Debonneuil. M, Rapport, Paris, janvier 2010, 47 p.
1- Ce rapport examine la situation des pays développés à la lumière de la théorie des cycles longs de l’économie, selon laquelle ces pays traversent, depuis le milieu des années 1970, une phase d’épuisement d’un cycle de croissance, celui des Trente Glorieuses, et de maturation des technologies génériques qui alimenteront le prochain cycle.
Les difficultés économiques et sociales, qui sont toujours importantes durant ces phases d’attente, ont été dans ce cas aggravées par la raréfaction de l’emploi à faible qualification, liée à l’automatisation et à la concurrence des pays à bas coût de main-d’œuvre, et aucun des grands pays industrialisés n’a su apporter une réponse satisfaisante au problème du sous-emploi et de l’affaiblissement des gains de productivité.
Les développements technologiques récents semblent pourtant «offrir de réelles possibilités de régénération de l’économie et d’ouverture d’une phase de croissance, qui profite de nouveau à l’ensemble de la population, procure un avantage concurrentiel aux pays développés par rapport aux pays émergents, et marque une rupture avec le passé, en termes de rapport à l’environnement».
En effet, note le rapport, «les dommages à l’environnement, le creusement des inégalités, le chômage de masse, le mal-être au travail, les délocalisations, le surendettement, la finance folle : le constat du divorce entre l’économie contemporaine et le progrès humain n’est plus à faire».
L’analyse des tendances en cours, précise le rapport, montre que «l’avenir des pays développés pourrait résider dans un changement de mode de satisfaction des besoins, qui se fonderait désormais sur la mise à disposition temporaire de biens, de services et d’information, plutôt que sur la propriété de biens qui a caractérisé l’époque industrielle, et continue de dominer notre économie».
Ce renouvellement de paradigme, soutenu par des technologies de pointe, pourrait ouvrir une nouvelle ère de prospérité dans les pays développés, note le rapport.
2- Il est fondé, estiment les auteurs du rapport, d’opposer l’atonie de l’économie au cours des décennies récentes, à son dynamisme durant les Trente Glorieuses. De 1949 à 1974, l’ensemble des secteurs des économies développées jouissait de gains de productivité importants, entraînant une augmentation généralisée du niveau de vie et dont une partie pouvait être prélevée par l’État pour financer une protection sociale et des services publics de plus en plus étendus.
Mais avec l’affaissement de la croissance (suite au premier choc pétrolier) et la tertiairisation de l’économie qui marqua les années 80 et 90, les gains de productivité du travail sont devenus de plus en plus modestes, et la croissance est devenue, au fur et à mesure, plus qualitative, plus intensive en capital immatériel (recherche et développement, publicité) et en capital humain.
Les gains de fiabilité et de flexibilité du processus productif et l’importance des flux d’informations échangés, caractéristiques essentielles du nouveau mode de production, ont en effet reposé sur la mise en oeuvre à grande échelle de la microélectronique, de la robotique et de l’informatique. Les technologies de l’information et de la communication ont ainsi eu un profond impact sur les économies développées, en créant les conditions de la différenciation et en permettant le prolongement de la phase de croissance des Trente Glorieuses.
Mais la mondialisation a totalement changé la donne, sous l’influence conjuguée de l’évolution technique et de la libéralisation des mouvements de capitaux. La chute des coûts de transport et les progrès de la logistique «ont ouvert la possibilité d’acheminer profitablement des produits entre des points très distants, à un moment où l’un des principaux moteurs de la croissance était précisément la diversité de l’offre».
Cette étape de la mondialisation s’est ainsi traduite par des gains substantiels pour les consommateurs des pays développés en termes de diversité et de prix relatifs des biens importés, et par un développement sans précédent de certaines économies du Sud.
En même temps, cette phase a mis en concurrence des pays développés avec d’autres, dont le niveau de vie moyen est beaucoup plus faible et la population beaucoup plus importante...c’est à dire les pays émergents, notamment la Chine et l’Inde ou le Brésil.
Devant cette perspective, certaines voix s’élèvent pour préconiser le recours au protectionnisme sous des formes diverses. Mais cette issue semble impraticable, selon le rapport, parce qu’elle imposerait à court terme une perte substantielle de pouvoir d’achat aux consommateurs des pays développés, en même temps qu’elle risquerait de priver les producteurs des pays développés de l’accès aux marchés aujourd’hui les plus dynamiques.
3- Et le rapport de rappeler que «des situations de dysfonctionnement généralisé de l’économie telles que celle que nous vivons, ont déjà été observées dans le passé. Elles sont caractéristiques de l’achèvement d’un cycle long de croissance, lorsque la structure économique en place ne permet plus de réaliser de grand progrès en termes de satisfaction des besoins et que les gains de productivité se raréfient. Durant ces phases, la croissance est faible, il y a un sous-emploi structurel, les inégalités s’accentuent et les marges de manœuvre de la politique économique traditionnelle s’amenuisent. Le retour de la prospérité passe par l’émergence d’un nouveau cycle, et les seules actions efficaces sont celles qui facilitent et accélèrent cette émergence».
Ainsi, «pour aller vers les nouveaux écosystèmes du quaternaire organisés autour des grands besoins des consommateurs, il faudra que les entreprises industrielles repensent les biens qui ne seront plus des consommations finales, mais des consommations intermédiaires. Il faudra que les entreprises de services repensent les services pour qu’ils ne soient plus rendus dans des lieux destinés à cet effet, mais dans tous les lieux de vie. Il faudra enfin que tous ces acteurs se coordonnent pour que ces nouveaux services élémentaires s’articulent autour de solutions répondant globalement à un besoin».
Certes les nouvelles technologies sont porteuses d’une nouvelle économie, dite du quaternaire, et qu’elles pourraient ouvrir une nouvelle phase de croissance durable. Mais pour cela, un certain nombre de conditions doivent être remplies que le seul fonctionnement des marchés ne parviendra pas à assurer à un horizon satisfaisant. Il faut en effet que «naissent simultanément une nouvelle offre et une nouvelle demande, et qu’elles constituent ensemble de nouveaux écosystèmes correspondant chacun à des grands besoins des consommateurs (vie domestique, mobilité, santé, éducation, logement…)».
Les Etats ont ici un rôle crucial à jouer, dans la coordination de nombreux acteurs engagés dans cette phase d’éclosion : coordination des producteurs qui doivent se rejoindre dans de nouveaux écosystèmes, coordination entre offre et demande et coordination entre actions nationales et locales.
Cette action coordinatrice «permettra d’accélérer la rupture menant à une croissance durable et d’en minimiser le coût. Elle se déclinera en mesures telles que la mise en place d’une nouvelle infrastructure numérique, le développement d’incitations en direction des consommateurs, ou encore la réforme du marché du travail, de l’éducation et de la formation professionnelle».
Rubrique « Lu Pour Vous »
4 février 2010