Arlandis. A et al., CEO, Paris, mai 2011, 65 p.
1- La question de l’impact des secteurs de l’économie numérique sur la croissance et la productivité avait déjà donné lieu à un grand nombre de débats et de publications. On évoquait, au début des années 2000, l’émergence d’une "nouvelle économie" dont la dynamique de croissance non-inflationniste et durable reposait sur la diffusion de ces technologies dans le système productif. Qu’en est-il dix ans après?
Pour le rapport, "les progrès réalisés dans la mémorisation, le traitement et la transmission des données numérisées ont permis aux secteurs de l’informatique, des télécommunications et de l’audiovisuel de converger. Les fournisseurs d’équipements et de services pour les technologies de l’information et de la communication forment désormais un véritable secteur de l’économie numérique".
La diffusion rapide de ces technologies numériques a contribué à l’accroissement de la productivité américaine à partir de 1995. Le constat est plus nuancé pour la décennie 2000. "Si le secteur de l’économie numérique mondial a continué de se développer grâce à de nouveaux usages et de nouvelles innovations, la dynamique macroéconomique a été moins soutenue. L’écart entre les Etats-Unis et l’Europe, et notamment la France, a perduré tant pour la croissance globale que pour l’importance des secteurs numériques dans l’économie".
Le dynamisme plus modéré des économies européennes, au cours des dix dernières années, s’explique par une plus faible capacité à adopter et à exploiter les technologies numériques, conclut la Commission européenne, dont la stratégie numérique pour l’Europe se veut un élément important de la stratégie européenne pour l’emploi et la croissance "Europe 2020".
Au cours de la dernière décennie, note le rapport, "les effets directs de l’accumulation du capital numérique, et ses conséquences indirectes sur la productivité globale des facteurs, ont représenté environ la moitié de la croissance constatée aux Etats-Unis et un peu moins du quart en France. Les conséquences macroéconomiques d’un retard supplémentaire de la France dans le déploiement de ses futurs réseaux seraient dommageables pour sa croissance".
Ainsi:
+ Sur les 10 majors mondiaux en termes de budgets de recherche, deux seulement, Siemens et Nokia, sont européens,
+ Sur les 10 principales entreprises productrices de logiciels, les 9 autres sont américaines et une seule, SAP, est européenne,
+ Sur les 10 principales entreprises de services Internet, 6 sont américaines.
2- L’économie numérique regroupe les secteurs producteurs de biens et de services numériques. Elle se compose des télécommunications et des services informatiques, auxquels on ajoute généralement une partie des activités audiovisuelles.
L’industrie des télécommunications regroupe la fabrication de terminaux fixes et mobiles, des éléments d’infrastructures de réseaux, comme les câbles et les éléments de fibre optique, ainsi que la fabrication d’équipement de transmission hertzienne.
Les services de télécommunication comprennent l’accès aux communications électroniques, à l’internet et aux services de téléphonie fixes et mobiles.
L’industrie informatique regroupe la fabrication d’ordinateurs et d’équipements. Les services informatiques regroupent le traitement de données, l’édition de logiciels et les conseils en système d’information.
Du point de vue de la production, "la part de l’économie numérique dans l’économie globale peut être appréciée par la part de la valeur ajoutée des secteurs numériques dans le produit intérieur brut (PIB), la part de l’emploi de ces secteurs dans l’emploi total ou par le niveau de recherche et développement (R&D) des entreprises des secteurs numériques".
Du point de vue de la demande, "le poids de l’économie numérique peut être notamment appréhendé par la part de l’investissement en équipements et matériels numériques dans l’investissement total de l’économie, les usages (l’utilisation des équipements et matériels numériques par les entreprises) ainsi que par la part des dépenses en services de télécommunication dans la consommation finale des ménages".
La compétitivité de l’industrie numérique, "c’est-à dire des secteurs producteurs d’équipements et de matériels informatiques et de télécommunications est également un des éléments explicatifs de l’évolution de la part de l’économie numérique dans l’économie nationale".
Ainsi, la part de la valeur ajoutée de l’ensemble des secteurs de l’économie numérique dans le PIB français par exemple, "se stabilise autour d’une valeur moyenne de 5,1% entre 2002 et 2007, puis s’établit à 4,7% en 2008. La part dans le PIB des Etats-Unis de 2002 à 2007 est en moyenne de 7,9% puis s’établit à 7,5% en 2008. L’écart entre la France et les Etats-Unis ne s’est pas résorbé depuis 1998, même s’il tend à diminuer légèrement entre 1999 et 2008".
La phase de forte croissance de la part de la valeur ajoutée de l’économie numérique au Etats-Unis, observée entre 1990 et 1999 (celle-ci passant de 6% à 8%) correspond à la diffusion des services de téléphonie mobile et d’accès Internet dans la population.
Par ailleurs, note le rapport, les efforts de R&D sont à la base des technologies incorporées dans le capital productif. L’amélioration continue de la technologie incorporée au capital numérique contribue à améliorer l’efficacité de celui-ci dans le processus de production.
La dynamique d’innovation scientifique et commerciale est très soutenue dans le secteur de l’économie numérique où le capital productif est intensif en technologie. Les investissements en recherche et développement, relativement aux autres secteurs de l’industrie, y sont importants.
Les entreprises dont l’intensité en recherche et développement est la plus élevée sont Broadcom, Electronic Arts et Advanced Micro Devices. En 2008, parmi les dix entreprises dont l’intensité en R&D (l’intensité de R&D est le ratio des dépenses de recherche et développement au chiffre d’affaires) est la plus élevée, neuf sont de nationalité américaine, "ce qui constitue une illustration des disparités internationales en termes d’effort d’innovation, et contribue en partie à l’explication du différentiel persistant entre les performances technologiques des systèmes productifs français et européens, d’une part, et américain d’autre part".
Selon le tableau de bord de l’Union Européenne (2009), "l’investissement total en recherche et développement dans le secteur numérique s’élève à 55,7 milliards aux Etats-Unis, alors que celui-ci s’élève à 22 milliards dans l’Union Européenne. La part du numérique dans l’effort de recherche et développement est de 35% aux Etats-Unis, alors qu’elle n’est que de 18% en Europe".
Les entreprises chinoises qui produisent des biens et équipements numériques ont également accru leurs efforts d’investissements en recherche et développement ces dernières années. En 2010, "deux entreprises chinoises qui produisent des équipements de télécommunication, ZTE et Huawei Technologies, se classent parmi les quatre sociétés qui ont déposé le plus de brevets au monde".
En Corée du Sud, les autorités conscientes de l’importance des secteurs producteurs de biens et services numériques pour la dynamique de croissance macroéconomique, "ont également créé des instituts de recherche dont l’objectif devait consister à collaborer avec les entreprises du secteur et à soutenir leurs efforts de recherche et développement".
D'un autre côté, la part de l’investissement en capital numérique dans la formation brute de capital fixe à prix courants est plus élevée aux Etats-Unis qu’en Europe et notamment qu’en France. En 2008, "cette part s’élève à 26% aux Etats-Unis, à 16% en France, et à 15% en Europe (15 pays). Cette dynamique d’investissement permet à l’économie américaine de conserver une base productive dans l’industrie de l’économie numérique, même si une part importante de ces biens est importée".
La plus forte intensité numérique des investissements aux Etats-Unis traduit un rythme d’accumulation du capital numérique dans le système productif plus rapide, et peut contribuer à expliquer la plus forte croissance de l’économie américaine entre 2000 et 2008…par rapport à ses concurrents du moins.
Rubrique « Lu Pour Vous »
12 avril 2012