre la production intermédiaire de commodités banalisées, et
la fourniture finale de biens et services fortement différenciés,
• l’enrichissement informationnel des biens et
services rend nécessaire un apprentissage réciproque de l’offre et de la
demande, dont les TIC sont précisément l’instrument adapté».
En effet, dire que les biens informationnels
présentent les caractères fondamentaux de «non-rivalité» et de «non-exclusion»
propres aux biens publics, c’est aussi dire que ces biens, contrairement aux
biens «privatifs», n’induisent ni restriction, ni réduction de leur consommation
par les uns, du fait de leur consommation par les autres. Autrement, de nombreux agents économiques peuvent
accéder simultanément, et en totalité, à un même contenu informationnel.
Et affirmer que le système de production et de
fourniture du «bien information», est marqué par de fortes économies d’échelle,
c’est affirmer l’existence de trois types de coûts: ceux liés en amont à
élaboration de l’information (coûts fixes importants), ceux liés à sa réplication
et sa transmission (coûts variables), et ceux engendrés en aval par son
assimilation et son utilisation par les acteurs économiques.
Mais étant collectifs, ces processus
nécessitent une mise en réseau globale des agents économiques, qui «serait
irréalisable si l’internet n’offrait précisément une telle interconnexion à un
coût faible et avec une très grande flexibilité».
Dire, enfin, que les biens informationnels, et
par extension les biens dont l’utilisation est liée à des réseaux, sont à
l’origine d’externalités positives considérables, c’est dire que ces dernières
peuvent prendre la forme d’effets de club ou d’effets de réseau: «les
consommations individuelles, loin de s’exclure mutuellement, contribuent à se
valoriser les unes les autres, l’utilité de chaque consommateur étant renforcée
du fait de la présence des autres sur un même réseau».
Biens publics, rendements croissants,
externalités positives de consommation, paquets de produits liés, échanges de
signaux hors marché, un tel «tableau jure singulièrement avec les hypothèses de
la concurrence parfaite, et les conditions habituelles de fonctionnement d’une
économie de marché», concluent les auteurs.
Or, si les TIC «fournissent les instruments
qui devraient en théorie favoriser un fonctionnement plus efficace d’une
économie de marché, elles instillent dans le même temps les ingrédients d’une
économie publique».
En fait, parce que les biens informationnels
possèdent certaines caractéristiques d’un bien public, que leur production et
leur élaboration sont la source d’économies d’échelle importantes, et que leur
diffusion en réseau est à l’origine d’externalités de club. Ils invalident
ainsi «les hypothèses de régularité sous lesquelles le marché, même corrigé à
la marge par des régulations adaptées, est le moteur naturel de l’efficacité
économique. En d’autres termes, l’économie numérique est souvent très éloignée
de la forme la plus achevée du libéralisme».
°- Par ailleurs, notent les auteurs, «la logique
défensive, celle qui anime certains acteurs dominants du secteur informationnel de
l’ancienne économie, inquiets des menaces portées par la nouvelle économie sur
leurs modèles d’affaire, vise à restaurer la liaison entre l’information et son
support physique. Ce que la technologie a fait, la technologie peut le défaire,
d’où les recherches actuelles dans les domaines de la cryptographie, du marquage
des contenus, de la traçabilité, etc».
En définitive, si l’ordre marchand est menacé
par la dématérialisation de l’information, il convient de rétablir le lien
entre contenu et contenant. Afin de décourager les «pirates», il n’est que «d’instituer
un contrôle des accès aux réseaux et aux contenus qu’ils véhiculent, d’empêcher
les reproductions illicites par une application stricte de la législation en
vigueur sur la protection de la propriété intellectuelle, ou encore de brider
le foisonnement des logiciels libres en imposant la brevetabilité des logiciels».
Contrastant avec la logique défensive, la
logique inventive repose, pour les auteurs, sur la construction collective et
«auto-organisée» de relations économiques innovantes, adaptées à la
transformation des conditions structurelles de l’économie.
+ Dans le quatrième axe («TIC et nouvelles
relations économiques»), les auteurs remarquent qu’au fur et à mesure que les
innovations induites par la logique inventive, perceront les résistances de la
logique défensive, «une économie d’un type spécifique émergera peu à peu, dans
laquelle les mécanismes traditionnels du marché et de sa régulation
s’hybrideront avec de nouvelles formes de relations coopératives entre les
agents économiques, et à terme coopétitives», c'est-à-dire mi-coopératives, mi-compétitives
entre entités.
