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« La guerre électronique »

Lemaire. D, Tesson. T, Rapport, Assemblée nationale, Paris, février 2026, 113 p.

La guerre électronique (GE) s’est très tôt, structurée en trois grands volets.  Le premier, « lié aux communications qui ont été la première utilisation militaire du spectre, est celui du renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) basé sur l’interception et l’analyse d’émissions adverses (radios, radars, télécommunications) ». Le second volet est celui de « la GE offensive, qui repose sur des attaques ou des contre-mesures électroniques visant à dégrader, neutraliser ou détruire la capacité de l’adversaire d’exploiter le spectre ». Le troisième volet, défensif, repose sur « la protection contre les actions électromagnétiques adverses, pour préserver la liberté d’action des forces en leur réservant l’usage du spectre ».

La guerre électronique demeure un domaine peu connu du grand public. Cette relative invisibilité tient sans doute d’abord « à une technicité qui résiste parfois à l’analyse, comme à la sensibilité des informations qui s’y rapportent. Ses liens avec le monde du renseignement n’ont pas, effectivement, à être démontrés ».

Cette discrétion médiatique s’accompagne ensuite d’une évidente ambiguïté terminologique. La guerre électronique n’est pas une « guerre électrique, mais bien celle du champ électromagnétique où se propagent les ondes hertziennes ».

Elle est « l’action militaire qui exploite l’énergie électromagnétique pour fournir une appréciation de situation opérationnelle et délivrer des effets offensifs ou défensifs ».

Les opérations militaires se déroulent désormais dans un environnement de plus en plus numérisé et interconnecté. En effet, « les systèmes d’armes, les réseaux d’information, les moyens de commandement, les navigations par satellite, les drones, reposent tous sur l’exploitation du spectre électromagnétique ».

Or, il est certain que ce dernier sera durablement impacté par les grandes révolutions techniques qui s’annoncent : l’apparition massive de l’intelligence artificielle bientôt suivie par les nombreuses applications issues de la physique quantique.

La guerre électronique (GE) redevient un facteur structurant des conflits modernes. Si elle ne suffit pas à elle seule, pour gagner un conflit, en être privé revient à offrir à l’adversaire une supériorité opérationnelle décisive.

De 1950 jusqu’à la chute du Mur de Berlin, le bloc de l’Est s’avère un redoutable compétiteur de guerre électronique, comme l’ont montré les très nombreuses péripéties dans lesquelles les techniques d’espionnage prenaient souvent la forme d’une maîtrise décomplexée du spectre.

L’URSS et ses alliés « instaurent des unités spécialisées et des équipements dédiés à l’écoute, à l’analyse et à l’exploitation des signaux. Des systèmes terrestres sont également déployés au niveau des bataillons et compagnies de reconnaissance pour intercepter les communications de l’OTAN en cas de conflit sur le front central européen ».

L’exploitation massive des communications a conduit à une approche intégrée du renseignement, donnant naissance à de vastes dispositifs d’interception et d’analyse, « à l’image du réseau ECHELON dont le déploiement est resté inconnu du grand public pendant près de quarante ans ».

Si les conflits récents imposent de réapprendre des tactiques et des techniques utilisées dans les années 1970 et 1980, la guerre électronique est profondément différente du fait de la progression importante des technologies tant matérielles que logicielles. L’intelligence artificielle occupe une place de plus en plus importante dans la guerre électronique, à l’image de son rôle croissant dans l’ensemble des domaines du champ de bataille.

Elle permet « d’accélérer considérablement le traitement de volumes massifs de données électromagnétiques, d’améliorer la détection des signaux faibles et de renforcer la résilience des systèmes face aux perturbations. Le théâtre ukrainien voit ainsi émerger les premiers usages de ce que l’on peut qualifier de guerre électronique cognitive. Ces outils, fondés sur l’intelligence artificielle, sont capables d’analyser finement un signal adverse et de générer rapidement une forme d’onde adaptée, spécifiquement conçue pour rompre une liaison ciblée de manière précise et efficace ».

Les États-Unis demeurent probablement la puissance militaire la plus avancée en matière de GE qui a été historiquement facteur de supériorité opérationnelle (furtivité, missiles antiradars, attaques électroniques incluant des intrusions cyber-électroniques testées dès le Kosovo en 1999). Elle s’appuie notamment sur :

°- « La puissance de la R&D (par exemple la maîtrise de la conception des composantes électroniques et de l’informatique embarquée à la pointe de la sophistication s’adossant sur la maîtrise des matériaux),

 °- Le passif d’exploitation supérieur américain en matière de renseignement depuis des décennies (recueil spatial et humain par les forces expéditionnaires, renseignement technique sur les équipements récupérés par divers moyens dans l’ensemble du globe) permettant probablement des bases de données ROEM uniques au monde ».

La Chine n’est peut-être pas au même niveau que les États-Unis en matière de R&D, mais elle bénéficie certainement « d’un phénomène de rattrapage fondé sur l’espionnage et pleinement exploité par une supériorité maintenant établie en matière d’ingénierie de production ».

 

Rubrique « Lu Pour Vous »

16 juillet 2026

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