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«Russie : puissance ou interdépendance énergétique ?»

César. G et al., Rapport, Sénat, Paris, décembre 2009, 52 p.

1- Le secteur de l’énergie est l’un des principaux piliers de la puissance russe. Depuis l’époque soviétique, et même auparavant, des ressources énergétiques abondantes et bon marché ont favorisé le décollage économique de la Russie et constitué l’essentiel de ses recettes d’exportations.

Le contexte a bien changé depuis 1991, avec la fin de l’économie planifiée et l’indépendance des Républiques d’Asie centrale richement dotées en hydrocarbures. Mais l’on observe des éléments de continuité dans la politique énergétique de la Russie, par delà l’évolution de son régime politique et la libéralisation de son économie, car «même si le pays a fait le choix de l’économie de marché, le rôle de l’Etat y demeure central, particulièrement dans le secteur de l’énergie».

En ce début de XXIe siècle, la Russie affirme sa capacité d’exportation de gaz et sa maîtrise des technologies nucléaires, «dans un monde assoiffé d’hydrocarbures et qui se remet à croire dans les perspectives de l’énergie atomique civile».

Comme les autres pays industrialisés d’Europe, la Russie a, pour l’essentiel, initialement bâti sa puissance économique sur le charbon, note le rapport. «Elle dispose des deuxièmes plus importantes réserves de charbon de la planète, estimées à 173 milliards de tonnes, derrière les Etats-Unis (267 milliards de tonnes), mais devant la Chine (126 milliards de tonnes)».

Avec une production de 144 millions de tonnes équivalent pétrole en 2006, la Russie se classe au 6 ème rang des producteurs de charbon, derrière la Chine (1,2 milliard de tep), les Etats-Unis (595 millions de tep), l’Inde (209 millions de tep), l’Australie 203 millions de tep) et l’Afrique du Sud (145 millions de tep).

Jusqu’en 2008, la Russie était le premier producteur mondial de gaz (20% de la production mondiale) et le deuxième producteur de pétrole (12% de la production mondiale), derrière l’Arabie Saoudite. D’après les données de 2009, la Russie «serait devenue le premier producteur mondial de pétrole, mais serait passée derrière les Etats-Unis en ce qui concerne la production gazière».

Les réserves en hydrocarbures de la Russie sont estimées à 70 milliards de barils pour le pétrole (17 années de production), et à 47 578 milliards de m3 pour le gaz (74 années de production).

La Russie dispose d’environ 10% des réserves établies d’uranium de la planète, estimées à 5 500 milliers de tonnes, et assure environ 8% de la production mondiale de ce minerai, avec un volume de 3 400 tonnes en 2007. Par conséquent, la production nationale couvre l’essentiel des besoins de la Russie en uranium (environ 4 000 tonnes par an). A moyen et long terme, afin de satisfaire les besoins croissants de son parc de réacteurs et ses exportations, la Russie prévoit une production annuelle d’uranium de 10 000 tonnes à l’horizon 2015 et de 25 000 tonnes en perspective 2025.

Au total, avec une production de 1,185 milliard de tonnes équivalent pétrole en 2005, la Russie est le troisième producteur mondial d’énergie, derrière la Chine (1,641 milliard de tep) et les Etats-Unis (1,185 milliard de tep).

Avec une consommation de 647 millions de tonnes équivalent pétrole en 2005, c’est aussi le troisième consommateur mondial d’énergie, derrière les Etats-Unis (2,340 milliards de tep) et la Chine (1,717 milliard de tep).

2- Alors que le secteur énergétique avait été largement privatisé dans les années 1990 sous la présidence de Boris Eltsine, «les deux mandats successifs de Vladimir Poutine ont donné lieu à une reprise en main par l’Etat. L’affaire de la nationalisation de la compagnie pétrolière indépendante Loukos et la condamnation de ses dirigeants… en a été l’illustration la plus marquante».

Aujourd’hui, l’Etat contrôle environ 30% de la production pétrolière et 87% de la production de gaz. L’Etat a en revanche entrepris, au cours des dernières années, une importante réforme du secteur électrique conduisant à la revente de ses centrales à des investisseurs publics et privés, russes et étrangers.

Il faut remarquer, précise le rapport, que la Russie est l’un des deux premiers exportateurs mondiaux d’hydrocarbures. L’énergie occupe ainsi une part prépondérante dans la balance commerciale du pays, dont les exportations sont constituées à plus de 60% par les hydrocarbures.

Les recettes d’exportation ainsi dégagées ont permis à la Russie d’accumuler des réserves de change qui, après avoir atteint un maximum de 580 milliards de dollars en 1997, ont sensiblement fléchi à la suite de la crise financière, pour s’abaisser à 380 milliards de dollars au début de 2009. Elles sont depuis en voie de reconstitution, et atteignait 440 milliards de dollars à la fin 2009.

Héritière du ministère du gaz de l’URSS, Gazprom fournit le quart du gaz consommé par l’Union européenne et possède environ 20 % des réserves mondiales de gaz et 155 000 kilomètres de gazoducs. Contrôlée majoritairement par l’Etat, l’entreprise joue un rôle central dans la politique et la diplomatie énergétique du pays.

3- Toutefois, la Russie, qui fait figure «d’émirat gazier», présente de nombreux symptômes de cette «maladie hollandaise». L’industrie russe est, pour l’essentiel, non compétitive sur les marchés internationaux et, au total, la croissance économique de long terme du pays risque de s’en trouver réduite.

La vulnérabilité de l’économie russe, «qui avait connu une phase d’expansion continue entre 1998 et 2008, à un rythme annuel de 7%, a été révélée par la crise financière et économique, qui s’est traduite par un sévère fléchissement des cours des hydrocarbures, par l’effondrement de la bourse de Moscou, qui a plongé de 70%, et par l’érosion rapide des réserves de change du pays».

Pays pionnier dans le domaine de l’énergie nucléaire (la première centrale nucléaire du monde a été mise en service en 1954 à Obninsk), la Russie produit 16% de son électricité à partir de 31 réacteurs (15 VVER, 15 réacteurs à modérateur graphite, et un réacteur à neutrons rapides), implantés sur dix sites et représentant une puissance installée de 23 GWe.

«Remise du traumatisme de Tchernobyl, la Russie affiche l’ambition d’être un acteur majeur du développement nucléaire dans le monde, selon une stratégie explicitée et coordonnée au niveau gouvernemental depuis le début des années 2000».

Or, l’efficacité énergétique de l’économie russe est très inférieure à celle de l’Europe occidentale : «il faut en moyenne, selon la Banque mondiale, trois à cinq fois plus d’énergie en Russie que dans l’Union européenne pour produire la même quantité de richesse. Après avoir longtemps ignoré cette question, les autorités russes souhaitent désormais engager des actions dans ce domaine».

L’amélioration de l’efficacité énergétique russe est, en effet, un enjeu majeur pour la compétitivité du pays et pour la préservation de sa capacité exportatrice d’hydrocarbures. Les deux tiers du gaz produit en Russie sont actuellement consommés dans le pays, alors même que les revenus du gaz exporté sont beaucoup plus rémunérateurs.

Rubrique « Lu Pour Vous »

18 Février 2010

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