Une telle configuration de marché permet
conjointement l’invention de nouveaux biens et services, et la genèse de
nouvelles fonctions d’utilité. Et c’est justement ce que l’on observe sur internet,
avec l’émergence d’une fonction d’intermédiation électronique («l’infomédiation»),
se plaçant à l’interface offre-demande.
De ce fait, le modèle d’affaires le plus
prometteur, pour les auteurs, ne consiste pas à vendre des produits, mais simplement
à mettre en relation des vendeurs et des acheteurs (e-Bay, Amazon entre autres).
°- Les auteurs observent, sur un autre plan, que «les rendements
croissants internes au secteur de l’information, ainsi que le rôle moteur des
TIC dans la dissociation amont/aval des chaînes de valeur au sein d’autres
secteurs, ont favorisé l’émergence de monopoles mondiaux. En effet, la présence
en amont de coûts fixes très élevés (notamment de R&D), ainsi que les économies
d’échelle liées à l’achat en masse de commodités (notamment sur les places de
marché B to B) poussent les producteurs à s’allier, voire à s’intégrer
horizontalement ou verticalement».
Ces mouvements de concentration, s’ils
permettent des gains d’efficacité productive, peuvent en revanche engendrer des
pertes d’efficacité allocative, en créant des distorsions de concurrence.
En outre, «au sein d’un monopole, le
recouvrement des coûts fixes considérables, qui pèsent sur l’amont de la chaîne
de valeur, risque de s’opérer au moyen de tarifications excessives ou
dissuasives, qui seraient à la fois sans rapport avec des coûts marginaux de
plus en plus faibles, et des dispositions à payer, qui peuvent aller jusqu’à se
muer en exigence de gratuité pour les biens purement informationnels».
°- Par ailleurs, avec l’accélération du progrès technique
et l’étirement de la chaîne de valeur, la maîtrise de l’innovation et le
contrôle des processus de R&D, deviennent des enjeux majeurs pour les
entreprises.
Dans «l’ancienne économie»,
Cette structure a fait, selon Curien et Muet,
la preuve de son efficacité pour les produits informationnels et les services internet,
et est potentiellement généralisable à l’ensemble de l’économie de
l’information, qu’il s’agisse «d’innovation de procédés» dans la production
amont des commodités, ou «d’innovation de produits» dans l’assemblage aval des
biens et services finals.
Le phénomène du logiciel libre constitue un
cas exemplaire d’innovation de produit, reposant sur une coopération souple à
travers le réseau internet.
°- Evoquant la problématique de la régulation
d’internet, les auteurs précisent qu’elle est aujourd’hui assurée par trois
organismes :
• l’ICANN (Internet Corporation for Assigned
Names and Numbers), organisation de droit américain sans but lucratif fondée en
1998, qui s’est vue déléguer par le Département du Commerce la responsabilité
de gérer les attributions des numéros IP, et des noms de domaines,
• l’IETF (Internet Ingeneering Task Force),
organisme de normalisation des protocoles de communication, dépourvu
d’existence juridique,
• le W3C (World Wide Web Consortium),
organisme de normalisation des langages multimédia utilisés sur internet,
formant un club ouvert dont les droits d’adhésion sont néanmoins relativement
élevés.
Ces trois dispositifs ne constituent pas des
organes de régulation au sens propre du terme:
D’abord, «ils ne combinent pas les trois
facultés d’édicter des règles, de surveiller les opérateurs et les usagers, et
de sanctionner les manquements à des obligations, ou les pratiques
attentatoires à des principes qu’ils seraient chargés de défendre, tels que la
loyauté de la concurrence, les libertés publiques, ou la sécurité des échanges».
En fait, l’IETF et le W3C constituent plutôt
des dispositifs de partage des développements techniques, à l’image de ce qui
fonctionne dans le domaine du logiciel
libre: «rien, si ce n’est le besoin d’interopérabilité, n’oblige les
utilisateurs et les opérateurs de l’internet à observer leurs recommandations».
Quant à l’ICANN, il est certes formellement
doté de pouvoirs, mais il ne dispose guère des moyens de supervision
nécessaires, pour les exercer de manière effective.
