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« La nouvelle donne du commerce international » (1/2)

Bonneau. F  et al., Rapport, Sénat, Paris, 17 décembre 2025, 211 p.

 

L’annonce par le président américain Donald Trump d’une hausse massive des droits de douane visant la plupart des partenaires économiques des États-Unis le 2 avril 2025 a constitué, pour l’Union européenne (UE), « une confrontation particulièrement brutale à une réalité souvent négligée : le commerce international est indissociable des dynamiques géopolitiques ».

Cette décision s’inscrit dans « la continuité de la doctrine trumpiste, passée d’America First en 2016, à Make America Great Again (MAGA) en 2024, rompant avec le multilatéralisme, dont les États-Unis ont pourtant longtemps été les promoteurs, au profit d’un protectionnisme confinant au mercantilisme agressif ».

Il s’agit là d’un recentrage des États-Unis sur leurs « intérêts vitaux », y compris dans le domaine économique, et consacre l’approche transactionnelle, voire la prédation, comme des leviers politiques, économiques et militaires. C’est une situation dans laquelle le commerce international apparaît de plus en plus fragmenté et mû par les rapports de force.

La guerre de l’Ukraine a constitué par ailleurs, un bouleversement majeur pour l’économie mondiale, entraînant « l’adoption de sanctions d’ampleur inédite contre la Russie, une réorientation significative des échanges, une recomposition des flux d’hydrocarbures et une fragmentation accrue des circuits commerciaux ».

Le Fonds monétaire international (FMI) indique que, depuis 2020, dans un contexte marqué par les chocs liés à la pandémie, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la montée des tensions géopolitiques, le nombre annuel de nouvelles interventions des Etats en matière de politique industrielle a presque doublé, sous l’impulsion des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Chine, du Japon et de la Corée notamment.

C’est qu’avant 2020, les politiques industrielles répondaient à une logique relativement classique : « les Etats recouraient à des allégements fiscaux, à des subventions ou à des financements de la recherche afin de renforcer la compétitivité de leur économie. Les objectifs poursuivis étaient essentiellement économiques : création d’emplois, soutien à l’innovation, accompagnement de la transition écologique ».

Or, depuis 2020, cette logique s’est profondément transformée : « les motivations économiques ont cédé la place à des préoccupations de sécurité : sécurisation des approvisionnements, contrôle des investissements, maîtrise d’opérations stratégiques…etc. La politique industrielle est désormais appréhendée par les Etats avant tout comme un outil de gestion du risque géopolitique ».

Cette évolution se manifeste essentiellement dans les secteurs situés au carrefour de la technologie et de la sécurité nationale : semi-conducteurs, batteries, minerais critiques, énergies durables. Les secteurs stratégiques, tels que les batteries pour véhicules électriques, les semi-conducteurs ou les équipements solaires concentrent une part importante des nouvelles capacités industrielles relocalisées.

Selon le FMI, la guerre en Ukraine peut être considérée comme un « tournant pour la fragmentation économique mondiale » : depuis 2022, les échanges mondiaux se recomposent autour de blocs géopolitiques.

Les chaînes de valeur sont ainsi progressivement redirigées « vers des pays amis, c’est-à-dire des partenaires jugés fiables politiquement ou stratégiquement et partageant des valeurs similaires ». Ce phénomène, se traduit par une reconfiguration du commerce international autour d’alliances et de blocs constitués de pays affinitaires.

Mais, si la guerre en Ukraine a constitué un accélérateur de la fragmentation du commerce mondial, ses origines sont antérieures et remontent à la guerre commerciale déclenchée en 2018 entre les Etats Unis et la Chine.

Par ailleurs, l’émergence du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) puis l’adhésion de nouveaux membres (Iran, Emirats arabes unis, Egypte, Ethiopie, Indonésie) a considérablement renforcé le poids économique et politique du groupe sur la scène internationale, puisqu’il représente désormais 46 % de la population mondiale et 29 % du PIB mondial.

Les BRICS, qui se veulent les porte-paroles du « Sud Global », entendent rompre avec un ordre mondial jugé inégalitaire, en augmentant leur influence tant au niveau économique que politique.

Ce groupement repose sur la flexibilité et sur la capacité à exploiter des avantages géostratégiques ou économiques : renforcement des échanges Sud-Sud, diversification des partenaires, essor des accords de libre-échange et soutien accru aux secteurs stratégiques.

Les BRICS ne se contentent plus de revendiquer une simple place à la table mondiale, mais « cherchent à construire des institutions et des partenariats qui donnent un poids concret au  Sud global, par exemple via la New Development Bank (NDB), institution de financement et de coopération alternative, pensée comme un contrepoids aux institutions historiques (FMI et Banque mondiale) considérées comme dominées par l’Occident ».

De même, l’économie des BRICS ne s’appuie plus uniquement sur l’exportation de matières premières ou l’intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, mais sur « la construction d’un système plus autonome, intégrant développement, souveraineté, transformation locale et coopération régionale ».

 

Rubrique « Lu Pour Vous »

13 août 2026

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