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«Guerres et déficits: les deux piliers de l’économie des Etats-Unis»

Luc Mampaey, Ed. GRIP, Bruxelles, Juillet 2005, 34 p.

1- En introduction à ce livre/rapport, l’auteur affirme d’emblée que «malgré des niveaux d’endettement sans précédent de l’État, des ménages et des entreprises, un déficit record de la balance des paiements courants, et des taux d’intérêts longtemps au plus bas, malgré une guerre qui s’éternise et d’autres qui se préparent, l’afflux des capitaux étrangers vers les Etats-Unis, ne tarit pas et les banques centrales du monde entier continuent d’amasser les dollars… Les États-Unis vivent à crédit, mais la confiance de leurs créanciers semble inébranlable».

Plusieurs indices, observe l’auteur, traduisent la fragilité du «modèle» américain. «A l’intérieur de ses frontières, la cohésion sociale interne est menacée par l’évolution galopante des inégalités. Sur l’échiquier mondial, l’émergence de la Chine comme puissance économique, industrielle et militaire inquiète les Etats-Unis». En filigrane de cette montée en puissance chinoise, se dessine un scénario possible de transition hégémonique certain, mais dont l’issue est encore incertaine :

+ L’encours total de la dette sur le marché du crédit, c’est-à-dire le total des emprunts effectués par l’ensemble des agents américains (publics et privés, ménages et entreprises, financiers et non financiers) a atteint un niveau impressionnant depuis la fin de la seconde guerre mondiale. «De 355 milliards de dollars en 1945, il s’établissait à quelque 36 911,5 milliards de dollars en 2004 (en comparaison, le produit intérieur brut des États-Unis s’élevait à 221,4 milliards de dollars en 1945 et atteignait 11 735 milliards de dollars en 2004). Entre 2003 et 2004, l’encours de la dette s’est accru de 2 813 milliards de dollars, tandis que le PIB ne s’accroissait que de 714 milliards». Le rapport est par conséquent simple : les agents américains ont dû emprunter 4 dollars pour produire 1 dollar de richesse supplémentaire. Pour l’économie dans son ensemble, cela signifie que l’écart entre l’investissement (ou les dépenses) et l’épargne (ou le revenu) tend à s’élargir.

+ Le déficit budgétaire s’est, quant à lui, fortement aggravé au cours des dernières années. «Hormis la période de la seconde guerre mondiale, les finances publiques des États-Unis étaient relativement bien équilibrées jusqu’au milieu des années 1970, les recettes progressant à peu près au même rythme que les dépenses et le déficit ne dépassant guère les 3% du PIB. La situation se dégradera tout au long des années 1970, avec pour toile de fond la profonde crise financière et économique à laquelle ont conduit la fin du système de Bretton Woods et le choc pétrolier de 1973».

L’année 1975 marque une rupture assez nette : le déficit budgétaire a atteint cette année-là 3,4% du PIB (et 4,2% en 1976), ce qui ne s’était plus produit depuis la fin de la seconde guerre mondiale. L’administration Carter le maintiendra tout juste sous la barre des 3% de déficit, tandis qu’il replonge avec l’arrivée de Ronald Reagan, au point d’osciller pendant cinq années consécutives entre 4 et 6% du PIB (1982-1986). Il ne sera maintenu qu’une brève année (celle du changement de pouvoir) sous le seuil des 3%, avant de replonger jusqu’à 4,7% du PIB en 1992, pendant le mandat de George Bush senior.

L’arrivée du président Clinton en 1993 ouvrira «le début d’une période inédite dans la trajectoire de l’économie des États-Unis d’après-guerre, où l’on assistait à une amélioration des finances publiques, qui sera continue pendant toute la durée des deux mandats de Bill Clinton, affichant même un excédent pendant quatre années consécutives, de 1998 à 2001. George W. Bush recevra les clés de la Maison Blanche avec un excédent budgétaire de 236,15 milliards de dollars à la clôture de l’exercice fiscal 2000. Au terme de son premier mandat, il réussira pourtant l’exploit d’achever l’année 2004 avec un nouveau déficit record de 412 milliards de dollars (ce qui correspond à 3,6% du PIB)».

