Gill. L, Presses de l'Université Laval, Février 2008, 92 p.
1- Le terme ‘néolibéralisme’ désigne, pour l’auteur, «le courant de pensée et de politiques économiques qui s’est implanté à partir de la fin des années 1970 en Grande-Bretagne et aux États-Unis, pour se généraliser à l’échelle mondiale au cours des deux décennies suivantes, et régner dès lors en maître absolu, prétendant soumettre toute l’activité économique et sociale aux seules lois du marché. Ses mots d’ordre sont : libéralisation complète des échanges de marchandises et des mouvements de capitaux, rationalisation, flexibilité du marché du travail, globalisation, rôle minimal de l’État, hégémonie du secteur privé, réglementation minimale».
Pourquoi parler de néo-libéralisme ? s’interroge l’auteur.
D’abord, «parce qu’il s’agit bel et bien d’un retour au libéralisme après une période de quelque quatre décennies, qui avaient vu triompher l’interventionnisme étatique. Ensuite, parce que ce libéralisme est d’un type nouveau, dans la mesure où le champ de son déploiement, dans le temps et l’espace est celui d’une économie dont la mondialisation est achevée».
Dans ce nouveau contexte, affirme l’auteur, le principe de la liberté des échanges a été poussé à un point tel que les États en sont arrivés à confier aux marchés et aux institutions internationales, qui en assurent la domination intégrale des pouvoirs supranationaux, qui échappent à la souveraineté des États et au contrôle de la démocratie parlementaire. Sur des questions aussi importantes que le droit au travail, la santé publique, la protection de l’environnement, ce sont les impératifs du profit et de la compétitivité internationale qui décident. Le néolibéralisme est en cela une véritable dictature des marchés, estime-t-il.
Le néolibéralisme comme courant de pensée s’est développé en réaction contre l’interventionnisme étatique et l’État providence.
En effet, en 1947, Von Hayek réunissant autour de lui, à Mont Pèlerin en Suisse, un regroupement d’intellectuels qui partagent son point de vue (dont les plus célèbres sont Maurice Allais, Milton Friedman, Ludwig Von Mises et Lionel Robbins, et le philosophe Karl Popper) fonde la Société du Mont Pèlerin, dont l’objectif est de combattre le keynésianisme (qui n’est d’ailleurs pas un courant anticapitaliste) et les mesures sociales de l’État providence. Ils dénoncent «l’égalitarisme» promu par l’État providence, «comme une atteinte à la liberté, et présentent l’inégalité comme une valeur indispensable, et une condition de l’efficacité économique».
L’incapacité de la politique keynésienne de réaliser son objectif prioritaire, le plein emploi, par son instrument privilégié qu’est le recours à l’intervention économique de l’État, et de contrôler le déficit budgétaire et la dérive de l’inflation qui en sont les corollaires, ouvrait, pense l’auteur, la voie à la politique néolibérale, une politique hostile au dirigisme étatique et ne misant que sur l’initiative privée.
Diamétralement opposée à la vision keynésienne d’une économie vouée à la stagnation en l’absence d’une intervention de l’État, «la vision néolibérale est la vision classique d’une économie tendant spontanément vers l’équilibre grâce aux mécanismes naturels du marché. Le rôle de l’État dans cette perspective doit se limiter à garantir un encadrement stable au libre jeu de ces mécanismes».
Rejetant la théorie keynésienne de stimulation de la demande effective comme instrument de la politique économique, le néolibéralisme soutient que c’est l’offre globale qui doit être stimulée. La seule responsabilité de l’État est donc «de supprimer toute entrave au libre jeu du marché, et de créer les meilleures conditions de l’exercice de l’initiative privée par la déréglementation, et surtout par l’instauration d’un régime fiscal stimulant l’offre de travail, l’épargne et l’investissement».
L’Etat doit donc non seulement se retirer des activités productives, où il entre directement en concurrence avec le secteur privé, mais aussi «réduire au maximum les dépenses associées à ses activités improductives de santé et d’éducation publiques, de protection sociale et de redistribution des revenus, de même que de certaines de ses fonctions administratives ou de fournisseur d’infrastructures sociales». L’objectif visé est la récupération par le secteur privé de ce dont il a été en quelque sorte «exproprié» au fil des années, avec la place croissante prise par l’État.
