«L'Union Européenne et ses
relations de voisinage»
Veyrier. Y, CES, Mai 2009, 84 p.
1- En introduction à ce rapport,
l’auteur dit commence par dire ceci : «les politiques de l’Union européenne
(UE) vis-à-vis de son voisinage géographique ont été longtemps dominées par le
processus d’élargissement. Mais, avec une Union désormais composée de 27 États
membres et de nouveaux élargissements en perspective (pays des Balkans du
Sud-Est et Turquie), les relations avec les pays voisins se posent en des termes
renouvelés».
En effet, tandis que l’UE peine à sortir de la crise qui
affecte le fonctionnement de ses institutions, la question des frontières, celle des
limites de sa «capacité d’absorption», régulièrement évoquées pour justifier
une pause dans
l’élargissement,
ont resurgi avec plus d’acuité.
Dans le même temps, «la nécessité s’est imposée de conférer
une nouvelle
dimension
à la politique extérieure de l’Union vis-à-vis de son voisinage. Il s’agit de tirer les
conséquences de l’élargissement à l’Est et de redéfinir la forme et le contenu de la
coopération avec les voisins du Sud».
Mise en oeuvre à partir des années 2003-2004, la Politique
Européenne de Voisinage (PEV)
constitue le cadre de référence des relations entre l’Union européenne et ses voisins. Distincte
de l’élargissement, la PEV est présentée aujourd’hui comme une politique globale qui a vocation à devenir, à
son tour, un
«instrument central de la politique
étrangère» de l’UE.
Dans cette perspective, la PEV ambitionne «d’asseoir dans le
voisinage de
l’UE
une zone de prospérité, de stabilité et de sécurité, fondée sur les droits de l’Homme, la
démocratie et l’état de droit».
Mais «la diversité des pays et des domaines couverts, la
complexité des
mécanismes
de sa mise en oeuvre, l’intervention d’autres instruments de politiques
régionales, ainsi que d’autres acteurs n’en soulèvent pas moins des interrogations
quant à la cohérence d’ensemble et donc à la visibilité de cette politique». Tout
l’enjeu ici est d’affirmer la nécessité «de faire progresser les relations avec
les pays voisins sur la base de valeurs politiques et économiques communes».
La PEV était originellement tournée vers les «nouveaux
voisins de l’Est» (Ukraine, Moldavie et Bélarus), dont la situation pouvait
laisser deviner la complexité et les enjeux d’une politique globale de l’Union
à l’égard de son voisinage.
Cependant, «afin d’éviter un affichage par trop ciblé sur
ces trois États, le Conseil européen incluait, à leur côté, les pays du Sud de
la Méditerranée».
La politique de voisinage stabilisait ainsi sa configuration
à 16 pays,
recouvrant
un large espace, depuis l’Est européen (Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Moldavie,
Géorgie, Ukraine) jusqu’au Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie, Libye), en passant par le Proche-Orient
(Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Syrie, Autorité palestinienne).
Si la carte de la PEV est largement définie, elle ne
comprend pas pour autant tous les pays qui participent du voisinage
géographique de l’Union. Limitée aux «pays voisins qui n’ont actuellement aucune
perspective
d’adhésion»,
elle ne concerne ni les pays candidats (Croatie, ancienne République yougoslave de Macédoine, Turquie), ni les
candidats potentiels (Albanie, Bosnie et Herzégovine, Monténégro, Serbie,
Kosovo).
Les futurs «voisins»
de l’UE, au terme éventuel du processus d’adhésion de la Turquie (Irak, Iran), ne sont pas non plus couverts. La Fédération de
Russie, bien que voisine géographique, n’est pas davantage intégrée à la PEV, tout en étant qualifiée de
«partenaire
stratégique».
D’autres États, géographiquement voisins, ne sont pas non
plus
associés
à la PEV, qu’il s’agisse des membres de l’Espace économique européen (Islande,
Norvège, Lichtenstein), de la Suisse ou de Monaco et d’Andorre.
