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« Architecture de la sécurité africaine et renouveau des relations de la France avec les pays africains »

Le Gleut. R, Carlotti. M-A, Bonneau. F, Rapport, Sénat, Paris, 2025, 143 p.

Ce rapport note d’emblée que « la persistance d’un nombre élevé de conflits armés et de crises constitue indéniablement l’un des aspects qui entrave le potentiel de développement du continent africain. Parmi les 50 pays les plus conflictuels actuellement, la moitié se trouvent en Afrique ».

Ces conflits et ces crises constituent, dans les pays qui en sont frappés, un obstacle évident à l’amélioration des conditions de vie des populations. Les violences subies, en particulier par les femmes et les enfants, « sont massives, les économies ne peuvent se développer normalement, des populations entières sont déplacées, des milliers d’école doivent fermer, alors que le défi de l’éducation de la nouvelle génération est immense ».

Ces conflits peuvent avoir de multiples répercutions, qu’elles soient sécuritaires, migratoires ou économiques, de l’autre côté de la Méditerranée et dans le reste de l’Europe.

La France entretient depuis les indépendances de ces pays des liens étroits avec ses anciennes colonies, avec une dimension sécuritaire et militaire marquée. Au-delà de la défense de ses intérêts, et après la période dite de la  « Françafrique » où elle pouvait garantir par des accords militaires la sauvegarde de certains régimes contre leurs opposants extérieurs ou intérieurs, la France « a continué à intervenir, parfois militairement, pour évacuer ses ressortissants, mettre fin à des affrontements armés ou des crises humanitaires, voire assurer une forme de stabilité, en même temps qu’elle soutenait les opérations de maintien de la paix des Nations unies ».

Mais la France a été ces dernières années, sommée de quitter le Mali, le Burkina Faso et le Niger, dans un contexte plus général de dégradation de son image dans les opinions publiques africaines.

D’où la nécessité d’un renouveau à maintes fois brandie, car « chaque nouveau président de la République s’efforce de tirer les leçons de la fin de la Françafrique et de proposer un nouveau narratif, à travers notamment, des discours fondateurs, comme celui de François Mitterrand à la Baule en juin 1990 ou de Nicolas Sarkozy à Dakar en juillet 2007. S’agissant du président Macron, c’est le discours de Ouagadougou du 28 novembre 2017 qui a constitué ce moment fondateur de la relation qu’il souhaitait entretenir avec un continent où se joue une partie de notre avenir commun ».

Cette impulsion nouvelle était marquée par la volonté d’un  « changement de méthode, visant à resserrer les relations bilatérales autour de partenariats économiques, avec les pays anglophones, ou à tout le moins avec des pays du continent africain restés plus éloignés de l’histoire coloniale française ».

Ces opportunités se heurte selon le rapport, à deux grandes catégories de difficultés. D’abord, au plan interne, le niveau de corruption de ces États reste très élevé. L’on a affaire ici à un fonctionnement institutionnel que la science politique qualifie classiquement de « néo-patrimonial », pour désigner le type de relation clientéliste qui lie tel détenteur de ressources publiques avec sa communauté.

La robustesse de ces économies est en outre menacée par la fragilité financière des États. Ceux-ci sont issus de la décolonisation, mais dont l’élite « se borne à prélever une rente sur ce qui traverse la frontière (flux marchands, visas d’entrée ou aide internationale), ne parvenant pas à augmenter ses prélèvements internes, ce qui serait pourtant nécessaire pour répondre aux aspirations de la population ».

Les gouvernements africains sont en conséquence redevenus nombreux à recourir plus massivement à l’endettement. Plus inquiétant que son niveau absolu, « c’est la part prise par son remboursement dans les recettes disponibles qui les place dans une situation difficile. Au Ghana, au Nigeria, au Kenya ou en Angola, la part occupée par la charge d’intérêts de la dette publique dans le total des recettes publiques a presque doublé en une décennie. Au Kenya, elle absorbe en 2024 près de 60 % des recettes fiscales. Le Ghana ou l’Éthiopie n’ont pu éviter le défaut de paiement en 2022 et 2023. D’autres ont été contraints à une restructuration de leur dette, tel l’Angola en 2020. D’autres encore s’engagent dans de douloureux plans de correction budgétaire, tels le Kenya ou le Nigeria ».