«Libéralisation, déréglementation, désengagement de l’État, privatisation, stabilité monétaire, rigueur budgétaire, fiscalité régressive sont les lignes directrices au nom desquelles le néolibéralisme a engagé une offensive ouverte contre les acquis historiques du travail (droit au travail, sécurité d’emploi, protection du pouvoir d’achat, salaire minimum, accès à la syndicalisation, ...etc.), contre les conquêtes sociales et démocratiques des organisations syndicales et populaires (droit à la santé, à l’éducation, à la sécurité sociale, etc.)».
Pour Von Hayek, la démocratie n’est, par ailleurs, pas une valeur promue par le néolibéralisme. Elle peut au contraire à ses yeux «constituer un frein au plein déploiement de la liberté essentielle d’action des agents économiques et de leurs intérêts privés, et c’est cette liberté, selon lui, qui doit primer sur la démocratie».
Privatisation, déréglementation, compressions budgétaires, diminution de la taille du gouvernement, tarification des services publics, rentabilisation, retour au libre jeu des forces du marché, fiscalité favorable à l’investissement privé, tels furent les mots clés au nom desquels fut menée, à partir de 1979, la politique économique en Grande-Bretagne, et des USA à partir de 1980.
En Europe, les gouvernements portés au pouvoir par l’appui d’une population aspirant à des mesures progressistes, ont, dès leur arrivée au pouvoir comme en Espagne, ou après une brève période de respect de leurs engagements comme en France, tourné le dos à ces engagements. Ils ont vite adhéré à l’orthodoxie néolibérale des gouvernements de droite, «abandonnant l’objectif du plein emploi, pour donner la priorité à la lutte contre l’inflation, au contrôle des déficits budgétaires, aux réformes fiscales favorables aux détenteurs de capitaux, et aux privatisations».
La chute, de 1989 à 1991, des régimes bureaucratiques d’Europe de l’Est a donné lieu à une bureaucratie répressive, se révélant spontanément comme un apôtre jusqu’au-boutiste des théories de Von Hayek et de Friedman.
Elle a réalisé, en grande partie à son bénéfice, de gigantesques programmes de privatisation dans des économies où l’essentiel des grands moyens de production étaient étatiques. «De simples administrateurs bureaucratiques tout-puissants de moyens de production appartenant jusque-là à l'État, ils se sont transformés en propriétaires privés de ces mêmes moyens de production, se constituant ainsi en une nouvelle composante nationale de la bourgeoisie mondiale, avec sa fraction mafieuse pratiquant une criminalité à grande échelle».
Le tournant néolibéral s'est également implanté en Chine à partir de 1989, où comme dans les pays de l'ex-Union soviétique et ses satellites d'Europe centrale et orientale, les ex-apparatchiks y sont devenus les champions de l'économie de marché, des privatisations et de l'insertion dans la mondialisation capitaliste. Il en est pratiquement de même en Afrique, tout comme en Amérique Latine.
La voie est d’ores et déjà tracée : une acceptation des règles du jeu imposées par le néolibéralisme, tels le renforcement du secteur privé, l'ajustement aux règles commerciales libre-échangistes de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), une plus grande ouverture à l'investissement étranger et une intensification de la privatisation des services publics.
2- Les politiques néolibérales étaient présentées par leurs protagonistes comme le remède incontournable à la stagflation des années 1970. Elles devaient permettre d’endiguer l’inflation et de remettre l’économie sur le sentier de la croissance : «de 9% qu’il était au cours de la décennie 1971-1980, le taux annuel moyen d’inflation des pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) a été réduit à 5% au cours des années 1981-1990, et à un peu plus de 2% au cours des années 1991-2000».
