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«Villes du futur, futur des villes: quel avenir pour les villes du monde?»

J. P. Sueur,  Rapport, Sénat, Paris, 321 p.

1- Insécurité, ségrégation, violence, pollution, hyperdensité : la ville apparaît dans l’inconscient collectif comme le réceptacle de toutes les misères, note l'auteur de prime abord.

Mais, de Tunis au Caire comme à Athènes ou à Madrid, c’est sur les places des villes que bat le cœur de l’histoire. Les révolutions sont filles des villes.

Les villes d’aujourd’hui sont "le fruit de décisions prises il y a cinquante ans, cent ans, ou il y a plusieurs siècles. Les choix, ou les non choix, d’urbanisme d’aujourd’hui produiront leurs effets dans un demi-siècle".

La ville est le fruit de programmes, de plans, de desseins, de volontés. Elle est "indissociablement un être vivant, se bâtissant, se transformant, évoluant au gré des initiatives de tous ceux, citoyens, services publics, entreprises, qui en sont les habitants, les usagers, les promoteurs et les acteurs".

Au cœur de cet ensemble complexe, fait de projets et de libertés, il y a la volonté politique, et la politique tout court.

La ville s’est "classiquement développée en cercles concentriques autour d’un centre. C’est ce qu’on rencontre le plus fréquemment, y compris dans les villes dont le développement est récent. Il y a, certes, de notables exceptions, et notamment ces villes américaines qui n’ont pratiquement pas de centre, ou d’autres villes qui en raison de l’histoire, se sont constituées autour de plusieurs centralités".

Mais le modèle le plus courant est celui de la ville concentrique, qui se traduit le plus fréquemment par des entités qualitativement différentes à mesure qu’on s’éloigne du centre. Ce centre est le lieu du pouvoir, du patrimoine, c’est le centre économique, il y a de surcroît une dimension symbolique: "on passe du centre au faubourg, des faubourgs à la banlieue ou à la périphérie, des banlieues à la grande banlieue ou à la banlieue plus lointaine encore".

Il n’empêche que le modèle concentrique "induit l’idée qu’il y a en particulier au centre, un espace urbain noble et doté d’une certaine densité en matière d’urbanité, cependant que d’autres espaces dans la ville ou l’agglomération ne le seraient pas ou le seraient moins". D’où l’idée et le projet d’une ville polycentrique, "une ville structurée autour d’une pluralité ou d’une constellation de centres et de centralités, une ville multipolaire.

Lorsqu’on regarde, observe l'auteur, les fronts de ville à New-York, Los Angeles, Dubaï, Hong Kong, Shanghai ou à Paris-La Défense, on constate de grandes similitudes, comme si un modèle unique se reproduisant à l’infini, archétype de la ville monde ou ville mondiale.

Ici, la mondialisation est à l’œuvre, "mondialisation architecturale et urbaine se traduisant partout par les mêmes configurations. C’est comme si une seule ville se reproduisait à l’infini".

2-  De tout temps, rappelle l'auteur, les villes ont été des phénomènes culturels. "D’abord parce qu’elles ont toujours accueilli les artistes et les lieux de culture. Les théâtres, cinémas, musées, conservatoires sont souvent concentrés dans les villes. Mais, au-delà, les villes sont dans leur être même, dans leur configuration, leur architecture, objets de culture".

En même temps, les villes furent façonnées par des pouvoirs régaliens, des aménageurs mettant en oeuvre des desseins d’ensemble. Cela "contribue souvent aussi à leur charme, à leur beauté, à leur personnalité, conjointement à la culture commune et aux pratiques communes inscrites dans l’histoire et le savoir faire des habitants".

C'est la raison pour laquelle, à rebours de la mondialisation uniformisante en vigueur, il est d’autres perspectives : des perspectives plurielles, laissant libre cours à la créativité propre de chaque civilisation, et de chaque civilisation urbaine, favorisant la diversité, le respect des différences.

C'est cela qui conditionnerait l'avenir des villes dans le monde.

Rubrique « Lu Pour Vous »

16 février 2012

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