Duvernois. L, Lepage. C, Rapport n° 436, Sénat, Paris, février 2017, 79 p.
La compétition de plus en plus acharnée que se livrent aujourd’hui les langues et les cultures, doit amener la France à repenser sa stratégie de promotion de la langue française.
Le rapport note ici «que « repenser notre stratégie de promotion de la langue française, c’est d’abord s’interroger sur ce produit que nous voulons vendre au reste du monde. Quelles sont ses caractéristiques propres ? Ses avantages comparatifs ? Quelle image voulons-nous promouvoir à travers lui ? ».
La réponse est claire : « la promotion de la langue française ne se résume pas à un simple « face-à-face » avec l’anglais. Certes, l’anglais investit chaque jour plus de domaines de notre vie économique, intellectuelle et sociale : il domine dans les échanges commerciaux, il s’introduit chaque jour un peu plus dans la publicité, il bénéficie d’un quasi-monopole des publications en sciences exactes, il progresse continuellement dans l’enseignement supérieur…etc. ».
Or, note toujours le rapport, « la compétition linguistique mondiale n’est pas un ring de boxe où ne s’affronteraient que deux compétiteurs, c’est une course de fond sur laquelle s’alignent les 6 000 langues de la planète ».
La promotion du français participe de cette « défense de la diversité des expressions culturelles, en s’opposant à l’uniformisation et à la globalisation par l’anglais et la culture américaine ».
Mais vanter la diversité des expressions culturelles, c’est bien entendu laisser leur place aux autres langues qui ne sont pas le français.
Cette attitude plus ouverte aux autres langues doit être également vraie en francophonie, et particulièrement en Afrique, où « le statut du français doit être examiné avec pragmatisme au regard notamment des langues locales ou nationales ».
Dans les pays du Maghreb par exemple, « la langue de scolarisation est l’arabe, mais le français y est enseigné dès le primaire, notamment au Maroc et en Tunisie. Le français y est surtout très présent dans l’enseignement privé dont il constitue l’un des arguments commerciaux de différenciation. Dans le secondaire, la situation varie selon que les matières ont été arabisées ou non. Mais c’est surtout au niveau de l’université, en particulier pour l’enseignement des matières scientifiques et techniques, que le français occupe une place de choix. L’enseignement professionnel est lui aussi très souvent francisé, notamment au Maroc où celui-ci se fait exclusivement en français ».
Le rapport propose ici ce qu’il appelle les « cohabitations productives » entre langues locales et langue française. Dans les pays du Maghreb, une clarification du statut de la langue française serait bienvenue afin d’établir un « rapport plus serein avec la langue arabe ».
C’est que la langue est porteuse de valeurs et d’une certaine « façon de penser ». Ceci est valable de tout temps. Il l’est davantage à l’heure de l’émergence de grandes zones géoculturelles.
Rubrique « Lu Pour Vous »
5 juin 2025