Mais sur le plan de la croissance et de l’emploi (l’emploi à temps partiel a représenté en moyenne entre 10 et 15% de l’emploi total aux États-Unis, en Allemagne et en France, entre 15 et 20% en Suède, au Canada et au Japon) l’échec des politiques néolibérales est manifeste. Elles n’ont pas réussi à assurer la relance et la stabilité de la croissance promises.
Les mesures fiscales favorables au capital qui sont au cœur des politiques néolibérales de relance de l’investissement «ont certes contribué à restaurer la rentabilité du capital, mais, conjuguées aux mesures de déréglementation des marchés financiers, elles ont amplifié un mouvement de recherche d’une rentabilité accrue dans les placements spéculatifs à court terme, laissant pour compte l’investissement dans le domaine des biens d’équipement qui est la condition sine qua non de la croissance économique réelle».
3- L’auteur rappelle, sur un autre plan, que «c’est au sein de l’OCDE, et dans le plus grand secret, qu’ont été entamées, en Mai 1995, les négociations en vue de conclure un Accord multilatéral sur l’Investissement (AMI). Dans l’esprit de ses concepteurs, cet accord devait avoir le statut d’un traité, dont les dispositions prévaudraient sur les lois internes des pays signataires».
Le projet prévoyait ainsi la protection complète de l’investissement et des profits escomptés, en toute circonstance et en particulier en cas de «troubles sociaux» ou d’événements quelconques pouvant causer à un investisseur des manques à gagner ou des pertes de profit. Il accordait à tout investisseur privé le droit, reconnu aux seuls États dans le cas de l’OMC, de poursuivre un État devant un tribunal privé.
En Avril 1997, deux ans après le début de la négociation secrète du projet, celui-ci a pu être dévoilé grâce à une fuite. Dès lors «s’est construit à l’échelle mondiale, un vaste mouvement d’opposition qui a fini par avoir raison du projet, la pression sociale forçant le gouvernement français du Parti socialiste dirigé par Lionel Jospin à se retirer des négociations et à les faire ainsi avorter».
Ces institutions supranationales, comme l’OMC, auxquelles les États ont abandonné leur souveraineté dans des champs décisifs, sont autant de rouages de cette nouvelle «constitution néolibérale mondiale du XXIe siècle en voie d’achèvement, une constitution adaptée aux besoins de la globalisation, c’est-à-dire de la mondialisation du capital».
4- Par ailleurs, note l’auteur, les mesures de libéralisation et de déréglementation, mises en vigueur par les États-Unis et la Grande-Bretagne entre 1979 et 1982, ont donné lieu à un «décloisonnement interne et externe des systèmes financiers nationaux, auparavant compartimentés (entre les activités réservées aux banques, aux sociétés de fiducie, aux sociétés d’assurance, aux maisons de courtage, etc.) et fermés sur l’extérieur. Elles ont permis l’émergence d’un système financier mondialisé, dominé par les Etats-Unis, en raison de l’importance de leur dollar, jouant le rôle de monnaie internationale, et de la dimension de leurs marchés boursiers et d’obligations».
Les banques ont non seulement perdu leur statut privilégié, mais se sont aussi retrouvées en concurrence avec une diversité d’organismes financiers non bancaires. Le décloisonnement des établissements financiers a produit un phénomène de «désintermédiation» par lequel les emprunteurs ont court-circuité les banques, pour solliciter directement les pourvoyeurs de fonds, en émettant des titres sur les marchés financiers.
Quant aux pourvoyeurs de fonds, ils se sont en partie détournés des placements traditionnellement peu rémunérés des banques, pour orienter davantage leurs épargnes vers les fonds communs de placement (fonds «mutuels»), les fonds de retraite (ou fonds de pension) et les actions en bourse.
Compte tenu, en particulier, des difficultés croissantes de fructification du capital investi dans l’activité économique réelle (production et commerce), des masses de plus en plus grandes de capital ont cherché à se valoriser dans la sphère proprement financière. La logique financière s’est résolument imposée, subordonnant la logique industrielle.