Ensuite, le statut de chacun des trois
organismes est ambigu, voire même inexistant dans le cas de l’IETF. «Censés
assurer la régulation d’un réseau mondial, ils sont de droit américain et contractants
du gouvernement des États-Unis, ce qui s’avère particulièrement problématique
dans le cas de l’ICANN. Leurs principes de fonctionnement et d’adhésion
n’assurent pas leur indépendance, ce qui les fragilise et jette le doute sur la
légitimité de leurs décisions».
Enfin, l’étendue des compétences de ces
instances de régulation reste floue. En théorie, elles n’ont en charge que la
régulation technique (notamment l’IETF et le W3C) alors que, dans la pratique,
la régulation du réseau et celle de ses usages sont étroitement liées.
Et c’est parce que «les dispositifs techniques
de gouvernance et de régulation d’internet ne sont, ni totalement légitimes, ni
parfaitement complets, que les États se sont progressivement immiscés dans la
régulation socio-économique du réseau».
En même temps, le caractère global, ouvert et
a-territorial de l’internet est un facteur peu propice à l’établissement de
régulations nationales.
C’est la raison pour laquelle, les deux Sommets
de l’ONU (tenus respectivement à Genève et à Tunis) ont évoqué la question de
la gouvernance de l’internet, en faveur d’une gestion «multilatérale,
transparente et démocratique, avec la pleine participation des États, du
secteur privé, de la société civile et des organisations internationales».
C’est dire que la législation n’est pas une réponse suffisante
aux principales questions car, «pour être opératoires, les politiques publiques
doivent conjuguer les actions de toutes les parties prenantes. A titre
d’exemple, ni les pouvoirs publics, ni les entreprises, ni les utilisateurs, ne
peuvent isolément entreprendre de lutter efficacement contre la pornographie
sur internet: la réponse réside en effet dans une combinaison de la loi, des
efforts conjoints des acteurs économiques et de la vigilance des internautes».
5- Dans la deuxième partie, on trouve un
commentaire et deux textes complémentaires:
+ Elie Cohen (dans son commentaire) soutient,
comme les auteurs, qu’effectivement la
révolution numérique nous a fait basculer, non dans la nouvelle économie, mais
dans une société de l’information. Il les soutient aussi dans l’assertion selon
laquelle les nouvelles forces productives (les technologies numériques) entrent
en conflit avec les anciens rapports de production (la propriété et le marché),
et que l’économie de l’information prospère davantage dans un système de «planification
distribuée» que dans une économie de marché décentralisée… Les auteurs retrouvent
ici, selon Cohen, la loi fondamentale du marxisme, à savoir la contradiction
entre forces productives et rapports de production.
Et le commentateur d’évoquer deux scénarios: soit
les acteurs s’accrochent aux modèles économiques anciens de la propriété et du
commerce et, alors le développement de la société de l’information est brimé,
la technologie est dévoyée en dispositifs redondants de sécurité (scénario
protectionniste). Soit (scénario évolutionniste) les acteurs publics et privés
inventent un nouveau mode de financement des coûts fixes de production et de
diffusion des biens et services informationnels, permettant un accès gratuit à ces
ressources, et la société de l’information continue son développement.
L’auteur privilégie le second scénario.
Il s’arrête sur la contribution des NTIC à la croissance (0,9
% par an aux États-Unis et 0,35 % en France) et s’interroge, comme pour
contester l’observation de Curien et Muet: Pouvons-nous l’attribuer, avec assurance,
à l’usage massif des NTIC?
Même interrogation s’agissant du rôle des
technologies de l’information dans l’explosion des marchés financiers: «quel
rapport y a-t-il entre la déréglementation des marchés financiers et la
révolution des NTIC ? Faut-il rappeler ici que les systèmes de compensation
électroniques n’ont pas attendu l’internet pour émerger et se développer?».
Mais le reproche principal s’adresse à la thèse
centrale des auteurs, selon laquelle le passage d’une société industrielle à
une société de l’information traduit la fin programmée de la galaxie Gutenberg
au profit de la galaxie internet…et la disparition programmée de la distinction
contenant-contenu.
De deux choses l’une, dit Cohen: «ou les
auteurs veulent simplement nous dire que l’économie contemporaine a été
profondément remodelée par la mondialisation, l’irruption des nouvelles
technologies, la déréglementation financière…et dans ce cas, ils ont
incontestablement raison. Mais pourquoi parler alors de société de
l’information, et surtout pourquoi consacrer tant de développements à l’internet
et à la diffusion des microordinateurs connectés dans les collèges et lycées? Ou
les auteurs pensent vraiment que l’internet est la clé de tout, et alors ils ne
l’ont simplement pas démontré».
