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«Les experts parlent de la sensibilisation des Marocains au terrorisme»

Les récents attentats en Algérie ont suscité un débat au Maroc sur la capacité du pays à prévenir des attentats similaires.

Certains critiques font valoir que la stratégie antiterroriste marocaine fait une trop grande part aux questions sécuritaires.

Les attentats suicides de la semaine dernière en Algérie ont incité les Marocains à s'interroger sur la capacité de leur pays à prévenir de tels attentats.

Magharebia a demandé à des spécialistes et à de simples citoyens ce qu'ils pensaient de la sensibilisation aux dangers du terrorisme, et s'ils estimaient que cette question revêt en quelque sorte un caractère d'urgence qui exige une vigilance accrue.

Yahya El Yahyaoui, professeur à l'université et spécialiste en communications, a expliqué que le Maroc manque des capacités de recherche stratégique, que ce soit au sein des universités ou dans les médias, pour réellement diagnostiquer les causes du terrorisme. "Au lieu de cela, nous avons un journalisme saisonnier qui n'est 'activé' que lorsque notre pays connaît des attentats terroristes.

A cet égard, les médias sont insuffisants à tous les niveaux", a-t-il expliqué. Selon lui, la stratégie antiterroriste du Maroc se concentre sur la sécurité, alors que la question devrait être envisagée plus sous l'aspect d'un phénomène politique, social et culturel.

Le professeur El Yahyaoui estime que les médias marocains "sont très faibles; nous ne pouvons trop compter sur eux pour traiter de la question du terrorisme. Ils traitent ce phénomène comme une exception, alors que la menace terroriste peut venir de là où nous l'attendons le moins. Al-Qaïda, par exemple, s'est installée et répandue dans l'ensemble du Maghreb arabe. Nous ne pouvons traiter ce phénomène à la légère, pas plus que nous ne pouvons dépendre d'une stratégie purement sécuritaire pour lutter contre lui".

La journaliste Kenza Wadie affirme que les attentats au Maroc n'ont pas été aussi intenses que ceux qu'a connus l'Algérie. En conséquence, "il est naturel que nous ne disposions pas de la même stratégie pour les traiter. Il n'a pas été clairement établi que la responsabilité de ces attentats avait été revendiquée par al-Qaïda. Ils ont plutôt été perpétrés par de jeunes hommes souffrant de marginalisation et de la pauvreté, et qui ne trouvaient aucun moyen d'exprimer leur ressentiment autre que de recourir à des opérations individuelles et isolées. La preuve en est les moyens modestes et très conventionnels utilisés lors de ces attentats".

Mme Wadie explique que la presse ne doit ni exagérer ni surestimer la question. Bien mieux, affirme-t-elle, elle devrait analyser le phénomène et en examiner les causes. "Nous avons confiance en la stratégie sécuritaire de l'Etat, qui a permis à ce jour de prévenir toutes les tentatives et éviter d'autres catastrophes au Maroc".

La journaliste affirme que cultiver un sentiment de danger et de peur n'aidera pas le Maroc à éviter le désastre. "C'est plutôt la stratégie de sécurité adoptée par le Maroc qui y parviendra".

Khaled, un étudiant, affirme que la presse pourrait produire l'effet inverse si elle s'efforçait de renforcer la sensibilisation des Marocains. "Dans de tels cas, la presse cherche à sensationnaliser les évènements. Elle cherche par conséquent délibérément à exagérer les choses ou se fonde sur des témoignages oculaires qui peuvent s'avérer peu fiables. Quant aux médias audiovisuels, ils ne ressentent pas l'urgence des évènements terroristes, et sont les derniers à rapporter de tels évènements. Ils sont précédés en cela par les chaînes satellitaires. Comment, dans ces conditions, pouvons-nous nous attendre à ce qu'ils jouent leur rôle pour rendre les citoyens plus vigilants ?".

Abdellah, un employé, explique les Marocains sont devenus très soupçonneux envers tout mouvement suspect, que ce soit dans leurs quartiers ou dans d'autres lieux publics. "Ceux qui ont vécu les 11 mars, 10 et 14 avril derniers n'attendent pas que les médias leur disent d'être vigilants. Leur réflexion et leur sens de la citoyenneté les maintiennent à un niveau de vigilance et d'alerte envers tout ce qui pourrait menacer leur sécurité et la sécurité de leur pays", explique-t-il.

Imane Belhaj pour Magharebia, Casablanca, 20/12/07

* «Les experts parlent de la sensibilisation des marocains au terrorisme», Déclaration, site Maghrebia, 20 Décembre 2007.

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