Une véritable dictature des marchés financiers s’est installée, leurs exigences s’imposant, au sein des entreprises industrielles, par le principe de la «gouvernance d'entreprise» (traduction de l'expression corporate governance). En vertu de ce principe qui s'est développé aux États-Unis à partir de la fin des années 1980, «les actionnaires, mais essentiellement les gestionnaires de grands blocs d’actions d’une entreprise, sont investis du pouvoir de participer à sa gestion et d'influencer son orientation».
La déréglementation financière amorcée au début des années 1980 et les pratiques qui se sont développées dans son sillage «ont fait ressurgir les conditions de l’émergence de crises financières, le taux de rendement sur les fonds propres étant porté à 100%, alors que le taux de rendement sur l'ensemble du capital investi n'est que de 10%».
Dans la sphère financière, l’argent semble donc faire de l’argent, sans rapport avec le processus réel de production des valeurs. Des transactions boursières, portant sur les actions d’une entreprise, peuvent produire un rendement financier supérieur à celui que cette même entreprise obtient dans la sphère réelle par la fabrication et la vente de marchandises.
5- Evoquant les grands scandales du siècle, l’auteur forge, pour les exprimer, l’expression «enronisme». Il s’agit du «mode de gestion fondé sur l'escroquerie érigée en système, qui a mené au déclenchement de la vague de mégascandales financiers, dont le premier acte révélateur a été la retentissante faillite du géant Enron à la fin de 2001». L'enronisme est, pour l’auteur, un enfant légitime du néolibéralisme.
Pur produit de la déréglementation des marchés de l'énergie amorcée aux États-Unis à la fin des années 1980, et de la déréglementation financière, la société Enron, née en 1985 de la fusion de deux entreprises texanes de production et de distribution de gaz naturel, s'est transformée en un véritable conglomérat financier.
Elle a connu un développement fulgurant qui en a fait, en 2000, la septième société en importance aux États-Unis, devant IBM et ATT (son président Kenneth Lay est ami de longue date de la famille Bush). Son chiffre d'affaires est passé de 13 milliards de dollars en 1996, à 100 milliards en 2000. Elle possédait quelque 4 000 filiales à travers le monde, ses actifs atteignaient les 60 milliards et 21 000 personnes étaient à son emploi.
Adulée par le monde des affaires, qui la pointait du doigt comme le modèle à suivre, Enron était réduite à néant à la fin de 2001 par sa monumentale faillite, jusque-là la plus importante de l'histoire des États-Unis.
Cette faillite révélait au grand jour la recette magique qui avait permis la remarquable ascension de l'entreprise, soit «la fraude comptable à grande échelle sur plusieurs années, dont le camouflage hors bilan d'une fraction substantielle, 7 milliards de dollars, de son énorme dette de 29 milliards de dollars par sa transmission comptable à des sociétés satellites, et la vente d'actifs à prix gonflés à ces mêmes sociétés pour bonifier artificiellement et illégalement le bénéfice d'exploitation de l'entreprise, afin de soutenir le prix de l'action en bourse».
Forcée à la divulgation de ces fraudes et de l'état réel de sa situation financière, Enron était finalement acculée à la faillite à la fin de 2001. De 85 dollars qu'il était un an plus tôt, «le cours de l'action en bourse tombait à moins d'un dollar, anéantissant l'avoir des actionnaires et, au premier titre l'épargne-retraite des employés d'Enron, constituée à plus de 60% d'actions d'Enron».
Le cabinet de vérification des livres d'Enron, Arthur Andersen, le cinquième plus important au monde par son chiffre d'affaires, a pendant des années cautionné les pratiques frauduleuses d'Enron. Plus grave encore, «il est allé jusqu'à détruire des masses de documents de la comptabilité d'Enron, au moment où la bulle était sur le point d'éclater.
«Accusé de complicité dans la falsification des comptes et de destruction de pièces comptables, il a été condamné pour entrave à la justice. Couvert de discrédit pour ces pratiques illégales chez Enron, mais aussi dans de nombreux autres cas, et délaissé par une partie importante de sa clientèle, le cabinet Andersen a été emporté, racheté par bribes par ses concurrents».