La stratégie déployée depuis 2017 par le Gouvernement français en direction de l’Afrique a consisté à investir des secteurs de « soft power » tels que la culture, les industries culturelles et créatives, le sport, la formation professionnelle, l’entrepreneuriat et l’innovation. L’objectif de cette nouvelle orientation était de « tisser davantage de liens avec les sociétés civiles en tentant de mettre à distance le legs symbolique de la colonisation et de la Françafrique, perçus comme freinant la construction d’une relation franco-africaine apaisée et positive. Il s’agissait aussi de développer les liens économiques et culturels pour contrebalancer une approche sécuritaire très critiquée, et de donner une place plus importante à la jeunesse et aux femmes ».

La restitution des oeuvres d’art et des artefacts culturels africains constitue un autre aspect important de cette « volonté de renouveau des relations avec les pays africains ». Cette démarche vise à reconnaître et réparer en partie les spoliations d’oeuvres d’art commises pendant la période coloniale. Le débat sur la restitution des biens culturels n’était pas nouveau, mais il avait été réactivé au cours des dernières années du fait des revendications des Etats africains qui souhaitaient récupérer leur patrimoine culturel.

Par ailleurs, et au sein d’une Afrique subsaharienne qui reste la région du globe où l’intensité conflictuelle est la plus grande, puisqu’elle concentre environ la moitié des conflits à grande échelle recensés dans le monde chaque année, les régions de l’Afrique de l’Est et d’Afrique australe comptent le plus grand nombre de personnes qui nécessitent chaque année une aide humanitaire.

L’approche dite 3D au Sahel avait pour objectif « d’apporter une réponse globale à la crise à travers l’articulation des acteurs de la défense, de la diplomatie et du développement, en phase de prévention, stabilisation et développement ».

Mais au-delà du « sentiment anti-français », de nombreuses critiques sont formulées à l’encontre de la France sur le continent, avec des motivations et des argumentations très variées. Elles traduisent à l’évidence « une forme de perte d’influence, ou mieux un défi lancé à la France sur sa capacité à rester un interlocuteur privilégié. La première marque de respect que notre pays se doit de manifester à l’égard de ses partenaires africains, est d’accorder à ces critiques l’attention qu’elles méritent. Il s’agit ainsi de ne pas céder à la tentation d’en faire la pure expression de la propagande de nos concurrents stratégiques ou encore une simple gesticulation politique ou idéologique. C’est à ce prix que des réponses pourront y être apportées ».

Les critiques émises en Afrique contre la France et la politique qu’elle mène sur le continent ne sont évidemment pas nouvelles, mais « elles se sont intensifiées ces dernières années, à la fois dans leur fréquence et leur virulence ». Ces discours sont souvent accompagnés de manifestations, parfois violentes, contre des intérêts français (entreprises, institutions culturelles, ambassades), et occasionnellement de menaces contre les ressortissants français. Historiquement, ces critiques étaient majoritairement le fait des élites intellectuelles, mais elles ont pénétré les couches populaires, particulièrement en milieu urbain.

Dans tout cela, la France a continué à « parler essentiellement à des classes dirigeantes âgées qu’elle connaissait bien mais qui sont devenues, du seul fait de la dynamique démographique, très minoritaires. D’où une incompréhension croissante des aspirations de la majorité de la population ».

Deux grands types de contestations à l’encontre de la France : d’une part, « une critique motivée, qui repose sur une analyse des actions de la France perçues comme néocoloniales, d’autre part, un discours plus virulent, souvent véhiculé sur les réseaux sociaux par les mouvements néo-panafricanistes, qui transforme ces critiques en diatribes  généralisées ».

Pour résumer la situation, une grande partie des Africains, notamment en Afrique francophone, estime être gouvernée depuis des décennies par « des dirigeants incompétents et corrompus (la preuve en est que leurs pays restent pauvres), dans le cadre de pseudo-démocraties pourtant soutenues par une France qui a toujours préféré le statu quo au nom de la stabilité à court terme : c’est la thèse très répandue du complot de la France contre l’Afrique.

 

Rubrique « Lu Pour Vous »

26 février 2026

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