En même temps, Cohen considère le e-commerce est
un commerce comme les autres, et que les
formes de concurrence ne changent pas du seul fait de l’internet. «Non, les marchés
virtuels ne sont pas plus efficaces que les marchés physiques en termes de
prix, d’élasticité, et d’absence de frottement», dit- il.
+ Dans son texte («Les enjeux juridiques
de l’internet au regard de la préparation du Sommet de Genève»), Isabelle Falque-Pierrotin
constate que le Sommet de Genève se présente aujourd’hui comme ayant
l’intention de mettre au point une déclaration de principes et un plan
d’action. Les sujets que le processus recouvre sont nombreux, et libellés en
des termes tels que l’on peut évoquer l’ensemble des questions actuelles de l’internet.
Le sommet veut, selon elle, poser les bases
constitutionnelles de la société de l’information, plus qu’il ne se présente
comme un grand plan Marshall pour le Sud.
En même temps, Falque-Pierrotin considère que
la question de la régulation pour l’internet se pose avec acuité, parce qu’elle
est capacité d’équilibre, de pilotage et de fixation de règles. «Sans
régulation, il n’y a pas de socialisation possible, mais la jungle et le chaos.
Il semble bien que la complexité du réseau pose un défi aux mécanismes
traditionnels de régulation, qui donnaient un rôle privilégié à la
réglementation publique».
En pratique, dit elle, «il est nécessaire de fixer, au niveau
interétatique, les grands principes qui doivent gouverner la coordination
technique de l’internet: cela pourrait être soit au sein d’une convention
internationale, soit au travers l’adoption par une organisation
intergouvernementale, de principes fondateurs de cette coordination technique,
devant avoir une composition tripartite avec des représentants de gouvernement,
du secteur de l’industrie et de la société civile».
Il paraît ainsi, à ses yeux, nécessaire de
travailler au niveau mondial «à la recherche d’un point d’équilibre entre les libertés
et les intérêts en conflit, de rechercher comment la contamination réciproque
des cultures juridiques peut permettre la constitution d’une forme d’ordre
public international».
+ Dans son texte («L’économie fondée sur
le savoir») Dominique Foray précise que «certains, qui avaient pensé que
les notions de nouvelle économie et d’économie fondée sur le savoir (EFS)
exprimaient plus ou moins le même phénomène, ont conclu logiquement que
l’éclatement de la bulle internet scellait la disparition de l’EFS».
Notre conception est différente, dit Foray. «Nous
pensons que l’expression EFS est toujours d’actualité, en ce qu’elle
caractérise un scénario possible de transformation de nos économies» sur le
plan économique, technologique et institutionnel:
• elle traduit non seulement une accélération
du rythme de création de la connaissance, qui concerne notamment (mais pas
seulement) les domaines de la science, de la technologie et de l’ingénierie,
mais aussi un accroissement de la dispersion et de la décentralisation des
processus de création de connaissance.
L’EFS ne correspond donc pas forcément à de
nouvelles activités économiques, ou de nouveaux secteurs. Elle ne correspond
pas non plus à un basculement général et brutal, mais plutôt à une «diffusion
lente de ces conditions», dit Foray.
Les principaux aspects de l’EFS, consistent
donc pour lui en:
• la progression historique des
investissements en connaissance (qui composent une partie significative du
stock réel de capital intangible) à partir de la crise de 1929,
• le paradoxe de la productivité lié aux
technologies de l’information,
• les situations dans lesquelles «ces
différentes transformations se conjuguent pour donner lieu à une économie
fondée sur les savoirs».
Par conséquent, la hausse de la productivité
des processus de recherche d’information et l’économie des ressources
cognitives, sont deux exigences pour permettre aux agents socio-économiques de «manœuvrer
efficacement dans un univers riche en connaissance et en information».
C’est la raison pour laquelle, il considère, sur
un autre plan, que ce qui devrait compter, pour les pays du Tiers Monde à l’heure
actuelle, ce n’est pas le fossé numérique, mais bien le fossé de connaissance...
Yahya El Yahyaoui
Rabat, 5 Avril 2007.