Parallèlement à la définition de son champ géographique, l’UE
adoptait les grandes lignes du contenu de la politique de voisinage en affichant l’objectif «de faire
progresser les relations avec les pays voisins sur la base de valeurs politiques et économiques communes» (promotion
de la démocratie, des droits de l’Homme et de la paix, réalisation de progrès dans le
domaine social, coopération accrue dans le domaine de la
justice et des
affaires
intérieures en particulier en ce qui concerne la gestion des frontières, la
circulation des personnes, les migrations, la lutte contre le terrorisme…etc).
2- Si la PEV est devenue la pierre angulaire de la politique
de l’Union
vis-à-vis
de ses voisins, elle n’en exclut pas pour autant d’autres cadres de coopération
régionale.
Au Sud par exemple, le Partenariat Euro-méditerranéen, issu
du Processus de
Barcelone,
poursuit depuis 1995 l’objectif de construire autour de la Méditerranée «une zone de paix et de prospérité
partagée».
En avril 2007, la Commission a également présenté une
communication
relative
à la mise en oeuvre de «la synergie de la Mer noire». Dix États, dont la Russie et la
Turquie, y sont associés et sept États membres de l’UE, dont la France, y ont un
statut d’observateur. La Commission qualifie cette coopération «d’initiative à finalité régionale
destinée à dynamiser la dimension bilatérale de la PEV et à compléter le
processus
de
préadhésion à l’UE de la Turquie».
C’est pour dire le défi posé à l’UE quant à l’équilibre à
trouver entre approfondissement et élargissement. «Convient-il… d’accorder la priorité à
un projet
politique,
économiquement et socialement cohérent, bâti sur un ensemble continental
géographiquement resserré ? Ou bien faut-il privilégier un projet mettant l’accent sur l’organisation et la
stabilisation d’un espace économique plus large ?».
Dans ce contexte, on ne peut que s’interroger sur les
limites de
cette
politique de voisinage conduisant à proposer aux pays partenaires «tout de l’UE sauf les institutions».
La PEV pâtit aussi d’une insuffisante lisibilité. Pour une
large part,
«ce manque de
visibilité s’explique par la multiplicité des acteurs, des instruments et des politiques
qui interviennent et s’entrecroisent dans cet espace géographique. Le renforcement de la PEV milite en
faveur de la recherche d’une coordination et d’une mise en cohérence des actions
déployées non seulement par l’Union européenne mais également par les États
membres eux-mêmes au titre de leur propre politique étrangère».
L’Union Européenne, dit le rapport, est une «construction
institutionnelle singulière dont les limites résultent de la seule volonté d’États qui
ont décidé, de façon librement consentie, à un moment donné, de s’unir. Dans ce
contexte, vouloir en tracer les frontières finales serait tout aussi irréaliste que de
prôner une expansion sans limite. La force de l’Union européenne réside dans sa
capacité à demeurer potentiellement ouverte».
En ce sens et «sans transiger sur les valeurs, les droits et les libertés fondamentales, il
lui faut certainement inventer des modes renouvelés d’association. Cette
diversification des formes de relations à établir avec les pays parties à la PEV doit revêtir
des formes d’ouverture variées qui, sans exclure l’adhésion, dessineraient des
cadres souples et évolutifs aux circulations, en particulier des personnes, et aux
coopérations».
Dans cette perspective, il serait alors envisageable que la
PEV «évolue
progressivement
vers un espace politique de coopération et d’association euro-méditerranéen, intégrant les actuels cadres de
coopération multilatéraux et régionaux (Union pour la Méditerranée, Partenariat
oriental, Synergie de la Mer Noire, Mer Baltique) à même, au-delà des coopérations
bilatérales, de favoriser la mise en oeuvre d’actions et projets concrets
couvrant des champs très larges : commerce, énergie, économie, état de droit, justice,
questions
environnementales.
Dans cette configuration, la définition de mécanismes, sur
le principe des
coopérations renforcées entre États membres et pays tiers les plus motivés, pour aller
plus loin, ne devrait pas davantage être exclue».
Yahya El Yahyaoui
Rabat, 2 Septembre 2010