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« Situation et perspectives de l’espace Schengen »

Marchio. M, Tanguy. L, Rapport, Assemblée nationale, Paris, février 2026, 63 p.

Quarante ans après la signature de l’accord de 1985, « l’espace Schengen demeure l’une des constructions les plus ambitieuses et les plus visibles de l’intégration européenne. Il ne s’agit pas seulement d’un dispositif juridique organisant la suppression des contrôles aux frontières intérieures : Schengen a profondément transformé la géographie politique et économique du continent. Il a rendu possible une circulation quotidienne des personnes, des biens et des services à une échelle inédite, soutenant le marché intérieur, les bassins d’emploi transfrontaliers, les échanges universitaires et touristiques, et, plus largement, une expérience concrète d’appartenance a un espace commun ».

Mais cette liberté n’a jamais été conçue comme une ouverture sans conditions. Dès l’origine, « elle repose sur un équilibre exigeant : à la suppression des frontières intérieures répond le renforcement des frontières extérieures, de la coopération policière et judiciaire, et des instruments d’échange d’informations. Schengen est ainsi fondé sur un pacte implicite entre Etats membres : chacun accepte de renoncer au contrôle systématique de ses frontières internes parce qu’il a confiance dans la capacité des autres à appliquer loyalement les règles communes et à contribuer à la sécurité collective ».

Or cet équilibre est aujourd’hui soumis à une pression durable. L’espace Schengen évolue dans un environnement marqué par des menaces multiples et structurelles. « La criminalité organisée s’est largement déterritorialisée : trafics de stupéfiants, traite des êtres humains, trafic d’armes ou blanchiment d’argent s’appuient sur des chaines logistiques transnationales qui exploitent la fluidité des mobilités européennes. Le trafic illicite de migrants constitue une autre source de tension permanente : largement structuré par des filières organisées, il adapte en continu ses routes et ses modes opératoires aux dispositifs de contrôle, et utilise la liberté de circulation intérieure comme levier logistique une fois la frontière extérieure franchie ».

A cela s’ajoute une menace terroriste persistante, « qui se caractérise moins par des infiltrations massives que par l’action d’individus déjà présents sur le territoire européen, parfois radicalisés localement, dans un contexte géopolitique instable marqué par la guerre en Ukraine et les tensions au Proche et au Moyen-Orient ».

Face à ces défis, les Etats membres et les institutions européennes ont progressivement renforcé l’arsenal juridique et opérationnel. « Le Code frontières Schengen a été révisé, la gouvernance politique a été consolidée avec la création d’un Conseil Schengen, le mandat de Frontex a été considérablement élargi, et les systèmes d’information européens ont connu une transformation profonde avec le développement des frontières intelligentes et de linteropérabilité des bases de données ».

Pourtant, une difficulté majeure persiste : « l’écart entre la sophistication des instruments et leur effectivité concrète. Les mécanismes d’évaluation mettent en évidence des retards ou des insuffisances dans la mise en oeuvre des recommandations. Le partage d’informations demeure fragmenté, les données parfois incomplètes ou hétérogènes, ce qui fragilise la capacité d’anticipation collective. Frontex, malgré l’élargissement de son mandat, fait face à des contraintes capacitaires et organisationnelles qui limitent sa montée en puissance effective. Enfin, la réintroduction répétée de contrôles aux frontières intérieures dans plusieurs Etats membres, traduit une érosion de la confiance mutuelle, coeur du pacte Schengen ».

L’espace Schengen se trouve donc à un moment charnière. « Il n’est pas remis en cause dans son principe, mais il est confronté à une tension croissante entre la permanence des menaces, l’exigence de sécurité exprimée par les Etats membres et les citoyens, et la capacité réelle du système à produire une réponse collective cohérente et crédible ».

Il faudrait rappeler que les accords de Schengen, signés en 1985 puis mis en oeuvre dans les années 1990, reposent sur une logique économique : la libre circulation des biens et des personnes est nécessaire à la cohérence du marché intérieur européen. Toutefois, Schengen acquiert rapidement « une dimension politique et symbolique, incarnant un espace commun de liberté ».

Cette situation révèle « la tension permanente entre liberté de circulation, sécurité et souveraineté nationale, et souligne la nécessite d’une coordination renforcée entre les autorités compétentes, tant pour la sécurisation des frontières extérieures que pour la coopération opérationnelle à l’intérieur de l’espace Schengen ».

Environ 3,5 millions de personnes franchissent chaque jour une frontière intérieure pour travailler, étudier ou retrouver leurs proches, tandis que près de 1,7 million résident dans un Etat de l’espace Schengen et exercent leur activité professionnelle dans un autre. Les européens effectuent par ailleurs près de 1,25 milliard de déplacements annuels au sein de cet espace, ce qui soutient fortement les secteurs du tourisme et de la culture.

Schengen conditionne par conséquent, le fonctionnement du marché intérieur en fluidifiant les échanges et les mobilités. « Les chaines logistiques transfrontalières, les bassins d’emploi frontaliers et une part significative de l’activité économique européenne reposent sur l’absence de contrôles systématiques aux frontières intérieures. En ce sens, Schengen apparait comme une réponse rationnelle à l’interdépendance économique et sociale des Etats membres et comme un moteur essentiel de la croissance, de la compétitivité et de la résilience économique de l’Union ».

Quarante ans après sa création, l’espace Schengen apparait ainsi non seulement comme un symbole de la mobilité européenne, mais comme un « bien commun stratégique » de l’Union.

Rubrique « Lu Pour Vous »

26 mars 2026

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