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« Intelligence artificielle et politique internationale : les impacts d’une rupture technologique » (1/2)

Nocetti. J, Etude, Institut français des relations internationales, Paris, novembre 2019, 42 p.

 

En janvier 2019, la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) américaine annonçait avoir conçu une intelligence artificielle (IA) permettant de « prédire les événements mondiaux ». L’IA de l’agence américaine devrait « détecter des connexions entre différents événements au premier abord éloignés, pour rendre apparents des schémas, qui pourront plus tard être identifiés dans d’autres contextes ». Elle devrait être en mesure d’analyser les données pour repérer des tendances politiques et d’anticiper d’éventuelles catastrophes, crises financières ou attaques terroristes.

Les effets de l’intelligence artificielle en politique internationale doivent être analysés dans leur perspective plus large. D’abord, l’IA est une extension du champ numérique, dont elle amplifie les caractéristiques et les travers : « domination d’acteurs oligopolistiques captant les données personnelles de leurs utilisateurs, déplacement du centre de gravité vers l’Asie, etc ».

Ensuite, l’IA « ne peut être isolée de son plasma, la donnée, dont la maîtrise constitue un avantage fondamental dans la concurrence mondiale pour l’IA, de sa moelle épinière, l’algorithme, critique pour la pertinence de l’IA, de son  oxygène, la 5G, qui permettra une interconnexion beaucoup plus profonde entre des données alimentant les systèmes d’IA, de ses  cellules, la puissance de calcul, croissant de façon exponentielle et de son  cerveau, les semi-conducteurs, dont la place reste centrale dans toutes les applications d’IA ».

Enfin, des problématiques considérées jusqu’à présent comme relevant de cadres d’action nationaux et de logiques socioéconomiques revêtent, avec l’IA, une dimension stratégique internationale.

Comme le champ numérique « traditionnel », l’IA aura un pouvoir égalisateur en politique internationale comme elle accroîtra les asymétries déjà existantes.

Discipline ancienne, l’IA a expérimenté des progrès récents, portés par l’essor de l’apprentissage automatique (machine learning) et son dérivé, l’apprentissage profond (deep learning), reposant lui-même « sur la combinaison de l’augmentation des puissances de calcul, d’algorithmes nouveaux et surtout de la multiplication des jeux de données traitées » : L’IA n’est pas un programme informatique banal. Elle s’éduque plus qu’elle ne se programme, la clé du succès étant moins la longueur du code informatique que la taille des bases de données.

L’on estime que les implications de l’IA sont plus profondes pour l’humanité que le feu et l’électricité ne le furent en leur temps. Certains jugent que l’intelligence artificielle est « si décisive pour l’avenir de la puissance que les États-Unis doivent élaborer une stratégie nationale d’IA, comme ils en ont eu une pour le développement des technologies spatiales pendant la guerre froide ».

Elon Musk, le patron de Tesla et SpaceX, a un jour déclaré que la compétition internationale pour l’IA « serait probablement la cause d’une Troisième Guerre mondiale, cette technologie représentant le plus grand risque auquel la civilisation sera confrontée, et appelant la communauté internationale à prendre des mesures drastiques ».

Depuis le premier mandat présidentiel de Barack Obama, les questions technologiques figurent au cœur des tensions sino-américaines. L’« impératif de l’innovation » justifierait la compétition entre les deux pays mieux que des logiques classiques de rivalité militaire, voire même que les contentieux commerciaux récurrents les opposant.

En matière de numérique comme d’IA, le point de friction se situe entre la volonté des Etats-Unis de maintien de leur suprématie technologique et l’ambition de la Chine de défier et surpasser ce leadership.

 

Rubrique « Lu Pour Vous »

9 septembre 2026

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