Scénario semblable chez WorldCom, la deuxième société en importance aux États-Unis dans le secteur des communications interurbaines, et le premier prestataire mondial de services sur internet. «Ce sont pas moins de 3,8 milliards de dollars de dépenses courantes, que la direction de WorldCom a illégalement inscrits à ses livres comme des dépenses d’investissement, et toujours avec la complicité du même vérificateur, Arthur Andersen. La Securities and Exchange Commission a qualifié les manipulations comptables de WorldCom comme étant d’une ampleur sans précédent».
En fait, seules «la pression d'une population outrée et la crainte de voir la dégringolade se poursuivre sur les marchés boursiers, devaient amener le Congrès à durcir la législation visant les fraudeurs et aux autorités à procéder à des arrestations, mais sans modifier quoi que ce soit aux problèmes de fond que sont les règles comptables et les régimes d'options d'achat d'actions».
6- Après moins d’une décennie de politiques néolibérales, de libéralisation et de déréglementation qui devaient être le gage d’une économie saine et d’une croissance soutenue, éclatait la crise boursière du 19 Octobre 1987, «la pire dégringolade de l’histoire de la Bourse de New York. 500 milliards de dollars volaient en fumée en l’espace de quelques heures».
Les politiques néolibérales de déréglementation favorisant les risques bancaires excessifs, la spéculation et la corruption, le Japon, les «tigres» et «dragons» asiatiques se sont retrouvés handicapés, pour ce qui est de leur relance, «par les mêmes politiques néolibérales qui, au nom de la libéralisation de leur échanges, les ont poussées à développer des économies de plus en plus fondées sur les exportations».
Les marchés, à qui les chefs d’État et de gouvernement et les dirigeants des organismes internationaux, selon les dogmes néolibéraux, s’en remettent entièrement pour la gestion de l’économie mondiale, étaient alors hors contrôle.
Leurs vertus autorégulatrices se trouvaient démenties par les faits, le terme ultralibéralisme, parfois préféré au terme néolibéralisme, suggérant ainsi l’idée d’un libéralisme qui serait simplement excessif, et qu’il suffirait de purger de ces excès pour le rendre acceptable.
Or, ces valeurs libérales de base (préservation de la propriété privée des moyens de production, de la concurrence et du profit) ont suffisamment démontré à ce jour «leur aptitude à réaliser, non pas le bien commun, mais plutôt le bien des uns, celui de la minorité de possédants, au détriment du bien des autres, celui de la majorité de dépossédés».
S’agit-il alors, s’interroge l’auteur, «de se limiter à protester contre les méfaits du capitalisme dans sa variante néolibérale, et à lutter pour en atténuer les effets sans en remettre en cause l’existence, ou de désigner les véritables racines du problème, que sont la propriété privée des moyens de production et le moteur de l’activité économique qu’est la recherche du profit, avec la volonté de résoudre le problème à sa source ?
Vouloir se débarrasser du néolibéralisme tout en préservant le capitalisme n'équivaut-il pas à vouloir rejeter l’effet tout en maintenant la cause ?»
Et de s’interroger encore davantage : «la vraie utopie n’est-elle pas celle d'un capitalisme équitable, dépouillé de ses tares, qui ne reposerait plus sur l’exploitation, l’insatiable appât du gain individuel et la fraude, qui améliorerait au lieu de les détruire les régimes publics d’éducation, de santé et de services sociaux, qui cesserait d’acculer des populations entières à la famine, de les étouffer sous le poids de la dette, de les obliger à privatiser leurs services publics et de liquider leur infrastructure productive au profit des multinationales, qui cesserait de précariser le travail, d’étendre le chômage et
de réduire les protections des sans-travail ?
Entre l’utopie irréalisable d’un tel capitalisme «civilisé» ou «à visage humain» et le projet collectif d’édification d’une société socialiste démocratique, n’est-ce pas le deuxième pôle de cette alternative qui constitue le défi à relever du point de vue des intérêts de l’humanité ?, s’interroge amèrement l’auteur.
Rubrique "Lu Pour Vous"
29 mai 2008