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«La Chine en Afrique: intérêts et pratiques»

Niquet. V, Touati. S, IFRI, Paris, juillet 2011, 112 p.

1- En introduction à ce rapport, l'on lit ceci: "Que ce soit du côté chinois ou du côté africain, il est difficile d'avoir accès aux grands contrats signés impliquant les États, et de faire le tri entre les effets d'annonce et la réalité du terrain. Il est encore plus ardu de comptabiliser les échanges commerciaux et l'action de milliers d'acteurs africains et chinois, particulièrement présents dans le commerce informel, lequel représente une très grande part des économies africaines".

Mais au-delà de ceci, le rapport note que "en moins d'une quinzaine d'années, la Chine s'est élevée au rang de puissance africaine de premier rang, en couvrant un large éventail de domaines : économiques, politiques, diplomatiques et militaires.

Durant cette période, la Chine est devenue le second partenaire économique du continent africain (Afrique du nord incluse). Les voyages de dignitaires chinois en Afrique se sont multipliés, accompagnés de leurs lots de partenariats de développement, de signatures de contrats, dont certains ont impressionné par leur ampleur et leur nature. De leur côté, les dirigeants africains ont pris leurs habitudes en Chine, que ce soit lors de voyages individuels ou lors des grandes réunions organisées par le Forum de coopération sino-africain (FCSA) qui se tiennent alternativement en Chine ou sur le continent africain".

En même temps, la présence militaire chinoise, longtemps discrète, "s'est accrue au travers de partenariats bilatéraux conclus avec des pays comme le Soudan ou le Zimbabwe, mais également de façon multilatérale, avec la participation de troupes chinoises aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, ou encore l'envoi de navires de guerre pour participer à la sécurisation du Golfe d'Aden, maillon sensible d'une route maritime stratégique".

La corrélation entre tous ces facteurs dans un laps de temps relativement bref (une décennie) met en évidence la mise en place d'une stratégie africaine de la Chine, observe le rapport.

Cependant, observe-t-il par ailleurs, il serait abusif de croire que les succès de cette offensive chinoise en Afrique ne seraient que le résultat d'un plan concerté, parfaitement centralisé et rationnel. Au contraire, "ces succès viennent sans doute de la conjugaison particulièrement dynamique d'efforts individuels et collectifs portés par une même confiance dans l'intérêt que représentent le continent africain et ses opportunités pour la Chine".

Les raisons qui expliquent la réussite des entreprises chinoises en Afrique sont multiples : "soutien puissant de l'État chinois, bonne adaptation structurelle des entreprises chinoises, très grand pragmatisme économique, absence de conditionnalités et enfin, possibilités accrues en matière de marges et de prises de risque. Pour la Chine et ses entreprises, l'objectif est avant tout de prendre pied dans les pays africains et d'y remporter des parts de marché".

D'un autre côté, le discours officiel chinois sur les relations sino-africaines met en avant également l'ancienneté de celles-ci et l'expérience commune de l'oppression coloniale, ce qui permet de créer un sentiment d'intérêt commun qui contraste avec les anciennes métropoles occidentales.

En effet, l'intérêt contemporain de la Chine pour l'Afrique remonte à 1949. La Chine accompagnait alors le continent africain au moment des mouvements de libération et des indépendances. La conférence de Bandung de 1955 a permis d'amorcer un dialogue sino-africain sur des enjeux politiques et diplomatiques vitaux pour Pékin, tels que le mouvement des non-alignés, la reconnaissance de la République Populaire de Chine et la revendication du siège au Conseil de sécurité des Nations Unies tenu par Taïwan de 1949 à 1971.

On observe ainsi que l'ensemble des éléments de «l'offensive» chinoise des années 1990-2000 y a germé : diplomatie, aide au développement, coopération militaire, relations économiques basées sur les exportations africaines de matières premières et les importations de quelques produits manufacturés à bas coût.

2- Mais en dépit de ces discours, les relations économiques entre la Chine et l'Afrique ont suivi un modèle d'échanges Nord-Sud qui n'a pas fondamentalement évolué. La Chine exportait des produits manufacturés et importait des matières premières. La réelle différence réside dans le poids du pétrole dans les échanges, très inférieur à son niveau d'aujourd'hui, du fait de l'autosuffisance chinoise jusqu'en 1993.

L'approche Sud-Sud de la coopération qui a permis à la RPC de marquer sa singularité vis-à-vis de l'URSS, lui permet aujourd'hui de se démarquer du prétendu «impérialisme» occidental. Ainsi, la Chine peut aujourd'hui mobiliser une véritable profondeur historique et idéologique pour étayer une stratégie d'implantation en Afrique particulièrement efficace.

La question taïwanaise a constitué le second grand enjeu de l'offensive chinoise en Afrique jusqu'au milieu des années 1990. La Chine a toujours maintenu une certaine pression sur les soutiens africains de Taïwan. Avec le regain d'intérêt pour le continent dans les années 1990, l'offensive diplomatique s'est accélérée, appuyée par des arguments économiques beaucoup plus conséquents.

La Chine peut donc arguer de la longévité de ses rapports avec le continent pour marquer des points face à la contre-offensive politique, diplomatique, économique et idéologique lancée par les pays occidentaux ces dernières années.

L'intérêt de la Chine pour l'Afrique repose donc pour une large part sur le constat et la prise en compte d'une complémentarité économique. La Chine a un grand besoin de matières premières pour faire tourner son économie, mais est également en quête de nouveaux marchés pour ses produits manufacturés, dans un modèle de croissance fortement tiré par les exportations.

Reflet de cette complémentarité, en 2008, la Chine importait 30% de son pétrole du continent africain, et le volume des échanges avec l'Afrique avait dépassé la barre des 100 milliards de dollars, en avance sur les prévisions annoncées par les autorités chinoises lors du sommet sino-africain de Pékin en 2006.

L'action et les succès de la Chine en Afrique sont par conséquent, particulièrement significatifs dans un certain nombre de secteurs économiques clefs tels l'énergie, les matières premières, l'agriculture et l'agroalimentaire, le BTP et les services…d'où l'intérêt partagé d'une "solidarité forte et solide".

Rubrique « Lu Pour Vous »

10 mai 2012

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