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« La gouvernance internationale face aux enjeux de la gestion durable de l’eau »

Lautridou. J-Y, Chabason. L, Rapport, Conseil économique, social

et environnemental, Paris, juin 2025, 130 p.

L’eau couvre plus de 70 % de la surface terrestre, mais seule une fraction infime est directement mobilisable pour les besoins humains. Sa préservation et sa gestion durable, en quantité comme en qualité, sont donc essentielles. Généralement perçue comme une ressource naturellement renouvelable, disponible et mobilisable, « l’eau se trouve désormais au coeur d’une tension systémique qui combine dérèglement climatique, pressions démographiques, intensification des usages humains et économiques et dégradation accélérée des hydrosystèmes ».

Cette tension systémique « concerne non seulement la disponibilité quantitative de la ressource, mais également la dégradation qualitative des milieux aquatiques résultant de pollutions diffuses d’origine terrestre, soulignant la nécessité d’une gouvernance intégrée de l’eau fondée sur la prévention des contaminations à la source ».

C’est que le cycle hydrologique est profondément perturbé, « alternant épisodes de sécheresse extrême et événements hydrométéorologiques violents, mettant durablement sous tension les sociétés humaines et les territoires ».

Il ne s’agit plus seulement de pénuries ponctuelles ou régionales, mais d’un déséquilibre structurel entre les stocks d’eau disponibles (eaux de surface, nappes souterraines, humidité des sols, glaciers) et les usages humains, qui fragilise simultanément la sécurité alimentaire, la santé publique, la stabilité économique et la paix entre les États.

L’eau peut à la fois être un enjeu de conflit ou à l’inverse constituer un puissant levier de coopération et de diplomatie.

Avec le dérèglement climatique, la ressource en eau renouvelable par habitant a diminué d’environ 20 % entre 2000 et 2018. Selon un récent rapport de la Banque mondiale (novembre 2025) cette perte d’eau douce est estimée à 324 milliards de m3 par an, ce qui correspond aux besoins annuels de 280 millions de personnes.

Cette évolution est plus marquée dans les pays où la ressource par habitant est la plus basse, tels que l’Afrique subsaharienne (- 41 %) ou l’Asie centrale (- 30 %). En 2025, on estime le nombre d’habitants à 8,23 milliards contre 6 milliards en 2000. « La demande en eau augmente donc mécaniquement en raison de cette croissance rapide de la population, mais aussi des besoins associés au développement (urbanisation, agriculture, industrie, énergie…etc.) ».

Ainsi, la consommation mondiale d’eau a augmenté de 26 % entre 2000 et 2019, « un tiers de cette hausse concernant des pays déjà en voie d’assèchement, confrontés à une double crise marquée à la fois par une hausse de la demande en eau et une diminution de la ressource disponible ».

En 2025, « 2,1 milliards de personnes (25 % de l’humanité) n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée de manière sûre, c’est-à-dire provenant d’une source d’eau située au domicile et exempte de contamination chimique et fécale. La répartition géographique est encore inégalitaire avec des pays à haut accès (Allemagne, France, Islande, Koweït, Nouvelle-Zélande figurent parmi les pays où l’accès est quasi universel) et des pays en difficulté ».

Cette inégalité d’accès traduit des « disparités profondes en matière d’infrastructures, de gouvernance, de stabilité politique et de financement des services publics essentiels. Ainsi en Afrique subsaharienne, plus d’un tiers des habitants n’a toujours pas accès à l’eau potable. Les progrès enregistrés se sont principalement limités aux zones urbaines, pour répondre aux besoins liés à la croissance démographique ».

Ainsi, parmi les personnes ne disposant pas de distribution d’eau potable, quatre sur cinq vivent en zone rurale.

Or, si la question de l’eau génère régulièrement des tensions géopolitiques, « elle divise toutefois moins qu’elle ne réunit et l’accès à l’eau ne compte pas encore parmi les principaux déclencheurs de conflits. Ainsi, sur 6 400 événements liés à l’eau entre 1948 et 2008, la majorité d’entre eux a généré plus de coopération que de conflits. La nécessité de partager une ressource commune et de développer des projets communs (barrages, irrigation, dépollution) semble l’emporter sur les aspects conflictuels et l’eau peut être un vecteur de prospérité partagée entre les pays riverains d’un même bassin, mais également un facteur de paix ».

C’est que depuis le début du XXème siècle, l’eau a rarement été la cause directe d’un conflit. Si elle a parfois joué un rôle de catalyseur, l’intérêt mutuel a jusqu’ici, évité des confrontations relatives à l’eau.

Pendant les conflits armés, « l’eau constitue également dans certains affrontements une arme, une cible, voire un objet de destruction alors qu’elle est protégée par le droit international relatif aux conflits armés ».

L’eau est une ressource vitale, limitée et inégalement répartie, ce qui en fait un enjeu stratégique pour la survie des populations, le développement économique et la paix. « Une gouvernance efficace permet d’établir des règles claires pour l’accès, l’utilisation et la protection de cette ressource, réduisant ainsi les risques de conflits entre acteurs locaux, nationaux et internationaux ».

La gouvernance favorise la coopération entre les parties prenantes, en particulier dans les bassins transfrontaliers, ce qui nécessite des mécanismes de concertation et des accords internationaux pour éviter les tensions.

La gouvernance doit « soutenir une gestion durable de l’eau face aux pressions démographiques, agricoles et climatiques. Une gouvernance intégrée, fondée sur des principes comme la gestion par bassin et la participation des acteurs, permet de concilier les besoins humains avec la préservation des écosystèmes ».

La gouvernance contribue aussi à garantir la paix et la sécurité. L’histoire montre que la rareté de l’eau peut exacerber les tensions sociales et géopolitiques. A l’inverse, des institutions solides et des accords équitables transforment l’eau en vecteur de coopération plutôt qu’en source de conflit. Des initiatives comme les conventions internationales sur les cours d’eau transfrontaliers illustrent ce rôle pacificateur.

 

Rubrique « Lu Pour Vous »

8 octobre 2026

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