Exception faite de la période Clinton, l’écart entre les recettes et les dépenses de l’État américain s’est donc gravement dégradé depuis le milieu des années 1970, ce qui correspond sans surprise au début de l’offensive néolibérale qui démarra à la même période.

+ Pour la balance des comptes courants (synthèse des transactions que fait un pays avec le reste du monde), l’auteur remarque que, surtout depuis 1998, les États-Unis dépensent collectivement beaucoup plus que ce qu’ils gagnent, alors que la balance était en équilibre jusqu’au début des années 1980 : établie à 39 milliards en 1992, elle se creuse rapidement jusqu’à 617 milliards à la fin de l’année 2004, ce qui correspond à un déficit commercial équivalent à 5,3% du PIB en 2004.

L’écart entre les importations et les exportations n’a cessé de se creuser au cours de la dernière décennie. «En 2004, les importations de biens ont été de 82,4% supérieures aux exportations de biens. La forte dépréciation du dollar survenue récemment, qui en principe devrait favoriser l’exportation des produits américains et freiner les importations, est restée sans effet : la substitution possible entre produits importés et produits nationaux est faible, car dans de nombreux secteurs, les États-Unis n’ont tout simplement plus les capacités industrielles pour produire ce dont ils ont besoin».

Cette situation résulte notamment de la décision de groupes multinationaux américains de délocaliser leurs productions vers des pays à moindres coûts salariaux, avec pour conséquence que la part de cette production délocalisée destinée au marché américain, constitue des importations supplémentaires pour les Etats-Unis. La très forte demande étrangère pour le dollar, à la fin des années 1990, est également une cause de l’aggravation du déficit.

«La combinaison de ces deux éléments (une hausse de la consommation et de l’investissement à laquelle ne peut répondre qu’un accroissement des importations d’une part, et une hausse du cours du dollar qui handicape les exportations d’autre part) est l’une des causes principales de la forte aggravation du déficit de la balance commerciale». Et pour compenser un trou de 617 milliards sur l’année, il faut un flux net de 2 milliards de capitaux entrant chaque jour aux États-Unis. Il en résulte que l’étranger détient actuellement de l’ordre de 44,9% des stocks de bons du Trésor américain (dont 28,7% par les banques centrales), 60,2% de l’encours de la dette privée et quelque 11,1% de la capitalisation boursière.

En avril 2005, «le Japon détenait à lui seul pour 685,7 milliards de titres du Trésor américains, soit 33,8% sur un total de 2 027 milliards. Le deuxième plus grand détenteur de titres US est la Chine avec 243,5 milliards, soit 12%, suivie par le Royaume-Uni (6,5%) et un ensemble de places bancaires des Caraïbes dominées par les fonds spéculatifs». Ces centres financiers extraterritoriaux, établis aux Bahamas, aux Bermudes, dans les Antilles néerlandaises, les îles Cayman ou encore Panama, détiennent des titres US pour 126 milliards de dollars, soit 6,2% du total.

2- Par ailleurs, l’auteur note que les États-Unis ont toujours mené une politique de puissance et d’expansion, mais ce n’est que très récemment dans leur histoire que celle-ci repose sur une puissance militaire. «Tout au long du 19e siècle, leurs dépenses militaires sont pratiquement insignifiantes, et resteront presque toujours inférieures à 1% de leur PIB, et de 1931 à 1940, elles ne dépasseront pas 1,5%. Pendant la seconde guerre mondiale, les dépenses militaires des États-Unis représenteront plus du tiers de leur PIB». L’année 1953 (fin de la guerre de Corée) marque un premier sommet avec des dépenses militaires qui atteignent 556 milliards de dollars, ce qui correspond à 14,2% du PIB et 69,4% du total des dépenses fédérales.

