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«Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire»

Larcher. G et al., Colloque, Sénat, janvier 2010, 104 p.

Deux problèmes suscitent de vives préoccupations, tant en Europe qu'aux Etats-Unis : le programme nucléaire iranien et le conflit israélo-palestinien.

 Selon les estimations en vogue, note le rapport, "le programme nucléaire iranien devrait permettre à Téhéran de disposer d'une force de frappe nucléaire faible, modeste, mais opérationnelle, aux alentours de 2015. La nucléarisation de l'Iran ne constitue pas en soi une menace pour l'Europe mais elle a toutes les chances d'inciter l'Arabie Saoudite et l'Egypte à suivre l'exemple de l'Iran, soit par leurs propres moyens, soit en liaison avec le Pakistan, dont il est difficile de penser qu'il résisterait longtemps aux subsides que l'Arabie Saoudite est capable de lui proposer".

Il existe un triple danger en raison de cela. D'abord, "il y a le danger de voir une région aussi instable que le Moyen-Orient dotée d'armes aussi redoutables. Deuxièmement, le fait que l'Iran se dote d'un arsenal nucléaire, même très modeste, et du savoir faire pour le constituer, accroîtrait sûrement son influence au Moyen-Orient,  ce qui ne contribuerait pas à la stabilité de la région. Troisièmement, Israël a fait savoir qu'un tel arsenal entre les mains de l'Iran, dont le Président demande tous les trois mois la disparition d'Israël, constituerait pour Israël un danger existentiel".

 Le second problème qui préoccupe depuis toujours les chancelleries, c'est évidemment le conflit israélo-palestinien. Ce que l'on peut en dire brièvement, indique le rapport, c'est que "la solution de ce conflit n'a jamais semblé plus éloignée qu'aujourd'hui, ceci pour deux raisons. D'une part, Israël n'accepte pas, malgré la pression américaine, de mettre un terme à l'extension de ses colonies de peuplement… D'autre part, la division du mouvement palestinien, entre le Hamas qui contrôle la bande de Gaza et l'Autorité palestinienne installée en Cisjordanie, n'a pas permis jusqu'à présent …de désigner un négociateur unique pour l'ensemble des mouvements palestiniens".

Le Moyen-Orient va mal, conclut le rapport. On pourrait, dit-il, décrire la situation comme suit :

· des régimes qui, presque tous, souffrent d'un déficit de légitimité,

· des successions, que ce soit en système monarchique ou républicain, qui s'apparentent de plus en plus à des passages de témoin héréditaires,

· l'essoufflement des alliés traditionnels de l'Occident dans la région, en particulier l'Egypte et la Jordanie,

· des fractures sectaires, lesquelles, que ce soit en Irak, au Liban ou au Yémen aujourd'hui, s'approfondissent et se diffusent à travers la région,

· un Etat qui s'écroule au Yémen et un autre qui peine à se remettre en Irak,

· une guerre contre le terrorisme qui semble amplifier le terrorisme plutôt que l'affaiblir,

· un enracinement de l'Islamisme militant,

· une croyance répandue et forte en l'efficacité de la violence et des actions militaires, que ce soit en Israël, chez les Palestiniens ou dans d'autres pays arabes,

· une désaffection croissante vis-à-vis de l'Occident,

· une perte d'influence et de capacité dissuasive des Etats-Unis, surtout après la guerre en Irak, mais également avec les effets induits de la guerre en Afghanistan,

· l'effondrement et le discrédit du processus de paix israélo-arabe,

· l'émiettement géographique, politique et social du Mouvement national palestinien,

· l'ancrage à droite d'une opinion publique israélienne qui a perdu foi dans la paix,

· le risque croissant de prolifération nucléaire et de conflit autour du programme nucléaire iranien,

· des menaces toujours présentes de nouvelles guerres meurtrières, coûteuses et totalement inefficaces, que ce soit entre Israël et le Hamas à Gaza, ou entre Israël et le Hezbollah au Liban.

L'on pourrait ainsi conclure que "la véritable rivalité dans la région n'est pas entre les membres d'un axe pro-iranien et ceux d'un axe pro-occidental, mais plutôt entre ceux qui relaient une vision iranienne et les tenants d'une autre vision, forgée par la Turquie".

 La première, la vision iranienne, met l'accent sur la résistance aux projets occidentaux et à Israël. Elle répond à une demande, à une soif un peu tiers-mondiste, de dignité et d'auto-détermination du monde arabe et du monde musulman et elle se conjugue principalement sur le mode militant.

 A l'opposé, la vision turque met l'accent sur la diplomatie tous azimuts. Elle récuse les boycotts ou les interdits de dialogue et elle privilégie l'intégration économique et l'interdépendance régionale.

Bien qu'aucune de ces deux visions ne soit arabe, "les deux sont pertinentes, les deux ont de l'écho dans la région, s'accordent avec l'humeur des citoyens de la région et jouissent d'un soutien légitime et authentique".

Quoi que l'on puisse penser du programme nucléaire iranien et de sa légitimité, affirme le rapport, "nul ne peut aujourd'hui sous-estimer les risques qu'on vient d'entendre de prolifération ou encore d'une attaque provenant - beaucoup le croient ou le craignent - d'Israël contre les centrales nucléaires iraniennes".

 On n'a pas, observent les rapporteurs, de "conclusion définitive sur la question de savoir si l'Iran a pris la décision irrévocable de développer une bombe. Certainement. Il a beaucoup fait pour attiser les soupçons, ou du moins faire croire qu'il cherche à s'en donner les moyens, quitte à en rester là. Il est capable de se doter de l'arme atomique, mais est conscient des périls qu'il encourrait s'il venait à franchir ce pas".

Par ailleurs, "cela fait longtemps qu'Israël a accru la portée de ses porteurs de missiles qui peuvent très certainement atteindre l'Iran. Il s'agit donc de deux pays qui se ciblent, l'un l'autre, et potentiellement avec des moyens nucléaires. Vous avez des pays dans le Golfe qui sont en train d'acheter des défenses anti-missiles balistiques pour se protéger de ces menaces. Les Etats-Unis envisagent non seulement des options de frappe conventionnelle, mais aussi des options de dissuasion étendue contre l'Iran".

L'Iran n'est pas aveugle et le voit bien. Il s'agit d'un acteur doué et bien informé. Il n'est pas passif. Il en tire des conséquences dans sa planification stratégique et dans sa surveillance de la littérature stratégique étrangère.

Les Iraniens disent que puisque l'Etat hébreu possède l'arme nucléaire, ils ont le droit de développer l'arme nucléaire. En même temps, ils n'ont pas besoin d'arme nucléaire pour se défendre, mais ils ont besoin d'une capacité nucléaire pour apparaître comme une puissance régionale.

Ce qui et sûr, note le rapport, c'est que l'on ne peut détruire la base technologique iranienne, mais on peut ralentir les efforts de l'Iran pour plusieurs années. "Une des raisons animant le débat israélien est de savoir si vous croyez que ralentir les efforts des iraniens pour de nombreuses années marchera ou si cela les provoquera et les incitera à un déploiement beaucoup plus important et à des efforts beaucoup plus larges en ce sens".

Rubrique « Lu Pour Vous »

13 septembre 2012

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