L’instance du dialogue national sur «Médias et société», coordonné par l’enseignant-chercheur Jamal Eddine Naji, avait tenu sur plus d’une année des réunions marathoniennes avec les acteurs politique, économiques et de la société civile du pays.
Un rapport lourd mais vide. Le diagnostic que dressent les spécialistes et chercheurs dans le secteur des médias et de l’information ne fait pas d’éloge aux conclusions auxquelles a abouti le dialogue national «Médias et société». Au total, ce sont 303 recommandations que livre la feuille de route dont l’élaboration a nécessité un investissement humain et financier colossal. Mais le résultat ne semble pas convaincre les chercheurs et experts du domaine. Invités par l’Organisation pour les libertés d’information et d’expression (OLIE) à « Une lecture des conclusions » de la feuille de route élaborée par la coordination générale de ce dialogue national, jeudi dernier à Rabat, leurs impressions ont toutes convergé vers une question « Quel est le véritable intérêt des recommandations ?».
L’expert ne mâche pas ses mots et va même jusqu’à dénoncer une dépense stérile. « Pourquoi dilapider 350 millions (3,5 MDH, ndlr) pour un diagnostic qu’on aurait pu confier à un étudiant de l’Institut supérieur de l’information et de la communication ?», s’interroge Yahya El Yahyaoui soulignant que certaines recommandations sont même « inutiles ». «Comment peut-on, par exemple, proposer la gouvernance de l’Internet ? Le Maroc n’a aucun pouvoir sur la toile », rappelle-t-il. Le spécialiste dont les critiques remettent en question le fond mais aussi la forme de la feuille de route tient tout de même à préciser que ses remarques ne doivent aucunement être interprétées comme «un règlement de comptes» quelconque, mais comme un diagnostic scientifique.
Sont-elles toujours valables ?
«Ils sont présentés comme deux entités contradictoires, or, la société n’est pas à l’opposé des médias et vice versa. C’est «Médias et État » qu’on aurait dû proposer comme thématique», soutient-il. Autre défaillance du rapport : la participation des partis politiques qui, aux yeux de ce professionnel, ne peut être qualifiée que de «faible».
«Seuls neuf partis politiques ont présenté leurs mémorandums du dialogue national à l’instance chargée de tracer la feuille de route », rappelle-t-il faisant allusion au manque d’implication de l’ensemble des politiques dans le chantier des médias. Aziz Koukass s’interroge, par ailleurs, sur l’adéquation des recommandations avec le contexte du changement que connaît le Maroc. «Après le déclenchement du Mouvement du 20 février 2011, est-ce que ces recommandations sont toujours valables ?», se demande-t-il.
Leïla Hallaoui, 22 avril 2012