C’est le début d’une tendance lourde à conserver des dépenses militaires élevées, quels que soient l’environnement géopolitique ou l’administration au pouvoir. D’autres sommets interviennent en 1968 avec la guerre du Vietnam, puis en 1989 avec la «guerre des étoiles» du président Ronald Reagan, puis avec l’administration de G.W. Bush où la «défense» a représenté 50,8% des dépenses discrétionnaires en 2004.

La montée en puissance du «système industriel militaro-sécuritaire» (SIMS), depuis la moitié du siècle dernier, mais qui s’est fortement accélérée au cours des 20 dernières années, n’est autre que «l’expression tangible de la violence nécessaire à la poursuite de la croissance des pays industrialisés et de leur appropriation des richesses à l’échelle planétaire».

Niveau extravagant des dépenses militaires, mais aussi une orientation particulière de la recherche et du développement : aux États-Unis, plus de 50% des crédits budgétaires publics de recherche et développement (CBPRD) sont affectés à des programmes liés à la «défense».

 Ces crédits publics de R&D à vocation militaire «échoient soit directement à l’industrie de l’armement, soit aux universités et laboratoires américains, dont bien peu de scientifiques et de chercheurs ne sont pas dépendants des orientations dictées par le département de la Défense pour le financement de leurs travaux».

Cette mainmise militaire sur la recherche et l’innovation technologique, ainsi que la certitude du maintien de budgets élevés sont perçues à leur juste mesure par le capital financier. Au cours des années 1990, «les groupes de l’armement ont été quelque temps délaissés par les investisseurs au profit des entreprises de la nouvelle économie cotées au Nasdaq. Mais ce désintérêt pour l’armement n’aura été que temporaire, le temps nécessaire à la bulle des «.com» pour se former, à partir de l’hiver 1998, et de bien vite imploser au printemps 2000».

Dès ce moment, le repli sur l’industrie de l’armement sera très net et conforté ensuite par les événements tragiques du 11 septembre 2001 et les hausses de budget de la défense annoncées peu avant par le président Clinton. Il le sera encore davantage lorsque sera adoptée, «en septembre 2002, une nouvelle stratégie de sécurité nationale justifiant l’usage préventif de la force militaire pour une gamme très large de menaces contre les intérêts vitaux du pays».

Cinq ans plus tard, l’engouement des investisseurs pour l’armement est intact, et les marchés se sont organisés pour le long terme. Les analystes financiers ont progressivement doté le secteur de l’armement d’une identité propre. «En octobre 2001, l’American Stock Exchange décidait de créer un indice spécifique au secteur de l’armement (le Amex Defense Index ou DFI) composé des 15 entreprises à plus forte capitalisation boursière dans le secteur de l’armement, dont les 5 principaux contractants de premier rang, Lockheed Martin, Boeing, Raytheon, Northrop Grumman et General Dynamics.

Le retournement à la hausse se produit en mars 2003 lorsque la guerre contre l’Irak est engagée, rassurant les investisseurs, si besoin en était, que le recours à la guerre préventive n’était pas que de vains mots. La perspective d’engagements militaires qui se profilent en application de la nouvelle doctrine de sécurité nationale, a redonné confiance aux investisseurs : «les décideurs politiques savent que l’armement conservera la préférence des investisseurs aussi longtemps qu’ils y trouveront des performances supérieures à celles d’autres secteurs (ils le savent d’autant mieux qu’ils sont souvent, ou ont été eux-mêmes actionnaires, administrateurs ou bénéficiaires de stock options de ces groupes».

En somme, le «système industriel militaro-sécuritaire» est la pierre d’angle de l’hégémonie des Etats-Unis. Son rôle est déterminant dans la défense de la position des États-Unis dans l’ordre mondial.

En tant que fournisseur des moyens matériels mais aussi humains, le SIMS est aussi le garant, en dernier ressort, aussi bien de l’ordre interne que de l’ouverture des marchés extérieurs. Cette mission suprême place d’ailleurs, bel et bien, le SIMS au coeur du système capitaliste américain.

Rubrique "Lu Pour Vous"

 4 septembre 2008

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